Procès des Templiers
Procès des Templiers
Avis aux amateurs d’Histoire.
Pensez-vous que les Templiers étaient coupables ou que l’Eglise a été trompée (ou contrainte) dans son jugement par la monarchie capétienne ? Le procès s’est déroulé entre 1307 et 1314 et a mis aux prises le roi de France Philippe le Bel et le pape Clément V. L’Ordre fut finalement supprimé (et non condamné) au Concile de Vienne, en 1312, par voie de provision. Pensez-vous que les tortures qu’ont subies les frères suffisent à les reconnaître innocents des accusations portées contre eux (le reniement du Christ, le crachat sur la Croix et les baisers obscènes étant les principales, qu’une tradition historiographique considère comme ayant fait partie d’une cérémonie d’entrée dans l’ordre à caractère secret). Peut-on encore soutenir, en tant qu’historien du XXI e siècle, la culpabilité des Templiers, malgré les tortures employées par la procédure inquisitoriale à leur encontre ? N’a-t-on pas affaire à une réflexion éthique sur l’écriture de l’histoire de façon générale et, en définitive, n’est-ce pas un frein pour la recherche historique ? J’attends vos commentaires et si vous désirez des explications complémentaires et/ou si vous souhaitez faire part de vos connaissances en la matière, n’hésitez pas.
Merci de votre attention.
Pensez-vous que les Templiers étaient coupables ou que l’Eglise a été trompée (ou contrainte) dans son jugement par la monarchie capétienne ? Le procès s’est déroulé entre 1307 et 1314 et a mis aux prises le roi de France Philippe le Bel et le pape Clément V. L’Ordre fut finalement supprimé (et non condamné) au Concile de Vienne, en 1312, par voie de provision. Pensez-vous que les tortures qu’ont subies les frères suffisent à les reconnaître innocents des accusations portées contre eux (le reniement du Christ, le crachat sur la Croix et les baisers obscènes étant les principales, qu’une tradition historiographique considère comme ayant fait partie d’une cérémonie d’entrée dans l’ordre à caractère secret). Peut-on encore soutenir, en tant qu’historien du XXI e siècle, la culpabilité des Templiers, malgré les tortures employées par la procédure inquisitoriale à leur encontre ? N’a-t-on pas affaire à une réflexion éthique sur l’écriture de l’histoire de façon générale et, en définitive, n’est-ce pas un frein pour la recherche historique ? J’attends vos commentaires et si vous désirez des explications complémentaires et/ou si vous souhaitez faire part de vos connaissances en la matière, n’hésitez pas.
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- Dies irae
- Ædilis

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Re: Procès des Templiers
Personnellement, je n'en ai aucune idée.
En revanche, je suis convaincu que l'usage de la torture dans un contexte judiciaire rend invalide tout aveu obtenu, pour la bonne raison qu'en dehors de personnalités exceptionnelles, on peut faire avouer tout et n'importe quoi à chacun, et n'importe qui (cf plus récemment les grands procès de Moscou, et leur cortège de chefs d'accusation bidons, et d’aveux tout aussi bidons).
En revanche, je suis convaincu que l'usage de la torture dans un contexte judiciaire rend invalide tout aveu obtenu, pour la bonne raison qu'en dehors de personnalités exceptionnelles, on peut faire avouer tout et n'importe quoi à chacun, et n'importe qui (cf plus récemment les grands procès de Moscou, et leur cortège de chefs d'accusation bidons, et d’aveux tout aussi bidons).
Il n'y aura plus de nuit, et ils n'auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera Apocalypse (22,5)
Re: Procès des Templiers
C'est en effet notre pensée moderne, dérivée des droits de l'homme, mais ce n'est pas l'avis des inquisiteurs médiévaux.Dies irae a écrit :je suis convaincu que l'usage de la torture dans un contexte judiciaire rend invalide tout aveu obtenu
Le point de vue des théologiens du XIII e siècle sur la question peut se résumer à ceci : aucune torture ne peut violer la libre volonté de l’homme. La volonté ne peut pas être forcée mais on peut la disposer d’une façon efficace grâce à la torture. Saint Thomas d'Aquin pensait ainsi. Au niveau théorique, c'est indestructible. Mais les penseurs de l'époque ne tenaient aucun compte de l'expérience et de l'aspect physiologique de l'homme, ce qui explique l'évolution de la pensée sur la torture.
Ce n'est qu'en l'an 2000 que l'Eglise fait repentance officielle contre les excès de l'Inquisition.
De fait, et tout en condamnant fermement la torture, je me demandais s'il était toujours possible de soutenir la culpabilité des pauvres Templiers oppressés. La vérité, sur ce sujet, est de toute façon impossible à connaître, mais on peut chercher le vraisemblable. Il faut simplement faire très attention aux termes employés et bien expliquer les choses pour ne pas se faire "broyer" par la critique.
Partagez-vous mon point de vue?
- Dies irae
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Re: Procès des Templiers
Je comprends parfaitement le fond théorique légitimant, à l'époque, la torture.Liberatus a écrit : De fait, et tout en condamnant fermement la torture, je me demandais s'il était toujours possible de soutenir la culpabilité des pauvres Templiers oppressés. La vérité, sur ce sujet, est de toute façon impossible à connaître, mais on peut chercher le vraisemblable. Il faut simplement faire très attention aux termes employés et bien expliquer les choses pour ne pas se faire "broyer" par la critique.
Partagez-vous mon point de vue?
En revanche, je connais extrêmement mal le "dossier", l'histoire des Templiers, et n'ait aucune source documentaire sur eux, c'est pourquoi je ne me pense pas à même de m'engager dans une démarche de "jugement" de leur culpabilité potentielle
Il n'y aura plus de nuit, et ils n'auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera Apocalypse (22,5)
- Anne
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Re: Procès des Templiers
Sur le sujet :
Actes de Chinon
Il y a aussi le livre de Éric Le Nabour : Les Rois Maudits - L'enquête historique chez Perrin qui est très intéressant.
En gros, perso, il me semble que ce qui est majoritairement véhiculé au sujet de cette histoire fait partie, une fois de plus, du vaste mouvement de salissage initié envers l'Église.
Ça fait aussi toujours très bien de sortir des événements de leur contexte historique et sociologique et de les juger avec des perceptions "modernes"...
Actes de Chinon
Il y a aussi le livre de Éric Le Nabour : Les Rois Maudits - L'enquête historique chez Perrin qui est très intéressant.
En gros, perso, il me semble que ce qui est majoritairement véhiculé au sujet de cette histoire fait partie, une fois de plus, du vaste mouvement de salissage initié envers l'Église.
Ça fait aussi toujours très bien de sortir des événements de leur contexte historique et sociologique et de les juger avec des perceptions "modernes"...
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
Re: Procès des Templiers
Merci pour le lien.
L'historienne (catholique) Barbara Frale a remis les choses en place en montrant que le pontife a tout fait pour sauver l'Ordre et respecter le droit (outrageusement bafoué en France), mais qu'il a du céder légèrement sur la fin.
Riley-Smith, un autre catholique irlandais, spécialiste des croisades, soutient également la culpabilité des Templiers, mais pose des arguments qui dérangent certains.
La majorité des historiens tire à vue sur la monarchie française et l'Eglise, persécuteurs des Templiers. N'oublions pas que le Temple est un Ordre religieux-militaire créé par l'Eglise, qu'elle a comblé de privilèges, puis a décidé in fine sa suppression, s'amputant ainsi d'un membre de son propre corps, qu'elle jugeait trop gravement malade (diffamé) pour pouvoir guérir.
Oui, c'est la tendance des dernières décennies sur le sujet. Les Templiers passent pour des héros et le pape Clément V pour un faible qui a abandonné l'Ordre sous la pression du roi de France et de ses sbires.Anne a écrit :Ça fait aussi toujours très bien de sortir des événements de leur contexte historique et sociologique et de les juger avec des perceptions "modernes"...
L'historienne (catholique) Barbara Frale a remis les choses en place en montrant que le pontife a tout fait pour sauver l'Ordre et respecter le droit (outrageusement bafoué en France), mais qu'il a du céder légèrement sur la fin.
Riley-Smith, un autre catholique irlandais, spécialiste des croisades, soutient également la culpabilité des Templiers, mais pose des arguments qui dérangent certains.
La majorité des historiens tire à vue sur la monarchie française et l'Eglise, persécuteurs des Templiers. N'oublions pas que le Temple est un Ordre religieux-militaire créé par l'Eglise, qu'elle a comblé de privilèges, puis a décidé in fine sa suppression, s'amputant ainsi d'un membre de son propre corps, qu'elle jugeait trop gravement malade (diffamé) pour pouvoir guérir.
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Re: Procès des Templiers
Livre Philippe le Bel de Jean Favier, page 427 à 429
Page 432/433
[…]Peut être un jour y aurait il moins de templiers, mais il y aurait toujours un Temple. En tout cas, l'idée ne pouvait effleure personne, et surtout pas Molay, qu'il pourrait ne plus y avoir de grand maître. La position de Molay, comme celle de Foulque de Villaret, le nouveau grand maître de l'Hôpital, était quelque chose d'assez original, une sorte de synthèse entre la position d'un prince et celle d'un cardinal, à la fois territoriales mais non sans domaine foncier, élu comme un empereur mais absolu comme un roi de France.
Certes Molay avait connu, quelque temps auparavant, de ces difficultés que l'on savait inhérentes au gouvernement de toute communauté ; il avait dû s'expliquer, tant devant le roi, que devant le pape sur certaines pratiques de l'ordre, dont la singularité appelait à la méfiance de l'extérieur. Le grand maitre avait des comptes à rendre au pape, son seul supérieur en ce monde, mais il en rendait peu.
Il n'en devait pas au roi, mais la prudence n'était pas de se fâcher avec un roi dans le royaume de qui se trouvait une bonne part de la fortune territoriale de l'ordre. Les commanderies, ces domaines fonciers dont le temple tirait le plus clair de son revenu en Occident, maintenant que la générosité des fidèles oubliait un peu la Terre Sainte, eussent été en difficulté si les baillis royaux avaient entrepris de les persécuter systématiquement. Face à des officiers mal intentionnés, Molay n'avait même pas ce dont disposait le plus modeste des évêques les plus démunis : l'arme de l’excommunication.
L'ordre était menacé . Tout le monde le savait, et l'on avait plusieurs fois parlé de le supprimer. Mais nul n'y croyait vraiment. Un ordre, c’était impérissable. Il y avait dans le temple, des chevaliers plus lucides que Jacques de Molay. Le visiteur de France, Hugues de Pairaud, qui était un homme courageux et intelligent, interprétait sans doute mieux que son grand maitre les symptômes que l'on percevait et les bruits qui couraient : n'avait il pas, la semaine précédente, déclaré qu'il était bien décidé à défendre sa vie si les menaces qui planaient sur le temple se précisaient ?
La plupart pensaient comme Molay : le danger était écarté. Tout au plus reparlait-on indéfiniment de cette fusion des ordres de la chevalerie en quoi certains, qui n'étaient ni hospitaliers, ni templiers, voyaient la panacée. Dans un mémoire au pape un an plus tôt, Molay avait fait justice de ce vain projet. Pour l'heure, c'est Catherine de Courtenay que l'on portait en Terre. Le temple, lui était bien vivant.
[….]Dans l'enthousiasme des croisades, le peuple chrétien fut généreux avec les templiers. Rois et papes, princes et prélats rivalisèrent pour les doter. Bien des seigneurs ou des bourgeois assurèrent le salut de leur âme en s'épargnant le voyage de Terre Sainte : leurs donations firent du temple l'un des plus grands seigneurs fonciers d'Occident. A travers toute la Chrétienté d'Europe, les commanderies se multiplièrent. Elles étaient particulièrement nombreuses en France.
Tout le malheur du temple vint de ce que ces revenus étaient en Europe occidentale alors que l'objet des dépenses était à l'Orient. Non seulement l'ordre était riche, mais il avait à transférer ses revenus. Sa raison d'être était en Terre Sainte, mais c'est en France, en Espagne, en Angleterre qu'il lui fallait gérer ses domaines.
Page 432/433
Les questions sur les ordres, une fusion ? Raymond de Lulle consacrait des pages à ce problème, comme Pierre du Bois en 1306, de cette fusion des ordres l'objet d'un traité dans lequel, il esquissait, à son habitude,la réorganisation de tout un pan de la Chrétienté. Les points essentiels à ce projet, où la valeur et les mœurs des templiers demeuraient hors de cause, étaient l'affermage des biens des ordres situés en Europe et le renvoi en Orient de tous les frères capables de combattre [….]
Molay, lui, était en France, il se présenta rapidement devant le pape et lui remit un mémoire dans lequel il pesait longuement les avantages et les inconvénients de la fusion des ordres. Il y concédait qu'une telle opération créerait un ordre plus fort,et donc capable de mieux défendre..... ses droits droits contre leurs ennemis, les clercs, les prélats, les laïcs. De même la compression des établissements et des administrations permettrai-elle de substantielles économies : où l'on tenait deux hospices, on n'en tiendrait plus qu'un. A lire l'ahurissant mémoire de Molay, on croirait que le nombre de nécessiteux irait aussi diminuant ! Mais le grand maître ne faisait nullement part la moindre allusion à l’efficacité du combat pour les Lieux Saints.
L’esprit est à soi-même sa propre demeure ; il peut faire en soi un Ciel de l’Enfer, un Enfer du Ciel.
Livre I, Le Paradis perdu - John Milton
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Re: Procès des Templiers
Les templiers !! un sujet qui me passionne !
Ces hommes de foi sont partis en Terre Sainte aux ordres des chefs de notre Église!! Et ont été trahis par la monarchie de l'époque! Peut-être même lâchés par notre Sainte Église! Surement que si cet ordre religieux était encore existant de nos jours, nous ne serions pas si facilement les proies des infidèles terroristes islamiques !!!
Ces hommes de foi sont partis en Terre Sainte aux ordres des chefs de notre Église!! Et ont été trahis par la monarchie de l'époque! Peut-être même lâchés par notre Sainte Église! Surement que si cet ordre religieux était encore existant de nos jours, nous ne serions pas si facilement les proies des infidèles terroristes islamiques !!!
Seigneur, dis seulement une parole et je serai guéri.
- Anne
- Prætor

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- Inscription : jeu. 21 févr. 2008, 1:05
- Conviction : Catholique romaine
- Localisation : Provincia Quebecensis
Re: Procès des Templiers
http://www.templiers.org/actualites.php
http://www.lalibre.be/actu/internationa ... 6db9b0ba6e
http://www.templiers.net/index.php?page=news_140_160
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
Re: Procès des Templiers
Tout à fait, chère Anne, je n'en disconviens pas.
Seigneur, dis seulement une parole et je serai guéri.
Re: Procès des Templiers
Ce n'est pas par avarice que Philippe le Bel s'est acharné contre les Templiers, d'une part parce que les frais de leur emprisonnement dans le royaume capétien étaient prélevés sur les ressources propres à l'Ordre, donc le gain financier pour le roi était réduit, d'autre part parce que le roi a remis les biens des Templiers saisis dans son royaume à l'Eglise, après que le pape lui en ait fait la demande.
Qu'il y ait eu quelques spoliations, c'est certain, mais que le mobile du "crime" fût l'avarice et l'avidité du roi n'est plus concevable.
Le jeu n'en valait pas la chandelle. C'est plutôt par zèle religieux que le roi Très Chrétien a persécuté les templiers, coupables à ses yeux de crimes contre la foi. Jean Favier penchait déjà pour cette analyse, et les études les plus récentes tendent à la confirmer.
Qu'il y ait eu quelques spoliations, c'est certain, mais que le mobile du "crime" fût l'avarice et l'avidité du roi n'est plus concevable.
Le jeu n'en valait pas la chandelle. C'est plutôt par zèle religieux que le roi Très Chrétien a persécuté les templiers, coupables à ses yeux de crimes contre la foi. Jean Favier penchait déjà pour cette analyse, et les études les plus récentes tendent à la confirmer.
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