Jacques Maritain "Court traité de l'existence et de l'existant" Recommandé aux amateurs de thomisme.
Pour Maritain le véritable existentialisme c'est le thomisme (et le christianisme). Aussi, le maître du personnalisme chrétien livre tout le long du livre une polémique contre l'existentialisme athée.
L'existentialisme athée n'étant pour lui qu'une contrefaçon, qu'un existentialisme académique qui s'est approprié des thèmes chrétiens en les sécularisant (et combien a-t-il raison ...), qui a perverti des concepts métaphysiques, et qui a de toute façon perdu le sens de l'existence, son fonds de commerce véritable étant le néant. Et quel prix peut avoir l'existence sans nature/essence, qui loin de rendre l'existence statique, lui donne une raison d'être et un "terme" vers lequel s'accomplir (la charité) ? L'existence sans essence n'est qu'une pierre jetée dans le vide.
Sur le fond, Maritain est d'accord avec E. Gilson : le thomisme est une doctrine du primat de l'acte d'exister (de l'acte d'être, non de l'existence au sens commun du terme), soit, du triomphe continuel de l'existant sur le néant grâce à l'efficace divine qui se "loge" au plus profond de lui.
Mais c'est aussi, selon lui, et c'est ce va qui donner matière aux plus belles pages de son livre (à mon avis), une doctrine du primat du sujet (ou suppôt) qui, comme l'acte d'exister, transcende le domaine du concept et qui donc comme ce dernier, échappe à toute tentative de réification dans un concept.
Pour connaître notre intelligence réifie les choses dans un concept. Elle réduit. Or le sujet comme personne et comme subjectivité qui constitue la singularité même de l'individu est une profondeur qu'il ne cesse de découvrir et qui est voilée aux autres. Ce qui fait que la personne, le sujet, excède toute tentative de définition. Le sujet comme l'acte d'être est inépuisable, c'est un dynamisme surabondant.
Ainsi, la tragédie réside-t-elle dans le fait que les autres ne puissent me connaître comme je suis vraiment.
Toute connaissance de l'autre en tant que personne mutile, blesse. Tout jugement sur la personne est injuste. Le constat est un peu sombre, mais il y a Dieu qui "sonde les coeurs et les reins" et qui nous connaît non comme objets comme personnes. A Lui seul nous sommes découverts ; c'est face à lui que nous devenons véritablement un "je". Seul Dieu comprend donc qui nous sommes. Et comme le dit Maritain, s'il n'y avait pas Dieu alors "notre existence baignerait dans l'injustice de la connaissance que tous les autres ont de moi, et dans l'ignorance où je suis de moi-même". N'est-ce pas cette "solitude désespérée" d'un sujet en apparence à jamais incompris et livré à des regards blessants, mutilateurs, qui fait dire à Sartre "l'enfer c'est les autres" ?
Toujours est-il que s'il n'y avait de moyens d'être connu des autres, et de connaître les autres, il y aurait tentation en s'éprouvant comme altérité radicale de s'enferme dans son moi. Mais il y a aussi l'amour, l'amour comme véritable moyen de connaissance qui permet, dans une certaine mesure, de connaître l'autre en tant que personne/subjectivité. En ce sens, l'amour délivre de soi et l'autre de sa solitude. "Et lui même, conclut Maritain, est dans une certaine mesure guérit de sa solitude ; il peut, inquiet encore, se reposer un moment dans le nid de la connaissance que nous avons de lui comme sujet"
Jacques Maritain et le thomisme
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jeanbaptiste
- Pater civitatis

- Messages : 3085
- Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40
Jacques Maritain
Merci lmx pour cette passionnante recension. Merci de rapporter cette apport inestimable de Maritain (de Gilson etc) au thomisme.
Je suis toujours un peu triste de lire encore souvent des "thomistes", je met des guillemets car bien souvent il s'agit de personnes qui ne connaissent rien à la théologie et n'ont lus que les extraits qui les intéressent de la Somme qu'ils prennent pour le Catéchisme, faire une sorte d'association du "néo-thomisme" (Maritain...) avec le "modernisme".
Dès lors toute lecture de Thomas qui ne colle pas à la vieille tradition thomiste est suspecte.
C'est effrayant car cela va à l'encontre de la démarche même de Thomas, qui ne s'est jamais pensé comme étant l'Alpha et l'Omega de la théologie ! (après tout sa Somme Théologique était pour lui une "introduction" aux études de théologie à destination des nouveaux élèves) Et cela va à l'encontre de toute démarche intellectuelle sérieuse.
Je ne suis pas contre le "vieux" thomisme. Je ne suis pas non plus contre les études historiques de la pensée de Thomas. Et je suis encore moins contre une actualisation, qui n'a pas peur de "dépasser" Thomas, de sa pensée dans le dialogue avec les problèmes théologico-philosophiques modernes.
Tout cela devrait pouvoir dialoguer dans le respect.
Alors voir tout une horde de novices en théologie imposer leur lecture étroite du "vieux" thomisme comme la seule pensée catholique orthodoxe a de quoi effrayer !
Il n'est pas rare de lire encore l'expression "nouvelle théologie" sur des forums tradis, comme si nous en étions toujours à devoir prouver l'orthodoxie d'un Lubac (et comme si sa théologie, et celle de ses pairs, était fondamentalement "nouvelle") !
Sorte de fixation sur les problèmes d'une époque, incapacité à sortir des structures de pensée particulière (fin XIXe ou début XXe etc).
Tout cela pour vous dire : merci ! Lisons Maritain, il n'est pas non plus l'Alpha et l'Omega de la théologie, mais c'est une lecture rafraichissante qui pourrait donner un coup d'air pur dans les cerveaux asphyxiés par la lecture de vieux manuels jaunis
Je suis toujours un peu triste de lire encore souvent des "thomistes", je met des guillemets car bien souvent il s'agit de personnes qui ne connaissent rien à la théologie et n'ont lus que les extraits qui les intéressent de la Somme qu'ils prennent pour le Catéchisme, faire une sorte d'association du "néo-thomisme" (Maritain...) avec le "modernisme".
Dès lors toute lecture de Thomas qui ne colle pas à la vieille tradition thomiste est suspecte.
C'est effrayant car cela va à l'encontre de la démarche même de Thomas, qui ne s'est jamais pensé comme étant l'Alpha et l'Omega de la théologie ! (après tout sa Somme Théologique était pour lui une "introduction" aux études de théologie à destination des nouveaux élèves) Et cela va à l'encontre de toute démarche intellectuelle sérieuse.
Je ne suis pas contre le "vieux" thomisme. Je ne suis pas non plus contre les études historiques de la pensée de Thomas. Et je suis encore moins contre une actualisation, qui n'a pas peur de "dépasser" Thomas, de sa pensée dans le dialogue avec les problèmes théologico-philosophiques modernes.
Tout cela devrait pouvoir dialoguer dans le respect.
Alors voir tout une horde de novices en théologie imposer leur lecture étroite du "vieux" thomisme comme la seule pensée catholique orthodoxe a de quoi effrayer !
Il n'est pas rare de lire encore l'expression "nouvelle théologie" sur des forums tradis, comme si nous en étions toujours à devoir prouver l'orthodoxie d'un Lubac (et comme si sa théologie, et celle de ses pairs, était fondamentalement "nouvelle") !
Sorte de fixation sur les problèmes d'une époque, incapacité à sortir des structures de pensée particulière (fin XIXe ou début XXe etc).
Tout cela pour vous dire : merci ! Lisons Maritain, il n'est pas non plus l'Alpha et l'Omega de la théologie, mais c'est une lecture rafraichissante qui pourrait donner un coup d'air pur dans les cerveaux asphyxiés par la lecture de vieux manuels jaunis
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lmx
- Barbarus

Jacques Maritain
Je ne suis pas contre le "vieux" thomisme. Je ne suis pas non plus contre les études historiques de la pensée de Thomas. Et je suis encore moins contre une actualisation, qui n'a pas peur de "dépasser" Thomas, de sa pensée dans le dialogue avec les problèmes théologico-philosophiques modernes.
Je suis absolument d'accord avec vous. Un juriste a dit "par le droit romain au-delà du droit romain".
On s'égare vraiment en pensant qu'on peut s'en tenir à un pure thomisme historique. Comme vous dites c'est intellectuellement stérile. Pour être crédible et pour ne pas être une simple curiosité historique, le thomisme doit être confronté à son temps et ne doit pas craindre de subir des évolutions. C'est à cela qu'on juge de la "robustesse" d'une pensée je crois.
Bref, c'est ça qui fait l'intérêt de Maritain : il a écrit sur l'esthétique, l'épistémologie et bien d'autres sujets dans une esprit thomiste.
En tout cas j'ai beaucoup aimé cette lecture, et j'aime le personnalisme qui traverse le catholicisme et l'orthodoxie et qui n'a rien de "moderniste" : c'est précisément le face à face avec Dieu qui fait la personne (qu'il faut distinguer de l'individu), face à face qui n'a d'ailleurs rien de statique car ce n'est pas une Idée ou une Essence que l'on contemple.
Pour ce qui est de sa pensée de la personne, Maritain s'appuie sur Jean de St Thomas et Cajetan, ce dernier étant d'ailleurs le sujet du livre de l'abbé de Tanouarn : "Cajetan ou le personnalisme intégral" que je n'ai pas lu (trop cher malheureusement
Il m'arrive aussi de lire ces forums, on a l'impression qu'il faut se contenter de lire les vieux catéchismes du 19è siècle .... et que la philosophie doit se contenter de "réfuter l'erreur".Il n'est pas rare de lire encore l'expression "nouvelle théologie" sur des forums tradis, comme si nous en étions toujours à devoir prouver l'orthodoxie d'un Lubac (et comme si sa théologie, et celle de ses pairs, était fondamentalement "nouvelle") !
merci à vous.Tout cela pour vous dire : merci !
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lmx
- Barbarus

Jacques Maritain
J. Maritain "La philosophie de la nature, Essai critique sur ses frontières et son objet".
Le livre qui semble être la retranscription d'un cours est très technique. Il intéressera tout ceux qui souhaitent en savoir plus sur les rapports entre science et philosophie de la nature dans une optique thomiste ou néothomiste.
A cet effet Maritain convoque la tradition thomiste St Thomas, Jean de St Thomas et surtout Cajetan. Pour mettre ces rapports au clair, il est en effet nécessaire de savoir de quoi traite exactement ce que Maritain appelle les sciences "empiriologiques" et la philosophie de la nature.
Maritain commence par traiter longuement des degrés d'abstraction qui correspondent à des types d'opérations "intellectives" propres à chaque de science (science physique, science mathématique, philo de la nature et métaphysique) et de leur sphère propre d'intelligibilité. On a donc en gros :
- la connaissance physique qui traite de l'être sensible, mobile (ens mobile)
- la connaissance mathématique où l'on fait abstraction de la matière sensible et qui traite de l'être quantifié (ens quantum)
- la connaissance métaphysique où abstraction est faite de toute matière et qui traite de l'être en tant qu'être
Ici le mot être se prend de façon analogique.
Et l'on voit le danger d'une réduction des choses à leur pure phénoménalité, le risque étant de se retrouver avec de pures entités physico-mathématiques, c'est-à-dire de pure quantités mesurables ou observables. On doit cette réduction Descartes qui a tout englobé sous un même type d'intelligibilité. La révolution galiléo cartésienne est une époque particulière où la science tend à tout absorber en elle, époque où l'on reproduisait l'erreur inverse des anciens qui avaient tendance à tout englober dans la métaphysique rendant ainsi la connaissance physique impossible et inutile.
Maritain rend hommage à Kant d'avoir mis fin aux prétentions de la science d'épuiser la réalité en montrant qu'elle traitait de phénomènes et non pas des choses en soi (noumènes), mais le critique pour avoir étendu cette limite à l'entendement même.
A ces différents types de connaissances, sciences expérimentales (physiques) et philosophies de la nature correspondent donc différents types d'analyses, respectivement : analyse empiriologique et analyse ontologique, aussi cette dernière conduit-elle plus profondément dans l'objet que l'autre.
Ces deux savoirs traitent du même objet, l'ens mobile, l'être en tant que mouvant. Ce qui signifie qu'ils évoluent dans la même sphère d'intelligibilité, la métaphysique traitant de l'être en tant qu'être évolue dans une sphère d'intelligibilité supérieure abstraite de toute matérialité.
Reprenant la doctrine de Cajetan, il montre que les sciences expérimentales et philosophie de la nature traitent donc d'un même objet qui se présente à elles sous une certaine perspective, en l'occurence, l'ens sub rationa mobile, l'être en tant que mobile. Procédant par le même de visualisation abstractive, elles traitent de l'être en tant qu'engagé dans l'expérience sensible. Mais la démarche n'est pas la même : la science empiriologique conduit à une analyse descendante car l'être étant au service du sensible elle procède à analyse spatio-temporelle orientée vers l'observable et le mesurable, tandis que la philosophie de la nature part du donné (et de fait on part toujours du donné sensible)pour arriver à l'intelligible. D'un côté donc, l'être est au service du sensible, sensible qui pour le scientifique a tendance à se substituer à l'être, de l'autre c'est le sensible qui est service d'une certaine visée de l'essence intelligible. Sur ce point, Maritain note justement que l'analyse ontologique respecte le donné des sens, donné qui est pris dans un mouvement d'approfondissement, alors que l'analyse empiriologique, surtout quand elle est de type physico-mathématique a tendance, une fois les données recueillies, de les dévaluer complètement, ce qu'ont précisément fait Descartes et Galilée.
En résume donc, l'objet peut être traité soit par analyse de type empiriologique qui traitera du détail des phénomènes, soit par une analyse ontologique. Ainsi donc pour Maritain, et c'est là l'essentiel du livre, en tant qu'elles saisissent l'être sous un même point de vue (mais qu'elles traitent ensuite différemment), sciences expérimentales et philosophie de la nature qui est une sagesse (de second ordre) doivent se compléter et s'enrichir tout en gardant leur méthodologie propre.
La philosophie de la nature avec ses concepts de substance, d'âme et de corps, de forme et de matière (essence, acte et puissance étant pour lui des notions proprement métaphysiques), de finalité, est à même d'interpréter le donné scientifique, et cela est d'autant plus important que les scientifiques ont tendance à réduire la réalité à une donnée quantifiable et à faire de l'univers un univers fait d'êtres de raisons mathématiques où la causalité "mathématique" (où tout autre type de causalité) se substitue à la causalité ontologique et dans lequel il n'y a finalement plus aucune place pour la finalité.
D'ailleurs, à une époque où l'on prend de nouveau conscience que la "matière" n'a aucune consistance en elle-même, la notion de forme permet de rendre compte de l'unité d'un être qui ne peut plus être conçu comme un simple agrégat d'atomes ou de particules ou de je ne sais quoi encore. (Sur ce sujet voir notamment Jean Borella dans Amour et Vérité p77-88)
Ainsi, la philosophie de la nature peut-elle servir de médiatrice entre la science et la métaphysique qui surplombe ces deux sciences. Au reste, Maritain nous met en garde contre deux erreurs désastreuses: vouloir d'une part, tirer des données scientifiques bruts un donné métaphysique qu'il n'y a pas (comme Bergson), alors que l'activité du philosophe de la nature est d'interpréter ces données, non pas de les prendre tels quelles pour en faire des principes métaphysiques voire même théologiques, et d'autre part, faire du concordisme comme on le voit trop souvent (en canonisant une théorie scientifique et en élaborant une théologie à partir d'elle.)
Le livre qui semble être la retranscription d'un cours est très technique. Il intéressera tout ceux qui souhaitent en savoir plus sur les rapports entre science et philosophie de la nature dans une optique thomiste ou néothomiste.
A cet effet Maritain convoque la tradition thomiste St Thomas, Jean de St Thomas et surtout Cajetan. Pour mettre ces rapports au clair, il est en effet nécessaire de savoir de quoi traite exactement ce que Maritain appelle les sciences "empiriologiques" et la philosophie de la nature.
Maritain commence par traiter longuement des degrés d'abstraction qui correspondent à des types d'opérations "intellectives" propres à chaque de science (science physique, science mathématique, philo de la nature et métaphysique) et de leur sphère propre d'intelligibilité. On a donc en gros :
- la connaissance physique qui traite de l'être sensible, mobile (ens mobile)
- la connaissance mathématique où l'on fait abstraction de la matière sensible et qui traite de l'être quantifié (ens quantum)
- la connaissance métaphysique où abstraction est faite de toute matière et qui traite de l'être en tant qu'être
Ici le mot être se prend de façon analogique.
Et l'on voit le danger d'une réduction des choses à leur pure phénoménalité, le risque étant de se retrouver avec de pures entités physico-mathématiques, c'est-à-dire de pure quantités mesurables ou observables. On doit cette réduction Descartes qui a tout englobé sous un même type d'intelligibilité. La révolution galiléo cartésienne est une époque particulière où la science tend à tout absorber en elle, époque où l'on reproduisait l'erreur inverse des anciens qui avaient tendance à tout englober dans la métaphysique rendant ainsi la connaissance physique impossible et inutile.
Maritain rend hommage à Kant d'avoir mis fin aux prétentions de la science d'épuiser la réalité en montrant qu'elle traitait de phénomènes et non pas des choses en soi (noumènes), mais le critique pour avoir étendu cette limite à l'entendement même.
A ces différents types de connaissances, sciences expérimentales (physiques) et philosophies de la nature correspondent donc différents types d'analyses, respectivement : analyse empiriologique et analyse ontologique, aussi cette dernière conduit-elle plus profondément dans l'objet que l'autre.
Ces deux savoirs traitent du même objet, l'ens mobile, l'être en tant que mouvant. Ce qui signifie qu'ils évoluent dans la même sphère d'intelligibilité, la métaphysique traitant de l'être en tant qu'être évolue dans une sphère d'intelligibilité supérieure abstraite de toute matérialité.
Reprenant la doctrine de Cajetan, il montre que les sciences expérimentales et philosophie de la nature traitent donc d'un même objet qui se présente à elles sous une certaine perspective, en l'occurence, l'ens sub rationa mobile, l'être en tant que mobile. Procédant par le même de visualisation abstractive, elles traitent de l'être en tant qu'engagé dans l'expérience sensible. Mais la démarche n'est pas la même : la science empiriologique conduit à une analyse descendante car l'être étant au service du sensible elle procède à analyse spatio-temporelle orientée vers l'observable et le mesurable, tandis que la philosophie de la nature part du donné (et de fait on part toujours du donné sensible)pour arriver à l'intelligible. D'un côté donc, l'être est au service du sensible, sensible qui pour le scientifique a tendance à se substituer à l'être, de l'autre c'est le sensible qui est service d'une certaine visée de l'essence intelligible. Sur ce point, Maritain note justement que l'analyse ontologique respecte le donné des sens, donné qui est pris dans un mouvement d'approfondissement, alors que l'analyse empiriologique, surtout quand elle est de type physico-mathématique a tendance, une fois les données recueillies, de les dévaluer complètement, ce qu'ont précisément fait Descartes et Galilée.
En résume donc, l'objet peut être traité soit par analyse de type empiriologique qui traitera du détail des phénomènes, soit par une analyse ontologique. Ainsi donc pour Maritain, et c'est là l'essentiel du livre, en tant qu'elles saisissent l'être sous un même point de vue (mais qu'elles traitent ensuite différemment), sciences expérimentales et philosophie de la nature qui est une sagesse (de second ordre) doivent se compléter et s'enrichir tout en gardant leur méthodologie propre.
La philosophie de la nature avec ses concepts de substance, d'âme et de corps, de forme et de matière (essence, acte et puissance étant pour lui des notions proprement métaphysiques), de finalité, est à même d'interpréter le donné scientifique, et cela est d'autant plus important que les scientifiques ont tendance à réduire la réalité à une donnée quantifiable et à faire de l'univers un univers fait d'êtres de raisons mathématiques où la causalité "mathématique" (où tout autre type de causalité) se substitue à la causalité ontologique et dans lequel il n'y a finalement plus aucune place pour la finalité.
D'ailleurs, à une époque où l'on prend de nouveau conscience que la "matière" n'a aucune consistance en elle-même, la notion de forme permet de rendre compte de l'unité d'un être qui ne peut plus être conçu comme un simple agrégat d'atomes ou de particules ou de je ne sais quoi encore. (Sur ce sujet voir notamment Jean Borella dans Amour et Vérité p77-88)
Ainsi, la philosophie de la nature peut-elle servir de médiatrice entre la science et la métaphysique qui surplombe ces deux sciences. Au reste, Maritain nous met en garde contre deux erreurs désastreuses: vouloir d'une part, tirer des données scientifiques bruts un donné métaphysique qu'il n'y a pas (comme Bergson), alors que l'activité du philosophe de la nature est d'interpréter ces données, non pas de les prendre tels quelles pour en faire des principes métaphysiques voire même théologiques, et d'autre part, faire du concordisme comme on le voit trop souvent (en canonisant une théorie scientifique et en élaborant une théologie à partir d'elle.)
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