Bon voilà:
Malgré mon attirance pour la personne du Christ et la religion qui vient de Lui, je reste très résistante à l'idée d'accepter comme une certitude que Jésus était bien Dieu fait chair, matériellement. Je peux considérer le fait au niveau symbolique, mais concrètement, cela revient à postuler que Jésus n'était pas plus divin que vous et moi ou que chacun d'entre nous aurait pu être Jésus. Il y a bien des éléments qui peuvent suggérer qu'il ne s'agissait pas seulement d'une réalité symbolique mais ils tendent à m'échapper: je ne plus sûre de rien. D'autant moins que, malgré mon attirance forte (depuis toujours!) pour l’Église, j'ai quelques années d'anti-cléricalisme sévère dans les gencives. J'ai redécouvert que le message catholique était vraiment respectable et digne d'être pris en considération, ce qui a quelque peu modifié ma vision du monde depuis deux mois (c'est donc tout récent).
Par ailleurs, j'ai un énorme souci avec Satan en ce moment. J'ai découvert qu'il était partout et même dans des espaces que j'avais imaginé à l'abri de la contamination. Ainsi, depuis quelque jours, je me suis rendue compte qu'il était aussi sur un terrain où je ne l'attendais pas: celui de l'altérité.
On entend souvent dire que pour cheminer vers Dieu, vers la Vie et donc vers le Bien, il faut se tourner vers l’Autre. On dit que c'est l'Autre qui sauve, parce qu'il est autre et qu'il nous amène à nous décentrer de notre individualité qui, sans l'échange avec cet Autre (reconnu comme tel) avec qui elle est en lien, péricliterait dans le néant.
Bon, je ne sais pas comment tourner ma phrase, mais depuis quelques jours, c'est évident pour moi: Satan se retrouve aussi... là!
Il connait l'importance d'être en lien avec son prochain.
Il connait l'importance de la reconnaissance de l'Autre en temps qu'être différent.
Il connait l'importance de se donner à l'Autre et de pouvoir accepter qu'il se donne à vous.
Il croit à l'importance de ne pas juger L'autre.
Il croit à l'importance de l'accueillir dans sa différence avec douceur et empathie.
Il croit même à l'amour de tous les êtres, à l'amour des ennemis et j'en passe.
Il peut être un mari fidèle capable de donner toute sa vie pour une épouse.
Il peut être une religieux convaincu et profondément altruiste...
... Bref, en un mot: help!
Je n'y comprends plus rien! J'ai l'impression que mes références s'évaporent, que ce qui soutenait encore mon raisonnement il y a quelques jours n'a plus lieu d'être, puisque dépassé.
Par ailleurs, je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui exprime publiquement son désir d'aller en enfer. D'ailleurs pourquoi voudrait-il y aller avec tout ce qu'on en dit?
Mais quand on fait la découverte que je viens d'exprimer, tout en n'étant pas convaincue de la "déité matérielle" de Jésus, il y a de quoi perdre son latin (pour autant que je ne l'aie jamais eu
Qu'est-ce qui fait la différence entre les deux choix?
Ce n'est pas la souffrance, puisque dans les deux cas, personne ne la recherche en tant que telle et chacun est convaincu qu'elle est temporaire, liée à une... imperfection! Et les deux parties s'accordent à dire que cette imperfection existe parce qu'on a perdu son lien à l'Autre!
Pour résumer l'affaire, mon problème est le suivant: je n'ai plus aucun indice qui me permette de savoir si je suis en train de choisir Dieu ou Satan. Naturellement, je peux identifier chez moi des péchés plus ou moins graves, des actions clairement mauvaises parce qu'en rupture avec l'Autre. Mais Satan aussi peut le faire, je ne suis pas sûre qu'il soit du genre asocial.
Le sujet peut paraître étrange, voire évident pour certain, mais je suis actuellement dans une profonde et perturbante incompréhension.
Des fois, je me dis que le jour on je comprendrai pourquoi on choisit Satan (dans le cas où c'est lui qu'on choisit), les choses pourront s'éclairer. Mais peut-être que je ne pense pas de la bonne façon (sans compter que Lucifer est celui qui amène la lumière, donc je ne suis pas sortie de l'auberge!
Cordialement,
Théo d'Or




