Cela fait maintenant quelques semaines que je me promène sur ce forum, que je vous lis, sans oser ni m'inscrire ni poster le moindre message, mais aujourd'hui plus que jamais je ressens le besoin de prendre la parole. Alors je me lance ! Attention, c'est un message qui s'annonce long.
Je me présente : Pissenlit (non, ce n'est pas mon vrai prénom
Je suis née dans une famille chrétienne catholique, mais absolument pas pratiquante (et pas vraiment croyante). J'ai été baptisée et communiée "par principe", parce qu'on a l'habitude de faire ça dans la famille. Mes parents ne vont à l'église que pour les baptêmes, communions, mariages et obsèques. Nous n'avons jamais vraiment parlé de Dieu ou de foi, mais je sens bien dans leur discours et dans leur mode de vie qu'ils n'y croient pas. Il en va de même pour le reste de la famille. Mais cela ne les empêche en rien d'être des gens merveilleux.
Pour ma part, j'ai passé une grande partie de mon enfance à me soucier de tout sauf de Dieu (je crois qu'il est normal qu'un enfant ne se pose pas ce genre de questions, sauf s'il y est encouragé par ses parents, ce qui n'était pas mon cas). Ce n'est que vers le début de mon adolescence que ma foi chrétienne a commencé à germer et à s'affirmer.
Encore aujourd'hui, je ne me l'explique pas. Il y a des choses qui ne s'expliquent pas. Il y a des choses qui n'ont pas besoin d'explications. Je l'ai vécu comme une prise de conscience, comme si j'avais enfin pris le temps d'écouter tout au fond de mon coeur et de mon âme et que j'y avais ressenti la présence de Dieu. Tout simplement.
Depuis, ma conception de Dieu et de la foi n'a pas beaucoup changé. Je me plais à dire que Dieu n'existe pas, car le mot "exister" est contraire à ma conception de Dieu. Je ne vous apprends probablement rien, mais le verbe exister nous vient du latin "ex-sistere" : "se tenir hors de". Selon moi, Dieu ne se tient pas hors de nous, il est EN nous. Dieu n'existe pas, Dieu est. Des tas de chrétiens et/ou de philosophes ont expliqué ça beaucoup mieux que moi, mais c'est la réflexion que j'ai mené (à l'époque, avec d'autres mots) au début de mon adolescence. Dieu, c'était cette lumière en moi, qui m'aide à marcher droit.
Je n'ai jamais imaginé Dieu comme un vieux bonhomme barbu assis en tailleur sur un nuage, qui distribuerait le soleil et la pluie, la santé et la maladie. Ce n'est pas non plus un ami imaginaire qui me suit partout et me dit ce qu'il faudrait faire ou ne pas faire. Ce n'est pas un créateur terriblement puissant qui m'inspirerait la crainte.
C'est une Lumière, une présence chaude que je connais et qui me connais, une force, une énergie, qui palpite un peu plus que d'habitude quand je prie ou quand je me rends dans une église.
J'ai un immense respect pour l'Eglise et pour les textes religieux qui nous ont été donnés, mais je me refuse à les suivre à la lettre. Je les écoute, les lit avec attention, mais je ne peux m'empêcher de les critiquer parfois, de les remettre en cause, de les confronter à ma foi et mon propre sentiment. Je fais partie de ces gens qui croient que les textes ont été écrits par des hommes (des hommes inspirés, mais des hommes quand même) et que l'Eglise est une institution humaine ; et par conséquent, on peut s'y tromper, et je ne peux tout simplement pas les suivre sans m'être posée la question de savoir s'ils correspondent ou non à ce que je ressens au fond de mon coeur.
Aujourd'hui, je suis folle amoureuse d'un jeune homme du même âge que moi et qui fait lui aussi des études brillantes. A 21 ans, il est le premier homme que je connaisse, et si je me suis engagée dans cette relation, c'est parce que j'ai la conviction qu'il sera le seul. Nous prévoyons très sérieusement de nous marier, quand nous aurons fini nos études et aurons les moyens de fêter ça comme il se doit. Je tenais à ne m'engager dans une relation amoureuse que si j'avais le sentiment qu'elle était très sérieuse, je ne voulais pas collectionner les aventures, ni trouver des distractions pseudo-sentimentales ou purement sexuelles en attendant de trouver le Grand Amour. C'était le grand Amour tout de suite, ou rien. C'est ce qui correspondait à ma foi chrétienne, à ce qu'elle avait pu m'enseigner au sujet de l'amour, des relations entre les hommes et les femmes, du mariage, etc. Il faut aussi que je vous confesse quelque chose : cette vision idéalisée de l'amour, c'est probablement dû aussi en partie à Walt Disney (vous savez, ces histoires de princes charmants, d'amour éternel... ^^).
Il est athée, ne croit pas en Dieu, ne partage pas mes convictions, mais il porte un vrai respect à ma foi, et nous en parlons avec une grande liberté. Je n'avais pas vraiment imaginé faire ma vie avec un athée (spontanément, j'imaginais plutôt un chrétien), mais l'amour est ainsi fait. Mon prince charmant ne croit pas en Dieu, il n'en reste pas moins mon prince. Il faut dire qu'à défaut de croire en Dieu, il est l'incarnation vivante de nos valeurs chrétiennes : bonté, générosité, respect, désintéressement... Une perle rare, vous dis-je !
Il sait ce à quoi il s'engage avec moi : un mariage chrétien (il le souhaite d'ailleurs), et des enfants élevés dans la foi, baptisés, catéchisés, communiés, etc. Sa seule condition : le catéchisme ne doit pas se transformer en bourrage de crâne (je m'y refuse également), et nos enfants devront toujours avoir le droit et même le devoir de réfléchir sur Dieu, leur foi, de prendre du recul et de l'embrasser sans y être poussés.
Nous n'avons pas attendu le mariage pour avoir des relations sexuelles. Pour moi, le mariage n'est qu'une façon d'officialiser une relation déjà sérieuse, une façon de le crier au monde entier et surtout une occasion de fêter cet amour avec tous ses proches. Mais il ne renforce pas l'amour, ne donne pas un caractère plus sérieux à une relation : elle doit l'être avant le mariage ! Je ne crois pas non plus qu'on ait besoin de se marier pour que Dieu reconnaisse notre relation. Comme je vous l'ai dit, pour moi, Dieu est en moi, à chaque instant, alors croyez-moi : il a bien dû se rendre compte des sentiments que j'éprouvais pour cet homme ! Mon mariage, ce sera "juste" un très beau jour où l'on célèbrera notre amour, en ce - biensur- en présence de Dieu.
En fait je me rends compte que c'est sur les questions de l'amour et de la sexualité en général que j'ai le plus de mal à accepter les préceptes de l'Eglise et des textes. Il y a toujours un certain décalage entre ce que j'estime juste (conformément à ce que Dieu m'inspire, en mon for intérieur) et ce que l'Eglise peut me dire.
Par exemple, je n'ai aucun problème à utiliser des moyens de contraception. J'ai un désir d'enfant très fort, depuis longtemps, je souhaite une famille nombreuse, mais ce n'est pas encore le moment pour moi : je suis jeune, et je n'ai même pas fini mes études. Prendre la pilule ne me paraît absolument pas contre-nature ou contre-chrétien. Je ne fais que retarder l'heureux jour où je tomberais enceinte, je "garde au chaud" tout ce dont j'ai besoin pour faire un enfant, en attendant de réunir toutes les conditions matérielles, financières et sociales indispensables pour accueillir un enfant dans les meilleures conditions. Je suis sincèrement désolée si je choque certains d'entre vous par mes propos, ce n'est pas mon intention !
Si malgré mes précautions je tombais enceinte avant l'heure, je sais que je serais incapable d'avorter. Pour moi, dès qu'un ovule est fécondé, c'est une nouvelle vie qui commence (aussi primitive et informe soit-elle) et la vie est sacrée. Hors de question d'y toucher. En revanche, je me garde bien de condamner les femmes qui choisissent l'avortement, car c'est une question extrêmement personnelle et compliquée, et je ne me sens pas de les juger, même si l'idée de mettre un terme à une petite vie me glace le sang.
Que dire d'autre ? Je suis pour l'utilisation du préservatif, je ne crois pas qu'il soit une bonne idée de permettre le mariage des prêtres, je veux qu'on reconnaisse l'union homosexuelle, qu'on la respecte et qu'on leur permette de fonder une famille, je rêve secrètement de jeter des araignées à la figure de ceux qui pensent que la foi chrétienne est une croyance arriérée et ridicule, je ne suis pas toujours aussi charitable et généreuse que je devrais l'être.
Pourquoi vous dire tout ça ? Je ne manque pourtant pas de pudeur et de timidité, d'habitude !
La raison est en fait toute simple : comme vous avez pu le voir, il y a parfois un petit décalage (et parfois pas) entre ma vision de la vie chrétienne et celle qu'on nous enseigne dans les textes sacrés et/ou celle transmise par l'Eglise. J'ai souvent tenté d'en parler avec d'autres chrétiens croyants, et cela a toujours été un échec : on me taxe de mauvaise chrétienne, on condamne certaines de mes positions en me récitant des psaumes. De la même façon, j'ai eu l'occasion d'en discuter avec des non-croyants et ces derniers ont accueilli mes idées avec beaucoup de compréhension, de tolérance et de respect. Cela m'attriste de constater que les gens qui me tolèrent le plus sont des gens dont je ne partage pas les convictions et les valeurs (même si je les aime très fort). Je sens aujourd'hui le besoin de parler de tout ça avec d'autres catholiques, de débattre, de m'expliquer, de dire ce que je ressens et aussi de chercher quelques conseils.
Aussi je prie très fort pour que vous m'accueilliez sur ce forum, avec tout ce que je peux pas avoir de foi, d'amour pour Dieu, et aussi de prises de recul, de contestations, de revendications. Merci de m'avoir lue ! Je me sens soulagée d'avoir écrit tout ça.





