Les liens du sang sont-ils à rejeter ?

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etienne lorant
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Les liens du sang sont-ils à rejeter ?

Message non lu par etienne lorant »

Parfois, je l'ai cru. J'ai cru que, puisque j'avais choisi de m'efforcer de vivre dans le Christ, je devais parvenir à oublier mes proches. Mais c'est pratiquement le contraire qui se produisit. Mon premier mouvement, dès le lendemain de ma conversion, je me suis précipité au monastère pour demander de "réapprendre à marcher" puisque j'étais redevenu comme un petit enfant...

Mais Dieu n'a pas voulu. A chaque tentative, je me suis retrouvé à la case de départ - et finalement, le lieu où j'ai travaillé pour le Seigneur, celui où j'ai rencontré le plus d'hommes et de femmes qu'il fallait écouter et rassurer, entendre et encourager (en parlant de Dieu ou pas)... c'était à ma boutique - je venais de l'ouvrir. Mais des années plus tard, près de onze ans, je me suis encore présenté au Séminaire - avec des arguments en béton armé et après m'être préparé comme pour le match du siècle entre Cassius Clay et Georges Foreman... et l'échec fut complet de nouveau. Je ne fus même pas reçu dans un bureau, le directeur du Séminaire me connaissait comme marchand et n'a jamais songé qu'un vendeur de livres puisse faire une vocation tardive. Le Seigneur avait un autre projet puisqu'il fit de moi... le gardien de mes parents.

Bref, jusqu'à aujourd'hui, j'avais gardé un soupçon : n'avais-je pas trop donné à mes parents âgé plutôt qu'aux frères inconnus ? Et cet Evangile ne parlait-il pas, du moins un peu, contre moi : Saint Matthieu 12, 46-50
"Comme Jésus parlait encore à la foule, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus répondit à cet homme : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, tendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une soeur et une mère. " ?

Or, complètement par hasard (ma vie en est remplie à craquer), je viens de tomber sur l'éloge funèbre que saint Bernard de Cîtaux, fit pour son frère aîné, Gérard, proclamé saint lui aussi, mais beaucoup moins connu. Je vous livre le texte tel que je l'ai découvert, et qui me rassure tout à fait:

"Vous savez, mes enfants, disait le saint abbé à ses moines, combien juste est ma douleur, combien pitoyable ma blessure. Vous voyez, n'est-ce pas, quel compagnon m'a abandonné dans la voie où je marchais! Quelle énergie au travail, et quelle suavité dans ses manières! Qui donc m'était aussi indispensable? Qui donc avait pour moi autant d'amour? Il était mon frère par le sang, mais par la religion plus fraternellement. Plaignez-moi, je vous en prie, vous qui comprenez cela. J'étais infirme, il me portait; je perdais cœur, il me confortait; j'étais paresseux et négligent, il me stimulait; imprévoyant, oublieux, il était ma mémoire. Pourquoi m'as-tu été arraché, homme uni à mon âme, homme selon mon cœur... Il eût mieux valu pour moi perdre la vie que ta présence, Gérard, toi qui étais l'instigateur zélé de mes études, mon secours vigoureux, mon examinateur prudent. Dis, pourquoi nous sommes-nous tant aimés, pourquoi nous sommes-nous perdus? Dure condition, triste fortune - pour moi du moins, non pour lui ! Il me semble entendre mon frère qui me dit "Est-ce qu'une mère pourra oublier le fils de ses entrailles? Quand bien même elle l'oublierait, moi je ne t'oublierai pas! » (Is., 49, 15.) Oh! non, ce n'est pas le moment! tu sais où je vis, où je languis, où tu m'as laissé! Personne pour me tendre la main! A tout ce qui arrive, je regarde vers Gérard comme j'avais l'habitude - et il n'est pas là. Hélas! alors je gémis, malheureux, comme un homme sans secours. Qui consulter dans le doute? A qui me fier dans les combats? Qui portera le fardeau? Qui éloignera les dangers? Est-ce que partout les yeux de Gèrard n'éclairaient point mes pas? N'est-il pas vrai, Gérard, que tu prenais à cœur plus que moi-même mes soucis, ils t'envahissaient plus familièrement, ils te harcelaient plus âprement? N'est-ce pas, ta parole douce et efficace me retirait très souvent des discours mondains, et me rendait au cher silence? Le Seigneur avait instruit sa langue, en sorte qu'il savait quand il devait parler. Ainsi la prudence de ses réponses, et leur bonne grâce, par dessus le marché, donnaient satisfaction à ceux de la maison comme à ceux du dehors, et personne presque ne me demandait quand on avait déjà vu Gérard. Il courait aux visiteurs, me servait de bouclier pour qu'ils ne fissent pas irruption dans mon repos. Si, malgré tout, il s'en trouvait qu'il ne pût satisfaire, il me les amenait et congédiait le reste. Ah! l'homme industrieux! Ah! l'ami fidèle!
Il ménageait l'amitié sans manquer aux devoirs de charité. Le riche emportait un conseil; le pauvre, une aumône. Il ne cherchait pas son intérêt il se plongeait dans les ennuis pour que j'eusse la paix. " ... Il n'a pas connu la littérature, mais il a eu le sens qui découvre la lettre, et il a eu l'illuminateur, l'Esprit. Ce n'est pas seulement dans les très grandes circonstances, mais dans les plus petites, qu'il était très grand..."

Merci, Seigneur, pour cette belle découverte !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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