"Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux." (1 Jn 2:11)
A mon réveil, ce matin, j'ai éprouvé un chagrin si profond que j'ai cru un moment devoir en mourir. Mais dès le premier instant, j'ai saisi mon chapelet et j'ai commencé à prier. J'ai prié et, au même moment, j'ai vu défiler devant moi, les uns après les autres, tous les visages des personnes que j'ai croisées un jour, que j'ai aimées, dont je m'étais occupé, dont j'avais espéré que l'amitié durerait toujours.
L'incident a duré près d'une heure. Je n'ai pas seulement revu les femmes particulièrement aimées, mais aussi quelques amis et des copains, des plus jeunes et des plus âgés, les membres de ma famille, des camarades de classe. Et dire que certains "forums sociaux" proposent de retrouver "toutes vos connaissances". Mais même s'il est possible d'en retrouver quelques-uns ... à quoi bon !?! J'ai fait un tour d'horizon, tout en tenant fermement mon chapelet, et j'ai vu également dans quelles circonstances nous avions rompu. Je me suis souvenu de Philippe, l'ami d'enfance, qui habitait de l'autre côté du mur du jardin.
Nous avons grandi ensemble, et il me faisait comme un frère, moi qui n'ai connu que des soeurs. Nous étions enfants de choeur dans la paroisse. Nous avons collaboré pour nos études durant six années, nous avons présenté un mémoire sur la guerre froide, nous sommes entrés dans la même université. Nous nous étions aussi présentés ensemble à la Force Aérienne, nous avions voyagé jusqu'en Ecosse pour assister à des meetings aériens, etc. Et puis, Philippe a découvert que son père n'avait été "que" contremaître en usine, tandis que le mien avait cumulé des diplômes de sciences comme d'autres collectionnent les pièces de monnaie.
Et ce fut la mort de l'amitié. Il y avait soudainement une revanche à prendre. Je l'ai perdu de vue pendant dix ans, puis je l'ai croisé dans le train. Il m'a montré sa carte de Docteur en Chimie, il m'a rappelé aussi l'épisode au cours duquel en première année de Chimie à l'université, il avait dû faire appel à mon père pour convaincre le sien de lui laisser poursuivre le cycle commencé. Je m'en souvenais certes, mais je n'avais pas compris que tout avait basculé à ce moment-là. Il me reprochait mon milieu d'origine - c'est tout. Et le sien aussi : sa soeur cadette m'a appris plus tard qu'il a épousé une petite noble italienne. Mais pour que ses beaux-parents ne voient jamais où il avait grandi, il avait loué tout un hôtel pour les recevoir lors du mariage... qui n'a pas tenu longtemps.
Après quoi, il est devenu PDG, il a placé de l'argent un peu partout... on le dit très maigre aujourd'hui et il touche à la politique...
Eh bien, ce matin, j'ai remué en moi dix cas semblables en me demandant comment j'aurais dû faire pour "arranger les bidons", et je n'ai pas trouvé. Et dire qu'aujourd'hui, je suis comme le mouton noir - l'indépendant, l'homme des "petites affaires", dans ma propre famille. Hélas, nous tous fonctionnaires et lui, toujours dans sa petite boutique ou à l'église ! Ne dit-on pas que même mon célibat est suspect ?
Enfin, je me suis obligé à me lever, il était à peine 5h00 et j'ai commencé à travailler. A midi, j'étais tout sourire devant ma mère, à la table de la maison de retraite. Mais elle a remarqué mon air "tout chiffonné". La fatigue de fin de semaine, j'ai dit... Mais, allons, secouons-nous, debout !, il faut passer sur l'autre rive !
Le défilé des ombres
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etienne lorant
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Le défilé des ombres
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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etienne lorant
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Re: Le défilé des ombres -Johane
Ombre de passage : "Jo", membre d'un groupe laïque de Montréal qui m'a fait découvrir le "Petit Journal" de sainte Faustine au cours de l'année 2003. Ma décision de m'engager est devenue effective en avril 2004, mais la dégradation de mes relations personnelles avec ma "marraine", via internet, était déjà en cours. Mais je luttais, je ne comprenais pas ce qui s'était passé. Six mois plus tôt nous échangions un court message chaque jour. Et puis la veille de la Noël, Jo est partie pour une retraite de quelques jours. A son retour, elle m'avait envoyé cette formule qui s'est aussitôt gravée dans ma mémoire, tant je l'avais trouvée bienfaisante et encourageante: "Désormais, toi et moi serons toujours frère et soeur dans le Christ". Merveilleux !
Sauf qu'il s'agissait d'une façon très belle... de dire adieu.
Comme je n'avais pas compris, Jo a employé envers moi la manière douce: elle a continué à échanger avec moi, mais nous sommes passés d'un message par jour, à un message pour trois jours, puis un par semaine, puis deux par mois, puis un par mois, etc. Je dis qu'elle a employé la "manière douce", mais en réalité: lorsque vous arrachez un sparadrap devenu inutile, préférez-vous l'arrachement d'un poil à la fois, ou bien tirez d'un coup sec ?
De mon côté, je n'ai jamais renoncé - mais il est facile, bien sûr, de changer d'email. A la longue, oui, à l'usure, je me suis lassé moi aussi. Mais l'amertume qui est demeurée dure encore. Et pour ma part, je ne me crois pas libre: Jo est toujours ma soeur de coeur dans le Christ, cet engagement continue de me lier. J'ai envoyé un partage basé sur l'Évangile selon saint Marc 16,9-15, sur l'envoi des disciples. Des mois plus tard, j'ai constaté que Jo m'avait laissé une réponse sous forme d'une question de politesse de trois "Comment vas-tu ?" Les Anglais disent "How do you do ?", mais ce n'est pas une question, c'est une formule de salutation. Je l'ai acceptée comme telle, j'ai eu mal au coeur quelques minutes, puis je suis passé à autre chose. Néanmoins, voici enore une proche relations perdue et dont je suis forcé d'accepter la perte - ce qui n'est possible ni dans ma conscience ni dans mon coeur. Voici une plaie ouverte qui ne se refermera que dans l'au-delà... et qui en attendant, me gâte la vie. Faudrait-il donc ne jamais croire personne ?!?
Sauf qu'il s'agissait d'une façon très belle... de dire adieu.
Comme je n'avais pas compris, Jo a employé envers moi la manière douce: elle a continué à échanger avec moi, mais nous sommes passés d'un message par jour, à un message pour trois jours, puis un par semaine, puis deux par mois, puis un par mois, etc. Je dis qu'elle a employé la "manière douce", mais en réalité: lorsque vous arrachez un sparadrap devenu inutile, préférez-vous l'arrachement d'un poil à la fois, ou bien tirez d'un coup sec ?
De mon côté, je n'ai jamais renoncé - mais il est facile, bien sûr, de changer d'email. A la longue, oui, à l'usure, je me suis lassé moi aussi. Mais l'amertume qui est demeurée dure encore. Et pour ma part, je ne me crois pas libre: Jo est toujours ma soeur de coeur dans le Christ, cet engagement continue de me lier. J'ai envoyé un partage basé sur l'Évangile selon saint Marc 16,9-15, sur l'envoi des disciples. Des mois plus tard, j'ai constaté que Jo m'avait laissé une réponse sous forme d'une question de politesse de trois "Comment vas-tu ?" Les Anglais disent "How do you do ?", mais ce n'est pas une question, c'est une formule de salutation. Je l'ai acceptée comme telle, j'ai eu mal au coeur quelques minutes, puis je suis passé à autre chose. Néanmoins, voici enore une proche relations perdue et dont je suis forcé d'accepter la perte - ce qui n'est possible ni dans ma conscience ni dans mon coeur. Voici une plaie ouverte qui ne se refermera que dans l'au-delà... et qui en attendant, me gâte la vie. Faudrait-il donc ne jamais croire personne ?!?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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etienne lorant
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Re: Le défilé des ombres
Je glisse ici un cas d'euthanasie que je viens d'apprendre et qui, après réflexion, m'a horrifié.
L'homme découvre qu'il est atteint d'un cancer du colon. Les médecins lui donnent six mois à vivre. Le malade choisit l'euthanasie et signe les papiers. Cela se passe ainsi : il se fait hospitaliser et sans qu'il sache quand, il est nourrit, on lui donne des anti-douleurs, et puis une nuit quelconque, on l'endort par perfusion et on envoie le produit qui arrête le coeur. Cela m'a horrifié (beaucoup de choses m'horrifient ces temps-ci) parce que je songe à l'âme de cet homme, et je songe aussi à la mienne. Qu'en pensez-vous: si l'on vous disait, vous en avez pour six mois et vous souffrirez beaucoup durant les trois derniers mois, êtes-vous certains de vous-même, assez pour accepter de souffrir avec Jésus, jusqu'au bout ?
L'homme dont je parle était athée, mais est-ce une excuse ? Que vont en penser ses proches et tous ceux qui l'ont connu ? Mourir est donc devenu si simple ? Seigneur, le jour venu, je te prie pour la grâce de la bonne mort... Pour obtenir cette grâce, il faut prier saint Joseph.
L'homme découvre qu'il est atteint d'un cancer du colon. Les médecins lui donnent six mois à vivre. Le malade choisit l'euthanasie et signe les papiers. Cela se passe ainsi : il se fait hospitaliser et sans qu'il sache quand, il est nourrit, on lui donne des anti-douleurs, et puis une nuit quelconque, on l'endort par perfusion et on envoie le produit qui arrête le coeur. Cela m'a horrifié (beaucoup de choses m'horrifient ces temps-ci) parce que je songe à l'âme de cet homme, et je songe aussi à la mienne. Qu'en pensez-vous: si l'on vous disait, vous en avez pour six mois et vous souffrirez beaucoup durant les trois derniers mois, êtes-vous certains de vous-même, assez pour accepter de souffrir avec Jésus, jusqu'au bout ?
L'homme dont je parle était athée, mais est-ce une excuse ? Que vont en penser ses proches et tous ceux qui l'ont connu ? Mourir est donc devenu si simple ? Seigneur, le jour venu, je te prie pour la grâce de la bonne mort... Pour obtenir cette grâce, il faut prier saint Joseph.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Re: Le défilé des ombres
Saint-Joseph, et aussi Sainte Marie.etienne lorant a écrit :Seigneur, le jour venu, je te prie pour la grâce de la bonne mort... Pour obtenir cette grâce, il faut prier saint Joseph.
Quelle joie d'aller à Jésus entre ses parents !
Joie pour Jésus d'abord, joie aussi pour nous.
St Joseph est un point d'entrée privilégié pour entrer dans l'amitié de la Ste Famille.
De l'amitié de la Ste Famille, on passe facilement à l'amour de la Ste Trinité.
Merci Etienne,
Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
O Jésus, pour Te suivre.
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etienne lorant
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Re: Le défilé des ombres
Je crois que je vais arrêter ce fil ... j'aurais beaucoup de rencontres à raconter, mais le thème est un peu "souffrant". Aujourd'hui à minuit, j'aurai 54 ans et aucune de mes connaissanes depuis vingt-cinq ans (à l'exception de ma mère) ne s'en est souvenu. Mais c'est égal, si le Seigneur veut bien me garder dans l'état de grâce où je suis depuis trois jours aujourd'hui.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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