philémon.siclone a écrit : Le temps linéaire, la mort, la vieillesse, en sont les conséquences. Les animaux qui se dévorent entre eux, par exemple. Alors qu'au départ, Dieu a donné seulement les fruits des arbres à manger aux bêtes et aux hommes. Les animaux carnivores sont donc la conséquence d'un désordre installé dans la nature depuis le péché d'Adam. Sans compter tous les bouleversements de la nature : tremblements de terre, catastrophes, tonnerre, foudre, incendies, inondations. Ou encore les étoiles qui naissent, vieillissent, éclatent et meurent, les galaxies qui entrent en collision. Tout cela est à l'opposé de la nature divine. Tous ces désordres, ces bouleversements, portent la trace évidente du péché originel.
Or, vous savez bien que des espèces carnivores ont précédé l'homme. Et les bouleversements dont je parle existent depuis le Big Bang. Adam et Eve vivant au Paradis terrestre, ne sont donc pas à situer dans ce temps-ci, ni dans cet espace-ci.
Merci pour cette pensée claire qui permet de situer avec précision nos différences d'opinion. Votre conclusion me semble tout à fait logique, mais c'est votre affirmation de base qui ne présente pas l'évidence que vous indiquez.
Je vous avais déja répondu sur un autre fil du sous-forum Ecriture Sainte - Le péché originel : quelle réalité concrète ? sans suite de votre part.
Le problème, dans cette observation, c’est que vous donnez une qualification morale ou une appréciation sur les faits objectifs dont vous parlez. Le récit de la Bible, qui indique que tout est bon après chaque étape de la création résumée en quelques jours pour représenter des années lumière, paraît contredire un chaos ou une déchéance dans la création avant l’apparition de l’homme.
En réalité, le récit de la Genèse confirme que le chaos précède l’humanité (Gn 1, 2) et me paraît indiquer que les étapes de la création, présentées avec l’humain à son apogée, mettent les choses progressivement en ordre pour l’humanité. La mort et les évènements naturels, avant l’humanité, sont des moyens qui ont permis de renouveler sans cesse toutes choses et d’adapter progressivement le monde créé pour permettre l’apparition de l’humanité. Rien ne me semble permettre de considérer cela en termes de mal ou de négatif. La Genèse nous dit, au contraire, que c’était bon, malgré les apparences.
Le sujet a déja été évoqué dans trois fils du sous-forum du christianisme pour les nuls :
1. La mort est entrée dans le monde par le péché d’Adam ??
2. La descendance d’Adam et Eve et la question de l’inceste
3. Le poisson dans la cène
J'en reprends quelques extraits :
Dès la Genèse, n’y a-t-il pas une profonde ambiguïté sur la mort ? Les espèces créées se renouvellent par la mort de génération en génération. A-t-il pu en être autrement pour Adam et Eve qui ont été créés à l’image de Dieu et ont reçu leur humanité dans un corps animal naturellement mortel ?
La profonde différence, n’est-ce pas qu’ils ont reçu la vie divine éternelle, la capacité de franchir la mort physique sans que leur être, leur âme soit détruite. Cette capacité a été blessée par la faute originelle. Dans le texte hébreu de l’avertissement de Dieu de la Genèse (Gn 2, 17), il n’est pas dit à Adam qu’il « mourra physiquement » s’il s’empare du fruit interdit, comme si la mort physique n’existait pas encore, mais le texte semble dire de manière plus nuancée « de mourir, tu mourras », comme si la mort ne pouvait plus être vaincue par lui.
Dans Gn 2, 17, l’avertissement du risque de mort indiqué par Dieu à Adam n’évoque pas une réalité qui lui est inconnue. Elle ne semble pas viser nécessairement la mort physique. Le texte hébreu paraît viser deux morts en écrivant : de mort, tu mourras. Ce qui est visé, n’est-ce pas un risque de mort pour la personne humaine faite de corps mais aussi d’esprit à l’image de Dieu ? Sans la communion avec Dieu, la vie de l’homme, sa personne, n’est-elle pas vouée à se dissoudre dans la mort physique : la mort (physique) n’est-elle pas vouée à détruire sa personne, à la faire mourir ? De la mort (physique), tu mourras (ta personne).
Le Christ, le nouvel Adam, n’a pas supprimé la mort physique, il l’a franchie, il en a vaincu les effets négatifs. Elle n’a plus aucun pouvoir sur lui. N’était-ce pas la situation d’Adam sans la chute ?
La chute fait passer l'humain de l'état insensible au temps (de la mort physique qui est dans la nature, sa personne ne meurt pas, sa vie spirituelle en Dieu se poursuit sans interruption et son corps se renouvelle autant que nécessaire) à un monde temporel (la blessure spirituelle de la chute le soumet à la mort : de la mort physique tu mourras (Gn 2, 17) car, en dehors de la communion spirituelle avec Dieu, il est soumis aux limites terrestres temporelles.
Le fait que la mort "règne" depuis le péché originel n'exclut pas sa réalité naturelle positive antérieure pour le renouvellement de toutes choses dans la nature, mais la faute a permis à la mort de pénétrer dans l'humanité, d'atteindre l'immortalité que l'homme a reçue de Dieu pour son corps comme pour son âme.
Le premier Adam a pu connaître la mort, indépendamment du péché, comme tous les autres êtres animés qui existaient avant lui sur la terre. Sans le péché, cette mort physique ne provoquait pas sa mort personnelle mais pouvait être dépassée et vaincue par une vie de l’humain en communion avec son créateur plutôt que par une existence conduite par ses propres connaissances.
La mort est dans la nature. Elle permet à toutes choses de se renouveler. Elle ne devient un mal que si elle détruit, si elle ne peut être franchie, vaincue.
L'homme est créé dans une création où tous les êtres animés sont naturellement mortels. Ils se renouvellent sans cesse, mais sans persistance de leur réalité propre.
Mais, l’homme qui reçoit en partage une vie à l’image et à la ressemblance de Dieu peut transcender la limite de la mort physique, matérielle.
L’humain a reçu cette possibilité de franchir la mort. Pour les chrétiens, le Christ a restauré cette possibilité par sa résurrection.
Dans la nature, la mort n’est pas une vraie mort qui détruit définitivement, mais un passage, car les cellules du corps mort se transforment et la vie se transmet ailleurs. Nos propres cellules corporelles meurent et se renouvellent sans cesse. Par la chute et sans le Christ, c’est notre personne qui est menacée de mort.
Dans le sous-forum de Théologie – Genèse du péché originel :
Doris a écrit : Adam et Eve connaissaient la mort ! Dans l’indifférenciation harmonieuse, les animaux mourraient, le végétal se fanait. Quand il ne pleuvait pas, ils voyaient la terre se dessécher. Ils géraient la vie, ils géraient la mort, qu’ils ont nommée de son nom, comme ils ont nommé toute chose sous le regard bienveillant de Dieu. Lorsqu’ils sont devant l’arbre du milieu du jardin, (et simultanément devant les arbres alentour) ils ont l’expérience de la mort extérieure à eux-mêmes
Raistlin a écrit : Je ne pense pas que les animaux aient été immortels avant le péché originel. D'abord parce que l'immortalité d'Adam et Eve provenait de leur relation directe avec Dieu - que les animaux n'avaient pas - et ensuite, la profusion d'ossements datant d'avant l'apparition de l'Homme invalide cette hypothèse.
Dans la nature, la mort n’existe physiquement que de manière relative. Une forme visible disparaît, mais tous les éléments chimiques qui la composent retournent dans la poussière du sol et sont réincorporés dans d’autres vivants.
La profonde différence par rapport aux autres créatures, c’est que les humains ont reçu la vie divine éternelle, la capacité de franchir la mort physique sans que leur être, leur âme soit détruite. Cette capacité a été blessée par la faute originelle.
Le problème vient probablement de l’ambiguïté du mot « mort » qui évoque une destruction totale, définitive, irrémédiable. Ce qui n’est pas tout à fait exact, ni dans la nature où la mort permet un renouvellement de la vie, ni pour nous du fait que le Christ a franchi la mort.
La mort passage peut être positive pour un état meilleur. Elle n’est pas nécessairement négative, ni punitive.