Note de fin de journée

« J'enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ez 36.26)
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etienne lorant
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Note de fin de journée

Message non lu par etienne lorant »

Comment fait-on pour être "prêt" pour Noël ? Seigneur, donnez-nous la réponse, à chacun(e) selon la parole d'Isaïe que Jean le Baptiste rappelait aux Juifs: "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies !" Jean prêchait la repentance, mais moi je me sens poussé à demander un surcroît de douceur, de tendresse et de miséricorde. Car l'hiver semble m'avoir refroidi le coeur, le manque de lumière semble donner du poids aux ténèbres...
Ah, mais il y a eu l'incident de ce midi ! Il y avait là une étudiante en jean délavé qui "fouinait" dans mon présentoir où j'empile les invendus de livres de poche à 1 euro/pièce... sans arriver à les vendre. Ses copains de classe étaient là aussi et la taquinaient à leur manière. Elle leur rétorquait : "Vous dîtes que vous ne savez pas lire, et vous vous en vantez !" J'entendais cela depuis mon bureau, le regard tourné ailleurs (presque toujours sur cet écran), mais cette réponse a fait rejaillir un peu en moi l'enthousiasme des débuts. Et puis, hop, il était l'heure du repas de midi, et en deux temps, trois mouvements, j'ai rentré mes présentoirs.

Entre-temps, la fille avait rejoint ses copains. Je rentre le grand meuble à roulettes et en regardant ces rangées de livres de poche, je me dis : tiens, il faudrait soutenir l'effort de cette avocate de la lecture. Alors, j'ai cherché moi-même et je suis tombé sur un Bernanos que j'avais trouvé vraiment très difficile à lire. C'est : "La Joie"... Je regarde si ne je vois rien d'un peu plus "souple" mais de même qualité - et je ne vois rien. Quoi qu'il en soit, sans que j'y ai vraiment réfléchi, je me suis dirigé vers la sortie et, en passant devant le peit groupe, j'ai lancé: "C'est bien vous qui cherchiez un livre ? En voici un, il est difficile, mais je crois qu'il est pour vous !" Et puis, en riant "Non, non, inutile de payer, c'est une façon que j'ai de récompenser la défense de la cause de la lecture !"

Cela, oui, Seigneur, c'est un peu de Noël qui vient en ce temps barbare pour me réveiller le coeur et lui rendre le goût du don. Dans la rue, comme je marchais vers la brasserie, m'est revenu ce chant qui disait: tout vient de toi, Ô Père très bon, nous t'offrons les merveilles de ton Amour !"

Encore un peu et j'aurais oublié cet "accident de bonheur"...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
etienne lorant
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Re: Note de fin de journée

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Un commentaire de Lise Genz sur "La Joie"

Bernanos, La Joie

En 1929, lorsque Georges Bernanos reçoit le Prix Fémina pour La Joie, le lectorât français n’était pas encore effarouché par une oeuvre qui parlait de Foi, de Charité, d’Amour .. Baste, disons le mot clairement : par une oeuvre qui parlait de DIEU. S’il vivait aujourd’hui, Georges Bernanos serait relégué au banc des minables par cette nouvelle intellectuenza qui, n’ayant aucun moyen de faire mieux, s’acharne à détruire ce qu’elle ne comprendra jamais. Ainsi, les choses sont bien faites, Georges Bernanos devait naître en 1888, et non un siècle plus tard.

J’ai repris La Joie, hier soir. Comme toujours dans l’oeuvre de Bernanos, je suis emportée par la minutie des détails, par les portraits des personnages : de Clergerie, le père de Chantal, un historien médiocre, obsédé par le seul but qu’il ait jamais poursuivi dans la vie, faire carrière, et passant ainsi à coté de sa vie ; sa mère, la Mama (grand-mère) de Chantal, murée dans la folie, dans le mensonge et la cupidité symbolisés par le trousseau de clés qu’elle transporte partout avec elle.

” Mes clés ? crois-tu que je prenne un malheureux trousseau de cléss pour le Saint-Sacrement ? Je t’étonnerais beaucoup, ma petite, si je te disais ce qu’il en est… “

Mademoiselle de la Clergerie posa doucement sa joue sur l’oreiller.

- Pas tant que ça, peut-être, dit-elle. Vous savez très bien que vos clés n’ouvrent pas une porte ici, pas un tiroir. ; vous ne vous en servez jamais, ce sont des clés pour rire. Seulement, vous ne voulez pas avoir l’air de vous en apercevoir… Oui, mama, laissez-moi vous dire, ne vous fâchez pas… A votre âge, si près de Dieu, c’est encore trop d’un petit mensonge ! l’âme n’est plus de force à le supporter. Et il y a encore les autres mensonges, pensez donc, ceux de toute la vie!… Il en reste toujours quelque chose ; ils doivent empoisonner les vieilles gens. Arrachez du moins celui-là, les autres viendront avec, tous ensemble, comme les liserons d’un groseillier. Alors vous serez réconciliée avec les vivants et les morts, c’est moi qui vous le jure : vous pourrez dormir en paix.

- Tu as deviné! Est-ce possible, dit la folle d’une voix qui tremblait de joie. Tu devines tout, c’est merveilleux. Oui, oui, je le savais. Elles ne sont bonnes à rien. Je pourrais te dire quel jour on les a mises sur ma table à la place des vraies. L’homme les avait frottées la veille au sable sous ma fenêtre. N’importe, prends-les, je te les donne. A présent que tu sais, à quoi veux-tu qu’elles me servent ? D’ailleurs, je suis lasse, mon coeur lui-même s’endort. Désormais, vois-tu, je m’en vais pouvoir être lasse tout mon saoul ” Ses épaules eurent à peine un léger frisson. Elle dormait.

Chantal est le personnage principal. Tout, autour d’elle, s’acharne à la détruite, à travers sa joie, à cause de sa joie. D’abord l’abbé Cénabre, imposteur, dangereux, cuirassé d’orgueil et de détachement. Et puis, le psychiatre La Pérouse :

” Votre tour viendra, mademoiselle, dit-il. Oui, l’heure viendra où vous chercherez avidemment, parmi tant d’autres aujourd’hui dédaignés, le dernier misérable mensonge pour vous aider à vivre et à mourir. J’ai vu des jeunesses plus insolentes que la vôtre et elles ont fini par se rendre… elle se sont rendues corps et âme “

- Est-il possible ? fit-elle, en regardant le psychiatre avec une surprise indicible. Peut-on se rendre ?

Il se mit à rire de façon si basse, si féroce, avec un tel désir de l’humilier qu’elle devint pourpre. On n’entendait plus que le souffle menu de la vieille femme et le grincement d’une branche sur la vitre.

- Comprenez-moi, dit-elle. A qui se rend-on? A qui rendrait-on son âme ? je crois qu’on se refuse, ou qu’on se donne. Mais se rendre ? “ Sa voix s’épuisait de plus en plus et s’éteignit sur ce dernier mot. “

Puis les personnages de moyenne importance, tous hauts en couleur : Fiodor, le valet russe, mystique et étheromane ( aujourd’hui, il utiliserait d’autres drogues plus modernes pour ses highs). La cuisinière bien plantée les deux pieds dans la vie terre à terre, et son dévouement pour Chantal, comme un garde-fou ; la jeune servante Francine, envoutée par Fiodor et droguée par lui, avec lui.

Et au milieu, Chantal, lumineuse, belle, simple et remplie de joie – une joie dont elle est prête à faire le sacrifice pour le salut des autres. Qui aujourd’hui comprendrait cela ? C’était il y a près de quatre vingt ans, et j’ai bien conscience que Bernanos est périmé : ces sentiments, ces mots n’ont plus cours. Qui s’intéresse encore à la suggestive approche d’une vocation de sainteté ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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