Le retour du religieux
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etienne lorant
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Le retour du religieux
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,21-24.
Jésus, exultant de joie sous l'action de l'Esprit Saint, dit: "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »
Il y a donc une clé de la connaissance de Dieu qui ne peut se trouver ni dans la raison, ni dans l'intelligence, puisque Dieu est d'abord un mystère. Et heureusement, car si nous savions saisir entièrement qui est Dieu, nous le rangerions aussi vite dans une boîte à idées... Il est très heureux qu'il n'en soit pas ainsi, et les saints nous disent que nous n'aurons pas assez de toute l'éternité pour comprendre Qui est Dieu. Aussi longtemps que nous sommes en ce monde, la clé de la connaissance, c'est le Christ: "Personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Nous sommes donc tous, sur ce forum, des âmes auxquelles Jésus à choisi de revéler Dieu, et Dieu comme Père. Je ne connais pas de bonheur supérieur à m'être retrouvé ici, à l'exception de mon Eucharistie matinale. Et je n'ai qu'un regret, c'est de ne pouvoir "habiter la maison du Seigneur chaque jour de ma vie", comme dit le Psaume. Qui me rendra l'office de Laudes et où participer aux Vêpres ?
Ce matin, à la radio, j'ai entendu une personnalité française (qui s'exprimait au sujet des minarets suisses) déplorer ce navrant retour du religieux. "Pourtant, les catholiques ont pratiquement disparu". Hélas, a-t-il ajouté, nous voyons de nouveau des prêtres en soutanes, et dans ces conditions, comment refuser le voile des islamiques? Et comment arrêter l'expansion des mouvements évangéliques protestants ? En réalité, ce sage et savant monsieur, s'il n'avait pas voulu chasser le Christ de la vie des européens, il n'aurait pas les difficultés qu'il rencontre aujourd'hui. Comment pourraient-ils comprendre, tous ces sages qui exercent le pouvoir, que c'est leur "laïcité triomphante" - avec tous ses excès, qui fait revenir en force le reiligieux ? La vérité, c'est que les hommes ne naissent pas "laïcs" : ils le deviennent en subissant l'influence du monde, mais le Seigneur est bien plus fort que toutes les idéologies. Là où est l'Amour, tôt ou tard les yeux s'ouvrent.
Jésus, exultant de joie sous l'action de l'Esprit Saint, dit: "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »
Il y a donc une clé de la connaissance de Dieu qui ne peut se trouver ni dans la raison, ni dans l'intelligence, puisque Dieu est d'abord un mystère. Et heureusement, car si nous savions saisir entièrement qui est Dieu, nous le rangerions aussi vite dans une boîte à idées... Il est très heureux qu'il n'en soit pas ainsi, et les saints nous disent que nous n'aurons pas assez de toute l'éternité pour comprendre Qui est Dieu. Aussi longtemps que nous sommes en ce monde, la clé de la connaissance, c'est le Christ: "Personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Nous sommes donc tous, sur ce forum, des âmes auxquelles Jésus à choisi de revéler Dieu, et Dieu comme Père. Je ne connais pas de bonheur supérieur à m'être retrouvé ici, à l'exception de mon Eucharistie matinale. Et je n'ai qu'un regret, c'est de ne pouvoir "habiter la maison du Seigneur chaque jour de ma vie", comme dit le Psaume. Qui me rendra l'office de Laudes et où participer aux Vêpres ?
Ce matin, à la radio, j'ai entendu une personnalité française (qui s'exprimait au sujet des minarets suisses) déplorer ce navrant retour du religieux. "Pourtant, les catholiques ont pratiquement disparu". Hélas, a-t-il ajouté, nous voyons de nouveau des prêtres en soutanes, et dans ces conditions, comment refuser le voile des islamiques? Et comment arrêter l'expansion des mouvements évangéliques protestants ? En réalité, ce sage et savant monsieur, s'il n'avait pas voulu chasser le Christ de la vie des européens, il n'aurait pas les difficultés qu'il rencontre aujourd'hui. Comment pourraient-ils comprendre, tous ces sages qui exercent le pouvoir, que c'est leur "laïcité triomphante" - avec tous ses excès, qui fait revenir en force le reiligieux ? La vérité, c'est que les hommes ne naissent pas "laïcs" : ils le deviennent en subissant l'influence du monde, mais le Seigneur est bien plus fort que toutes les idéologies. Là où est l'Amour, tôt ou tard les yeux s'ouvrent.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le retour du religieux
La Foi reviendra...avec certaines conditions politico-religieuse...
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Re: Le retour du religieux
Comme vous Etienne je me sens très profondément "à ma place" à chaque Messe, chaque office auquel il m'est donné d'assister. Cela m'est arrivé, dans des coins perdus (et apparemment prosaïquement revenus au paganisme ambiant) de jubiler, lorsqu'au sein d'une petite communauté monastique ignorée du monde, se lève la louange de l'aube ou le Salve Regina de l'office de Complies : on comprend que cette force irrépressible de la prière est aussi puissante que la sève qui irrigue les plantes, plus féconde pour le monde que tant d'actes humains accomplis pour la cité terrestre...
Bien sûr la "foire aux bavardages" et les images tronquées qu'on nous propose du monde excluent en général celui des âmes. Il y a eu pourtant de telles permanences et de tels relèvements partout où le Christ a été exclu, chassé, interdit que nous ne pouvons pas désespérer (je prêche un converti...).
Pour le Premier Dimanche d'Avent, le jeune prêtre, très intériorisé, qui disait la Messe dimanche dernier, a comparé cette période à un enfantement : nous rappellant que, comme pour une naissance, la Tête était déjà sortie (notre Chef, Jésus) il nous a fait comprendre que le Corps tout entier est, dans ses membres, en plein accouchement. D'où nos souffrances et contorsions, mais du moment que la Tête est bien avenue, gardons confiance : comme pour une naissance humaine le reste du Corps est en bonne voie !
Bien fraternellement !
Bien sûr la "foire aux bavardages" et les images tronquées qu'on nous propose du monde excluent en général celui des âmes. Il y a eu pourtant de telles permanences et de tels relèvements partout où le Christ a été exclu, chassé, interdit que nous ne pouvons pas désespérer (je prêche un converti...).
Pour le Premier Dimanche d'Avent, le jeune prêtre, très intériorisé, qui disait la Messe dimanche dernier, a comparé cette période à un enfantement : nous rappellant que, comme pour une naissance, la Tête était déjà sortie (notre Chef, Jésus) il nous a fait comprendre que le Corps tout entier est, dans ses membres, en plein accouchement. D'où nos souffrances et contorsions, mais du moment que la Tête est bien avenue, gardons confiance : comme pour une naissance humaine le reste du Corps est en bonne voie !
Bien fraternellement !
Dernière modification par coeurderoy le ven. 04 déc. 2009, 9:59, modifié 1 fois.
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Re: Le retour du religieux
C'est pour cela que Robespierre était un grand visionnaire qui avait compris, avant l'heure, les limites d'une laïcité intégrale. Bien sûr, le révolutionnaire n'était pas un fervent catholique, loin de là. Une seule chose le préoccupait : le bonheur des hommes sur terre. Mais ce bonheur n'était possible, selon lui, qu'avec le concours de Dieu, "qui veille d'une manière toute particulière sur la Révolution." Aussi invoquait-il la "Providence" selon, disait-il, "un sentiment de son coeur, un sentiment qui lui est nécessaire." Il ne répugnait pas à renvoyer au Christ lui-même, disant : "N'oubliez pas que la morale du fils de Marie prononce des anathèmes contre la tyrannie... et porte des consolations à la misère". "Dieu puissant ! s'écrie-t-il, cette cause [de la Révolution] est la tienne, défends toi-même ces lois éternelles que tu gravas dans nos coeurs, absous ta justice accusée par le triomphe du crime et par les malheurs du genre humain, et que les nations se réveillent désormais au bruit du tonnerre dont tu frapperas tous les tyrans et les traîtres." Robespierre, en avocat du peuple opprimé, voyait en Dieu l'auteur même de la Révolution : "Quant j'ai vu tant d'ennemis... contre lui [le peuple opprimé], alors, plus que jamais, j'ai cru en Dieu (...). Celui qui peut tout ne peut vouloir que le bien." C'est Dieu "qui mit dans leur sein [des patriotes] cette force divine et cette flamme céleste qui les anime". Il a créé "tous les hommes pour l'égalité et le bonheur." Son culte, "c'est celui de la justice et de l'humanité".etienne lorant a écrit :? En réalité, ce sage et savant monsieur, s'il n'avait pas voulu chasser le Christ de la vie des européens, il n'aurait pas les difficultés qu'il rencontre aujourd'hui. Comment pourraient-ils comprendre, tous ces sages qui exercent le pouvoir, que c'est leur "laïcité triomphante" - avec tous ses excès, qui fait revenir en force le reiligieux ? La vérité, c'est que les hommes ne naissent pas "laïcs" : ils le deviennent en subissant l'influence du monde, mais le Seigneur est bien plus fort que toutes les idéologies. Là où est l'Amour, tôt ou tard les yeux s'ouvrent.
Il recommandait de ne pas persécuter le sentiment religieux : "Gardons-nous de blesser cet instinct sacré, ce sentiment universel." Quoique hostile au clergé, il condamnait la déchristianisation pratiquée par ses collègues. "Nous avons la patrie à sauver ; pourquoi réduire les prêtres au désespoir ?" "De quel droit [des hommes inconnus jusqu'ici] viendraient-ils troubler la liberté des cultes au nom de la liberté, et attaquer le fanatisme ?" "On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe ! Ils la diront plus longtemps si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui la dit".
Il suspectait l'athéisme d'être une doctrine de riches. "La proclamer c'est se jouer de sa dignité [du peuple], et attacher les grelots de la folie au sceptre même de la philosophie." "Au reste, celui qui peut remplacer la divinité dans le système de la vie sociale est, à mes yeux, un prodige de génie... Celui qui songe à la bannir, un prodige de stupidité ou de perversité." "Qui donc t'a donné la mission d'annoncer au peuple que la divinité n'existe pas, ô toi qui te passionnes pour cette aride doctrine et qui ne te passionnas jamais pour la patrie ? Quel avantage trouves-tu à persuader l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées et frappe au hasard le crime et la vertu, que son âme n'est qu'un souffle léger qui s'éteint aux portes du tombeau ? L'idée de son néant lui inspirera-t-elle des sentiments plus purs et plus élevés que celle de son immortalité ? Vous qui regrettez un ami vertueux, vous aimez à penser que la plus belle partie de lui-même a échappé au trépas. Si l'existence de Dieu, si l'immortalité de l'âme n'étaient que des songes, elles seraient encore la plus belle des conceptions de l'esprit humain." (autrement dit, comme disait Voltaire : "si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer")
Et dans son dernier discours, le 8 thermidor : "Non !... la mort n'est pas un sommeil éternel. Citoyens, effacez de vos tombeaux cette maxime impie gravée par des mains sacrilèges... Gravez-y plutôt celle-ci : La mort est le commencement de l'immortalité." (répondant ainsi au sinistre Fouché, qui soutenait : "la mort est un sommeil éternel").
Pendant la Terreur, Robespierre tente d'organiser cette religion civile qui associe Dieu, la Révolution, et le peuple. Son intention est aussi de développer les vertus civiques, car c'est par la pratique des vertus civiques que le peuple peut rendre un culte agréable à Dieu. Les fêtes nationales sont l'occasion de réveiller ces vertus. Mais il mettait en garde contre le culte des grands hommes : "Je suis convaincu que la fortune et l'intrigue ont fait plus de héros que le génie et la vertu." (en pensant à Mirabeau). En revanche, il soutient le culte des martyrs de la Révolution, seuls véritables héros de la République naissante, comme l'enfant Barra. Les fêtes civiques aboutissent au culte de la Raison, mais Robespierre en condamne les excès et la fantaisie. Dans son rapport du 18 floréal, il établit tout un programme visant à fonder une religion républicaine, avec son propre calendrier et son programme de fêtes nationales, incitant les citoyens à se tenir éloignés des vaines distractions, et à resserrer entre eux "le plus doux lien de la fraternité", en vue d'une "régénération sociale". Des fêtes sont établies en l'honneur du Peuple français, de la Liberté, l'Egalité, la République, la Vérité, la Justice, l'Amitié, l'Amour..., afin de "réveiller les sentiments généreux, l'amour de la Patrie, le respect des lois." La plus importante de ces fêtes sera celle de l'Être suprême et de la Nature. "Le véritable prêtre de l'Etre suprême c'est la Nature ; son temple : l'univers ; son culte : la vertu ; ses fêtes : la joie d'un grand peuple rassemblé sous ses yeux pour resserrer les doux noeuds de la Fraternité universelle et pour lui présenter l'hommage des coeurs sensibles et purs." Les deux premiers articles du projet de décret : "1. Le peuple français reconnaît l'Être suprême et l'immortalité de l'âme. 2. Le culte de l'Être suprême est la pratique des devoirs de l'homme." Voilà qui fit grincer des dents à la Convention.
Le lendemain de la fête du 20 prairial, on accuse Robespierre d'aspirer à la dictature. Pourtant le projet de décret avait été adopté sans discussion par les députés, et eut un grand retentissement même à l'étranger. On voyait déjà la Révolution prendre fin, son régime enfin se stabiliser, et en Robespierre son principal artisan. Hélas, les événements en décidèrent autrement. L'ignoble bourgeoisie arriviste et capitaliste, avide de profits et de larcins, parvint, à force d'intrigue, à renverser l'Incorruptible, et fit ensuite bien peu de cas des principes religieux votés et proclamés quelques mois auparavant. Tout le vide spirituel actuel d'une laïcité stérile vient de là. Et surtout tout le vide moral que nous connaissons. Si en tant que catholiques, nous ne pouvons nous rallier complètement aux conceptions de Robespierre, reconnaissons-lui d'avoir voulu doter la République d'un système moral de haute volée, notamment grâce au culte des vertus civiques, et la pratique des devoirs du citoyen, et cela en l'honneur de Dieu. Voyez où l'on en est maintenant, suite au scandaleux complot du 9 thermidor, résultat de "la coalition de la peur, de l'égoïsme et de la corruption" (selon le conventionnel Baudot). Comme par hasard, nous vivons justement dans une société de la peur, de l'égoïsme et de la corruption. Le régime actuel est né le 9 thermidor, sur le cadavre de Robespierre. Ne l'oublions pas.
Les citations et le contenu de ce message proviennent en grande partie du Que sais-je ? de Marc Bouloiseau sur Robespierre. Paris, PUF, 1956.
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
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Ps. 123
- vobisangelicum
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Re: Le retour du religieux
l'Etre Supreme de la révolution à bien fait son boulot...
Caritas -- Pacem in Terris
Re: Le retour du religieux
Cher Philémon,philémon.siclone a écrit :Si en tant que catholiques, nous ne pouvons nous rallier complètement aux conceptions de Robespierre, reconnaissons-lui d'avoir voulu doter la République d'un système moral de haute volée, notamment grâce au culte des vertus civiques, et la pratique des devoirs du citoyen, et cela en l'honneur de Dieu.
vous m'égarez quelque peu... du moins suis-je un peu perdu, je dois l'avouer.
Mais la re-lecture, déjà commencée, de l'ouvrage fort bien documenté du citoyen Gracchus Babeuf, "La guerre de Vendée et le système de dépopulation", curieusement jamais édité en France avant 1987, devrait me permettre de me remettre dans le coup et d'apprécier à leur juste valeur ce que recouvraient exactement les termes de "vertus civiques" et de "pratique des devoirs du citoyens" tels que conçus par l'ineffable Robespierre.
Quant à l'honneur de Dieu, il me reste encore jusqu'à demain pour chercher ce qu'il vient faire dans le système moral de hauté volée de Maximillien. Après, si je ne trouve pas, j'abandonne. Ou alors il faudra que vous me donniez une réponse vraiment bien argumentée.
Amicalement.
Virgile.
- philémon.siclone
- Tribunus plebis

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Re: Le retour du religieux
Ne confondez pas Robespierre avec Baboeuf... Si vous avez à l'esprit le portrait d'un Robespierre sanguinaire et coupeur de têtes, ça ne m'étonne pas que vous soyez déconcerté. Ce portrait doit beaucoup à la propagande thermidorienne, faite par ceux qui voulaient faire oublier leurs propres crimes en les déchargeant sur la mémoire de Robespierre. Mais cela ne correspond tout simplement pas à la vérité. Robespierre n'est pas l'artisan principal de la Terreur. Au contraire, on lui reprochait sa modération qui servit d'ailleurs de motif à sa destitution. Les vrais bouchers de la Révolution sont les auteurs du 9 thermidor, et ont poursuivi leur carrière par la suite. Fouché est le plus emblématique d'entre eux.
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
Re: Le retour du religieux
Cher Philémon,philémon.siclone a écrit :Ne confondez pas Robespierre avec Baboeuf...
je vois bien ce que vous voulez dire.
Un petit discours de Robespierre?
Maximilien Robespierre au club des Jacobins, 21 novembre 1793.
On le voit bien, Robespierre n'était pas un homme méchant.Condamnation de l'athéisme
On a supposé qu'en accueillant les offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique : non la Convention n'a point fait cette démarche et ne le fera jamais; son intention est de maintenir la liberté des cultes qu'elle a proclamée. Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l'athéisme lui-même. Tout philosophe, tout individu peut adopter là-dessus l'opinion qui lui plaira; quiconque voudrait lui en faire un crime serait insensé; mais l'homme public, mais le législateur serait cent fois plus insensé qui adopterait un pareil système. La Convention nationale l'abhorre : elle est un corps politique et populaire; l'athéisme est aristocratique. L'idée d'un grand être , qui veille sur l'innocence opprimée et punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux m'applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J'ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; mais je n'ai jamais été ni un ami froid ni un défenseur infidèle de l'humanité : je n'en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer. Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Robespierre était pire que cela: un idéaliste, et un grand. Il a a tenté d'imposer son idéal d'une république "démocratique et vertueuse" (au sens précis que ces deux mots ont dans le contexte de l'époque), constituée de petits propriétaires "libres et égaux en droits", en restaurant l'ancienne religion civique de la République romaine... c'est exactement ce voulait signifier la fête de l'Etre suprême.
Ni vous ni moi n'étions présents le 8 juin 1794, lors de cette fête grandiôse (aurions-nous été invité?) célébrée au jardin des Tuileries et au Champ-de-Mars, dans la magnifique mise en scène du citoyen David.
Il n'est cependant pas bien difficile de dire ce qui pouvait bien se passer dans la tête de Maximillien Robespierre, lorsque, à la tête de l'Assemblée, officiant comme le grand prêtre de la "religion nouvelle", il mit le feu à un mannequin symbolisant l'athéisme. Sous ce mannequin, aux yeux de l'assistance étonnée apparut une statue de la Sagesse (on rêve de ce qu'aurait pu réaliser Robespierre s'il avait eu sous la main des appareils à fabriquer du "computer graphics").
Ce que je comprends donc, c'est que Robespierre était un idéaliste qui tentait d'imposer son idéal à la réalité sociale et politique de la France d'alors. Ce que je comprends aussi, quant à moi, c'est que lorsque l'on veut imposer un idéal il faut aussi accepter de payer le prix de cette "imposition". La vertu a de ces exigences...
Il y a donc, me semble-t-il, un rapport direct entre la Fête de l'Etre suprême, le 8 juin 1794, et la loi de prairial du 10 juin suivant qui permettait d'exécuter tout accusé sans audition de témoin ou interrogatoire, sur simple preuve morale.
Un rapport direct entre la Fête et les 1376 français exécutés à la suite de la loi de Prairial... un rapport direct entre la présence de Robespierre à la tête du gouvernement conventionnel et la mort de tant de gens.
Je ne confonds pas Robespierre et Baboeuf. Que Robespierre ait été une sorte de "saint laïc", il suffit de lire ses discours pour en convenir un tant soit peu (mais un tout petit très peu alors). Il faut aussi reconnaître que Gracchus, dont je ne ferai par ailleurs l'éloge des idées pour rien au monde, a eu l'honnêteté intellectuelle de se poser un certain nombre de bonnes questions. Au moment du procès de Jean-Baptiste Carrier, en 1794, il a publié le petit livre dont il est question dans mon précédent message et dont je vous recommande la lecture.
Ce livre est un véritable document sur la politique mise en place par les Conventionnels, en particulier par Robespierre, entre 1793 et 1794. La question, dans cet ouvrage, n'est pas tant de savoir s'il y a eu des morts et combien, mais plutôt d'analyser tout un système de pensée et de décrire la nature même de l'activité politique des Conventionnels. Celle, en particulier, de Robespierre.
Ce dont il est important de se souvenir, ce n'est pas ce que disait ou pensait, ou même faisait Robespierre. Qu'il ait été victime ou non de "méchants sanguinaires", qu'il ait été le "bouc émissaire" d'extémistes dont il désirait arrêter la course, m'importe peu. Ce qui m'importe, au travers de la figure de Robespierre, c'est de saisir comment, avec ce qui semble être à soi-même les meilleurs idées et les meilleures intentions du monde, on se rend complice actif, que ce soit par faiblesse ou par impuissance, de la mort industrielle, du génocide, et de l'irréparable. Par vertu.
Amicalement.
Virgile.
- philémon.siclone
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Re: Le retour du religieux
Cher citoyen Virgile,Virgile a écrit :Cher Philémon,philémon.siclone a écrit :Ne confondez pas Robespierre avec Baboeuf...
je vois bien ce que vous voulez dire.
Un petit discours de Robespierre?
Maximilien Robespierre au club des Jacobins, 21 novembre 1793.On le voit bien, Robespierre n'était pas un homme méchant.Condamnation de l'athéisme
On a supposé qu'en accueillant les offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique : non la Convention n'a point fait cette démarche et ne le fera jamais; son intention est de maintenir la liberté des cultes qu'elle a proclamée. Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l'athéisme lui-même. Tout philosophe, tout individu peut adopter là-dessus l'opinion qui lui plaira; quiconque voudrait lui en faire un crime serait insensé; mais l'homme public, mais le législateur serait cent fois plus insensé qui adopterait un pareil système. La Convention nationale l'abhorre : elle est un corps politique et populaire; l'athéisme est aristocratique. L'idée d'un grand être , qui veille sur l'innocence opprimée et punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux m'applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J'ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; mais je n'ai jamais été ni un ami froid ni un défenseur infidèle de l'humanité : je n'en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer. Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Robespierre était pire que cela: un idéaliste, et un grand. Il a a tenté d'imposer son idéal d'une république "démocratique et vertueuse" (au sens précis que ces deux mots ont dans le contexte de l'époque), constituée de petits propriétaires "libres et égaux en droits", en restaurant l'ancienne religion civique de la République romaine... c'est exactement ce voulait signifier la fête de l'Etre suprême.
Ni vous ni moi n'étions présents le 8 juin 1794, lors de cette fête grandiôse (aurions-nous été invité?) célébrée au jardin des Tuileries et au Champ-de-Mars, dans la magnifique mise en scène du citoyen David.
Il n'est cependant pas bien difficile de dire ce qui pouvait bien se passer dans la tête de Maximillien Robespierre, lorsque, à la tête de l'Assemblée, officiant comme le grand prêtre de la "religion nouvelle", il mit le feu à un mannequin symbolisant l'athéisme. Sous ce mannequin, aux yeux de l'assistance étonnée apparut une statue de la Sagesse (on rêve de ce qu'aurait pu réaliser Robespierre s'il avait eu sous la main des appareils à fabriquer du "computer graphics").
(...)
Ce dont il est important de se souvenir, ce n'est pas ce que disait ou pensait, ou même faisait Robespierre. Qu'il ait été victime ou non de "méchants sanguinaires", qu'il ait été le "bouc émissaire" d'extémistes dont il désirait arrêter la course, m'importe peu. Ce qui m'importe, au travers de la figure de Robespierre, c'est de saisir comment, avec ce qui semble être à soi-même les meilleurs idées et les meilleures intentions du monde, on se rend complice actif, que ce soit par faiblesse ou par impuissance, de la mort industrielle, du génocide, et de l'irréparable. Par vertu.
Amicalement.
Virgile.
Vous portez le nom d'un fameux citoyen de l'ancienne République romaine, qui ne put quelques siècles plus tard suivre Dante au-delà du Léthé. Je vous propose d'embrasser une vision large de l'humanité, autant dans son histoire que dans son espace. Vous savez, vous le savez très bien, vous ne pouvez pas l'ignorer, que l'espèce humaine se divise en bons et en méchants, en justes qui se préoccupent du bien de l'homme, du bien commun, du bien public, de la patrie, de la République, du Salut de l'humanité, des vertus morales et civiques, de la pratique du bien en société ou en privé, des valeurs telles que la fraternité, l'amitié, l'altruisme, et en gens ignobles et iniques qui ne recherchent que leur bien propre, exploitent le prochain, le pillent, le volent, lui mentent, l'ensorcellent, le manipulent, dans un but de domination, de jouissance, d'enrichissement. Vous le savez, n'est-ce pas ? Vous le savez que l'humanité présente ces deux visages.
On dit : l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Il n'y a rien de plus idiot et de plus absurde que cette formule. L'Enfer est surtout pavé d'intentions en apparence bonnes, mais motivées par un égoïsme secret cherchant à abuser les gens naïfs.
Pourquoi faut-il que les gens de bien se divisent éternellement ? A qui donc est-ce que cela profite, à la fin ? Aux égoïstes, aux voleurs, aux bandits, aux trafiquants, aux tortionnaires du genre humain, aux tyrans.
Bien sûr que Robespierre a poussé à la Terreur. Bien sûr qu'il a sa part de responsabilité dans la guerre de Vendée, et dans l'arrestation et l'exécution de suspects. Mais visiblement, vous savez qu'il n'était pas le pire des terroristes. Au 9 thermidor, on lui reprocha justement d'avoir été trop clément.
Mais dans certaines circonstances, les divisions étant ce qu'elles sont, il faut faire des choix. Robespierre n'était pas seulement un idéaliste. C'était un législateur et un homme d'État (sans doute le plus honnête que la France ait connu). Il s'est conduit comme il le devait, selon ce que sa conscience lui dictait, en fonction du bien commun qu'il entrevoyait à terme. Il a cherché à accomplir son devoir, et s'est sacrifié pour cela. On ne peut pas en dire autant des corrompus tels que Danton.
Mais aujourd'hui, voyez donc cette hideuse République complètement vidée de ses idéaux, et qui ne cesse de se chercher, comme cette vieille hirsute vêtue de haillons, allégorie qui figurait autrefois Dame Avarice. Qui se préoccupe du bien commun, parmi nos ministres, nos députés, nos conseillers ? Personne ! Tous ne cherchent qu'un seul but : être élu. Et pour cela, se mettent au service de nos maîtres véritables, dont nous sommes de plus en plus comme des serfs. Et ces maîtres sont : les banquiers, les rois de la finance, les grands entrepreneurs, les spéculateurs. C'est-à-dire ni plus ni moins que les pilleurs, dominateurs et tyrans qui ruinent de fond en comble et défigurent la société, qui s'enrichissent nuit et jour, appauvrissant, et même endettant sans cesse davantage le petit peuple, et les classes moyennes. On peut dire aujourd'hui que l'humanité est comme martyrisée, brisée, humiliée par ces bourreaux.
Où sont aujourd'hui les hommes de bien ? Où sont les défenseurs des opprimés ? Où sont les protecteurs de "la veuve et l'orphelin" ? Dites-le moi ! Ils sont dispersés un peu partout, désorganisés, et ils se taisent, divisés par des opinions et des croyances diverses, les uns catholiques, les autres athées, et partisans de telle ou telle idée politique, paralysés également par la peur. Voilà le bon tour du Démon, ou pour reprendre l'Allégorie républicaine, de l'Ignorance et du Mensonge, parvenus à prendre le dessus sur la Connaissance et la Vérité.
Alors, ne serait-il pas temps de réunir les justes dispersés, les amis du bien, de la justice ?
Et si l'idéal républicain de Robespierre avait été réellement inspiré par Dieu ? Qu'en sait-on ? Car enfin, si les valeurs catholiques, qui n'ont pas vocation à s'imposer en système de gouvernement, ne font pas l'unanimité, pourquoi n'aurions-nous pas un système de vertus civiques, élevant les citoyens vers le bien, au lieu de le laisser se vautrer dans la fange comme actuellement. Pourquoi n'aurions-nous pas un culte public des grandes valeurs humaines telles que : la fraternité, la justice, l'amitié, le désintéressement, l'amour de la patrie, l'égalité (en droits), la liberté (qui s'arrête aux limites de celle d'autrui) ? Vous ne croyez pas que ça nous ferait du bien actuellement ? Tout ceci reviendrait à adjoindre, enfin, aux droits de l'homme, les devoirs de l'homme.
Je vais vous dire une chose qui va peut-être vous choquer. J'ai l'âme démocratique et républicaine, mais les partis politiques sont les pires ennemis de la République : ils entretiennent l'esprit de division. Il faudrait les interdire, afin de resserrer les "doux liens de la fraternité" entre les citoyens. Voilà ce qui nous manque le plus. Lors des élections, on devrait se borner à choisir ceux qui sont connus pour leur probité et leur désintéressement. Le système même de candidature devrait être interdit. Et il ne devrait pas être permis de faire carrière dans la politique : seulement d'exercer un mandat pendant un temps, avant de redevenir un simple particulier. Voyez tous nos pontes, locaux et nationaux, tous ces apprentis dictateurs à la noix de coco, qui n'ont rien de différent des petits roitelets d'Afrique, héritiers en ligne directe de Napoléon l'imposteur, se prenant pour des seigneurs parce qu'ils ont le pouvoir et l'argent.
Robespierre a échoué contre eux parce qu'il était en avance sur son temps. Mais il n'est pas difficile de se rendre compte que son système, son idéal politique, ne peut correspondre qu'à une société évoluée, et tournée résolument vers le bien et la vertu, plutôt que vers l'égoïsme et la recherche des biens matériels, qui, comme vous le voyez, dominent aujourd'hui, avec les conséquences que l'on sait.
Seulement voilà. Pour mettre à bas le tyran, il faut prendre des décisions. Il faut manier le glaive. Il faut frapper la Bête à mort. Les rois de France, autrefois, ne rendaient-ils pas la justice, quand il le fallait ? Alors pourquoi pas le peuple en armes, réputé souverain depuis la mort de Louis XVI ? Et pourquoi pas ses délégués que devraient être les élus de la Nation ? Le peuple outragé par la malice, par l'ignoble trafic des intérêts particuliers placés au-dessus de l'intérêt national, par les sombres intrigues des comploteurs avides de rapines, ce peuple persécuté n'aurait-il donc pas le droit de se lever une bonne fois, de punir les traîtres et les voleurs, en les frappant impitoyablement, afin de les désarçonner et de les empêcher définitivement de nuire ?
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
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- Fée Violine
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Re: Le retour du religieux
Je me souviens que dans ma jeunesse, il y avait eu à la télé une émission remarquable dans la série "La caméra explore le temps", et intitulée "La terreur et la vertu". La vertu c'était Robespierre, et la terreur Danton. Robespierre semble en effet avoir été un idéaliste dangereux dans son genre !
Re: Le retour du religieux
Bonjour Fée Violine,Fée Violine a écrit :Je me souviens que dans ma jeunesse, il y avait eu à la télé une émission remarquable dans la série "La caméra explore le temps", et intitulée "La terreur et la vertu". La vertu c'était Robespierre, et la terreur Danton. Robespierre semble en effet avoir été un idéaliste dangereux dans son genre !
en effet! Nul besoin de grandes théories, de lois avec ou sans amendements forgées par des experts-juristes ou des hommes de partis, ni même du vertueux Robespierre ou du terroriste Danton, pour savoir où se trouvent le droit, la justice et la Vérité.
Robespierre n'a sauvé ni sa tête ni la France en 1794: il ne sauvera pas le monde en 2012!
Amicalement.
Virgile.
Re: Le retour du religieux
Cher Philémon,philémon.siclone a écrit :Cher citoyen Virgile,
Vous portez le nom d'un fameux citoyen de l'ancienne République romaine, qui ne put quelques siècles plus tard suivre Dante au-delà du Léthé.
j'ai choisi ce pseudonyme de Virgile à cause de l'admiration que je porte depuis mon adolescence à Hermann Broch, l'auteur de La mort de Virgile... et j’espère bien avoir un jour le temps d'écrire quelques mots sur cet homme et sur ses livres. Je trouvais que pour un pseudonyme "Hermann" faisait un peu lourd, "Broch" par trop "opaque" ; il était hors de question de me faire donner du "Mort", ne restait donc que "Virgile"...
Pour en revenir à notre sujet, la violence de votre discours n'est pas sans poser un problème.philémon.siclone a écrit :Je vous propose d'embrasser une vision large de l'humanité, autant dans son histoire que dans son espace. Vous savez, vous le savez très bien, vous ne pouvez pas l'ignorer, que l'espèce humaine se divise en bons et en méchants, en justes qui se préoccupent du bien de l'homme, du bien commun, du bien public, de la patrie, de la République, du Salut de l'humanité, des vertus morales et civiques, de la pratique du bien en société ou en privé, des valeurs telles que la fraternité, l'amitié, l'altruisme, et en gens ignobles et iniques qui ne recherchent que leur bien propre, exploitent le prochain, le pillent, le volent, lui mentent, l'ensorcellent, le manipulent, dans un but de domination, de jouissance, d'enrichissement. Vous le savez, n'est-ce pas ? Vous le savez que l'humanité présente ces deux visages.
C'est que constater l'ampleur toujours plus accablante d'une corruption que rien ne semble devoir arrêter et imaginer d'y mettre un terme par la violence n'est pas vraiment suffisant... il faudrait d'abord apprendre à résister et à agir, bien entendu, mais pas de la façon dont vous l'envisagez. En somme, à titre individuel, dire "non" et l'écrire ne suffisent pas et ne protègent de rien.
Il faut frapper précisément là où l’adversaire ne s'y attend pas, sans quoi on prend le risque de sombrer dans le ridicule des protestations vaines et sans efficace.
Il n'y a pas trente-six réponses envisageables face aux gens ignobles et iniques qui ne recherchent que leur bien propre, exploitent le prochain, le pillent, le volent, lui mentent, l'ensorcellent, le manipulent, dans un but de domination, de jouissance, d'enrichissement.
Frapper là ou l'adversaire ne s'y attend pas, c'est d'abord comprendre que la délinquance générale, le vieillissement des populations, les diverses formes de précarité, le chômage, les virus, etc. ne sont que des variables d'une même peur.
Celui qui désire vraiment l'avênement d'une ère de liberté qui correspondent aux réalités de notre époque, doit d'abord réfléchir aux moyens dont il dispose pour sortir lui-même de la peur.
Et pour notre temps, sortir de la peur, c'est sortir de la contrainte et de l'isolement.
Par ailleurs, le catholicisme n'est pas réductible à une idéologie.
Il n'existe donc pour lui que des individus concrets, agissant dans des cas concrets.
Ce que je sais, en conséquence, c'est que le catholicisme ne partage pas exactement l'humanité comme vous le faîtes.
En France, le gouvernement de la République a toujours eu cette conviction, à tout le moins cette opinion implicite, qu'une minorité éclairée de dirigeants avaient, non pas seulement le droit, mais même le devoir d'administrer une majorité considérée comme confuse, inculte et naïve. Méprisable en somme. Nous avons de prestigieuses élites républicaines pour tout savoir et tout connaître mieux que nous, et surtout pour réfléchir à notre place, et une gendarmerie militaire pour contrôler nos campagnes...philémon.siclone a écrit :On dit : l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Il n'y a rien de plus idiot et de plus absurde que cette formule. L'Enfer est surtout pavé d'intentions en apparence bonnes, mais motivées par un égoïsme secret cherchant à abuser les gens naïfs.
(...)
Le peuple outragé par la malice, par l'ignoble trafic des intérêts particuliers placés au-dessus de l'intérêt national, par les sombres intrigues des comploteurs avides de rapines, ce peuple persécuté n'aurait-il donc pas le droit de se lever une bonne fois, de punir les traîtres et les voleurs, en les frappant impitoyablement, afin de les désarçonner et de les empêcher définitivement de nuire ?
Je passe sur des questions naïves et sans intérêt : savoir si le vote est toujours une méthode qui puisse permettre l'expression libre et légale. Ou encore se demander si un électeur à qui l'on affirme qu'il est assuré de son pouvoir simplement parce qu'il met un bulletin dans l'urne peut ensuite vraiment faire valoir son opposition...
Les hommes et les femmes que je rencontre chaque jour sont presque tous confinés dans la crainte des lendemains, quand ce n'est pas dans la peur exagérée de tout une série de choses qui font office de boucs émissaires. Dans cet ordre d'idée, l'immigré est le même dans tous les pays : d'expérience, j'en sais long là-dessus.
Perdu dans la "jungle" économique, ces hommes et ces femmes se voient souvent acculés à une précarité inconfortable, livrés au cynisme implacable de "requins" qui eux-même ne cherchent qu'à tirer leur épingle du jeu, embarqués sur un navire dont tout le monde se dit en privé qu'il est bien prêt de faire naufrage et dont quelques-un disent en public (jusque sur des forums catholiques) qu'il est déjà naufragé... Cette constatation d'ordre général est valable pour le pays où je réside comme pour la France. Elle resterait valide presque partout ailleurs.
Ni vous ni moi n'avons aucune prise sur les événements qui font notre quotidien. Manipulés contre notre gré et conduits à faire ce que l'on attend précisément de nous, même nos angoisses et notre ressentiment sont désormais exploitables sur le marché. Ils rapportent gros.
On nous parle de liberté, et nous sommes sans cesse mobilisés pour des combats qui ne sont pas les nôtres. On nous parle de bien-être, et nous voyons bien qu'il nous faut sans cesse nous agiter et participer au mouvement continu de la consommation, celui-là même que nous dénonçons avec virulence après avoir fait nos courses au supermarché du coin... tout cela dans une société par ailleurs incapable de nous protéger.
Se loger et puis survivre... dans l'isolement, bien entendu. Parce que notre isolement social n'est que le revers d'une solitude personnelle elle aussi imposée.
L'isolement détruit la solidarité, empêche l'émergence d’une communauté. Il est la condition du pouvoir qui ne cherche plus qu'à se prolonger.
L'abrutissement des masses n'a pas d'autres objectif que cet isolement.
On nous impose un ordre et une place en fonction de notre niveau de compétitivité et de la qualité de notre implication. Mais nous savons que cet ordre n'est que le résultat d'exclusions, de concurrences à l'œuvre entre des personnes que parfois nous connaissons très bien.
L'impuissance est la marque propre de notre isolement.
Elle est la marque de notre isolement, tout comme la dépendance est ce qui le maintient à un niveau constant, supportable dirons-nous. Nous sommes dépendants de l'automobile, de la télévision, du portable, de l'ordinateur, du lave-vaisselle, de nos joujoux électroniques, de nos vacances et de nos cartes de crédits.
Vous me direz que chaque époque a eu ses formes de liberté.
La nôtre n'en a presque plus aucune.
Quelques-uns sont capables de s'enfuir et d'aller vivre dans les déserts. Il faut en avoir les moyens...
D'autres sont capables de se créer un désert au coeur des grandes villes.
Très peu sont vraiment capables de rompre la logique déshumanisante du monde moderne.
Si c'est ce que vous vous sentez capable de faire, faites-le.
En ce qui me concerne, j'en suis parfaitement incapable. Et je l'écris après avoir tenté l'aventure...
L'immense majorité des gens ne peuvent plus chercher leur salut que dans les petites actions individuelles de tous les jours, faites de discrétion et d’humilité. Dire un simple "bonjour" ou un "merci" avec le sourire peut être pour certains un grand acte de résistance...
Vous pouvez donc choisir librement une certaine forme d'isolement, de retrait, et vous dire qu'il s'agit-là d'un acte de résistance à une société devenue invivable.
Vous pouvez rompre avec tous ces individus que nous fréquentons et qui se sont perdus dans une sorte de fatalisme de leur propre malheur : "on y peut rien" ; "c'est comme ça" ; "on va pas changer les choses, hein ?", etc.
Il m'apparaît d'ailleurs symptomatique que notre époque soit celle de l'enracinement - surtout des plus jeunes, dans l'imaginaire, dans le mythique, et que le symbolique soit devenu pour beaucoup la seule forme de "résistance" adaptée... il faut savoir reconnaître qu'il y a plusieurs chemins possibles, mais en gardant conscience du fait que tous ne sont pas forcément nécessaires à notre salut, et que certains peuvent même nous amener à la catastrophe.
En ce qui me concerne, je suis bien fatigué de prendre la fuite.
Contre la société marchande et désenchantée, contre la société du grand spectacle politico-médiatique, je préfère choisir la seule forme de résistance qui me semble vraiment efficace.
Parce que je refuse à l'ordre social et politique actuel le droit de m'imposer ses pseudo-valeurs, son égoïsme forcené et son nombrilisme décadent, je ne vois pas d'autres solutions que de rejoindre des frères (et des soeurs) avec lesquels vivre dans la foi, l'espérance et la charité.
Ils ne sont ni parfaits, ni très fort, ni très cultivés ni parfois très intelligents.
Pire encore : la quasi-totalité d'entre eux ignorent totalement le latin que moi, j'aime tellement.
Non seulement, ils n'ont jamais lu une seule ligne d'Hermann Broch, mais en plus certains me demandent si je n'ai pas une cigarette à leur filer à la sortie de la messe!
Ma démarche ne va donc pas sans petits sacrifices!!!
Pour finir, je crois bien que ceux qui réclament des têtes finissent un jour où l'autre par se voir réclamer la leur...
Vous avez raison sur un point: il est temps de réunir les justes dispersés, les amis du bien, de la justice - dans l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, avec notre pape Benoît XVI et tous ensemble tournés vers le Christ.
Amicalement.
Virgile.
-
etienne lorant
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Re: Le retour du religieux
Je suis heureux d'avoir lu qu'à l'âge de 70 ans, Julien Green, qui était loin d'avoir "digéré" les changements dans l'Eglise - et qui s'était plaint parfois jusqu'à me faire tourner des pages, avait finalement déclaré: "Nous devons faire confiance au Pape". Ces seuls mots m'ont rendu heureux car je ne saurais dire quel sentiment j'avais à l'égard de l'écrivain. Ne montrait-il pas, dans ses romans, une humanité si douloureusement rachetée, et qui demeure tellement dure, tellement dévoyée...
A l'époque, je m'étais dit qu'il exagérait, qu'il transposait dans ses personnages un peu trop de sa crainte de l'enfer. Mais au fond des choses, il n'avait pas tort. Lui-même à accepté la lutte, et quand il écrit: "Je suis un paresseux, mais je travaille"..., je me dis que le paresseux, c'est bien moi. Lent à la foi, effrayé par les bruits du monde, souvent si lent à reconnaître la miséricorde dont je fais l'objet, alors que je suis supposé la faire rayonner autour de moi. Je crois qu'à partir d'un moment, un chrétien ne peut plus se contenter de demies mesures - il faut tendre aussi aux "vertus héroïques". Dans tous les cas, bienheureux ceux qui avancent et ne se retournent pas !
A l'époque, je m'étais dit qu'il exagérait, qu'il transposait dans ses personnages un peu trop de sa crainte de l'enfer. Mais au fond des choses, il n'avait pas tort. Lui-même à accepté la lutte, et quand il écrit: "Je suis un paresseux, mais je travaille"..., je me dis que le paresseux, c'est bien moi. Lent à la foi, effrayé par les bruits du monde, souvent si lent à reconnaître la miséricorde dont je fais l'objet, alors que je suis supposé la faire rayonner autour de moi. Je crois qu'à partir d'un moment, un chrétien ne peut plus se contenter de demies mesures - il faut tendre aussi aux "vertus héroïques". Dans tous les cas, bienheureux ceux qui avancent et ne se retournent pas !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- philémon.siclone
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Re: Le retour du religieux
Il est vrai que l'on peut reprocher à Rousseau, et donc à Robespierre (dont la pensée était essentiellement rousseauïste) une certaine méconnaissance de l'humain. Car proclamer le peuple, et l'humanité "sauvage", comme fondamentalement vertueux, et décréter les grandes vertus civiques réputées propres au peuple : amitié, fraternité, etc. allait nécessairement contre la reconnaissance de la nature pécheresse de l'être humain, enclin, en effet comme vous dites, aux peurs. Et justement, lorsqu'on relit l'histoire du péché originel, la peur est l'un des premiers symptômes qui se manifestent, avec la honte. La honte de sa nudité : c'est-à-dire de son existence sans Dieu, non revêtue de Dieu. La nudité symbolise très bien l'état de péché, de séparation d'avec la grâce, laquelle vient nous couvrir lorsqu'elle nous visite. Le "vêtement des noces" est encore en rapport avec cette fragilité de l'humain, nu sans Dieu. Et la peur qui s'ensuit : peur d'être découvert par Dieu dans cet état de nudité. Ainsi Adam se cache alors que l'esprit souffle doucement, que le pas de Dieu se fait entendre au jardin, et que la voix même de Dieu l'appelle : Adam, où es-tu ? Mon père, voilà que je suis séparé de vous, et j'ai recouvert ma nudité avec ce vêtement de fortune. Comme l'utopie rousseauïste ignore délibérément la réalité de cette misère qui marque tout homme durant son existence ! Alors oui, on peut reprocher à ces rêveurs révolutionnaires d'avoir inventé un homme qui n'existait pas, ou du moins, qui n'existe pas encore, un homme débarrassé du péché originel. Mais ce qu'ont fait les vainqueurs de Thermidor va bien plus loin que cela : l'homme n'est plus qu'une marchandise, ou un automate dont on se sert pour faire tourner la machine à déshumaniser. Il n'est même plus question d'inventer un homme de paradis. Mais de le couper de tout. L'isoler, comme vous le dites très bien, le mettre à nu complètement. Car enfin, la nudité d'Adam, sa séparation d'avec Dieu, c'est précisément sa solitude. Et nous sommes tous à son image : seuls face à Dieu, ou seuls en train de se cacher de Dieu. Pourquoi les hommes ont-ils si peur, aujourd'hui, les uns des autres ? Peut-être parce qu'ils ont peur de cette nudité, ils ont peur que leur nudité soit découverte sous le regard de l'autre. Alors ils ont honte, ils se cachent. Et voilà comment un sourire crispé, ou un "bonjour" bafouillé, devient un acte de bravoure...
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
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Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
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