Goyavier a écrit :
A t-on démontré scientifiquement que Dieu n'existe pas ? Si oui pourriez nous faire part de la démonstration de cette vérité ?
Contrairement à la caricature qu'en a faite Voltaire, Leibniz n'était pas un optimiste béat, c'était un philosophe, mathématicien et métaphysicien d'une très grande rigueur. Il a d'ailleurs produit de fameux résultats en calcul infinitésimal.
Or ce grand esprit a d'abord réfléchi à Dieu, à la théodicée, à la création etc... non pas en terme d'existence mais en terme de possibilité. Avant de me poser la question de l'existence d'un être, je me demande si son existence est possible: si elle est possible, il me reste à prouver qu'il existe bel et bien, si son existence est impossible, ce n'est pas la peine d'aller plus loin, puisqu'il ne peut exister. Voilà la méthode suivie par Leibniz.
Il part de la définition orthodoxe de Dieu et notamment d'un de ses attributs : Dieu est infiniment bon.
De l'infinie bonté du créateur il en infère l'optimalité de la création: le bon ouvrier fournit un bon travail, le meilleur des ouvriers fournit le meilleur des travaux.
Et là quelques voix chagrines s'élèvent pour contester l'optimalité de la création et donc indirectement remettre en cause les talents de l'Artisan: là de bonnes gens périssent dans un tremblement de terre, là-bas un enfant saute sur une mine, ici un nouveau-né naît difforme... Pourquoi l'Artisan si il est aussi bon que cela n'a t-il pas mieux fait?
Ce à quoi Leibniz répond: vos objections et lamentations sont irrecevables parce que ce qui compte c'est la totalité: la totalité de la Création est optimale, il faut regarder la somme et non les termes de la somme pour juger de l'optimalité.
Les termes de la somme, c'est ce que Leibniz appelle les compossibles, et Dieu a choisi une combinaison des compossibles optimale, c'est à dire qui globalement produise le maximum de bien.
Prenons par exemple cette première série de compossibles: l'enfant ne saute pas sur la mine - Une fois devenu adulte il tue un bébé.
Et cette deuxième série: l'enfant saute sur une mine - le bébé, dont il était question précédemment, vit, grandit et accomplit de prodigieux bienfaits pour l'humanité.
La meilleure combinaison est évidemment la deuxième, mais il n'y a que Dieu pour le savoir.
Nouvelle objection: mais il y a une troisième combinaison encore meilleure: l'enfant ne saute pas sur une mine - une fois devenu adulte, il ne tue pas le bébé.
Et là Leibniz vous répond encore que c'est irrecevable parce que les deux évènements "L'enfant ne saute pas sur une mine" et "il ne tue pas le bébé" ne sont pas compatibles: ils ne sont pas compossibles.
C'est un peu comme celui qui veut le beurre et l'argent du beurre, Leibniz lui répond: c'est soit le beurre, soit l'argent du beurre, mais il est impossible d'avoir les deux à la fois.
Mais alors Leibniz qui jusque-là était resté dans l'orthodoxie, ne l'est plus du tout, car sa réponse consiste à invoquer une impossibilité, or l'orthodoxie nous dit: "A Dieu rien d'impossible" puisque Dieu est Tout-puissant.
Et le véritable problème dans l'Optimisme, contrairement à ce qu'en dit l'opinion commune, ce n'est pas que "Dieu soit obligé de créer le meilleur des mondes possibles", car "faire mieux" n'est pas nécessairement une obligation, surtout chez le bon ouvrier, mais le vrai problème c'est que Dieu soit obligé par les compossibles, qu'il soit restreint dans ses choix.
Finalement Leibniz aura montré a contrario, et bien involontairement, que le Dieu du discours théologique infiniment bon et infiniment puissant était un Dieu impossible, ou dit autrement que l'infinie bonté et l'infinie puissance ne sont compossibles que si l'on oublie la Création, donc si l'on oublie le réel. Et de l'impossibilité découle l'inexistence.
Mais attention dire que le Dieu des philosophes ou des théologiens est impossible et n'existe pas, ne veut pas dire que Dieu n'existe pas. Dieu n'est pas tant un objet de discours que de recherche.