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Somme II II Q30
La miséricorde implique une douleur provoquée par la misère d’autrui. Cette douleur peut être un mouvement de l’appétit sensitif ; la miséricorde alors n’est pas une vertu, mais une passion. Mais elle peut être aussi un mouvement de l’appétit intellectuel ou volonté. Or, ce dernier mouvement peut être réglé par la raison, et, par son intermédiaire, le mouvement de l’appétit sensitif peut l’être à son tour. D’où cette remarque de S. Augustin : « Ce mouvement de l’âme », la miséricorde, « obéit à la raison, lorsque l’on fait miséricorde, la justice étant sauve ; soit qu’on secoure l’indigent, soit qu’on pardonne à celui qui se repent ». Et parce que la vertu humaine consiste en ce que le mouvement de l’âme est réglé par la raison, comme nous l’avons montré précédemment a, on doit dire que la miséricorde est une vertu.
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I q 21
Une autre espèce de justice consiste à distribuer, et on l’appelle justice distributive. Par elle, un gouvernant ou un
administrateur attribue à chacun ce qui lui revient selon son mérite. De même donc que le bon ordre de la famille ou
de n’importe quel groupe gouverné est le témoignage de cette espèce de justice dans le gouvernant ; de même
l’ordre de l’univers, aussi apparent dans les choses de la nature que celles qui relèvent de la volonté, manifeste la
justice de Dieu. Aussi Denys écrit-il : “ On doit reconnaître la vraie justice de Dieu en ce qu’il attribue à tous les
êtres ce qui leur convient selon la dignité de chacun, conservant la nature de chaque être à sa place et dans sa propre
valeur. ”
3. A chacun est dû ce qui lui appartient. Or il appartient à chacun d’avoir ce qui est ordonné à lui : ainsi l’esclave
appartient au maître, non le maître à l’esclave ; car l’homme libre est celui qui dispose de soimême 2. Le nom de
dette comprend donc une relation d’exigence ou de dépendance de quelqu’un à l’égard de celui à qui il est ordonné.
Or l’ordre des choses se présente sous deux aspects. D’une part, tel être créé est ordonné à tel autre, comme les
parties au tout, les accidents à la substance et chaque chose à sa fin. D’autre part, toutes les choses créées sont
ordonnées à Dieu. Il s’ensuit que, dans l’action divine, l’idée de dette peut être envisagée de deux manières, suivant
que quelque chose est dû à Dieu même, ou à la créature. Et dans ces deux cas, Dieu accomplit ce qui est dû. En
effet, il est dû à Dieu que soient réalisés dans les choses les desseins conçus par sa sagesse et par sa volonté, par
lesquels est manifestée sa bonté. Sous ce rapport, la justice de Dieu concerne son honneur, pour lequel il se rend à
lui-même ce qui lui est dû. Quant à la créature, il lui est dû d’avoir ce qui est ordonné à elle, comme à l’homme
d’avoir des mains, et que les autres animaux soient à son service. Et ici encore Dieu accomplit la justice, quand il
donne à chacun ce qui lui est dû selon ce que comporte sa nature et sa condition. Mais cette dette-là dépend de la
première ; car cela est dû à chaque être, qui lui est ordonné selon l’ordre établi par la sagesse divine. Et bien que
Dieu, de cette manière, donne à quelqu’un ce qui lui est dû, lui-même n’est pas pour autant débiteur ; car lui-même
n’est pas ordonné aux autres, mais les autres à lui. Aussi dit-on parfois que la justice en Dieu est le sens de ce
qu’exige sa bonté, et parfois qu’elle est la rétribution conforme aux mérites. S. Anselme signale ces deux points de
vue quand il écrit, s’adressant à Dieu : “ Lorsque tu punis les méchants, c’est justice, parce que cela convient à leurs
mérites ; mais quand tu les épargnes, c’est justice, parce que cela s’accorde à ta bonté. ”
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Q 21
Article 3 : Trouve-t-on en Dieu la miséricorde ?
Objections :
2. La miséricorde est un relâchement de la justice. Mais Dieu ne peut négliger ce qui relève de sa justice, car S. Paul
écrit (2 Tm 2, 13) : “ Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. ” Et comme
l’observe la Glose, Dieu se renierait lui-même, s’il reniait ses paroles.
En sens contraire, il est dit dans le Psaume (111, 4) : “ Le Seigneur est compatissant et miséricordieux. ”
Réponse : La miséricorde doit être attribuée à Dieu au plus haut point, mais selon ses effets, non selon une émotion
qui relève de la passion. Pour l’établir il faut considérer qu’être miséricordieux, c’est avoir en quelque sorte un cœur
misérable, c’est-à-dire affecté de tristesse à la vue de la misère d’autrui comme s’il s’agissait de la sienne propre.
Il s’ensuit qu’on s’efforce de faire cesser la misère du prochain comme on ferait pour la sienne, et tel est l’effet de la
miséricorde. Donc, s’attrister de la misère d’autrui ne convient pas à Dieu ; mais faire cesser cette misère lui
convient par excellence, si nous entendons par misère une déficience quelconque. Or les déficiences sont
supprimées par l’octroi de quelque bonté, et l’on a montré précédemment que Dieu est la source première de toute
bonté.
Mais il faut prendre garde que faire largesse aux choses de leurs perfections relève à la fois de la bonté de Dieu, de
sa justice, de sa libéralité et de sa miséricorde, mais sous divers rapports. L’octroi des perfections, en lui-même
relève de la bonté, ainsi qu’on l’a fait voir. Mais que les perfections soient octroyées par Dieu aux choses selon leur
mérite, cela relève, comme on l’a dit, de la justice Qu’en outre Dieu octroie aux choses leurs perfections non pour sa
propre utilité mais uniquement parce qu’il est bon, cela relève de la libéralité. Enfin, que ces perfections octroyées
par Dieu aux choses y suppriment toute déficience, cela relève de sa miséricorde.
Solutions :
2. Dieu agit miséricordieusement, non certes en faisant quoi que ce soit de contraire à sa justice, mais en
accomplissant quelque chose qui dépasse la justice. Il en est comme de celui qui, devant cent deniers, en donne deux
cents en prenant sur ce qui lui appartient. Cet homme n’agit pas contre la justice, mais il agit, selon le cas, par
libéralité ou par miséricorde. De même celui qui remet une offense commise envers lui ; car celui qui remet quelque
chose le donne en quelque manière ; aussi l’Apôtre (Ep. 4,33) appelle-t-il la rémission un don, ou un pardon : “
Pardonnez-vous les uns aux autres, comme le Christ vous a pardonné. ” On voit par là que la miséricorde ne
supprime pas la justice, mais est en quelque sorte une plénitude de justice. C’est ce qui fait dire à S. Jacques (2,13
Vg) : “ La miséricorde exalte le jugement au-dessus de lui-même. ”
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Article 4 : Trouve-t-on la justice et la miséricorde dans toutes les œuvres de Dieu ?
Objections : 1. Il semble qu’on ne retrouve pas la miséricorde et la justice dans toutes les œuvres de Dieu En effet,
certaines sont attribuées à sa miséricorde, comme la justification de l’impie ; d’autres à sa justice comme la
damnation des impies, ce qui fait dire à S. Jacques (2,13) : “ Le jugement sera sans miséricorde pour celui qui n’aura
pas fait miséricorde ” Donc la justice et la miséricorde n’apparaissent pas dans toutes les œuvres de Dieu.
...
Solutions : 1. Si l’on attribue certaines œuvres à la justice de Dieu, et d’autres à sa miséricorde, c’est parce qu’en
certaines apparaît plus fortement la miséricorde, et en d’autres la justice Mais dans la damnation même des
réprouvés la miséricorde apparaît, non pour une relaxe totale, mais pour une certaine atténuation, car Dieu punit en
deçà de ce qui est mérité. De même dans la justification de l’impie, la justice apparaît, car elle remet les fautes en
raison de l’amour, que cependant Dieu inspire lui-même par miséricorde. C’est ainsi qu’il est écrit de Madeleine (Lc
7, 47) : “ Beaucoup de péchés lui sont pardonnés, parce qu’elle a beaucoup aimé. ”
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III q 99 a 2
(En anglais)
- [+] Texte masqué
- Reply to Objection 1. God, for His own part, has mercy on all. Since, however, His mercy is ruled by the order of His wisdom, the result is that it does not reach to certain people who render themselves unworthy of that mercy, as do the demons and the damned who are obstinate in wickedness. And yet we may say that even in them His mercy finds a place, in so far as they are punished less than they deserve condignly, but not that they are entirely delivered from punishment.
https://www.newadvent.org/summa/5099.htm