Oups ! mon précédent message a été publié avant sa fin. Je poursuis.
"Une double contorsion au plan de la raison théologique cherche à contourner le jugement d’exclusion, sans toucher à la doctrine. Soit on fait appel à ce que les époux renoncent à toute pratique sexuelle : mais de quelle anthropologie du corps une telle exigence est-elle l’expression ? Soit on invite ces personnes à une communion spirituelle lors de leur participation à l’eucharistie : mais de quelle théologie sacramentelle une telle invitation est-elle l’expression ? Le sacrement n’est-il pas signe visible ? Ces deux arguments ont été développés au synode. On en voit la faiblesse et les contradictions."
Je suis choquée qu'on demande à des personnes qui s'aiment, se désirent et vivent ensemble de renoncer à leurs liens physiques : sauf vocation spéciale comme celle des Maritain, il met en danger le lien dans le couple (et donc la famille) et il méprise l'argument de Jésus qui précise qu'un seul regard peut-être déjà adultère : ce n'est pas seulement la sexualité qui fait foi dans l'adultère.
Concernant la communion spirituelle auxquels les divorcés-remariés ont accès : quel sens cela a-t-il de séparer la communion eucharistique de la communion spirituelle alors que l'Eucharistie est le sommet de la vie spirituelle ?
"Il peut y avoir eu faute, mais pas nécessairement ou pas de façon déterminante : une incompatibilité peut s’être imposée peu à peu. Et qu’en est-il, quand il y a faute de l’un des membres du couple, pour la victime de la faute ? La miséricorde ne demande-t-elle donc pas que soit soutenu le chemin de reconstruction personnelle ? Ne demande-t-elle pas de reconnaître positivement la réalité du nouveau couple ?"
C'est bien le problème : je crois que la doctrine actuelle confond péché et échec, et que non seulement on manque à la miséricorde mais peut-être aussi à la justice. Qui connait le coeur de chacun ?
"Le mariage est un état lié par un contrat, et religieusement confirmé par le sacrement, qui en soi ne peut prendre fin que par le décès de l’un des contractants. Face à cette conception, qu’on prétend fondée directement sur l’Évangile et la déclaration expresse de Jésus comme expression de la volonté divine (ne pas séparer ce que Dieu a uni), la majorité des exégètes aujourd’hui contextualisent le récit : l’intention semble être de protéger la femme contre l’arbitraire de l’homme. Il s’agit donc d’être prudent en invoquant directement l’autorité de l’Écriture. Cela dit, cette tradition du mariage indissoluble n’a-t-elle pas de signification dans le cadre du contexte contemporain ? Le lien matrimonial est essentiellement conçu aujourd’hui comme une expérience d’amour, et non pas d’abord comme un contrat : parler du mariage en termes d’amour est certainement aussi évangélique et sans doute plus évangélique que d’en parler en termes juridiques contractuels, à condition qu’on s’interroge sur ce qu’implique la vérité de l’amour. Mais si le mariage est dissous du fait que l’un des partenaires est décédé, qu’en est-il quand meurt l’amour lui-même qui était le lien ? Ne faut-il pas dire que, de quelque manière, ce mariage est dissous ? Par ailleurs, l’expérience montre que très majoritairement les personnes qui s’engagent dans le lien du mariage (ou qui s’engagent sérieusement dans la vie de couple) espèrent que leur amour durera toujours, et qu’en ce sens il sera indissoluble. La permanence du lien dans la fidélité de l’amour est donc bien un idéal, idéal à soutenir. Mais faut peut-être pouvoir se demander si le mot « indissolubilité » peut encore dire cette expérience et cet idéal. Et si l’Église peut reconnaître l’échec et accueillir positivement la reconstruction que constitue la possibilité d’un nouveau couple, porté par le même idéal de fidélité et de permanence, il faut s’interroger sur le statut de ce nouveau lien "
Si je le comprends bien, il pose l'idée que l'accompagnement de l'Eglise dans le second lien marital ne serait pas de l'ordre de la concession au péché mais de la reconnaissance de l'amour existant de la capacité d'aimer à nouveau des personnes. cela me paraît pertinent. Encore que je sois lucide sur le fait qu'une évolution doctrinale ne soit pas simple ...
Mgr Di Falco :
"Les opinions des cardinaux divergent sur l’accès aux sacrements des
divorcés-remariés. Qu’ils n’oublient pas que l’eucharistie n’est pas une pièce de
musée que l’on peut admirer mais que l’on ne doit surtout pas toucher. Si la
démarche est sincère, la volonté présente, le besoin réel, alors permettons aux
divorcés-remariés de recevoir celui qui sauve, qui se donne et qui aime."
Je suis archi d'accord : priver des personnes en difficulté, qu'elles soient en état de péché ou pas (ne le sommes-nous pas toujours plus ou moins ?) est comme priver des malades de vitamines ! Le Christ a-t-il précisé au moment de la Sainte Table, "ceci est mon corps uniquement pour ceux qui ne sont pas en état de péché "?
Plutôt que le contraire, on devrait demander de communier avant d'aller se confesser : recevoir d'abord la nourriture du ciel offerte à tous, puis ainsi nourris, faire la lumière en nous concernant notre coeur.
Concernant les propos de Suliko sur la pertinence de ce débat :
il a lieu en ce moment même parmi les cardinaux et en Eglise, le Saint-Père lui-même nous y invite. Ce serait dommage de nous dérober et de ne pas profiter du fait que nos opinions sont divergentes pour débattre.
En participant au débat et questionnant le lien entre doctrine et éthique, nous sommes dans la tradition de l'Eglise qui avance ainsi depuis 2000 ans et en débattant sur ce sujet précis, nous sommes dans l'obéissance au Saint-Père qui souhaite que chacun ait une parole libre.
Bien à vous,
Axou