Biométrie, le visage totalitaire du libéralisme

« Par moi les rois règnent, et les souverains décrètent la justice ! » (Pr 8.15)
Christian
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Message non lu par Christian »

La langue anglaise, qui se prête mieux aux métaphores que la nôtre, décrit celui qui se trompe de sujet comme barking up the wrong tree. Vous courez après un chat, mon cher Charles, mais vous le croyez dans un arbre alors qu’il est grimpé dans un autre.

Pour continuer de filer la métaphore, vous avez créé une chimère, un épouvantail, vous l’avez affublé comme oripeaux de tout ce qui vous horripile dans le monde, et vous déclarez : « Voici le libéralisme ». Pourquoi pas ? Mais celui qui est incapable de poser le problème a peu de chances d’y apporter une solution.

Je suis sur un forum parce que j’aime bien discuter. Venant d’un autre, vos interventions sur le sujet me laisseraient indifférent, tant elles sont à côté de la plaque. Mais vous êtes cultivé, vos jugements dans bien des domaines sont d’une grande profondeur, et je me demande quel étrange aveuglement vous fait écrire tant de sornettes sur un thème libéral pourtant bien balisé.
Monique Canto-Sperber, philosophe libérale
Affirmation hardie. Heureusement, l’honnêteté vous fait citer vos sources, que j'ai consultées. Dans l’interview des Echos, Monique Canto-Sperber est qualifiée de « femme de gauche » et elle se range elle-même parmi les « sociaux-libéraux ». Quant à l’éditorialiste de Liberté Chérie, compétent en la matière, il déclare : « Elle ne défend pas un libéralisme impur ou exagérément modéré, elle prône un pseudo-libéralisme incohérent, improbable, irréel, qui n'est en fait que la version bizarroïde d'un socialisme qui cherche désespérément à évoluer pour ne pas disparaître. »

Décidément, le libéralisme est dans l’autre arbre, Charles, pas celui sous lequel vous clabaudez.
l'affaiblissement et la rupture des liens humains naturels (parents, amis, collègues, voisins, compatriotes, corréligionnaires)
Certes. Cette « désolation » cependant n’est pas une conséquence du libéralisme, mais de la démocratie, et surtout de la démocratie sociale. Il n’existe pas d’anthropologie du citoyen en démocratie. En tant que citoyen, il ne vient de nulle part, il n’a pas de parents, amis, collègues, religion, etc. La démocratie ne lui reconnaît aucune appartenance, pire, elle les lui refuse (c’est le débat du communautarisme). L’Etat providence renforce encore cette atomisation en affirmant : tout ce que la famille et la communauté pouvaient t’apporter, éducation culture, assistance en cas de malheurs et soutien pendant ta vieillesse, te viendront désormais de l’Etat. Pourquoi avoir d’autres attaches ? La seule relation pertinente en démocratie sociale est celle du citoyen seul face à l’Etat dispensateur de tous les biens matériels.

C’est pour lutter contre ce dépouillement de toute identité qui ne soit pas fournie par la bureaucratie que l’on voit apparaître des revendications régionalistes, religieuses, sexuelles, et dont le libéralisme s’accommode fort bien. En fait, les encourage. Car comme le mini-Etat libéral (voire inexistant) laisse à l’initiative des gens la responsabilité des mal nommés « services publics », la solidarité CHOISIE devient nécessaire. Pour défendre sa situation de salarié, il faut des syndicats puissants (il n'est pas d'institution plus libéralle et capitaliste qu'une libre association de travailleurs défendant leurs intérêts). Pour la sécurité et l’environnement du quartier, il faut des voisins organisés. Et qui fera offre d’éduquer les gamins, sinon des églises et des associations laïques, menées par des profs motivés, qui ne jouiront plus d’un monopole pour garantir leur emploi ?
Max Stirner, "L'Unique et sa propriété", manifeste libertarien du XIX° siècle
Je dois avoir rencontré plusieurs centaines de libertariens dans ma vie, sur 4 continents, et je n’en connais qu’un seul qui se réclame (partiellement) de Stirner.
les régimes totalitaires ne sont pas des administrations avec un leader charismatique à leur tête, ce sont des systèmes parallèlles à l'Etat et à l'administration, antithétiques à la sociabilité naturelle et politique
Cette distinction n’est pas pertinente, et personne ne s’y trompait. Hitler et Staline, et ses successeurs, étaient traités comme des homologues par les chefs d’Etat et de gouvernement des autres pays. Pour reprendre la définition de Weber, est un Etat l’institution qui exerce impunément le monopole de la violence sur un territoire donné. Les organisations communistes, fascistes, etc., agissant sans possibilité de recours légal contre elles, étaient bien des organisations d’Etat.
C'est la même contradiction interne, originaire et insoluble du libéralisme : parce qu'il ne fonde pas la vie politique sur un lien social entre deux personnes douées de liberté, mais sur l'individu dont la liberté, ou plutôt la licence de tout faire, est sacralisée, le libéralisme implique une violation des libertés individuelles bien plus grave que les nécessités de la vie sociale naturelle (évoquées péjorativement par Monique Canto comme "enserrement", "enfermement"). Parce qu'on refuse les limites imposées à la liberté individuelle par la vie sociale, on se voit obligé de subir des nécessités "sociales" totalitaires (" pour nos sociétés de se protéger d'avantage" par la biométrie) et arbitraires ("le fichage, qui violent clairement les libertés individuelles" - " par une entreprise privée, SI ce fichage est de sa propre initiative"). Refusant la naturalité des rapports sociaux et leurs communautés intermédiaires, on se retrouve face à l'obstacle de la liberté individuelle de tout autre ou à celui global du système totalitaire libéral.
Je n’ai rien compris à ce galimatias, et vous non plus d’ailleurs.

Le libéralisme fonde toute vie sociale sur les liens naturels de la famille et des communautés. Il déclare simplement que celles-ci ne sont pas des fatalités. Je suis né basque, je peux me vouloir plus français que basque. Ou l’inverse. L’apostasie n’est pas encouragée, elle n’est pas non plus punie de mort. L’engagement (dans un mariage, dans une église, dans la vie sociale) n’est pas une limitation de ma liberté, il est ma liberté en acte. Voilà des vérités simples du libéralisme, que vous feignez d’ignorer pour une raison que j’ignore, mais qui m’intrigue — du moins assez pour prendre la peine de vous répondre,

mais pas assez pour continuer plus loin ce dialogue à propos d’un fantasme que vous êtes seul à appeler libéralisme.

Christian


[align=center]


C'est une des lubies favorites de la gauche moderne que de prendre le scepticisme —
cette pose consistant à prétendre qu'on ne saurait rien connaître avec certitude —
pour le fondement le mieux assuré de la liberté personnelle.
L'extrémiste, assuré de la justesse de ses conceptions, violera sûrement le Droit des autres ;
le sceptique, qui n'est certain de rien du tout, les respectera.

La vérité, est précisément à l'opposé : le sceptique n'a aucun moyen de défendre sa liberté,
ni celle d'autrui, contre une attaque quelconque.
Comme il y aura toujours des gens déterminés à agresser les autres pour le pouvoir ou pour le lucre,
le triomphe du scepticisme veut dire que les victimes seront sans défense contre l'agression.
Bien plus, comme le sceptique est incapable de découvrir aucun principe capable de fonder le Droit
ni aucune forme d'organisation sociale, il a toutes les chances de se résigner
à un régime tyrannique quel qu'il puisse être, avec bien sûr tous les soupirs que l'on voudra.
Il n'est pas grand' chose d'autre qu'il puisse dire ou faire.

Murray Rothbard

(un libéral, un vrai)[/align]
Charles
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La biométrie viole la DDH et la Constitution

Message non lu par Charles »

Interrogeons nous sur la compatibilité des moyens de police biométrique avec la DDH et la Constitution.

Constitution de la cinquième République française

Selon l'article 3, "La souveraineté nationale appartient au peuple". Il est donc anticonstitutionnel de développer des moyens de surveillance à l'échelle de la population entière, car il est contradictoire de reconnaître au peuple la souveraineté et d'asservir ce même peuple à des moyens de contrôle biométrique. La carcéralisation ne peut relever que de l'exception, elle ne peut devenir la norme appliquée au peuple.

Déclaration de droits de l'homme de 1789

L'article 2 évoque des "droits naturels et imprescriptibles de l'homme" dont la "liberté" et "la résistance à l'oppression". Il est donc anticonstitutionnel de punir ceux qui souhaitent se soustraire aux moyens oppressifs de police biométrique. Et dans le cas du lycée de Gif-sur-Yvette, ce sont les fabriquants et les installateurs des bornes biométriques qui doivent être poursuivis.

L'article 5 énonce que "la loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas." La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société et nécessairement donc elle ne peut ordonner de telles actions. Les moyens de police biométrique sont nuisibles à la société puisqu'ils portent atteinte à la souveraineté du peuple, aux libertés individuelles et à la dignité de la personne. Ces moyens sont donc illégaux et anticonstitutionnels.

C'est très clair avec le cas du bracelet GPS, qui est un substitut de la prison, c'est-à-dire qui implique les mêmes restrictions que la carcéralisation, spécialement la liberté de circulation. En instaurant l'usage du bracelet GPS, Pascal Clément et le gouvernement UMP ont identifié la traçabilité à l'emprisonnement ou l'emprisonnement à la traçabilité.

L'article 9 énonce que "tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable". Ici encore la police biométrique et ses fichiers de masse se révèle anticonstitutionnelle et portant atteinte aux droits de l'homme. Le fichage universel d'informations jusque là seulement prélevée sur les criminels porte atteinte à la présomption d'innocence. Encore une fois l'exception devient la norme, criminels et innocents sont traités de la même façon, de celle dont sont traités les criminels.

C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la déclaration de Sarkozy sur l'origine génétique de la pédophilie. En vérité, la question de la pédophilie est seulement rhétorique, elle est évoquée seulement en tant que crime produisant le rejet et l'indignation les plus unanimes. Elle joue le même rôle que le mot "thérapeutique" dans l'expression "clonage thérapeutique". Lier pédophilie et génétique, c'est donc montrer la "nécessité" d'un dépistage génétique de la menace pédophile, c'est-à-dire d'un fichage génétique de la population. Si le stationnement interdit était inscrit dans les gènes, la nécessité de surveiller les gènes remportait sans doute très peu d'adhésion dans la population. Mais si la pédophilie y est inscrite, alors là oui, la population a plus de chance d'adhérer à un système de surveillance génétique.
Dernière modification par Charles le jeu. 07 juin 2007, 16:34, modifié 3 fois.
Charles
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Message non lu par Charles »

Christian,

première chose, je souhaite que vous gardiez votre calme et n'ayez pas recours à des termes insultants.
l'affaiblissement et la rupture des liens humains naturels (parents, amis, collègues, voisins, compatriotes, corréligionnaires)
Certes. Cette « désolation » cependant n’est pas une conséquence du libéralisme, mais de la démocratie, et surtout de la démocratie sociale.
Vous donnez encore dans l'idéologie. Ce sont dans les systèmes les plus libéraux qu'on observe aujourd'hui le plus de désolation. Et que dire de l'Allemagne des années 20 et 30 ? Qui a à peine connu la démocratie mais subi de plein fouet la crise de 29. Ce ne sont pas quelques années de régime démocratique qui ont pu produire autant d'individus désolés, ceux que Arendt décrit comme étant la proie idéale des mouvements totalitaires. Exode rural, traumatisme de la guerre, crise économique, des causes indépendante de la démocratie.

Et vous vous débarassez à bon compte du citoyen et de sa dignité politique.
L’Etat providence renforce encore cette atomisation en affirmant : tout ce que la famille et la communauté pouvaient t’apporter, éducation culture, assistance en cas de malheurs et soutien pendant ta vieillesse, te viendront désormais de l’Etat. Pourquoi avoir d’autres attaches ? La seule relation pertinente en démocratie sociale est celle du citoyen seul face à l’Etat dispensateur de tous les biens matériels.
Le paternalisme des industriels au XIX° siècle, vous connaissez ? L'intégration des vies des salariés dans l'entreprise japonaise et en Asie du Sud-Est, cela ne vous dit rien ? Selon les circonstances et leurs besoins, les entreprises traitent la ressource humaine en l'intégrant totalitairement ou en la précarisant à l'extrême.
Max Stirner, "L'Unique et sa propriété", manifeste libertarien du XIX° siècle
Je dois avoir rencontré plusieurs centaines de libertariens dans ma vie, sur 4 continents, et je n’en connais qu’un seul qui se réclame (partiellement) de Stirner.
J'évoque Stirner parce que ce qu'il pensait se trouve aujourd'hui amplement réalisé.
Dernière modification par Charles le jeu. 07 juin 2007, 17:58, modifié 1 fois.
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Ruth de Saint Jean
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Message non lu par Ruth de Saint Jean »

Je suis tout à fait de l'avis de Christian. Charles a décelé de vrais problèmes dans notre société actuelle post-moderne (désolation, etc), mais moi aussi je pense qu'il se trompe en attribuant la cause de tous nos maux au libéralisme. S'il ne parlait que de la possible et éventuelle "dérive totalitaire" du libéralisme, passe encore, mais il accuse sans discrimination le libéralisme (dont la définition reste vague sur ce forum), des pires crimes contre l'humanité.

Merci, Christian, pour (enfin!) un point de vue différent et illustré, dommage que vous ne soyez pas disposé à continuer le débat qui, sans vous, gardera la forme d'un monologue (non sans intérêt) de Charles animé par ses admirateurs...
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Christophe
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Anthropologie

Message non lu par Christophe »

[align=justify]Bonjour à tous

C'est pourtant bien l'anthropologie (comme l'a remarquée Christian) individualiste révolutionnaire qui est la mère de la "désolation" que nous constatons. A voir "l'individu" uniquement par le prisme de son individualité (cf. interview de Monique Canto-Sperber ci-dessus), et l'environnement social uniquement comme une contrainte, on en arrive là ou on en est... Néanmoins, la critique radicale de l'Etat portée par Christian et le mouvement libéral-libertaire qu'il représente me semble le rapprocher du "corporatisme social" proné par la doctrine sociale chrétienne : revigorer tous les corps sociaux (famille, entreprise, paroisse, associations, etc.) mis à mal par l'inflation totalisante - et donc totalitaire - de l'Etat. Pour cela, il me semble qu'il est néanmoins impératif d'adopter l'anthropologie chrétienne (en particulier le caractère naturellement social de la personnalité humaine) en lieu et place de l'anthropologie dite "libérale" - c'est-à-dire "individualiste"...

NB : Le terme "libéral" - au sens large - peut qualifier toute la philosophie occidentale depuis la Révolution ; au sens strict, il ne renvoit qu'à une petite part de celle-ci. On peut - sans mentir - qualifier le marxisme d'avatar du libéralisme, car il adopte les schémas intellectuels hérités de la Révolution libérale.
:P

Pax vobiscum
Christophe[/align]
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Message non lu par Charles »

Ruth de Saint Jean a écrit :Charles a décelé de vrais problèmes dans notre société actuelle post-moderne (désolation, etc), mais moi aussi je pense qu'il se trompe en attribuant la cause de tous nos maux au libéralisme.
Il s'agit seulement ici de la biométrie, du libéralisme et de sa dérive totalitaire. Et de toute façon, une fois le sujet épuisé, je ferai une synthèse ne retenant que les éléments les plus solides.
Dernière modification par Charles le jeu. 07 juin 2007, 18:49, modifié 3 fois.
Christian
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Message non lu par Christian »

Bonjour Ruth de Saint Jean, bonjour Christophe,
:) :)
D'autre part, je suis tout à fait de l'avis de Christian. Charles a décelé de vrais problèmes dans notre société actuelle post-moderne (désolation, etc), mais moi aussi je pense qu'il se trompe en attribuant la cause de tous nos maux au libéralisme.
Me voici tout rougissant revenu sur ce fil où je pensais n’avoir que des ennemis.
A voir "l'individu" uniquement par le prisme de son individualité [...], et l'environnement social uniquement comme une contrainte, on en arrive là ou on en est...
L’environnement social dans son ensemble n’a jamais été analysé comme une contrainte par les libéraux. Jamais. Ils ne s’opposent qu’à la seule violence physique contre une personne et ses biens, violence qui est le fait des arracheurs de sacs, des braqueurs, des violeurs, des meurtriers (je rajouterai des avorteurs), mais qui ne représentent dans nos stés qu’une toute petite fraction de la violence physique exercée par les hommes de l’Etat sous forme de guerres, de conscription militaire, d’impôts, de censures, de quotas, et autres violations du Droit.

L’individualisme des libéraux est une notion juridique, pas anthropologique. Le libéral, (dans sa pratique juridique) tient la vie de chaque être humain pour la valeur suprême, et n’accepte pas qu’elle soit sacrifiée à de quelconques projets, fussent-ils approuvés par une majorité démocratique, sanctionnés par la science, etc. Qu’un être humain décide de sacrifier sa vie pour sauver celle d’un autre, pour une Cause, etc., il ne saurait donner de plus grande preuve d’amour, comme nous savons, mais ce ne peut être que sa décision.

Ce qui est vrai de la vie d’un être humain l’est aussi de ses biens. Je n’hésiterai pas une seconde à voler du pain pour nourrir mon enfant, mais je trouverai juste d’être condamné pour cela, ne serait-ce que symboliquement. Un assassinat est un assassinat, quelle que soit la cause pour laquelle on le commet, et de même un vol reste un vol, quels que soient l’auteur, particulier ou homme de l’Etat, et le nom qu’on lui donne, impôt ou braquage.
la critique radicale de l'Etat portée par Christian et le mouvement libéral-libertaire qu'il représente me semble le rapprocher du "corporatisme social" proné par la doctrine sociale chrétienne : revigorer tous les corps sociaux (famille, entreprise, paroisse, associations, etc.) mis à mal par l'inflation totalisante - et donc totalitaire - de l'Etat.
Oui, absolument, et merci, Christophe, de le relever. Je récuse cependant le terme de corporatisme, trop connoté Maurras/Mussolini. Dans la conception de ces activistes politiques, comme dans les pratiques abolies par la Loi Le Chapelier, la corporation détient un pouvoir de monopole, sanctionné par la puissance publique. Le client n’a pas le droit de traiter avec un plombier ou un libraire qui ne serait pas membre d’une corporation, même si ledit plombier ou libraire rend un meilleur service à un meilleur prix.

Je pense (mais vous êtes plus compétent que moi en la matière) que les corps sociaux prônés par la doctrine sociale chrétienne sont constitués par des adhésions volontaires, et la corporation des bouchers ne peut pas plus contraindre les carnivores à se fournir auprès de ses membres (à l’exclusion, donc, de bouchers dissidents) que l’Eglise catholique ne peut contraindre les chrétiens à fréquenter ses seules paroisses (à l’exclusion des temples protestants, par ex.).

Si votre réponse est positive, alors je suis un ‘corporatiste’ qui s’ignore.

[ La suite de la discussion sur le Corporatisme a été déplacée dans un fil dédié : viewtopic.php?t=3348 | Christophe ]

Cordialement à tous les deux

Christian
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giorgino
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Message non lu par giorgino »

Je viens d 'entendre que le CNl , la commission Informatique et Liberté tirent le signal d ' alarme au sujet de la biométrie ce qui est infiniment plus important que ce que je viens de lire où on a l'impression de lire des gens qui se congratulent entre eux et qui sont aux anges de penser la meme chose , ce qui présente un interet que pour eux .
Charles
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Message non lu par Charles »

Christian a écrit :
Monique Canto-Sperber, philosophe libérale
Affirmation hardie. Heureusement, l’honnêteté vous fait citer vos sources, que j'ai consultées. Dans l’interview des Echos, Monique Canto-Sperber est qualifiée de « femme de gauche » et elle se range elle-même parmi les « sociaux-libéraux ». Quant à l’éditorialiste de Liberté Chérie, compétent en la matière, il déclare : « Elle ne défend pas un libéralisme impur ou exagérément modéré, elle prône un pseudo-libéralisme incohérent, improbable, irréel, qui n'est en fait que la version bizarroïde d'un socialisme qui cherche désespérément à évoluer pour ne pas disparaître. »
Monique Canto est trop intelligente, trop brillante pour en rester à un socialisme "XX° siècle", mais elle n'a pas le courage de refuser l'alternative libérale, c'est-à-dire de choisir la seule option restante, la Doctrine Sociale de l'Eglise.

Et qu'elle soit vraiment de gauche ou non est relativement indifférent au contenu de son intervention devant le CNE. Mais sa prudence (pas celle au sens aristotélicien ni chrétien) est attristante... On sent la peur derrière chaque phrase, le souci de conformité, l'allégeance à la puissance d'aujourd'hui et de demain... Qu'une femme si brillante (je l'ai croisée et j'ai vu les moyens qu'elle a) arrive à produire un texte d'une telle tiédeur, d'un tel compromis permanent, d'une telle mollesse... ah la la, quelle peine !

Il faudra ouvrir un sujet sur tout ce qui relève des compromission, corruption, retournement de veste, achat de conscience, etc. Serions-nous catholiques dans un pays persécutant le catholicisme où les seuls emplois permis aux catholiques seraient de vider les poubelles et balayer les rues ?... Une question délicate et urgente à poser.
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giorgino
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Message non lu par giorgino »

j' aimerais que vous alliez en PHILOSOPHIE sur le file indifferenciation sexuelle , vous qui etes un lecteur de Girard , en esperant que le sujet vous interesse .
Charles
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Les gendarmes remplacés par un mouchard électronique

Message non lu par Charles »

Les gendarmes remplacés par un mouchard électronique
LE MONDE | 09.06.07

"Depuis le mois de mai, les gendarmes de ce petit archipel dépendant du Royaume-Uni (Bermudes) sont progressivement remplacés sur les routes par un système de surveillance électronique basé sur la technologie RFID (Radio Frequency Identification).

Le principe, qui devra concerner tous les véhicules bermudiens d'ici au 1er juin 2008, est le même que celui des passes Navigo de la RATP. Une puce, fondue dans un autocollant de quelques centimètres carrés apposé sur le pare-brise, contient les informations légales du véhicule (plaque d'immatriculation, modèle et description physique, contrat d'assurance, conformité aux exigences de contrôle technique...). Trente lecteurs fixes ou mobiles installés sur le territoire recueillent, lors des déplacements du véhicule, ces informations, qui sont envoyées à une base de données centralisée. Les infractions détectées sont alors traitées automatiquement. (...)

La société américaine 3M, qui développe le système, explique avoir d'ores et déjà été contactée par le Brésil, le Mexique, l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite et la Malaisie, qui connaissent également de grands problèmes de fraudes. Certains de ces Etats chercheraient, selon 3M, à adapter leur législation pour pouvoir appliquer l'EVR. Pour Jaime Ojeda, Business Manager chez 3M, "il ne fait aucun doute que l'EVR va devenir le standard mondial de la surveillance des véhicules".(...)

Reste que c'est la première fois qu'une population entière d'automobilistes se trouve surveillée par puces RFID interposées, ce qui soulève le débat des libertés individuelles. Aux Bermudes, les informations portées par la puce "concernent le véhicule, pas le conducteur. Ce sont les mêmes que celles que les autorités bermudiennes détiennent déjà", peut-on lire sur le site Internet du gouvernement. Jaime Ojeda reconnaît cependant que 3M est techniquement en mesure de fournir "un système qui puisse suivre à la trace les déplacements de tous les véhicules"."

Encore une fois, notez la question cruciale de "une population entière (...) se trouve surveillée par puces RFID interposées". La biométrie est un moyen de police global, totalitaire. "une population entière", " le standard mondial de la surveillance". La biométrie est par essence liée à la mondialisation libérale, elle en est l'expression policière. Et c'est une police politique, puisque c'est une police dont la portée est universelle et intégrale. L'avantage de la biométrie, c'est de fournir des données traitables par des logiciels, c'est-à-dire par des moyens de recherche, de classement, extrêmement puissants. On oublie cela, et c'est fondamental. La biométrie passe au cou des individus des laisses électronique et à l'aide de l'informatique, elle traite des millions de laisses qui sont toutes tenues dans une seule main. Biométrie et informatique sont liées étroitement, sans l'informatique pour traiter les données, la biométrie ne serait que peu exploitable. Mais à cause de cette symbiose, la biométrie produit un système de surveillance intégral et global.
Dernière modification par Charles le mer. 13 juin 2007, 16:19, modifié 1 fois.
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Biométrie stricto sensu ?

Message non lu par Christophe »

Salut Charles

Juste une petite question : le terme "biométrie" s'applique-t-il réellement pour toutes les technologies de surveillance électronique ?
Dans mon esprit, la bio-métrie concernait exclusivement les systèmes exploitant des caractères physiologiques (empreintes digitales, ADN, photo rétinienne, etc. ) La force de la biométrie, qui s'appuie justement sur les caractères physiologiques de la personne, est de ne pas nécessiter de "puce", de "carte" ou autres systèmes d'identification externes.

Amitiés
Christophe
Wikipédia a écrit :Depuis quelques années, le mot biométrie est utilisé également dans le sens plus restrictif de l'identification des personnes en fonction de caractéristiques biologiques telles que les empreintes digitales, les traits du visage, etc.
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Charles
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Message non lu par Charles »

En fait, la biométrie n'a de sens que dans le contexte d'un système d'exploitation. Posséder l'ADN de la population française n'a aucun sens si l'on n'a pas le moyen de traiter cette information. L'exploitation du système biométrique implique trois éléments :

1- l'identification initiale qui comprend le prélèvement des données biométriques : iris, rétine, empreinte digitale, voix, ADN, visage ; l'identification pratique qui consiste dans le filtrage et la traçabilité de l'individu dont on a prélevé les données biométriques.

2 - l'association des données biométriques à des informations significatives : état civil, adresse, numéro de sécurité sociale, de compte bancaire, de dossier fiscal, casier judiciaire, race, religion, sensibilité politique, etc.

3 - le traitement de ces données et informations par des logiciels de bases de données et moteurs de recherche.

Sans ces trois éléments, la biométrie n'a aucun usage pratique, aucun sens. Si le premier élément manque, le système tourne mais sans application concrète. Si c'est le second qui manque, le système contrôle la population mais sans savoir qui est qui. Si c'est le troisème, la masse d'information est impossible à gérer.

La logique de la biométrie est la convergence de tous ses possibles. C'est une logique d'intégration des individus, des informations et du traitement de l'information, bref celle d'un système totalitaire.

Voir : http://www.zdnet.fr/actualites/informat ... 891,00.htm .

"Les ministres européens de l’Intérieur rendent finalement obligatoires les empreintes digitales sur les puces contenues dans les futurs passeports biométriques. La France, l’Allemagne, l’Italie et la Grèce voulaient plus qu’une photo numérisée du visage.
Les futurs passeports européens devront obligatoirement contenir deux identifiants biométriques: l'image faciale, c'est-à-dire une photo numérique, et les empreintes digitales. C'est ce qu'ont décidé les ministres européens de l'Intérieur le 26 octobre.
Initialement, la Commission européenne avait présenté en février dernier un projet de "règlement" (l'une des trois formules législatives de l'UE, avec les "directives" et "décisions") dans lequel la présence des empreintes sur ces documents n'était que facultative. Ces mêmes ministres avaient validé cette proposition en juin. Mais selon l'organisation britannique Statewatch, quatre pays sont revenus à la charge pour imposer ce second identifiant: la France, l'Allemagne, l'Italie et la Grèce.
S'il est d'ores et déjà acquis que ce principe du double identifiant biométrique devra s'appliquer, c'est parce qu'un "règlement" ne nécessite pas de validation des 732 élus du Parlement européen. Lundi 25 octobre, soit la veille de la rencontre des ministres, la Commission des Libertés du Parlement a adopté deux rapports sur les futurs papiers d'identité dans l'UE.
Ces rapports seront votés en séance plénière au cours des prochaines sessions de novembre. Mais le Parlement ne rendra qu'un "avis" dont le Conseil pourra totalement s'affranchir, nous a confirmé le service de presse du Parlement européen."
Image
Cette image est la parfaite illustration de ce qu'est réellement la biométrie : une laisse électronique oppressive et dégradante pour la dignité humaine.
Dernière modification par Charles le mer. 04 juil. 2007, 18:55, modifié 3 fois.
Charles
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Publicité et biométrie

Message non lu par Charles »

Jamais une population n'avait été soumise à une pression de propagande équivalente à celle de notre publicité contemporaine. Je rappelle que la publicité est de la propagande, qu'elle est une incitation à avoir une façon de penser et un comportement spécifiques : la consommation, l'achat. La publicité est donc une pression morale (mos/ethos = le comportement) exercée de façon globale, sur toute la population. En tant qu'elle s'exerce sur toute la population, cette pression morale est aussi politique.

Bientôt la surveillance biométrique atteindra le même niveau de globalité que la propagande moralisante. L'universalité de ces deux phénomènes est remarquable. Pression morale et pression sécuritaire n'ont jamais dans l'histoire atteint un tel niveau. Les moyens de propagande du NSAPD ou de surveillance du KGB qu'eurent à subir les populations allemande et soviétiques furent insignifiants, des balbutiements, en comparaison de ceux que nous subissons et commençons à subir aujourd'hui.

La pression morale d'incitation à la consommation est telle que même ceux qui n'en ont pas le moyens consomment sans payer. Les 30.000 voitures qui brûlent en France chaque année dans les banlieues ne sont rien d'autre que des actes de consommation. Les pauvres des banlieues font exactement la même chose que nous avec nos voitures, ils les consomment, non pas sur dix ans comme nous, mais dans un acte instantané. Ils consomment tout ce à quoi ils n'ont pas accès : école, magasins, voitures... et dont la consommation est absolument nécessaire à l'existence individuelle dans la société libérale. Pour exister comme individu dans cette société, il faut être un individu consommateur. Ces actes de destruction sont donc des actes de conformisme social, des actes produisant du statut social. Par eux, les pauvres des banlieues se rendent de fait égaux en statut social aux autres qui ont les moyens de consommer. Il n'y a rien de moins rebelle ou subversif que les destructions et incendies des casseurs : ils obéissent à leur manière à l'injonction permanente et universelle de consommer. Pasolini disait que "la fièvre de la consommation est une fièvre d’obéissance à un ordre non énoncé". Et d'ailleurs, ce ne sont pas les industriels de l'automobile qui s'en plaindront : 30.000 voitures à remplacer par an, cela donne une extension providentielle au marché intérieur.
La pression publicitaire, la pression morale est donc à son maximum, il y en a qui risquent la prison pour obéir à l'impératif catégorique : tu dois consommer. Se conformer au nouveau cogito : je consomme donc je suis. Notre espace de vie est saturé de pression morale, dans les médias, la ville, sur la route et même dans le ciel des plages. Un chef d'entreprise disait que l'affichage était le média de l'avenir parce qu'on ne pouvait pas le zapper.

Nous assistons parallèlement à la montée de la pression policière par le développement de la biométrie. Le système biométrique tend lui aussi à une saturation de notre espace de vie, avec l'impossibilité d'y échapper, de passer entre les mailles du filet, comme objectif déclaré.

C'est donc vers une société saturée de pression morale et de pression policière que nous nous acheminons à court terme. Cela s'appelle la mondialisation libérale : pression morale jusqu'à saturation, pression policière jusqu'à saturation, consumation du monde des objets, des personnes et des choses naturelles. C'est un paganisme intégral.

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Dernière modification par Charles le sam. 28 juil. 2007, 13:36, modifié 6 fois.
Charles
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Message non lu par Charles »

La problématique de la police globale biométrique est étroitement liée à celle de la consommation qui, en tant que destruction, est violence.
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Gérer la consommation et gérer la violence, c'est la même tâche de gouvernance, pour utiliser un vocabulaire mondialiste.
Dernière modification par Charles le mer. 04 juil. 2007, 18:50, modifié 3 fois.
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