Pour continuer de filer la métaphore, vous avez créé une chimère, un épouvantail, vous l’avez affublé comme oripeaux de tout ce qui vous horripile dans le monde, et vous déclarez : « Voici le libéralisme ». Pourquoi pas ? Mais celui qui est incapable de poser le problème a peu de chances d’y apporter une solution.
Je suis sur un forum parce que j’aime bien discuter. Venant d’un autre, vos interventions sur le sujet me laisseraient indifférent, tant elles sont à côté de la plaque. Mais vous êtes cultivé, vos jugements dans bien des domaines sont d’une grande profondeur, et je me demande quel étrange aveuglement vous fait écrire tant de sornettes sur un thème libéral pourtant bien balisé.
Affirmation hardie. Heureusement, l’honnêteté vous fait citer vos sources, que j'ai consultées. Dans l’interview des Echos, Monique Canto-Sperber est qualifiée de « femme de gauche » et elle se range elle-même parmi les « sociaux-libéraux ». Quant à l’éditorialiste de Liberté Chérie, compétent en la matière, il déclare : « Elle ne défend pas un libéralisme impur ou exagérément modéré, elle prône un pseudo-libéralisme incohérent, improbable, irréel, qui n'est en fait que la version bizarroïde d'un socialisme qui cherche désespérément à évoluer pour ne pas disparaître. »Monique Canto-Sperber, philosophe libérale
Décidément, le libéralisme est dans l’autre arbre, Charles, pas celui sous lequel vous clabaudez.
Certes. Cette « désolation » cependant n’est pas une conséquence du libéralisme, mais de la démocratie, et surtout de la démocratie sociale. Il n’existe pas d’anthropologie du citoyen en démocratie. En tant que citoyen, il ne vient de nulle part, il n’a pas de parents, amis, collègues, religion, etc. La démocratie ne lui reconnaît aucune appartenance, pire, elle les lui refuse (c’est le débat du communautarisme). L’Etat providence renforce encore cette atomisation en affirmant : tout ce que la famille et la communauté pouvaient t’apporter, éducation culture, assistance en cas de malheurs et soutien pendant ta vieillesse, te viendront désormais de l’Etat. Pourquoi avoir d’autres attaches ? La seule relation pertinente en démocratie sociale est celle du citoyen seul face à l’Etat dispensateur de tous les biens matériels.l'affaiblissement et la rupture des liens humains naturels (parents, amis, collègues, voisins, compatriotes, corréligionnaires)
C’est pour lutter contre ce dépouillement de toute identité qui ne soit pas fournie par la bureaucratie que l’on voit apparaître des revendications régionalistes, religieuses, sexuelles, et dont le libéralisme s’accommode fort bien. En fait, les encourage. Car comme le mini-Etat libéral (voire inexistant) laisse à l’initiative des gens la responsabilité des mal nommés « services publics », la solidarité CHOISIE devient nécessaire. Pour défendre sa situation de salarié, il faut des syndicats puissants (il n'est pas d'institution plus libéralle et capitaliste qu'une libre association de travailleurs défendant leurs intérêts). Pour la sécurité et l’environnement du quartier, il faut des voisins organisés. Et qui fera offre d’éduquer les gamins, sinon des églises et des associations laïques, menées par des profs motivés, qui ne jouiront plus d’un monopole pour garantir leur emploi ?
Je dois avoir rencontré plusieurs centaines de libertariens dans ma vie, sur 4 continents, et je n’en connais qu’un seul qui se réclame (partiellement) de Stirner.Max Stirner, "L'Unique et sa propriété", manifeste libertarien du XIX° siècle
Cette distinction n’est pas pertinente, et personne ne s’y trompait. Hitler et Staline, et ses successeurs, étaient traités comme des homologues par les chefs d’Etat et de gouvernement des autres pays. Pour reprendre la définition de Weber, est un Etat l’institution qui exerce impunément le monopole de la violence sur un territoire donné. Les organisations communistes, fascistes, etc., agissant sans possibilité de recours légal contre elles, étaient bien des organisations d’Etat.les régimes totalitaires ne sont pas des administrations avec un leader charismatique à leur tête, ce sont des systèmes parallèlles à l'Etat et à l'administration, antithétiques à la sociabilité naturelle et politique
Je n’ai rien compris à ce galimatias, et vous non plus d’ailleurs.C'est la même contradiction interne, originaire et insoluble du libéralisme : parce qu'il ne fonde pas la vie politique sur un lien social entre deux personnes douées de liberté, mais sur l'individu dont la liberté, ou plutôt la licence de tout faire, est sacralisée, le libéralisme implique une violation des libertés individuelles bien plus grave que les nécessités de la vie sociale naturelle (évoquées péjorativement par Monique Canto comme "enserrement", "enfermement"). Parce qu'on refuse les limites imposées à la liberté individuelle par la vie sociale, on se voit obligé de subir des nécessités "sociales" totalitaires (" pour nos sociétés de se protéger d'avantage" par la biométrie) et arbitraires ("le fichage, qui violent clairement les libertés individuelles" - " par une entreprise privée, SI ce fichage est de sa propre initiative"). Refusant la naturalité des rapports sociaux et leurs communautés intermédiaires, on se retrouve face à l'obstacle de la liberté individuelle de tout autre ou à celui global du système totalitaire libéral.
Le libéralisme fonde toute vie sociale sur les liens naturels de la famille et des communautés. Il déclare simplement que celles-ci ne sont pas des fatalités. Je suis né basque, je peux me vouloir plus français que basque. Ou l’inverse. L’apostasie n’est pas encouragée, elle n’est pas non plus punie de mort. L’engagement (dans un mariage, dans une église, dans la vie sociale) n’est pas une limitation de ma liberté, il est ma liberté en acte. Voilà des vérités simples du libéralisme, que vous feignez d’ignorer pour une raison que j’ignore, mais qui m’intrigue — du moins assez pour prendre la peine de vous répondre,
mais pas assez pour continuer plus loin ce dialogue à propos d’un fantasme que vous êtes seul à appeler libéralisme.
Christian
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C'est une des lubies favorites de la gauche moderne que de prendre le scepticisme —
cette pose consistant à prétendre qu'on ne saurait rien connaître avec certitude —
pour le fondement le mieux assuré de la liberté personnelle.
L'extrémiste, assuré de la justesse de ses conceptions, violera sûrement le Droit des autres ;
le sceptique, qui n'est certain de rien du tout, les respectera.
La vérité, est précisément à l'opposé : le sceptique n'a aucun moyen de défendre sa liberté,
ni celle d'autrui, contre une attaque quelconque.
Comme il y aura toujours des gens déterminés à agresser les autres pour le pouvoir ou pour le lucre,
le triomphe du scepticisme veut dire que les victimes seront sans défense contre l'agression.
Bien plus, comme le sceptique est incapable de découvrir aucun principe capable de fonder le Droit
ni aucune forme d'organisation sociale, il a toutes les chances de se résigner
à un régime tyrannique quel qu'il puisse être, avec bien sûr tous les soupirs que l'on voudra.
Il n'est pas grand' chose d'autre qu'il puisse dire ou faire.
Murray Rothbard
(un libéral, un vrai)[/align]







