Je ne vois pas vraiment pourquoi Dieu ne transcendrait pas sa création dans l'hypothèse d'un seul acte (être Dieu-créer). N'est-ce pas une façon humaine de voir l'acte comme une production, mettre une succession logique entre un je et son expression, voir une durée (à un moment Dieu a créé) ? Ne peut-on dire que la Création n'est pas nécessaire par soi mais du fait que Dieu est ce qu'il est ?
En conclusion, je vois bien la difficulté, Mais ne vient-elle pas de notre désir de plier Dieu à nos raisonnements , et que Dieu transcende nos raisonnements ?
Je vois un problème, deux incompréhensions, et une incohérence dans votre raisonnement.
1)
Le problème, il a déjà été suffisamment exposé : l'être de Dieu ne peut pas se confondre avec l'acte de créer car alors Dieu serait simplement la chiquenaude qui donne à être la Création, ce qui signifierai qu'Il serait impensable sans cette Création, et donc immanent et non pas transcendant.
2)
La première incompréhension : Oui, la Création est par ce que Dieu est ce qu'il est : Amour. Que la Création soit de toute éternité, oui aussi, puisque Dieu est hors du temps. Cela n'est pas incompatible avec ce qui vient d'être dit sur la différentiation entre l'être de Dieu et son acte créateur.
3)
L'incohérence : vous répétez à plusieurs reprises que la philosophie est trop faible, que la théologie ne vous a jamais satisfait. Bien. En soi il n'y a rien de répréhensible là-dedans. Souvenez-vous que Thomas d'Aquin dira peut de temps avant de mourir, et après une vision, que tout ce qu'il a écrit et pensé était de la paille.
Mais le raisonnement que vous tenez pour défendre l'indistinction entre l'être de Dieu et son acte créateur est théologico-philosophique, dès lors votre argumentation qui tient principalement sur les insuffisances de la philosophie est
intenable.
4) Ce qui nous amène à
la deuxième incompréhension : Vous vous trompez sur ce qu'est la mystique. La mystique c'est fondamentalement la rencontre de l'homme et du Christ, une rencontre cœur à cœur, de personne à personne. Ce qu'on appelle "un mystique", c'est quelqu'un qui témoigne de cette rencontre. Mais la mystique n'est pas une méthode, ni une manière de parler ni de penser. Le témoignage que rend la personne de son expérience mystique peut prendre plusieurs formes : un silence, la poésie, la philosophie, des gestes, une manière d'être etc.
Dès lors vous comprendrez bien qu'opposer philosophie/théologie et mystique est absurde car nous ne sommes pas du tout sur des plan comparables ni contradictoires entre eux.
Ce problème, très fréquent dans la pensée contemporaine, vient de ce que l'on a fait de la mystique un genre littéraire, alors qu'il n'en est pas un. Et cela précisément parce que le monde moderne ne peut pas comprendre ce qu'est fondamentalement la mystique.
Quand à votre opposition entre la "doctrine" mystique et la "doctrine" théologique en catholicité, elle est également erronée. Par exemple, les écrits de Catherine de Sienne sont des mises en image extrêmement précises, et presque "géométrique", de la théologie thomiste.