> Philémon
. Vous dites que "la nature humaine est la conséquence du péché : la mort, la vieillesse, les maladies, la concupiscence, la souffrance, les sentiments de l'âme (colère, peur, haine, etc.). Pourtant l'homme n'est pas fondamentalement mauvais. Et il en est de même dans la nature."
Sauf que là je ne suis pas d'accord : la nature humaine n'est pas la conséquence du péché.
La nature humaine BLESSÉE est la conséquence du péché. La conséquence du péché originel, c'est une blessure, un manque, un point fondamental de cette nature qui a été abimé, détruit, et ce manque se transmet à tout humain.
Cela c'est la conséquence du péché originel. Mais la nature humaine en elle-même n'est pas conséquence du péché originel, elle lui préexiste.
. Ceci illustre, je crois, notre point de désaccord : dans la façon dont vous présentez les choses, il y a une première création, puis un univers nouveau, n'ayant rien à voir avec le premier, et étant lui-même, en lui-même, et par nature, dans ses principes même d'existence, conséquence du péché originel.
De la même façon, vous décrivez une Nature, des animaux et des comportements animaux, qui sont en eux-mêmes, par nature, conséquence du péché.
Or, ceci est profondément désespérant. Si notre univers n'a rien à voir avec la création voulue par Dieu, si tout dans l'univers, dans sa nature même, en soi, est une conséquence du péché, alors nous ne pouvons pas, par l'observation et la compréhension de cet univers, savoir ni apprendre quoi que ce soit de Dieu, de ce qui est voulu par Dieu, de la beauté de Dieu et de sa création.
Dans ce cas, nous ne pouvons absolument rien saisir de ce qu'est Dieu et de ce qu'est sa création, par notre raison. Dans un tel univers, l'analogie n'a pas se place, ne fonctionne pas.
Or, le catéchisme de l'église catholique enseigne que la création est belle en soi - même si on y reconnaît partout les conséquences du péché originel, avant tout dans une perte d'harmonie : harmonie de l'Homme avec Dieu, avec lui-même, avec les autres Hommes et avec la Création ;
que par la connaissance et la découverte de la création, nous découvrons quelque chose du dessein de Dieu, et même nous découvrons quelque chose de Dieu Lui-même, puisque la beauté et l'ordre de la création nous disent quelque chose de la beauté et de l'ordre de Dieu.
Ceci ne peut plus être si on voit les choses telles que vous les décrivez.
Si notre univers n'a rien de commun avec la création voulue par Dieu, si cet univers ne nous dit rien du tout de la création divine, ne nous dit rien de Dieu, si les principes même de fonctionnement de cet univers sont non pas blessés par la faute (ce que je crois) mais fondés PAR cette faute (ce que vous dites),
alors l'observation, la connaissance et la contemplation de cet univers, en quelque partie que ce soit (infiniment grand ou petit, physique ou biologie) ne nous apportera absolument rien.
D'ailleurs, on ne pourrait, en ce cas, avoir l'idée de chute : si rien dans cet univers ne nous parle de ce qu'il devrait être, alors rien ne nous évoque une blessure, une perte.
Il me semble que c'est le spectacle même de la beauté et de l'ordre de la Création blessé et entaché par la faute originelle de l'Homme qui nous évoque directement cette chute, irrémédiable si nous ne devions compter que sur nos propres forces pour la réparer, et aspirant à une restauration.
(Nota : pourquoi je suis "si excité" ?
Ah, bah, vous arrivez à faire fonctionner votre raison froidement dans une case, votre amour dans une autre, vos sentiments dans une troisième, et votre foi encore dans une quatrième, vous ?
Si quelqu'un me dit, devant une belle et bonne œuvre d'Art que j'admire, en haussant les épaules, "ah, bah, c'est moche", ma réponse sera construite de façon rationnelle mais le ton sera empreint de passion, oui. )




