Re: Engagement politique (en France)
Publié : jeu. 24 sept. 2009, 23:10
Cher Pneumatis,
Je suis catholique, et même de la tendance conservatrice. Je suis contre l'avortement, contre l'euthanasie, et toutes les autres dérives du même genre. Le problème, c'est qu'on ne peut pas faire du catéchisme un programme politique. Vous imaginez des tracts politiques citant le catéchisme de l'Eglise catholique ? Nous sommes dans un état laïc, qui a connu de multiples révolutions depuis plus de 200 ans. La population est en bonne partie athée. Une autre bonne partie est catholique du bout des lèvres. De plus ces questions-là, de nos jours, ne relèvent plus simplement du code pénal, mais de conceptions idéologiques. Les partisans de l'avortement, par exemple, en font un droit des femmes. Et tout le reste suit la même logique. Votre programme, décalqué du catéchisme de l'Eglise catholique (comment faire accepter ça aux 40 % d'athées, aux 50 % de croyants non pratiquants, et aux 5 % de musulmans ?) consiste à criminaliser des pratiques qui relèvent de l'idéologie. Si on applique de tels principes, ils seront perçus comme une persécution idéologique et fondamentaliste, visant les plus faibles : les femmes, les homosexuels, les musulmans. Dans l'état de la société actuel, si par la plus grande extravagance vous arriviez au pouvoir, vous ne tiendriez pas 2 mois en place, et vous aurez réussi à faire haïr complètement et durablement l'Eglise catholique.
Faire de la politique, c'est imaginer une société pour tous ceux qui y vivent. Nous ne sommes pas tous catholiques... Il faut accepter cette réalité, et donc imaginer une société pour des gens aux opinions et aux croyances diverses. C'est cela, être citoyen d'une République.
Reprenons votre thématique. Vous voulez interdire l'avortement. Dans les années 1950, la France était pourtant déjà une république laïque, gouvernée même par des socialistes, et où l’avortement était encore un crime passible de la peine de mort. Il n’était pas du tout question d’aider les femmes enceintes qui ne voulaient pas de leur enfant. Elles les abandonnaient après la naissance. Je vous dis cela pour vous montrer que la législation n’a pas de rapport direct avec les opinions, mais avec l’état de la société.
Depuis, on a eu mai 68, et la loi Veil. Aujourd’hui, une grande partie des gens considère l’avortement comme un acquis pour la liberté de la femme. Mesurez-vous l’écart énorme qui nous sépare de l’époque précédente, pourtant pas si lointaine ? On ne peut pas revenir en arrière, du moins pas d’un coup. C’est simplement une question de bon sens. Si vous voulez faire reculer l’avortement, il ne faut surtout pas l’interdire, car cela entraînerait forcément une résistance radicale, une haine contre l’Eglise. Comment comptez-vous lutter contre cela ? Je suis personnellement convaincu qu’on ne revient pas en arrière.
De plus, je ne vous crois pas lorsque vous parlez d’aider les femmes enceintes qui n’auront pas les moyens d’élever leurs enfants. Pourquoi serait-ce différent que ce que l’on a connu jusqu’ici ? Ce ne sont que de belles promesses. La vérité est qu’elles seront abandonnées à leur sort, comme elles l’ont toujours été dans le passé du temps où l’avortement était honni.
Par contre, vous semblez complètement négliger un aspect pourtant central : ce qui est à la source des avortements de masse pratiqués aujourd’hui. Si les femmes avortent, c’est d’abord à cause de la grande précarité sentimentale et de l’absence de projets de couple. Si les gens entraient plus tôt dans la vie active, ils se marieraient plus tôt, et les enfants naîtraient dans un cadre plus favorable. Il y aurait donc moins d’avortements. Pour que les gens entrent plus tôt dans la vie active, il faudrait lutter contre la précarité de l’emploi, donc contre la dérégulation de l’économie. Il faudrait revoir aussi le système scolaire, qui prolonge trop le temps des études, et ne fait pas la part belle à l’apprentissage. Autre problème : la mixité au collège et au lycée, favorise les flirts, et ruine les valeurs de fidélité. Et je ne parle pas de l’influence énorme des médias, du cinéma, du rap, etc.
Au lieu de s’acharner sur les symptômes, et vouloir faire subir des contraintes, il vaudrait mieux traiter en amont ce qui cause cette situation. On ne résout pas les problèmes en interdisant, en contraignant, en imposant par la force. Vous parliez du « du cycle de cet enseignement laïciste totalitaire qui constitue un monopole entravant la diversification des opinions et d'une manière générale la libre pensée. » Prenez donc garde de ne pas faire de même…
Je suis catholique, et même de la tendance conservatrice. Je suis contre l'avortement, contre l'euthanasie, et toutes les autres dérives du même genre. Le problème, c'est qu'on ne peut pas faire du catéchisme un programme politique. Vous imaginez des tracts politiques citant le catéchisme de l'Eglise catholique ? Nous sommes dans un état laïc, qui a connu de multiples révolutions depuis plus de 200 ans. La population est en bonne partie athée. Une autre bonne partie est catholique du bout des lèvres. De plus ces questions-là, de nos jours, ne relèvent plus simplement du code pénal, mais de conceptions idéologiques. Les partisans de l'avortement, par exemple, en font un droit des femmes. Et tout le reste suit la même logique. Votre programme, décalqué du catéchisme de l'Eglise catholique (comment faire accepter ça aux 40 % d'athées, aux 50 % de croyants non pratiquants, et aux 5 % de musulmans ?) consiste à criminaliser des pratiques qui relèvent de l'idéologie. Si on applique de tels principes, ils seront perçus comme une persécution idéologique et fondamentaliste, visant les plus faibles : les femmes, les homosexuels, les musulmans. Dans l'état de la société actuel, si par la plus grande extravagance vous arriviez au pouvoir, vous ne tiendriez pas 2 mois en place, et vous aurez réussi à faire haïr complètement et durablement l'Eglise catholique.
Faire de la politique, c'est imaginer une société pour tous ceux qui y vivent. Nous ne sommes pas tous catholiques... Il faut accepter cette réalité, et donc imaginer une société pour des gens aux opinions et aux croyances diverses. C'est cela, être citoyen d'une République.
Reprenons votre thématique. Vous voulez interdire l'avortement. Dans les années 1950, la France était pourtant déjà une république laïque, gouvernée même par des socialistes, et où l’avortement était encore un crime passible de la peine de mort. Il n’était pas du tout question d’aider les femmes enceintes qui ne voulaient pas de leur enfant. Elles les abandonnaient après la naissance. Je vous dis cela pour vous montrer que la législation n’a pas de rapport direct avec les opinions, mais avec l’état de la société.
Depuis, on a eu mai 68, et la loi Veil. Aujourd’hui, une grande partie des gens considère l’avortement comme un acquis pour la liberté de la femme. Mesurez-vous l’écart énorme qui nous sépare de l’époque précédente, pourtant pas si lointaine ? On ne peut pas revenir en arrière, du moins pas d’un coup. C’est simplement une question de bon sens. Si vous voulez faire reculer l’avortement, il ne faut surtout pas l’interdire, car cela entraînerait forcément une résistance radicale, une haine contre l’Eglise. Comment comptez-vous lutter contre cela ? Je suis personnellement convaincu qu’on ne revient pas en arrière.
De plus, je ne vous crois pas lorsque vous parlez d’aider les femmes enceintes qui n’auront pas les moyens d’élever leurs enfants. Pourquoi serait-ce différent que ce que l’on a connu jusqu’ici ? Ce ne sont que de belles promesses. La vérité est qu’elles seront abandonnées à leur sort, comme elles l’ont toujours été dans le passé du temps où l’avortement était honni.
Par contre, vous semblez complètement négliger un aspect pourtant central : ce qui est à la source des avortements de masse pratiqués aujourd’hui. Si les femmes avortent, c’est d’abord à cause de la grande précarité sentimentale et de l’absence de projets de couple. Si les gens entraient plus tôt dans la vie active, ils se marieraient plus tôt, et les enfants naîtraient dans un cadre plus favorable. Il y aurait donc moins d’avortements. Pour que les gens entrent plus tôt dans la vie active, il faudrait lutter contre la précarité de l’emploi, donc contre la dérégulation de l’économie. Il faudrait revoir aussi le système scolaire, qui prolonge trop le temps des études, et ne fait pas la part belle à l’apprentissage. Autre problème : la mixité au collège et au lycée, favorise les flirts, et ruine les valeurs de fidélité. Et je ne parle pas de l’influence énorme des médias, du cinéma, du rap, etc.
Au lieu de s’acharner sur les symptômes, et vouloir faire subir des contraintes, il vaudrait mieux traiter en amont ce qui cause cette situation. On ne résout pas les problèmes en interdisant, en contraignant, en imposant par la force. Vous parliez du « du cycle de cet enseignement laïciste totalitaire qui constitue un monopole entravant la diversification des opinions et d'une manière générale la libre pensée. » Prenez donc garde de ne pas faire de même…