[align=justify]Bonjour Popeye,
merci pour votre réponse, soyez certain que je suis reconnaissant du travail que vous mettez.
Mais permettez-moi de m'obstiner encore.
popeye a écrit :Dire que la chose est dans l’intelligence peut préter à confusion, pour qui n’est pas habitué au vocabulaire scolastique. Il est bien évident que ce n’est pas la chose comme telle, mais son concept, qui se trouve en l’intelligence. Mais dans la mesure où le concept est une similitude de la chose pensée, le concept est l’image de ce qu’il signifie…
Le concept n’est l’image de la chose réelle qu’il signifie qu’à condition que la chose soit effectivement réelle. Le concept de licorne, par exemple, n’est l’image de rien du tout, parce que l’objet « licorne » n’est pas dans la réalité. A priori je ne vois pas qu’est-ce que qui nous autoriserait à dire qu’au concept corresponde forcément une réalité.
Vous partez de l’idée qu’à un contradictoire corresponde une impossibilité réelle, ce que je vous concède, pour conclure qu’à un non-contradictoire doive corresponde une possibilité réelle. Or une chose est la possibilité intrinsèque à la chose conçue, le fait qu’elle soit non-contradictoire, et autre chose la possibilité extrinsèque, c’est-à-dire une place possible dans la réalité. L’intelligence humaine, si elle est adéquate au réel – capable d’entrer en contact avec l’être intelligible des choses – , n’est pas juge de ce qui peut exister a priori.
popeye a écrit :Or si cette essence signifiée par le concept n’avait d’existence que mentale, n’était qu’un être de raison, se réduisait au concept, sans que du concept qu’on en a on puisse conclure à sa réalité extra-mentale, cette essence [signifiée dans le concept] ne serait pas celle d’un « être si parfait que rien de plus parfait... » On constate donc que c’est l’adéquation du réel à la pensée, adéquation non formulée mais toujours présupposée, qui permet le passage du conceptuel au réel : non pas du pensable au possible, ni du pensé au possible, mais du pensé au réel ; le concept « d’être si parfait que rien de plus parfait… » n’étant pas contradictoire, et le réel adéquat à la pensée.
Or, si l’on veut avec Saint Anselme distinguer existence dans l’esprit et existence dans la réalité, il faut admettre que l’existence dans la réalité n’est pas dans l’esprit. (Autrement, les deux ne seraient pas réellement distincts.) Par conséquent Dieu n’est pas plus grand dans l’esprit d’être dans la réalité. C’est donc dire que le concept d’un être aussi grand qu’on puisse l’imaginer est indifférent à l’existence dans la réalité de ce qu’il signifie.
Un être n’est pas plus parfait d’exister actuellement que de n’exister que dans l’esprit; c’est faire de l’existence actuelle quelque chose qui est dans l’esprit. Sur un plan objectif, un être qui n’existe que dans l’esprit n’a, dans la réalité, pas la moindre perfection. Il n’a pas
davantage de perfection d’exister dans la réalité: davantage que quoi, que rien? Un être n'a aucune perfection sans
au moins exister. Une fourmi actuelle s’élève infiniment au-dessus d’un archange conceptuel; ce n’est pas plus et moins, c’est quelque chose et rien.
Reprenons : sur un plan objectif, un être qui n’existe que dans l’esprit n’a dans la réalité, pas la moindre perfection. Or, il a dans l’esprit une perfection déterminée. Donc, la perfection conceptuelle ne correspond à rien de réel. Pas davantage par conséquent, la perfection souveraine conceptuelle ne correspondra à une nécessité réelle, parce que la nécessité réelle supposerait la perfection souveraine réelle. Pour qu’il y ait réellement nécessité, il faudrait que l’être en question existe.
Les choses sont dans l’esprit abstraction faite de leur existence actuelle. Et ce n'est pas parce qu'elles ne sont que des choses possibles; c'est la nature même de l'esprit qui l'exige. Les licornes y cohabitent avec les chevaux, le Père Noël avec Saint Nicolas. Il n’y a donc pas contradiction à penser que l’être existant par soi nécessairement n’existe pas; parce que aussi paradoxal que cela puisse paraître (et est-ce pour cela que nous n’avons aucun concept adéquat de Dieu?) l’être existant par soi et nécessairement est conçu par l’esprit abstraction faite de son existence actuelle, et par la nature même de l’esprit, l’existence actuelle ne saurait y pénétrer, pas davantage que pour les licornes.
On ne peut donc en aucun cas conclure de la définition à la réalité, magister dixit. Une chose est de dire d'un être qu'il est tel, autre chose qu'il existe; les deux idées ne sauraient se confondre.[/align]