Je n'est pas dit qu'ils étaient protestants mais qu'ils ont baigné dans une atmosphère protestante.
Vous dites que je suis un petit joueur vivant son petit risque.
je ne vous rejette pas. Si vous voulez être Nietzsche cela ne me gêne pas, si cela vous permet de cultiver une certaine esthétique de vie tant mieux. Mais quand vous nous dites que "nous sommes la mort" et que l'arrière monde dévalue le monde et la vie je suis obligé de réfuter cela.
Je disais donc que leur vision du christianisme était surdéterminée par le protestantisme et dans le cas de Heidegger probablement par un enseignement et une forme de catholicisme qui ne l'a pas satisfait. Vous savez, le jeune Ratzinger (Benoît XVI) n'a pas vraiment apprécié le St Thomas tel qu'on l'enseignait à l'époque dans les séminaires, cette une scolastique froide, rationaliste, infectée de diverses philosophies allemandes (Wolff et Leibniz), et c'est pourquoi il a préféré St Augustin pour son épaisseur existentiel. Cela veut dire beaucoup de choses.
Après son rejet du catholicisme, Heidegger s'est intéressé aux penseurs protestants comme Luther et Kierkegaard à qui il doit le concept d'angoisse. Angoisse qui permet la reconquête du moi noyé dans le "on".
Quant au nihilisme qui se mondialise aujourd'hui, autrement dit la dévastation programmé de la Terre, il provient, selon Heidegger, de ne pas penser le Néant. Et certainement pas de l'instant par rapport auquel les humanoïdes d'aujourd'hui sont toujours à côté.
Je ne crois pas du côté qu'on puisse assimiler l'Etre, le "mystère des mystères" avec le néant pur et simple.
Le problème selon lui vient de l'incapacité à distinguer l'être de l'étant.
Heidegger a interprété la métaphysique comme le lieu où se manifestait l'être qui dans sa manifestation se retire ."
l’être tient à soi, en ce qu’il se voile dans son dévoilement même, qu’il se cache en se manifestant, qu’il se retire en se communiquant". L'oubli est un évènement de l'être lui-même. Si bien qu'il est possible de dire que le problème est l'oubli de l'oubli du retrait l'être. Mais ce qu'il veut dire exactement par être je n'en ai aucune idée, j'ai l'impression qu'il emprunte beaucoup par certains côté à Goethe chez qui le mystère n'est pas ce qui est caché mais ce qui est le plus immédiat, mystère qui par cela même qu'il est en pleine lumière se cache.
Quoi qu'il en soit, sa vision de la métaphysique est très discutable. Comme bien des penseurs allemands Heidegger veut être un prophète et pour cela il met en scène l'histoire de la philosophie de façon tragique. L'oubli est le destin de l'occident, et la métaphysique ne permet pas de penser l'être comme Heidegger le veut.
Aussi pour lui c'est chez Nietzsche et Marx chez qui l'étant (la chose) est fonction de la volonté ou du travail que culmine l'oubli ou l'occultation de l'être. Tous ces penseurs qui sont à ses yeux des penseurs métaphysiques qui reconduisent le primat du sujet sur l'objet instauré par Descartes reproduisent la réduction de l'être à l'étant. Quand on ne voit plus dans les chose que quantité mesurable comme chez Descartes, ou produit de la volonté comme chez Nietzsche, ou valeur produit du travail comme chez Marx, on se ferme à l'
être de l'étant dont on pense qu'il se réduit à ce qu'il peut donner comme mesures mathématiques, comme jouissance, ou comme produit. Sur ce point on ne peut que lui donner raison, mais pour comme pour Nietzsche et sa vision du christianisme, sa vision de l'histoire de la métaphysique est très douteuse.