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Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : dim. 01 juil. 2012, 1:31
par Olivier C
Ok j'ai compris...
S'il se trouve des amateurs ou des médiévistes semi-pro dans le coin, alors ce fil pourrait être un endroit où déposer quelques références, les meilleures aubaines, des titres, adresses pertinentes. Ce pourrait être utile parfois.
Donc, pour ma contrib' :

Regine Pernoud, La Femme au temps des cathédrales.

Un livre qui bouscule les idées reçues et où l'on montre que la femme a bien plus de pouvoirs et de droits que les siècles qui ont précédés et ceux qui suivront le moyen âge.

Bien à vous

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : dim. 01 juil. 2012, 23:17
par coeurderoy
Quand le saint abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, faisait traduire le Coran en latin pour mieux le connaître et le réfuter avec justesse : obscurantiste cette démarche ???


http://www.narthex.fr/blogs/abbaye-de-c ... t-le-coran

http://expositions.bnf.fr/livrarab/peda ... raduit.htm

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 3:45
par Cinci

  • «... le Moyen-Âge, ce dernier étant un âge de ténèbres, [...] et tous les progrès de l'antiquité demeurèrent sur des tablettes, jusqu'à ce que l'Europe rejètte le pape et son église.» - Le blog
Versus

«... une longue frange de territoire qui bordent la mer d'un côté, le désert de l'autre, voilà ce qu'est en réalité la Palestine; aussi chaque défilé, chaque route, ont-ils vu s'élever des forteresses qui surveillaient et au besoin verrouillaient le passage. L'ensemble tel qu'il subsiste à l'heure actuelle encore, donne une idée saisissante de l'activité des croisés comme bâtisseurs. C'est évidemment la grande époque du bâtiment dans tout l'Occident - l'époque qui voit s'élever de Saint-Sernin de Toulouse à Cologne, ou à Lund en Suède, tout une floraison d'édifices telle qu'aucune autre époque n'en connaîtra, s'accompagnant de ce phénomène de croissance des villes comme on le verra plus que dans l'Amérique du XIXe siècle, Mais nulle part cette fièvre de bâtir n'est plus impressionante qu'en Orient, où elle se développe sous un climat hostile et parmi une population difficilement tenues. Or à peine les croisés ont-ils mis le pied en Orient qu'ils commencent à bâtir, et leurs activités de bâtisseurs ne cessera qu'à la chute du Royaume latin : deux siècles dont l'histoire est celle de la pierre autant et plus que celle de l'épée, et dans laquelle les édifices auront joués un rôle moins éclatant mais plus efficace que les batailles.

Ils n'avaient pas encore pris possession de la Terre sainte que déjà, en 1097, parvenus à Tarse en Cilicie, ils élevaient leur premier édifice : une église, la cathédrale Saint-Paul. C'est là que devait être enseveli, cinq ans plus tard, Hughes de Vermandois, frère du roi de France Philippe 1er. Et l'on demeure confondu à l'idée que ce puissant monument d'architecture romane ait pu être élevé assez rapidement pour que en ces cinq années troublées - ce sont celles de l'avance en Terre sainte, du siège d'Antioche et de Jérusalem - pareille construction ait pu être assez avancée pour qu'un service solennel y fût célébré, ce qui implique que l'édifice avait été consacré.

Entre Antioche et Tripoli, au nord de Tortose, c'était le pays des Assassins, dont les montagnes farouches dominaient un couloir à l'entrée duquel les croisés élevèrent le château Margat (Marquab, la guette) : c'est l'une des plus belles constructions, aujourd'hui encore patiellement conservée. Ses enceintes dont subsistent quelques tronçons entouraient quatre hectares de terrain. D'immenses réserves de vivres, de caves creusées à même le roc contenaient assez de provisions pour entretenir mille combattants pendant cinq ans. Il appartenait aux hospitaliers [...] saisissante encore aujourd'hui est la forteresse de Sayoun, dont on a fait Saone. Elle couvrait la région de Laodicée, grand port au débouché de l'Oronte, doublement important par sa position sur la mer et sur le fleuve. C'est l'un des restes les plus impressionnants parmi les constructions des croisés. Mesurant cinq hectares et demi de superficie, elle est coupée de la montagne par un fossé artificiel creusé dans le roc [...] dans ce fossé se dresse encore une aiguille de pierre, témoin du travail accompli à même la montagne [...] cette aiguille mesure vingt-huit mètres de haut. Le même procédé avait employé à Édesse [...] extrayant une masse de pierre que l'historien anglais Robin Fedden évalue à cent cinquante mille tonnes. Mais la plus belle et la mieux connue de ces constructions est évidemment le Krak des chevaliers. Sa situation était particulièrement importante du point de vue stratégique, puisque sur son sommet isolé, au nord de la plaine de la Boquée, il commande la région située entre les deux puissantes villes de Homs et de Hama. La trouée de Homs qui mettait en communication cette plaine sur laquelle s'ouvraient Tortose [...] d'autre part la vallée de l'Oronte, a vu se dérouler les combats les plus acharnés entre Francs et musulmans. [...] face au Krak, un château de proportion plus modeste, Akkar, servait de relais et constituait un système de défense renforcé encore à l'Est par des places fortifiées comme Archas, Arima aux mains des templiers, et les deux postes de Châtel-Rouge et Châtel-Blanc - également aux templiers.

Il y avait là une région où la puissance franque était solidement assise que grâce aux masses de pierres accumulées. Leur terrible infériorité numérique, les dirigeants des royaumes latins la compensaient en partie grâce à leurs murailles et à leurs tours; elles leur assuraient tout au moins un avantage stratégique et leur permettait de soutenir des assauts inégaux.

Pendant longtemps, on a attribué à l'influence musulmane ce développement de l'art des fortifications, et ce fut un des lieux communs de l'histoire de l'art que l'origine arabe ou byzantine de l'architecture militaire en Occident, précisément à la suite des croisades. Le premier archéologue qui soutint la thèse contraire fit hausser les épaules; il s'appelait T. E. Lawrence. Aujourd'hui , on a reconnu la justesse de ses remarques et restitué aux croisés l'implantation en Orient de tout un système défensif qu'ils allaient être amené à perfectionner sans cesse sous la poussée des circonstances.

[...]

En plus des chambres pour les hommes et les écuries, le Krak comportait [...] puits et citernes, les réserves d'eau devaient être particulièrement soignées en Orient; aussi, en plus du puits - 27 mètres de profondeur - dont les margelles portent encore, profondément creusées, la trace des cordes servant à remonter l'eau, neuf vastes citernes recueillaient les eaux de pluies coulant des toits et alimentaient un immense abreuvoir maçonné (72 mètres de long sur 8 à 16 de large) qui servait aussi de piscine pour les hommes. Des moulins à vent broyaient non seulement le blé, mais les cannes à sucre - car le sucre, dès le XIIe siècle, était utilisé en Orient dans l'alimentation. Four et pressoir assuraient nourriture et boisson, tandis qu'un système d'égoûts évacuait au-dehors le produit des douze latrines que l'on a retrouvées.

Pareilles constructions posent le problème de la main-d'oeuvre.

L'entourage des barons comportait évidemment de ces architectes-ingénieurs capables d'utiliser les ressources stratégiques des lieux traversés, pour l'agencement des forteresses. [...] L'énorme travail de la taille des pierres a été rendu possible au XIIe siècle, en Orient comme en Occident, par les progrès de la métallurgie qui ont permis de forger des outils de fer, tandis que l'usage des appareils de levage facilitait la mise en place des blocs de pierre : treuils, poulies, roues élévatrices dans le genre de celle que l'on voit encore en place au mont Saint-Michel, en bref tout ce que l'on utilisait aussi pour la construction contemporaine de nos cathédrales.

Ces constructions ont été exécutées avec une rapidité surprenante. Dans le cas du château de Pamphilon, le travail est commencé au mois d'août, et Villehardouin regagne Constantinople avant la fin de l'année, ayant terminé la reconstruction et regarni la forteresse de troupes. Mieux : en douze jours, du 8 au 19 mars 1098, l'armée des croisés faisant le siège d'Antioche édifie le château de la Mahomerie qui, avec ses deux tours et ses deux retranchements, peut abriter cinq cents combattants. Beaucoup plus tard, entre le 12 novembre 1227 et le 2 mars 1228, donc en moins de quatre mois, était construit à Sidon le château de mer : deux tours dressées sur la mer et reliées à la côte par un pont bâti en même temps que la forteresse.

Toute l'histoire des croisades est faite de récits [...] qui nous révèlent ce qu'était en réalité l'homme féodal : un guerrier sans doute, mais un guerrier qui, loin de s'en tenir au maniement de l'épée, se double d'un technicien, capable d'utiliser au mieux les matériaux qu'il trouve sous la main, et surtout faire preuve d'imagination.

Dès le début des hostilités, ils imaginent un stratagème qui laisse pantois leurs adversaires. Et il y avait de quoi : n'ayant pas de flotte pour combattre les turcs retranchés à Nicée, et qui par le lac qui touchait la ville se ravitaillaient comme ils le voulaient, ils complètent leur blocus en transportant par terre, à sec, la flotte que l'empereur Alexis a mise à leur disposition.

  • Il fut décidé en commun conseil écrit Albert d'Aix d'envoyer jusqu'au port de Civitot de grandes troupes de cavaliers et de fantassins qui s'emploieraient à ramener de la mer sur des véhicules par chemins de terre, jusqu'au lac de Nicée, les navires demandées au seigneur empereur et concédés par lui. Ce qui fut fait en silence, de nuit, traînant sur sept milles de route ces navires d'un poids et d'une grandeur tels qu'ils pouvaient porter le nombre de cent hommes, pour les reposer sur le rivage, dans les eaux au lever du soleil.
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[...]

Plus tard encore, on les verra au siège d'Acre, pour suppléer au manque d'approvisionnement en farine, construire le premier moulin à vent qui avait été vu en Syrie, et la chronique rimée d'Ambroise nous rapporte l'étonnement des Sarrassins devant cette invention, nouvelle pour eux.

Ces exploits, comme les sièges des châteaux et des villes, ont partout mis en évidence l'habileté des techniciens francs, et l'ingéniosité de leurs machines frappe leurs adversaires d'admiration.»


Source : Régine Pernoud, Les hommes de la croisade, Paris, Librairie Jules Tallandier, 1977, «Chapitre 2 : ingénieurs et bâtisseurs», pp. 179-193

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 4:24
par Cinci
La simple existence des cathédrales gothiques témoigne à sa face même que la connaissance technique des hommes de l'an mil n'est pas moindre que celle des constructueurs romains de l'arc de Titus, du forum ou des aqueducs. Il prend la même sorte de génie, d'outillage et de savoir-faire pour bâtir Notre-Dame de Paris, au minimum, mais qu'il en aurait bien prit alors pour élever le colisée romain ( le colosseum de Néron).

Non mais il faudrait attendre mystérieusement que des protestants nous aient remis ''le pape à se place'' et pour qu'enfin les européens purent commencer à se dégourdir des méninges. «Une chance qu'il y aura eu Luther ! Non mais qu'est-ce qu'on lui doit collectivement ! Qu'est-ce que la technique et les sciences du continent lui doivent quand même ! C'est le pape a contrario qui empêchait sûrement l'ingéniosité et la curiosité intellectuelle des gens.» Eh misère !

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 5:10
par Cinci
Le pire c'est de penser que l'on accuse le catholicisme pour «les ténèbres du Moyen Age», que c'est des chrétiens qui se porteraient à la barre pour accuser, quand on ne dira pas un mot par contre des vrais nuisances que furent les Vandales et autres Ostrogoths païens, comme ensuite Vikings, bandes de Magyars et de mahométans parcourant la campagne comme autant de pirates, pillards et coupe-jarrets. C'est sûr que c'est un peu plus difficile d'avoir le commerce intérieur florissant comme dans l'empire d'Auguste lorsque des carrefours sont parasités par des «Yo !» de l'an 800.


Puis voici bien plutôt notre genre du ''ténébreux à condamner'' rétroactivement en l'an 2000 :

  • «... parmi les préparatifs que fait normalement un Croisé en vue de son départ, on doit relever un détail qui marque la différence de mentalité entre le monde médiéval et le nôtre : ceux qui s'équipent, et qui vont par conséquent faire face à d'énormes frais d'expédition, commencent généralement par distribuer des dons aux églises et aux monastères : fondations pieuses pour que des messes soient dites après leur mort - legs divers aux abbayes de leur domaine; parfois ils affranchissent des serfs, ou font toute oeuvre recommandée par la miséricorde chrétienne; et, en même temps, si leur conscience leur reproche quelque exaction, ils s'en accusent et la réparent. En une circonstance célèbre, le vidame de Chartres, avant de prendre le départ pour la Croisade, fit publiquement amende honorable devant le chapitre de Saint-Père de Chartres, pour avoir commis des violences à l'encontre de l'abbaye.

    Ces donations qui nous sembleraient contraires à la prudence humaine, puisqu'elles sont le fait de gens que l'on voit par ailleurs réunir toutes les ressources dont ils disposent, et qui vont exposer leur personne aux dangers et aux souffrances d'une expédition incertaine, font partie, répétons-le, tout à fait normalement, des préparatifs de départ. De même, verra-t-on les Croisés, à la veille d'une bataille, faire une journée de jeûne - alors que l'assaut à livrer va demander toutes leurs forces; mais c'est qu'à tort ou à raison la force morale leur paraît, pour remporter des batailles, aussi nécéssaire que les forces matérielles.

    Tout cela ne représente que la mise en pratique des trois oeuvres essentielles du Chrétien : l'opus Dei, la prière, par laquelle il s'adresse à Dieu, le jeûne, ascèse personnelle qui le fait participer aux souffrances du Christ, enfin l'aumône qui fait bénéficier la communauté en la personne des pauvres de l'effort entrepris sous l'effet de la grâce.»

    Source : R. Pernoud, Les hommes de la croisade, pp. 198-199

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 7:02
par Cinci
Georges Duby, au hasard :


  • «...situons d'abord brièvement les incursions dont l'Occident chrétien fut victime. [...]

    [...]

    En Méditerranée, depuis les ports de l'Afrique du Nord et surtout de l'Espagne musulmane, des corsaires poursuivaient les navires chrétiens. Ils tentaient aussi des razzias sur les rivages. De telles attaques sont attestées en Italie dès 806 [...] des compagnies de pillards s'installèrent sur le continent, rançonnant les passants sur les routes de montagne. Elles apparurent en Italie du Sud entre 824 et 829. A la fin du IXe siècle, des repaires permanents furent établis au nord de la Campanie («Les Sarrasins allaient en razzia de la Tyrhénienne à l'Adriatique et au Pô et revenaient sans cesse aux monts de la Sabine, et au delà du fleuve Liri, où ils avaient leurs navires et par où ils transportaient tout en leur pays») et en Provence, au Fraxinetum, dans les Maures. Les brigands qui pendant plusieurs décennies tientent les cols alpestes venaient de là.

    Enfin, depuis les plaines de la Panonnie, les cavaliers hongrois s'aventurèrent vers l'Ouest. Les textes font allusion à trentre-trois incursions entre 899 et 955. Elle les conduisirent jusqu'à Brême en 915, à Mende et Otrante en 924, à Orléans en 937. Presque chaque année, au printemps, les campagnes de la Lombardie et de la Bavière subirent leurs dommages. Alors que les Sarrasins couraient les pistes, et que les Vikings suivaient les cours des rivières, les Magyars empruntaient les voies romaines . Car ils ramenaient leur butin sur des chariots.

    [...]

    Ce que cherchaient les pirates issus du monde musulman, c'est à dire d'une aire économique moins primitive, c'était à capturer des prisonniers. Ils allaient les vendre en Espagne surtout, sur les marchés d'esclave. S'il s'agissait de quelque grand personnage, ils cherchaient à en tirer rançon. Les pillages sarrasins apparaissent donc comme une forme renouvellée de la traite, stimulée, tout comme celle que pratiquaient de longue date en pays slave certains negociatores du royaume franc, par les débouchés largement ouverts dans l'Islam méditerranéen.

    [...]

    Les pirates ont d'abord pris ce qu'ils pouvaient emporter, c'est à dire des hommes et des femmes, des objets précieux, l'or, l'argent, le vin, tout ce qui circulait par le don, le contre-don ou le commerce, à la surface de l'économie terrienne. Plus tard, certains d'entre eux, les Danois, organisèrent l'exploitation plus rationnelle des richesses que recelaient la chrétienté latine. Ils obligèrent les populations à leur payer tribut en monnaie, ceci en Frise dès 819 [...] à partir de 845 et jusqu'en 926, le royaume de France occidentale dut soumis à des contributions en deniers qui achetaient la paix normande; en 861, Charles le Chauve fit porter cinq mille livres aux Normands de la Somme, six mille à ceux de la Seine [...] Pendant près d'un siècle le monastère de Novalaise, au pied d'un paysage alpestre que contrôlaient les Sarrasins, demeura désert. Les razzias et l'exode dépeuplèrent durablement les zones côtières de la Tyrhénienne. En Frise, l'activité marchande s'affaisa dans les années soixante du IXe siècle.

    [...]

    On devine à travers les sources écrites que, dans certaines contrées, entre la Loire et la mer du Nord, le peuple des campagnes tenta de se défendre lui-même contre les agresseurs [...] Mais les attaques et la terreur qu'elles inspiraient déterminèrent souvent d'amples migrations paysannes, qui privèrent les grands domaines de la main d'oeuvre indispensable à leur mise en valeur. »

    Source : Georges Duby, Guerriers et paysans VIIe -XIIe siècle, Paris, Gallimard, 1973, pp. 130-134

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 8:45
par coeurderoy
Merc beaucoup, Cinci, pour ces développements sur l'architecture militaire médiévale (mes amours de jeunesse !).

...Je suis un fan d'Henry-Paul Eydoux, découvert à 15 ans. Pour ceux qu'intéresse ce thème des forteresses élevées par les Croisés : voir Les Châteaux du Soleil, de cet auteur (Perrin) ainsi que que la série Châteaux fantastiques (Flammarion) en 5 volumes, consacrés essentiellement aux châteaux français avec quelques excursus sur le Liban, la Syrie...
Les solutions architecturales des maitres d'oeuvres médiévaux sont souvent fascinantes parce qu'inédites : hardiesse, inventivité, robustesse qui n'excluent pas la beauté formelle.

Je reste émerveillé, outre la science propre aux bâtisseurs, leur connaissance accomplie des matériaux et leurs innovations quasi-constantes, par le souci et l'intelligence dont ils firent preuvent pour adapter leurs édifices à des sites difficiles : pitons rocheux percés de crevasses, marais, falaises, etc...
En France nous avons de remarquables exemples de cette science audacieuse avec les superbes fortesses élevées dans l'Aude et l'Ariège actuelles par les ingénieurs militaires de Louis IX et Philippe le Hardi - rebaptisés "châteaux cathares" :s . pour l'esbaudissement du bon peuple...

Le maître d'oeuvre est, à cette époque, un véritable technicien, bien payé, admiré et reconnu (cf. la fameuse pierre tombale d'Hugues Libergier visible à Reims).

Ces rudes corsets militaires abritaient par ailleurs une vie de cour où les raffinements de la courtoisie s'épanouissaient : certains grands barons étaient chansonniers (Thibaut de Champagne) ; les chroniqueurs et trouvères nous donnent une petite idée de la vie qui animait ces espaces aujourd'hui déserts : il faut relire Joinville, Villehardouin ou Froissart pour tenter une fugitive restitution de ce que fut la vie des Croisés en Orient...

Merci encore pour ce passage qui m'a beaucoup intéressé et rappelé ma découverte du Moyen-Age aux fraîches années de mon adolescence... ;)

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 9:49
par Teano
http://www.youtube.com/watch?v=k-gTUUgZCQo

"Seigneurs sachiez qui or ne s'en ira" de Thibaut IV le Chansonnier, comte de Champagne

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 12:15
par lmx
Le pire c'est de penser que l'on accuse le catholicisme pour «les ténèbres du Moyen Age», que c'est des chrétiens qui se porteraient à la barre pour accuser, quand on ne dira pas un mot par contre des vrais nuisances que furent les Vandales et autres Ostrogoths païens, comme ensuite Vikings, bandes de Magyars et de mahométans parcourant la campagne comme autant de pirates, pillards et coupe-jarrets. C'est sûr que c'est un peu plus difficile d'avoir le commerce intérieur florissant comme dans l'empire d'Auguste lorsque des carrefours sont parasités par des «Yo !» de l'an 800.
j'avoue que vous m'avez bien fait rire, surtout la fin du texte.

Pour apporter ma pierre à l'édifice :

"Il est un phénomène que les spécialistes de la pensée médiévale occidentale me semblent avoir une certaine tendance à considérer comme allant de soi, et c'est de l'institutionnalisation de la philosophie. Celle-ci s'est effectuée, justement, sous la tutelle de l'Eglise. Certes, le fait de l'université médiévale est largement étudié, mais ce qui est important est qu'il est exclusivement européen. Il existe bien quelque chose comme un enseignement supérieur dans les trois mondes médiévaux. Mais l'enseignement universitaire de la philosophie ni dans le monde musulman, ni dans les communautés juives. La philosophie juive et la philosophie musulmane sont des activités privées, qui concernent des individus. La plupart du temps, on compare les "grands philosophes" de chaque tradition, par exemple Averroès, Maïmonide ou Thomas d'Aquin. Attitude fort justifiée. Mais elle masque le fait que les philosophes qui passent pour importants, en chrétienté, se détachent sur une masse de personnages de seconde, voire de troisième importance, tous engagés dans une activité intellectuelle. Ceux-ci sont les obscurs et les sans-grade. Pour garder la même image et on voudra bien me passer mon irrévérence : la philosophie musulmane et la philosophie juive sont comparables à cette armée sud-américaine de bande dessinée qui comporte 3487 colonels et seulement 49 caporaux. Les conséquence sont multiples, par exemple l'absence d'un corpus de textes canoniques susceptibles d'être étudiés dans un cadre scolaire, celle de la pratique régulière de la disputatio, etc."

Rémi Brague, Au moyen du Moyen Age : Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, p96

Il examine aussi dans un chapitre cette fascination consciente ou non pour la Méditerranée qui nous pousse à projeter sur cette époque des attitudes modernes comme le soi-disant "dialogue des civilisations" qui n'a jamais existé. Dans ce chapitre que bien des pseudo journalistes seraient inspirés de lire, on trouve donc une salutaire critique de quelques mythes absurdes.
Je dirais aussi que dans cette attitude se cache l'image polémique du sud cultivé, gai, enjoué parce que non chrétien, contre le nord triste, lourd, barbare, contaminé par le christianisme et son supposé ressentiment contre la vie qu'un Nietzsche aura contribué à répandre.

Pour ce qui est de l'université, Jacques Verger a semble-t-il étudié ce phénomène dans sa structure et son fonctionnement dans "Les universités au Moyen Age" (PUF).

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 12:18
par coeurderoy
Merci Teano pour la chanson du comte Thibaut : je l'ai beaucoup chantée (et la chante encore) de même que "les oisillons de mon pays", de Gace Brûlé où la réminiscence du pays natal (la Champagne) s'éveille au chant d'un oiseau : on retrouvera bien plus tard ce procédé mémoriel en littérature avec la corneille de Châteaubriand et la madeleine de Proust : pas sensibles ni "modernes" nos auteurs ??? A la différence de moult prosateurs emphatiques et ampoulés du règne de Louis XV ou de Charles X, leur poésie garde souvent la fraîcheur et la beauté sereine d'une source claire...

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 13:22
par coeurderoy
Richard de Bury ou la passion d'un bibliophile du XIV ème s. On trouve notamment dans son Philobiblon ou Philobiblion une description alléchante de la richesse des grandes bibliothèques conventuelles du Paris médiéval...

http://www.newadvent.org/cathen/13042b.htm



Site de l'Antiquité grecque et latine du Moyen Age :

http://remacle.org/bloodwolf/erudits/ri ... iblion.htm

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 15:47
par Cinci
(En écho ici à lmx)



A propos d'Averroès :


  • «... Averroès avait déjà attiré l'attention de Renan, qui en avait brossé le portrait d'un musulman dans le goût du XIXe siècle, apôtre de la raison et du progrès. Depuis une quinzaine d'années, le personnage est redevenu à la mode. En 1997, il est le héros du film de Youssef Chahine, Le Destin. Le premier lycée privé musulman de France, ouvert à Lille en 2003, porte son nom. L'époque considère Averroès comme un sage humaniste, préfigurateur des Lumières et du dialogue des cultures, dont l'exemple prouve que la rencontre entre l'islam et l'Occident peut se dérouler dans la sérénité.

    A nouveau, il s'agit d'un anachronisme. En France, aujourd'hui, on connaît d'Averroès surtout son Discours décisif, qui ne représente qu'une infime partie de son oeuvre. Ce texte permet de décrire ce philosophe comme un esprit ouvert, tolérant. Mais au prix d'un contresens : le Discours décisif, explique Rémi Brague, est une consultation juridique où l'auteur, praticien du droit musulman, estime que l'activité philosophique soit être interdite au commun des mortels afin d'éviter les erreurs qu'ils pourraient commettre. Dans tous les cas, la philosophie, selon lui, doit s'accorder avec la religion, à l'aune du licite et de l'illicite tel qu'il est défini par les normes islamiques. En cas de contradiction philosophique avec le Coran, Averroès juge nécéssaire, montre à son tour Dominique Urvoy, de recourir au sens caché du Livre sacré. Grand cadi de Cordoue, l'homme est un juge religieux et dans une société où la religion est aussi code de droit. La fonction d'Averroès est de faire appliquer la loi islamique, et s'il le faut de prêcher la guerre sainte contre les chrétiens, lorsque les Almohades décident de la mener. Ce n'est que par anachronisme, répétons-le, que lui sont prêtée des références (raison, tolérance, progrès et même laïcité) qui ne pouvaient être les siennes.

    Au demeurant, en son temps, Averroès, dénoncé comme hétérodoxe, est condamné, ses doctrines sont interdites et ses livres brûlés.

    De son vivant, comme philosophe, il n'est pas reçu dans le monde musulman. Et après sa mort, il y est oublié. Ce sont les chrétiens et les juifs qui étudient sa pensée et la feront connaître. S'il était philosophe, d'ailleurs, ce métier n'existait pas en islam. Dans l'aire musulmane, la philosophie - falsafa- était une affaire privée. Dans la chrétienté latine, en revanche, classée au rang des arts libéraux, enseignée dans les universités, obligatoire pour les théologiens, la philosophie occupait une place officielle.

    Fârâbi est d'abord un musicien, Avicenne un médecin et Averroès un juge. Ceci n'enlève rien à leur génie en tant que philosophe. Selon Rémi Brague, la philosophie arabe, au IXe et Xe siècle, est supérieure à celle qui se pratique en milieu chrétien ou juif. Mais pour des raisons qui ne s'expliquent pas clairement, elle s'arrête avec Avicenne et Averroès. Ankylose de la pensée musulmane ?

    [...]

    En Occident en revanche la renaissance juridique, littéraire et philosophique du XIIe siècle crée un besoin de savoir qui explique la réception de la pensée d'Averroès au siècle suivant. C'est au XIIIe siècle, en effet, que se situe l'apogée de l'influence exercée en Occident par les philosophes de langue arabe, qu'ils soient musulmans ou juifs. Albert le Grand, Dietrich de Freiberg ou Maître Eckart se sont nourris de la confrontation avec la pensée d'Avicenne, de Maïmonide ou d'Averroès.»

    Source : Jean Sévillia, Historiquement Incorrect, p. 60

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 16:30
par Cinci
Coeurderoy,

Tant mieux si l'extrait peut toucher une corde sensible (sourire). Vous m'en voyez ravi.
Les solutions architecturales des maitres d'oeuvres médiévaux sont souvent fascinantes parce qu'inédites : hardiesse, inventivité, robustesse qui n'excluent pas la beauté formelle.


On ne s'en douterait pas d'emblée. Puis c'est tout l'intérêt de la chose. Habituellement, on ne s'imagine pas spontanément comment nos bonshommes du XIe auraient pu réaliser des tours de force architecturaux, dans la Syrie-Palestine particulièrement.

Merci pour les références. Il faudra jeter un oeil là-dessus aussi !

:)

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 17:19
par Cinci
Le grand malheur pour moi est de ne pas retrouver sur Internet des extraits du groupe des Musiciens de Provence, enregistrés sur Arion à l'époque. Leur travail de restitution de la musique médiévale était fameux.

A peine si je pourrais retrouver que l'air principal d'une seule des pièces figurant sur l'album de l'époque, et réalisé ici par un amateur

http://www.youtube.com/watch?v=8-E06fkN9Cg

Faut imaginer ça avec le tambourin, les flageolets et le reste.

http://www.youtube.com/watch?v=Nzb9h2lH ... re=related

Bien. Mais pauvre à côté de la saveur originale ou l'esprit rendue par les Musiciens de Provence (après étude savante des instruments d'époque, etc).

Merci Teano pour le petit clin d'oeil.

Re: Notre Église médiévale : obscurantiste ?

Publié : lun. 02 juil. 2012, 18:22
par coeurderoy
Moi je regrette de n'avoir qu'un seul de la série des disques (le bleu) des Musiciens de Provence...offert par une amie pour mes 20 ans (77...). Idem pour l'ensemble Les Ménétriers ...le seul l'album que je possède contient Douce Dame jolie, il est vrai, chanté a capella...