Bonsoir Gaudens,
Gaudens a écrit : ↑ven. 19 sept. 2025, 17:09
Perlum Pimpum,
Pour vous, la vision béatifique de Dieu, souverain bien , est censé suffire à notre bonheur éternel.
Bien évidemment, puisque la béatitude surnaturelle des élus consiste en la jouissance de Dieu possédé dans la vision intuitive. Là est leur fin dernière surnaturelle relative, corrélat de leur fin dernière surnaturelle absolue. La fin dernière surnaturelle absolue de la création est Dieu, Dieu glorifié par l'amour de ses élus. La fin dernière surnaturelle relative est la gloire des élus, le fait que Dieu les glorifie en les rendant, par la vision intuitive, participants de la nature divine, et ainsi bienheureux, sujets d'une béatitude soumise à un procès exponentiel, l’épectase, les bienheureux aimant Dieu toujours d’avantage, chaque fruition d’amour consommé ou comblé (par l’union d’amour spécifié par vision intuitive) accroissant l’intensité de leur amour. Chaque dilection amoureuse comblée tire de sa complétitude-même motif à aimer d’avantage, car comme l’atteste l’expérience des amants, de sa nature-même l’amour heureux tire surcroît d’intensité de sa félicité-même, de sorte qu’aimant d’avantage, jouissant d’avantage, accroissant la plénitude de son bonheur en allant de plénitudes en plénitudes toujours plus intenses.
Que la vision béatifique de Dieu, Souverain Bien, suffise à notre bonheur éternel, la raison théologique le démontre. «
Il est impossible que la béatitude de l'homme consiste en un bien créé. En effet, la béatitude est un bien parfait, capable d'apaiser entièrement le désir, sans quoi, et s'il restait encore quelque chose à désirer, elle ne pourrait être la fin ultime. Or l'objet de la volonté, faculté du désir humain, est le bien universel, de même que l'objet de l'intellect est le vrai universel. D'où il est évident que rien ne peut apaiser la volonté humaine hors le bien universel. Celui-ci ne se trouve réalisé en aucune créature, mais seulement en Dieu ; car toute créature ne possède qu'une bonté participée. Ainsi
Dieu seul peut combler la volonté de l'homme, selon ces paroles du Psaume (103, 5) : "C'est lui qui rassasie tes désirs en te comblant de biens." C'est donc en Dieu seul que consiste la béatitude de l'homme. » ST, I-II, q. 2, a. 8, co. «
La béatitude est appelée souverain bien de l'homme parce qu'elle consiste en l'acquisition ou la jouissance du Souverain Bien. » ST, I-II, q. 2, a. 9, ad. 2.
Et le magistère usant d'infaillibilité le confirme. « Par cette constitution qui restera à jamais en vigueur, et en vertu de l'autorité apostolique nous définissons : Que… Et que… Et que depuis la Passion et la mort du Seigneur Jésus Christ elles [les âmes qui sont au Ciel] ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d'aucune créature qui serait un objet de vision ; au contraire
l'essence divine se manifeste à elles immédiatement à nu, clairement et à découvert,
et que
par cette vision elles jouissent de cette même essence divine. Et qu'en outre,
en raison de cette vision et de cette jouissance, les âmes de ceux qui sont déjà morts sont vraiment bienheureuses et possèdent la vie et le repos éternel, et que de même les âmes de ceux qui mourront dans la suite verront cette même essence divine et en jouiront avant le jugement général... Et qu'après qu'une telle vision intuitive face à face et une telle jouissance ont ou auront commencé, cette même vision et cette même jouissance existent de façon continue, sans interruption ni amoindrissement de cette vision et de cette intuition, et demeurent sans fin jusqu'au jugement dernier, et après lui pour toujours. »
Vous ne mentionnez ensuite que le manque de présence de nos "toutous"(expression dévalorisante pour "chiens ",)
Le politiquement correct à la sauce ouaf-ouaf, est-ce là tout ce que vous avez à dire ? La dignité des caniches outragée par ma prose ? Franchement Gaudens, faites vous soigner.
sans rien dire de celle , un peu entre les deux même à vos yeux , je suppose, de tous nos êtres chers, au moins ceux qui auront été également jugés dignes de cette vision béatifique
Je n'en dis rien pour deux raisons qui au final n'en sont qu'une.
D'abord parce que ces heureuses retrouvailles ne sont aucunement constitutives du formel de la béatitude, comme montré ci-avant.
La béatitude est essentiellement constituée par la fruition amoureuse de Dieu contemplé dans la vision béatifique, ce qu'en termes scolastiques on nomme la gloire essentielle des élus, Dieu nous glorifiant en nous béatifiant.
Ensuite parce que la réjouissance des élus à retrouver les êtres chers au Ciel résulte de la charité, dont elle procède. Or la charité est essentiellement un amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu de la foi théologale et de la vision intuitive. L’amour pour le prochain ne relève de la charité qu’autant que le prochain soit aimé en Dieu et pour Dieu. Aimé en Dieu, en tant que nous n’aimons le prochain de charité qu’en étant nous-mêmes en état de grâce habituelle et sanctifiante, donc en tant qu’aimant Dieu de charité, charité par laquelle nous sommes en Christ et ainsi en Dieu. Aimé pour Dieu, en tant que l’objet-même de l’amour de charité pour le prochain est de le vouloir vivre en Christ, et ainsi en Dieu, le Père agissant par son Fils en l’Esprit afin qu’en l’Esprit par le Fils tous fassent retour au Père, « de qui tout vient et vers qui nous allons » (I Cor. IX, 6). Or c'est précisément ce qui réjouit les bienheureux, qui sont tels parce que jouissant du Dieu qu'ils aiment. La réjouissance surnaturelle des élus à retrouver leurs proches au Ciel est causée par le fait qu'ils les voient aimer Dieu et en vivre éternellement. Ce bonheur là n'est pas naturel mais surnaturel, fondé sur notre amour de charité se réjouissant de la communication de la nature divine (II P. I, 4) à nos proches, par laquelle ils glorifient amoureusement Dieu leur fin dernière surnaturelle absolue.
Mais tout surnaturel que soit le bonheur des élus à voir leurs proches partager leur fin heureuse, il n'est pas essentiel mais accidentel à leur propre béatitude. On parle ici de la gloire accidentelle des élus. Ce bonheur est accidentel à la béatitude des élus, ce à deux titres. D'abord pour celui déjà dit que la béatitude essentielle des élus résulte seulement de ce que Dieu se donne à eux. Ensuite parce qu'ils sont essentiellement bienheureux même à ce que leurs proches soient damnés, puisque leur béatitude, leur gloire essentielle, consiste toute entière dans leur amour comblé de Dieu. S'imaginer que les bienheureux puissent être malheureux de la damnation de leurs proches, c'est nier qu'ils soient bienheureux, nier que Dieu suffise à les combler de bonheur, réduisant ainsi le Bien parfait à un bien pas si parfait qu'il ne suffise au plein bonheur de ceux qui le possèdent, bref blasphémer Dieu...
Or cette rencontre avec eux a toujours été le plus grand espoir des croyants, au moins ceux dont le niveau mystique ne permet pas de se contenter de la vision béatifique.Et, que je sache, l'Eglise n'a jamais contredit , ni moqué, cette espérance.
D'une j'aimerais comprendre ce que signifie votre première phrase. Quel est ce « niveau (prétendument) mystique » qui ne permet pas de se contenter de la vision béatifique ? Affecte t'il les élus jouissant de la vision béatifique ? Affecte t'il seulement ceux qui comme vous supposent que l'amoureuse fruition de Dieu contemplé dans la vision intuitive ne peut suffire à la béatitude des élus ; et si oui, en quoi cette abomination doctrinale relève t'elle de la mystique ?
De deux, l’Église a toujours affirmé que vivre au Ciel dans la société des élus fait partie de ces biens concourant à la béatitude accidentelle des élus. Mais l’Église n'a jamais affirmé que ceux jouissant de la vision béatifique seraient accidentellement malheureux que tout ou partie de leurs proches soit exclus de la société des élus. Et pour cause, l'affirmation équivalant à les dire tout à la fois éternellement bienheureux (essentiellement) et éternellement malheureux (accidentellement). D'où donc, au choix, soit qu'on puisse être bienheureux malgré que ses proches soient damnés, soit qu'on ne puisse être bienheureux que si tous nos proches sont sauvés, ce qui au final inclut la totalité de la famille humaine. Appert ainsi où mène inexorablement votre théorie fumeuse : aucun homme n'est damné. Ce n'est pas là l'enseignement du Christ.
Votre présentation du bonheur éternel m'évoque plutôt la radicale immersion / fusion en l'Atman fondamental des dévôts de l'hindouisme,une fois terminé le cycle de leurs réincarnations.
L'orthodoxie vous évoque l'hétérodoxie parce que vous prenez inversement l'hétérodoxie pour l'orthodoxie...
Je suis d'autant plus désolé de vos réponses à Trinité et moi que j'avais apprécié vos interventions relatives aux sujets chers à Xavi, interventions qui me paraissaient bien raisonnées et dénuées(à peu près) de tout jargon scolastique et qui ne m'inspiraient que de rares nuances d'objection. Chassez le naturel ...
Je ne vois pas que mon précédent message contenait des vocables scolastiques. Et quand bien même, pourquoi ne pourrais-je pas en user, quitte à vous expliquer le sens ?