Fée violine a écrit :
En fait, on connaît mal les idées des cathares car tous leurs livres ont été brûlés. Ce qu'on en connaît vient des textes de leurs adversaires.
Des textes authentiquement cathares ont été mis à jour et c'est à la lumière de ces écrits qu'un auteur comme Michel Roquebert nous expose la doctrine cathare dans son ouvrage: "La religion cathare, Le Bien, le Mal et le Salut dans l'hérésie médiévale". Il s'appuie sur quatre manuscrits:
Le Rituel occitan de Lyon (Bibliothèque de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon):
"C'est le théologien strasbourgeois Reuss qui, en 1851, confirmant l'intuition de Fleck, assure que ce manuscrit est cathare, et l'année suivante les treize pages du Rituel - car c'est bel et bien un rituel cathare - sont éditées à Iena par E. Cunitz.
En 1887, un professeur de la faculté des lettres de Lyon, Léon Clédat, à qui j'ai emprunté tous ces détails, eut l'idée fort originale de publier une reproduction photolithographique de l'ensemble du manuscrit, assortie d'une transcription et d'une traduction française du Rituel. Un écrit cathare totalement insoupçonné pendant des siècles était enfin accessible. On saurait désormais comment les cathares lisaient le Nouveau Testament. On pénétrait désormais directement dans leur liturgie, sans être obligé de passer par les descriptions qu'en avaient reconstituées leurs adversaires ou qu'en avaient recueillies les inquisiteurs. On aurait le détail des prières prononcées lors de la cérémonie de l'imposition des mains. On saurait exactement à quoi le "baptême spirituel" engageait celui ou celle qui le recevaient, puisque le Rituel énumérait les voeux qu'il leur fallait prononcer."
Le Livre des deux principes et le Rituel latin
"Le R.P Antoine Dondaine, cet érudit dominicain aussi perspicace qu'obstiné dont nous avons déjà parlé, publie en 1939 deux textes latins qu'il vient de découvrir à la Bibliothèque nationale de Florence, dans le fond des couvents supprimés par la sécularisation de 1809. L'un est un traité cathare de théologie. L'autre, qui lui fait suite, est un rituel, évidemment cathare lui aussi. Leur écriture permet de les dater, comme le Rituel occitan, des environs de 1250. Une main avait postérieurement ajouté un titre: Liber de duobus principis, "Le Livre des deux principes". Mais comme ce petit ouvrage de parchemin ne paie pas de mine, et que de surcroît il s'ouvre sur une invocation à la Sainte Trinité, on l'avait sans doute pris pour l'un de ces milliers de folios sortis des officines conventuelles et ne présentant guère d'intérêt. Seul le Père Dondaine avait eu la curiosité de dépasser les dix premières lignes...
D'emblée, le traité s'attaque à une question fondamentale, celle de l'origine du mal. Il essaie de démontrer par le raisonnement épaulé par nombre de citations scripturaires, que les anges qui ont chuté ne pouvaient pas avoir le libre arbitre, qu'ils n'ont donc pas librement choisi le mal, et qu'il faut par conséquent supposer, comme origine de celui-ci, un principe indépendant du Dieu de bonté. D'où le titre de "Livre des deux principes" donné à cet opuscule, qui est en fait un traité de théologie dualiste. Plus exactement, c'est le résumé, ce n'est malheureusement que le résumé, du grand traité dont parle Rainier Sacconi, et que le théologien cathare Jean de Lugio, de Bergame, avait composé avant 1250."
Le Traité anonyme
"Mais aussi extraordinaire que cela paraisse, le Père Dondaine n'avait pas seulement découvert le Livre des deux principes de Jean de Lugio - ou du moins son résumé de 1250 - et le Rituel latin. Il avait mis le doigt sur un autre traité cathare, inséré dans un ouvrage qui s'employait à la combattre, le "Liber contra Manicheos", écrit vers 1220-1225 par un ancien vaudois revenu à l'orthodoxie catholique, en qui l'on voit généralement - mais ce n'est qu'une conjecture - l'Aragonais Durand de Huesca. Un manuscrit s'en trouve à Paris, à la Bibliothèque nationale. Il est très fragmentaire car il ne contient que cinq chapitres sur les trente-quatre annoncés par la table des matières. Le second manuscrit connu, trouvé à la bibliothèque capitulaire de la cathédrale de Prague, est infiniment plus riche: il contient dix-neuf chapitres. Son auteur faisant preuve par ailleurs d'une remarquable érudition, tant par son style que par sa connaissance des Ecritures, on a cherché à l'identifier avec l'un ou l'autre des controversistes les plus éminents dont les chroniques du temps on gardé trace. On a pensé au parfait Barthélemy de Carcassonne, dont une lettre du cardinal Conrad,légat du Saint-Siège, dit en 1223 qu'il faisait circuler ses écrits dans tout le pays.On a pensé à ce chanoine de Nevers, Guillaume, qui devenu cathare, s'était réfugié à Servian près de Béziers sous le nom de Théodoric, et avec qui Saint Dominique avait disputé au cours de l'été 1206."
Le Rituel de Dublin (Bibliothèque du Trinity College de Dublin)
Le document est d'une exceptionnelle importance. Il s'ouvre sur un texte de catéchèse en onze chapitres destinée, c'est explicitement dit, à "faire comprendre et connaître l'Eglise de Dieu" - c'est à dire évidemment, l'Eglise cathare. Ce texte destiné à être lu à celui ou celle qui va recevoir le consolament expose d'abord que l'Eglise doit être entendue en un sens purement spirituel: "Elle n'est pas de pierre, ni de bois, ni de rien qui soit fait de main d'homme".
Melki a écrit :
Mais étaient-ils nombreux comme certains le présupposent a l'époque du conflit ?
Les cathares étaient organisés en contre-Eglise, l'inquisition traquait en priorité les hérésiarques, les chefs de file de l'hérésie appelés "diacres" ou "évêques". Donc quand dans un "castrum", un de ces villages fortifiés, une dizaine de "bonshommes" (nom donné aux prédicateurs cathares) étaient débusqués cela ne voulait pas dire qu'il n'y avait qu'une dizaine d'hérétiques, au contraire cela voulait dire que les hérétiques étaient légions, si aujourd'hui dans une paroisse vous trouvez dix prêtres vous pouvez estimer qu'il s'agit là d'une paroisse " très pratiquante" nécessitant un service à la hauteur. Certains indices laissent penser que tout le pays d'Oc était sur le point de basculer dans le catharisme et que la situation devenait alarmante pour les autorités politiques et religieuses de l'époque:
Le si puissant comte de Toulouse et de Saint-Gilles, Raymond VI, marquis de Provence, duc de Narbonne et suzerain de toute l'ancienne Septimanie ou Gothie, manifestement complètement débordé par les évènements lançait en 1177 un cri d'alarme à l'abbé de Cîteaux:
"La puanteur et l'infection de cette hérésie ont tellement prévalu que presque tous ceux qui l'accueillent pensent rendre hommage à Dieu...elle a mis la division entre la femme et le mari, le fils et le père, la belle-fille et la belle-mère...
Même ceux qui sont revêtus du sacerdoce sont dépravés par la contagion de l'hérésie, et les antiques églises autrefois vénérées sont laissées à l'abandon, en état de ruines: le baptême est refusé, l'eucharistie est en abomination, les pénitences sont méprisées, on ne veut pas croire à la création de l'homme et à la résurrection de la chair, et tous les sacrements de l'Eglise sont tenus pour rien. Et ce qui est pire à dire, on introduit même les deux principes."
Autre indice le compte rendu de l'abbé de Clairvaux, Henri de Marcy et du cardinal légat, au concile du Latran en 1179:
"Or, dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d'autres lieux, la damnable perversité des hérétiques dénommés par les uns cathares, par d'autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès qu'ils donnent libre cours à leur malice, non plus seulement en secret comme certains, mais qu'ils proclament
ouvertement leur erreur et qu'ils font les adeptes
chez les simples et chez les faibles..."
A partir de ce moment-là le point de non-retour était franchi: la doctrine cathare était non seulement prêchée publiquement mais en plus elle avait gagné le coeur du tiers-ordre.
Que certains seigneurs et prélats aient succombé, passait encore, car ainsi qu'il est dit dans les Proverbes:
"La gloire de Dieu, c'est de cacher les choses; La gloire des rois, c'est de sonder les choses." (Pro 25:2)
Mais que les petits, les humbles, les sans-grade versent dans le catharisme, alors qu'il est dit: "ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits" (Mt 11, 25), voilà ce qui ne pouvait être accepté par les autorités de l'époque.
Comme le dit Roquebert le voyageur en pays d'Oc avait de grande chance de tomber sur des communautés cathares tant l'hérésie relevait du phénomène de société et non de l'épiphénomène sectaire:
"Un certain nombre de choses, en cette première décennie du XIIIème siècle, ne peuvent échapper au voyageur même le moins curieux. Quiconque, arrivant à Montesquieu-Lauragais - ce n'est qu'un exemple entre cent autres possibles - a besoin de faire recoudre une chaussure, a de fortes chances de tomber sur un savetier d'un genre un peu particulier. D'abord, l'homme est vêtu d'une bure noire, tout comme les deux ou trois autres qui travaillent à ses côtés. Tous portent de surcroît la barbe et les cheveux longs, alors que la mode est à l'époque, en pays d'oc, aux cheveux courts et aux visages bien rasés. Mais voici qu'un villageois entre dans la boutique. Au grand étonnement de l'étranger, il fait trois génuflexions successives devant le premier ouvrier auquel il s'adresse et lui dit chaque fois: "Seigneur, bénissez-moi!"; à la troisième il ajoute: "Priez Dieu qu'il fasse de moi un bon chrétien et qu'il me conduise à une bonne fin...". A quoi le savetier répond: "Que Dieu soit prié de faire de vous un bon chrétien et de vous conduire à une bonne fin!" Puis les deux hommes échangent un furtif baiser en travers de la bouche. Maintenant ils peuvent parler affaire. Il y a d'autres boutiques de cette sorte à Montesquieu: une dizaine dans les premières années du XIIIème siècle. On en connaît cinq à Auriac-sur-Vendinelle, six à Caraman, une cinquantaine à Mirepoix, bref dans plusieurs dizaines de localités au sein d'un vaste quadrilatère dont les sommets sont Toulouse, Albi, Carcassonne et Foix.(...) Notre voyageur a évidemment compris que cet atelier de cordonnerie est en fait une communauté religieuse: il est clair cependant qu'elle n'appartient pas à l'Eglise catholique romaine. Ces gens disent pourtant le Pater et bénissent le pain. Ils s'appellent entre eux Bons Chrétiens, et c'est d'ailleurs ainsi qu'on les nomme dans le village. On dit encore les Bons Hommes, les Bons Messieurs, ou les Amis de Dieu. On parle aussi de Bonnes Dames."
Melki a écrit :
J'ai vus que certains aujourd'hui se revendique héritiers du catharisme, je suis assez perplexe, mais je me demandais si cela était vraiment possible ?
Dans "La croisade Albigeoise" le professeur Monique Zerner-Chardavoine évoque la période néo-cathare. Elle remarque que le mauvais souvenir des barons du nord, les barons français faisant main basse sur les terres du midi est encore vivace et que les Languedociens et Provençaux endossent volontiers le rôle des Albigeois persécutés et spoliés:
"En 1905 un correspondant de la Dépêche:
"L'égoïsme féroce des betteraviers du Nord et des vins-verjus du Centre, de l'Est et de l'Ouest s'est manifesté encore une fois, ardent et vivace, insensible à toute pensée de désintéressement, d'abnégation, de solidarité en faveur du Midi si cruellement éprouvé. Une fois de plus, malgré des efforts désespérés de ses représentants,le Midi est sacrifié. De gaieté de coeur, les représentant du Nord, dignes descendant de Simon de Montfort et ses barbares guerriers, viennent de décider la destruction économique du Midi, qui a le grand tort d'avoir trop de soleil et aussi trop d'idées généreuses. Cette destruction pour être plus lente et d'aspect moins violent que celle des albigeois, produira les mêmes effets: la désertion dans nos campagnes, l'affreuse misère avec son cortège de privations et de douleurs dans nos villes."
La révolte éclate à la fin de l'hiver 1906-1907. Le comité d'Argelliers en prend la tête. Il est animé par Marcelin Albert, petit vigneron et cafetier, littérateur à ses heures, un ami pharmacien, un autre médecin. Marcelin Albert a des dons de tribun, ses discours sont très applaudis. Il se présente comme l'"apôtre apolitique". De meeting en meeting, chaque dimanche, la foule grossit. Plus de cent cinquante mille personnes à Béziers, deux cent cinquante mille à Carcassonne le dimanche de la Pentecôte. Ce jour-là Marcelin Albert prononce le fameux discours où il reprend l'image de la croisade albigeoise:
"Tous au drapeau de la viticulture! Que le sang gaulois des Français circule dans nos veines! Nous écrirons une belle page d'histoire méridionale, où tous les peuples viendront se retremper! Comme au temps des anciennes croisades, comme au temps où les albigeois venaient défendre sous les murs de Carcassonne leur pays et leur foi, l'armée des vignerons est venue camper, aujourd'hui, au pied de l'antique capitale du Carcassès. Cause aussi noble! Cause aussi sainte! Nos ancêtres du XIIIème siècle tombèrent en héros pour la défendre. Viticulteurs, mes frères, vous serez dignes d'eux!..."
A contrario un Français nationaliste et pétainiste comme Pierre Belperron écrivait après la défaite de 1940, prenant le contre-pied des historiens du XIXème siècle:
"Les Français d'aujourd'hui pour accomplir la tâche qui leur incombe doivent trouver dans le passé des exemples de virilité et d'énergie. Que d'abord la France libérée reconquière la place qui depuis le XIIIème siècle, fut si souvent la sienne! L'heure n'est plus aux subtilités et aux raffinements de la cour des Raymonds, elle est à ces chevaliers d'Ile-de-France, de Normandie et de Champagne, qui pour leur honneur et leur foi savaient lutter, souffrir et mourir"
Voilà pour les crispations identitaires Nord-Sud hérités des temps cathares.
Passons à la composante ésotérique:
"Depuis les années trente le mythe cathare a pris en effet une nouvelle dimension, avec
la parution en 1933 du livre d'Otto Rahn "La Croisade contre le Graal", aussitôt traduit en français: Perceval était identifié au dernier Trencavel et le Graal au trésor des cathares, présentés comme les héritiers des mythes aryens. La religion cathare entra alors dans le domaine de l'ésotérisme."
Arnaud d'Apremont écrit: "Même ses plus farouches détracteurs s'accordent pour dire que
le catharisme ne serait pas ce qu'il est sans Otto Rahn."
René Nelli, bien que fort critique à son endroit, écrit: "En dépit de beaucoup d'erreurs de détail et parfois même de contre-vérités stupéfiantes, d'ailleurs toujours très poétiques, nul n'a mieux que lui caractérisé à grand traits, mais de façon fort adéquate, l'esprit de la civilisation occitane du treizième siècle et cette vieille culture d'Oc si dévouée à l'Esprit, si largement humaine, si opposée au fanatisme romain.."
S'il fallait donc donner le nom d'un héritier du catharisme ce serait certainement celui d'Otto Rahn, sans lequel aujourd'hui le catharisme serait lettre morte.
Pourtant les mouvements néo-cathares plus ou moins sérieux, dont indirectement il est la cause, ne se risquent pas à se réclamer de lui, car de nos jours cet auteur a une odeur de souffre, d'abord il n'est pas occitan mais allemand et ensuite ainsi que le rappelle Arnaud d'Apremont:
"Rahn fut national socialiste. La vérité est que le "Rahn antinazi" est une mystification. Mais il y a peut-être bel et bien
deux êtres en Otto Rahn: l'homme, l'Allemand, et l'écrivain, poète, rêveur et Européen. Si Paul Ladame croyait qu'il ne restait plus aucune archive concernant Rahn, il se trompait très largement. Le dossier de Rahn conservé dans les archives historiques SS est au contraire très fourni.
Le 29 février 1936,
il adhère à l'Ordre noir, la Allgemeine-SS (SS générale, distincte de la Waffen-SS, la SS combattante), matricule 276208, et rejoint, comme rapporteur à la section principale Weisthor, l'état-major du Reichsführer-SS Heinrich Himmler. On peut supputer qu'Otto Rahn appartint à un moment clé de l'histoire ésotérique du national-socialisme. Il fut une charnière dans le système qui aurait pu donner naissance à l'ordre SS véritable, un monde bâti autour du Wewelsburg. L'attitude de Himmler montre l'importance de Rahn dans le système. En pleine guerre, par exemple, Himmler fait réimprimer de nombreux exemplaires de "la Cour de Lucifer", malgré les restrictions de papier. En avril 1937, Himmler acheta personnellement cent exemplaires du livre de Rahn, Luzifers Hofgesind, et en fit relier chez l'éditeur plusieurs en pleine peau. L'un de ces exemplaires de luxe fut offert à Hitler."
Sa mort est des plus énigmatiques et ressemble à un endura. L'endura désignait le suicide du Parfait, partant dans la montagne sans eau ni vivre et marchand jusqu'à tomber d'épuisement.
Le 17 mars 1939 sa demande de démission de la SS est acceptée, le 18 mai 1939 le Völkischer Beobachter publie son avis de décès:
"Lors d'une tempête de neige en montagne, en mars dernier, le SS-Obersturmführer Otto Rahn a tragiquement perdu la vie. Nous pleurons dans ce camarade défunt un SS honnête et l'auteur d'excellents travaux historiques et scientifiques".
L'auteur autrichien Kadmon raconte la découverte de son corps sur le Wildeskaiser près de la chapelle des morts, un promontoire où traditionnellement des générations de guerriers venaient se suicider: "Il neigeait, et quand nous le trouvâmes, seule la partie supérieure de son corps était visible. Sa tête et ses épaules étaient recouvertes de neige. Il y avait quelque chose de sacré, la sainteté d'un ermite, d'un sage, son visage dégageait une grande gentillesse et une grande douceur: il ne montrait pas de signe d'agonie".
Tout le personnage de Rahn est frappé du sceau de la dualité (Armin Mohler fait valoir que son certificat d'origine raciale ne figure pas dans son dossier SS, fait extrêmement rare, d'autre part sa mère portait un nom juif), comme si il avait incarné les deux principes, ainsi alors qu'il fait étape à Paris avant de gagner le soleil du midi, il raconte: "J'ai flâné tout l'après-midi sur les quais de la Seine où des bouquinistes - près de cinq cents brocanteurs du livre installés les uns à côté des autres - vendent de vieux ouvrages. Il est loin, m'a-t-on dit le temps où l'on pouvait encore dénicher des trésors, une inestimable édition originale ou une oeuvre rare. Dans le caisson bien amarré au quai d'un de ces vendeurs, j'ai déniché le livre du mystique allemand Jacob Böhme, Aurora. Je feuillette l'ouvrage et y lis: "En vérité, je te livre là un secret; le temps est déjà là où le fiancé couronne sa fiancée. Devine où se trouve la couronne? Du côté du Minuit, car la lumière brille dans les ténèbres. Mais d'où vient le fiancé? Du Midi, où la chaleur engendre la lumière, et il va vers le Minuit où brille la lumière. Mais que font ceux du Midi? Ils dorment en raison de la chaleur, mais une tempête va les réveiller, et, parmi eux, beaucoup mourront de peur".
Notons que les cathares font du Dieu vétéro-testamentaire un Dieu mauvais et que par conséquent leur rejet du judaïsme est absolu, ce qui peut aussi expliquer l'attirance d'un allemand de cette époque pour le catharisme. Quoiqu'il en soit le 16 mars 1944 le pog de Montségur fut le théâtre d'étranges évènements:
"Le 16 mars 1944, quelques Occitans vinrent commémorer le sept centième anniversaire du sacrifice des cathares morts sur le bûcher. Rassemblés depuis l'aube, ils avaient prié pour le repos des parfaits qui avaient préféré se laisser brûler vifs plutôt que de renier leur foi. Midi approchait quand surgissant des nuages, un avion (Fieseler Storch aux marques allemandes) se livra à une exhibition ahurissante pour les quelques pélerins qui occupaient le château. Ayant mis ses fumigènes en action, l'avion dessina dans le ciel une gigantesque croix celtique (un des emblèmes cathares) avant de disparaître vers la région de Toulouse
tandis que les spectateurs, réalisant enfin la signification de cet évènement, se découvraient tous."