Amfortas a écrit :
"Aussitôt après la mort, toute âme trouvée sans la grâce est conduite en enfer pour y subir des peines diverses".
Je n’ai pas l’impression que cela soit équivoque : soit l’homme meurt en état de grâce, soit il meurt en état de péché mortel. Y aurait-il une autre signification ?
Qu'est ce que AVANT LA MORT, A L'HEURE DE LA MORT, APRES LA MORT ? Toute la question est là.
Le paradigme thomiste est le plus apte à exprimer les vérités de raison et les vérités de foi. On peut en faire l’expérience en le comparant avec les autres paradigmes théologico-philosophiques, et autre point capital pour un catholique, l’Eglise en a fait le paradigme théologique et philosophique de référence. Et lorsque vous croyez que le Christ a institué l’Eglise pour éclairer les hommes, vous ne prenez pas ses prises de position à la légère.
La
méthode thomiste est parfaite et sans amélioration possible puisqu'il allie foi / raison, révélation / expérience, comme deux affectionnées.
Mais certaines de ses
conclusions sont insoutenables depuis Vatican II. Il lui a manqué, sur la théologie du salut, un dogme essentiel auquel il n'a pas cru :
"Gaudium et Spes 22, 5 : Nous devons tenir que Dieu proposera son salut à tout homme".
si les conclusions thomistes sur le salut sont devenues insupportables, ce n'est donc pas à cause d'une émotion, c'est à cause de cette vérité dogmatique nouvelle qui change tout. On ne peut plus damner comme cela les enfants avortés ou les païens. On doit tenir que le salut leur sera proposé explicitement (avec possibilité d'entrer dans la vie nouvelle de la grâce sanctifiante), AVANT LEUR ENTREE DANS L'AUTRE MONDE.
Du reste j’ai étudié le Père Brune, théologien de formation initiale thomiste, qui a opéré un changement de paradigme, puisqu’il évoque la corporéité de l’âme et identifie le corps glorieux au corps astral des occultistes, entre autres choses...
Le père Brune fait de grosses erreurs de méthodologie à commencer par celle-ci : il fait confiance aux esprits, y compris ceux qui parlent par le spiritisme et il ne s'appuie pas comme sur un repère sûr et absolu sur les repères dogmatiques. Ceci n'est pas la méthode thomiste.
Le problème c’est que l’on ne change pas de paradigme pour le plaisir de changer, on opère un changement de paradigme lorsqu’il est avéré que le nouveau est plus consistant et/ou plus complet.
La synthèse de saint Thomas n'est plus tenable concernant le salut des hommes car il ne tient compte que de 3 repères :
1° Le salut est la
charité (fondée sur une foi explicite). >>> Symbole Quicumque, Concile de Trente
2° La charité, fondée sur la foi, doit être vécue
EN CETTE VIE pour être sauvée. (Benoît XII)
3°
Aussitôt après la mort, tout homme trouvé sans cette vie de la grâce est aussitôt damné. (Benoît XII)
Mais il ne tient pas compte du 4° repère :
4°
Dieu propose à tous la participation explicite au mystère de la charité (ce qui ne veut pas dire que tous l'acceptent). (Vatican II)
Arnaud Dumouch a écrit :
En effet, dans une approche biblique, shéol ou Hadès (la mort) sont plutôt décrits comme un passage ou même un séjour des ombres.
Certes, mais là vous changez de registre, le royaume des ombres attirées par le sang chaud (voir l’Odyssée d’Ulysse) c’est du registre du paganisme et de la croyance populaire , tout comme le Shéol pour les juifs. D’ailleurs allez demander à un juif ce qu’est le Shéol (je l’ai fait) il sera plutôt évasif, il vous dira : les morts ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient, il y fait tout noir, et ils séjournent dans l’obscurité. (d’ailleurs le terme de séjour est mal choisi parce que c’est une croyance sombre et chtonienne où la lumière du jour ne filtre pas).
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C'est pourtant dans cet Hadès que Jésus est venu prêcher l'évangile le vendredi saint, réalisant selon son sens LITTERAL la prophétie du prophète Isaïe :
Matthieu 4, 14 pour que s'accomplît l'oracle d'Isaïe le prophète :
Matthieu 4, 16 Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui demeuraient dans la région sombre de la mort, une lumière s'est levée.
Matthieu 4, 17 Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire : "Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche."
Il serait donc intéressant que les théologiens catholiques se penche un peu sur ce qu'il est ! Or nous en connaissons beaucoup sur ce shéol grâce au livre des Macchabées et grâce à Jésus. Mais c'est une autre question.
Vous connaissez certainement le distinguo entre le libre arbitre et la liberté ?
Pour le Padre Pio, et dans la ligne du thomisme qui admet la damnation de personnes coupables du seul péché mortel de faiblesse, il y a beau avoir supplication et repentir en enfer, Dieu n'en tient plus compte car il n'est plus temps.
Je vous mets le texte du saint Padre Pio à l'occasion du commentaire du texte sur le riche et Lazare :
Quand notre dernière heure aura sonné, quand les battements de notre cœur se seront tus, tout sera fini pour nous, le temps de mériter et le temps de démériter. Nous nous présenterons au Christ-Juge tels que la mort nous trouvera.
Nos cris de supplication, nos larmes, nos remords, qui sur la terre encore, auraient touché le cœur de Dieu et auraient pu, grâce aux sacrements, nous faire passer de l'état de pécheurs à celui de saints, n'auront alors plus aucune valeur.
Le temps de la miséricorde sera terminé, celui de la justice commencera.
Le Seigneur révèle et appelle ; mais bien souvent nous ne voulons ni voir ni répondre, car nous préférons nos vues personnelles. Ne te décourage pas s'il t'arrive de beaucoup travailler et de récolter si peu. Si tu savais combien une seule âme coûte à Jésus, tu ne te plaindrais jamais ! »
Padre Pio, sermon du 29 décembre.
Il y a donc, selon cette approche, LIBRE ARBITRE POUR SE REPENTIR EN ENFER, mais Dieu n'écoute plus. Et c'est logique : Dans une perspective thomiste, voilà ce qu'il se passe : Imaginez un homme, ayant toujours aimé Dieu. Il vient à commettre
UN PECHE MORTEL DE FAIBLESSE (ex : Félix Faure) et meurt au même instant. Il est aussitôt damné puisqu'il arrive APRES LA MORT, en état de blsphème contre le Père. C'est ce que vit le riche en enfer. Dieu n'écoute plus ses cris.
Le pape Benoît XVI, conscient de cette absurdité qui conduit Dieu à contredire sa propre parole (Je pardonne 77 fois 7 fois à celui qui se repent) sauf si une loterie (le dernier battement du coeur) en décide autrement, commente dans sa dernière Encyclique ce texte sur le riche et dit :
"Le riche est dans un enfer provisoire (le purgatoire)".
Or le choix entre le bien et le mal ne relève ni de la liberté éminente dont jouit l’âme graciée, ni de l’âme damnée esclave du péché, mais du libre arbitre, et le libre arbitre est propre à l’homme, il n’existe plus dans l’âme désincarnée et graciée qui jouit d’une liberté bien supérieure et il n’existe plus dans l’âme désincarnée et damnée qui est désormais totalement esclave.
A ce niveau-là je ne vois pas d’objection sérieuse contre le thomisme.
Selon moi, le damné comme le sauvé (même au purgatoire) sont STABILISES à JAMAIS dans leur choix parce que leur liberté a été rendu parfaite face au Christ et à l'apparition de l'Antéchrist à l'heure de la mort. Le damné est donc parfaitement librement en enfer car il a pesé tout, calculé tout et aucun motif ne viendra jamais lui faire changer d'avis. A chaque instant et pour toujours, il choisit de ne pas se repentir car il n'a que mépris pour l'humilité du Ciel, quitte à perdre la vision béatifique.