Teano a écrit :En effet, ledisciple, j'ai été prof d'histoire.
Claire
A force du métier, on sent les choses, de suite il m'avait semblé...
Cette histoire d'exégèse du Coran, entre ces thèses modernistes (elles tournent toutes autour des travaux d'Hanna Zakarias) comme si soudain on nous apportait la vérité, en faisant un grand ménage du passé, me laisse dubitatif.
J'ai passé la nuit à relire le Coran en arabe uniquement, vérifiant sur des extraits de codex les plus anciens, enfin disons une petite partie de ma bibliothèque privée, et quelque chose ne va pas.
Nos aînés n'étaient pas si mauvais que cela. Ils avaient de la sagesse et une immense connaissance acquise avec une dureté de vie dont nous n'avons plus aucune idée.
J'ai repris la traduction française qu'utilisait le père Gaubil, traducteur de l'Empereur de Chine (ce qui voulait dire beaucoup plus qu'un simple traducteur pour l'époque, un conseiller, un sage, un lettré de génie, un savant), puis celle qui me semble la plus juste, celle de Muhammad Hamidullah (1908-2002).
http://www.dailymotion.com/video/xk4ije ... rch_algo=1
Vraiment, pour traduire le Coran en français, j'ai pris des versets difficiles de Sourates et une fois que je suis au plus proche du texte français possible dans mes maigres capacités, je regarde les autres traductions, et chaque fois, celle de Muhammad Hamidullah est la plus précise, la mieux accordée, comme un instrument de musique qui est juste.
Nous touchons ici à un élément capital de l'apologétique coranique pour nous, catholiques, et votre très humble serviteur traditionaliste et de très vieille famille catholique. Comment comprend-on le Coran et quelle lecture en avoir face à l'Histoire?
Je prends la Sourate 2, verset 153 : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اسْتَعِينُوا بِالصَّبْرِ وَالصَّلاَةِ ۚ إِنَّ اللَّهَ مَعَ الصَّابِرِينَ". Quelle traduction, quel sens en français présenter? Je reprend cet ouvrage très ancien qui pèse ses 20 kg (s'il me tombe des mains, je tombe avec) et je regarde ce que les pères jésuites avaient. Eh bien, c'est le verset 148 de la Sourate 2, qui a bien toujours ses 286 versets.
L'ordre des versets dans une sourate n'était pas le même au XVII et XVIII siècle!
Les traductions modernes varient. En général, les musulmans pratiquants français n'utilisent quasiment que la traduction de Muhammad Hamidullah. Par exemple:
http://www.mosquee-lyon.org/?cat=Coran
http://coranweb.free.fr/coran/
http://oumma.com/ (voir ensuite la rubrique Coran:
http://oumma.com/quran/index )
"O les croyants! Cherchez secours dans l'endurance et la Salat. Car Allah est avec ceux qui sont endurants."
Je traduirais plutôt ainsi:
O les croyants. Cherchez secours dans l'endurance et la prière. Car Allah est avec ceux qui sont patients. Endurants ne convient pas vraiment pour des pratiquants, c'est une conception laïcisante moderniste.
On a des variations importantes avec Bachir Kaabeche et Ahmad La roussi par exemple qui suivent cette étrange option, philosophiquement douce.
Que nous offraient nos anciens des siècles précédents, tous pieux catholiques très savants? D'abord une humilité dans le choix des termes, ils suivent une pratique et non une idée. Carême, c'était 40 jours, plus 10, pas 7 ou 8 comme maintenant... Les voyages, en marchant: pas d'avion, pas de moteurs, pas de routes bitumées. Pas de médecine. Grec, latin, hébreu, la base minimale. Pas d'éditeurs, de machine à écrire...
Nos jésuites lisaient: "O croyants! Implorez le secours du ciel par la prière et la patience. Dieu est avec les patients". N'est-ce pas très moderne?
Et Claude-Etienne Savary traduit en français en 1786 sans numéroter les versets: "O croyans! Implorez le secours du Ciel, par la prière & la persévérance. Dieu est avec les patiens."

C'est très bon!
Et au XVII siècle, Du Ryer, le fondamental officiel français, traduit en 1647: "O vous qui estes vray croyans, demandez secours auec patience & oraisons. Certainement Dieu est avec ceux qui sont patients."

Lui aussi choisit
patients plutôt qu'
endurants.
André Chouraqui traduit en français n'importe comment: "Ohé, ceux qui adhèrent, sollicitez la constance et la prière: voici, Allah est avec les constants." Ce n'est plus le texte, ni son esprit. 'Constance" et "constants" sont des erreurs importantes.
Autre traduction moderne (2003), qui ne va pas: "O you who believe, seek help through steadfastness and the Contact Prayers (Salat). GOD is with those who steadfastly perserve."
http://books.google.fr/books?id=KSZhy_x ... &q&f=false
Blachère, Gilliot, Déroche, Hamès, ne font pas progresser l'étude. Ils changent pour des droits d'auteurs, certainement, chacun tirant la couverture à lui. Edouard-Marie Gallez sur les origines de l’Islam:
"Aussi curieux que cela puisse paraître, les chercheurs occidentaux, même marxistes ou athées, s’en sont tenus souvent à la légende musulmane d’un Mahomet, qui, partant de Jérusalem, est monté au ciel pour aller chercher le Coran avant de revenir en Arabie sur la jument ailée, qui lui avait déjà servi de moyen de transport à l’aller."
Non, je suis désolé, nos ainés au contraire n'ont jamais flirté avec
"la légende musulmane". Au contraire, ils parlent de sarrasins, de mahométisme, d'hérésie et non de religion, et sont très distants avec les dires orientaux. Il faudra que ces Pères nous citent leurs références...
Il poursuit:
"Le Calife basé à l’oasis de Médine ne disposait, en fait de « textes » en arabe, que des papiers que les judéo-nazaréens y avaient laissés. Même si l’on y ajoute les textes plus anciens laissés en Syrie, cela ne fait pas encore un choix énorme. Et il fallait choisir, dans la hâte, des textes répondant aux attentes des nouveaux maîtres du Proche-Orient ! Autant dire que, quel qu’il fût, le résultat du choix ne pouvait guère être satisfaisant, même si on choisissait les textes présentant le moins d’allusions au passé judéonazaréen. C’est ainsi que les traditions musulmanes ont gardé le souvenir de "collectes" ou assemblages du Coran divergents entre eux et concurrents - parce qu’ils fournirent évidemment à des ambitieux l’occasion de se pousser au pouvoir. Umar fut assassiné. Son successeur également, et il s’ensuivit une véritable guerre intra-musulmane, aboutissant au schisme entre "chiites" et "sunnites". Quant aux textes assemblés dans ce qu’on nomma le "Coran", ils continuèrent d’être adaptés à ce qu’on attendait d’eux, dans une suite de fuites en avant: apporter des modifications à un texte, c’est souvent se condamner à introduire de nouvelles pour pallier les difficultés ou les incohérences induites par les premières."
Mais enfin, tout cela est vraiment connu et mieux commenté par nos aînés sans s'offrir des libertés d'interprétations qui ne sont pas nouvelles. Ils rapportent les connaissances des anciennes civilisations, sont plus précis sur les hérésies du temps de Mahomet, apportent une infinité de références que nous avons en partie perdues, et comme ils sont profonds dans les moindres détails. Dans le doute, ils retiennent les moindres témoignages anciens. Ainsi du temps d'Uthman, on était loin d'avoir une seule communauté ou un empire qui se tournait vers la Mecque. Au nord, au sud, il y avait de tout. Non seulement donc le Coran n'était pas formé d'un seul Livre, mais aux familles qui en détenaient
des parties écrites, des pratiques différentes. C'est surprenant que nos modernistes taisent cela, non?
Idem pour les souvenirs des collectes des Corans. Nos modernistes n'en savent plus rien! Hérésies d'Ebion, de Béryllus, des Nazaréens et des Collyridiens, ils connaissaient eux aussi! Au XV siècle, une seule langue arabe? Mais pas du tout, des dialectes, des empilements de civilisations qui conservent des attributs différents, une fois encore c'est absent chez nos modernes. Quand aux versets vraiment changés dans un Coran, ils en avaient, puisque je lis des traductions françaises inconnues qui sont, soit sans notations carrément, soit autres. Ils ont une foule de détails sur Mahomet qui sont absents maintenant. Ils parlent de l'
"artificieuse fiction des révélations écrites". Les auteurs des hadiths les plus fiables selon les arabes?
"Les éloges de ces écrivains soient justement soupçonnés de partialité, pour ces arabes élevés dans le paganisme et médiocrement instruits des devoirs (de la Torah)". Ceci se porte sur Bukhari. Des centaines de pages en béton structurent un savoir qui est resté inébranlable.
Le débat du savoir "nouveau" me semble bien parti pour un constat différent entre nous.
Pax vobiscum