Disputatio autour de l'Être nécessaire

« Dieu leur donnera peut-être de se convertir et de connaître la vérité. » (2Tm 2.25)
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Popeye
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Bonsoir Peccator,
Cela fait belle lurette que j'ai arrêté de me poser la question de la preuve de l'existence de Dieu (notamment, parce que je ne vois pas l'intérêt de me poser la question de l'existence de quelqu'un que j'ai rencontré...).
C'est pourtant une question relevant formellement de l'Apologétique catholique.

Quand vous aurez la gentillesse de m'expliquer ce que vous entendez par cette formule, je vous répondrai.


Je l'ai fait, dans une de mes réponses à Cgs. C'est au message du Mar 19 Nov 2013, 2:05. L'argument est donné avant le passage spécialement mis en bleu à votre attention, passage qui devrait vous intéresser.

;)
Peccator
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Peccator »

Popeye a écrit :Bonsoir Peccator,
Cela fait belle lurette que j'ai arrêté de me poser la question de la preuve de l'existence de Dieu (notamment, parce que je ne vois pas l'intérêt de me poser la question de l'existence de quelqu'un que j'ai rencontré...).
C'est pourtant une question relevant formellement de l'Apologétique catholique.


Je ne le nie pas : je dis simplement que c'est une question que moi, je ne me pose plus. En quoi devrais-je me poser toutes les questions relevant de l'apolégétique ?

Quand vous aurez la gentillesse de m'expliquer ce que vous entendez par cette formule, je vous répondrai.

Je l'ai fait, dans une de mes réponses à Cgs. C'est au message du Mar 19 Nov 2013, 2:05. L'argument est donné avant le passage spécialement mis en bleu à votre attention, passage qui devrait vous intéresser.
Merci beaucoup. Merci aussi d'avoir bien ri à mes dépends. ;)

J'ai jeté un oeil à la seule édition imprimée de la Bible que j'ai ici sous la main (la Bible expliquée, dont le texte est celui de la Bible en français courant), pour voir comment est formulée cette ligne de l'épitre aux Philippiens (et dans quel contexte elle s'insère) :
Ainsi, mes chers amis, vous m'avez toujours obéi quand je me trouvais auprès de vous. Eh bien, faites-le encore plus maintenant que je suis absent. Menez à bien votre salut humblement, avec respect, car Dieu agit parmi vous, il vous rend capable de vouloir et de réaliser ce qui est conforme à son propre plan.
La traduction de la liturgie, elle, traduit :
12 Ainsi, mes bien-aimés, vous qui avez toujours obéi, travaillez à votre salut dans la crainte de Dieu et en tremblant ; ne le faites pas seulement quand je suis là, mais encore bien plus quand je n'y suis pas.
13 Car c'est l'action de Dieu qui produit en vous la volonté et l'action, parce qu'il veut votre bien.
Il ne s'agit donc pas de toute volonté et de toute action. Ce que dit St Paul, c'est que Dieu veut notre salut, et agit en nous, en nous envoyant son Esprit, pour à cette fin.

C'est bien pour cela que l'Eglise explique que la foi, l'espérance et la charité sont des grâces de Dieu, et non des vertus que l'homme atteindra par ses seules forces.

Mais lorsque je décide de m'opposer à la volonté de Dieu, que je choisis de pécher, de rompre mon alliance avec Lui, c'est bien ma volonté qui veut, et mon action qui agit. Et pourtant, je veut ainsi avec la capacité de volonté que Dieu m'a donné, et j'agit avec la capacité d'action que Dieu me donne. Lorsque je pèche par action ou en pensée, je pèche donc avec les moyens que Dieu a mis à ma disposition. En ce sens, je tiens de Dieu ma capacité à pécher.

Mais pour autant, je ne suis pas un pantin entre les mains de Dieu, ainsi que je vous l'ai déjà répondu : Dieu m'a donné la capacité d'avoir une volonté propre, mais la manière dont je l'exerce est du domaine de ma liberté (liberté qui est aussi un don de Dieu).
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Zarus
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Peccator, donc pour vous, on ne peut pas prouver l'existence de Dieu à quelqu'un qui ne l'aurait pas rencontré ? donc il n'y pas de raison mais que révélation subjective ?
Comme faites-vous pour vous sentir différent des membres des autres religions ?

Par exemple moi, je perçois bien qu'il y a des arguments + ou - logiques,ect (et seulement cela)...mais je ne vois pas comment avoir cet acte de foi nécessaire.
Je n'entends pas de petite voix qui me dise "La religion catholique est la vraie" "Dieu existe" ou quoi que ce soit...donc pourquoi dire qu'il sonne à la porte de chacun ?
Je ne suis pas convaincu de l'affirmation que celui qui se pose des questions trouve forcément Dieu et ceux qui affirment ne pas le trouver ne sont que des matérialistes qui se mentent à soit-même...
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Peccator »

Zarus a écrit :Peccator, donc pour vous, on ne peut pas prouver l'existence de Dieu à quelqu'un qui ne l'aurait pas rencontré ? donc il n'y pas de raison mais que révélation subjective ?
Je n'en sais rien : j'ai arrêté de réfléchir à cette question.

Pour l'instant, j'ai un faisceau d'indices convainquant qu'il existe une personne appelée Zarus. Si un jour je vous rencontre, j'en serai sûr, et j'arrêterai de chercher à savoir si vous existez vraiment ou si vous n'êtes qu'un personnage créé par quelqu'un qui s'amuse à me faire croire que vous existez.

Pendant longtemps, j'ai eu un faisceau d'indices de plus en plus convainquant en faveur de l'existence de Dieu, mais qui n'étaient pour moi pas assez probants pour que je sois sûr de Son existence. Aujourd'hui, je ne me pose plus la question.


Mais il est vrai que Je suis par ailleurs intimement convaincu qu'on peut tenir des raisonnements, et collecter des indices, étayant fortement l'hypothèse "Dieu existe", mais que l'on ne peut pas prouver son existence de manière contraignante (c'est à dire qui oblige les athées à croire).

Comme faites-vous pour vous sentir différent des membres des autres religions ?
Tout dépend de ce qu'on appelle "différent".

En premier lieu, je me sens d'abord proche des membres des autres religions. Je suis un homme, comme eux. Je me situe dans une conception du monde où il y a une transcendance, comme eux (par exemple, je me sens proche des bouddhistes, alors que le système bouddhiste ne fait pas intervenir le divin). Je constate que je partage certaines valeurs avec eux (pas forcément les mêmes, cela dépend des religions).
Par exemple, je ressent quelque chose qui me parle dans la recherche de pureté, la démarche de purification du shinto (mais je n'ai évidemment pas le même rapport qu'eux à la naissance et à la mort), ou dans leurs rites agraires, qui sont une façon de célébrer les dons de Dieu. Et leur panthéisme me parle : je ne suis pas panthéiste, mais je vois des signes de Dieu partout dans la création, et j'ai vécu des expériences spirituelles qui seraient particulièrement bien décrites par des mots empruntés à des croyants shinto.
Sur d'autres points, je me sens proche des bouddhistes. Je suppose que si j'étudie l'hindouisme, j'y trouverai des choses qui me parleront. Et évidemment, je me sens plus particulièrement proche des juifs, puisque nous adorons le même Dieu, que nous prions avec les mêmes psaumes, que nos liturgies héritent des liturgies juives, etc.

Donc, d'abord, je me sens proche des membres d'autres religions, car je ressens chez eux une réponse à ce qu'ils perçoivent de l'appel de Dieu, réponse certes imparfaite, mais qui pour moi est signe que Dieu agit aussi en eux. Dans de nombreux cas, je suis étonné de constater à quel point cette réponse est comparable à celle que les Hébreux lui donnent aux premiers temps de l'Alliance, quand ils commençaient à peine à connaître Dieu.

Cette réponse sur comment je me sens proche vous aura probablement éclairé sur comment je me sens différent : ils ont une connaissance de Dieu différente, pour je suppose deux raisons : parce que Dieu se révèle à l'homme progressivement (nous apprenons à Le connaître), et notamment qu'ils ne connaissent pas Jésus (qui est le chemin menant au Père), et probablement parce que l'appel de Dieu qu'ils entendent eux aussi est déformé par l'action du malin, qui cherche à détourner l'homme de Dieu, et agit fréquemment non pas en s'opposant, mais en altérant subtilement ce que nous entendons de la Parole.

Ces différences, je les constate exactement avec les mêmes outils que j'utilise pour le discernement chrétien : on constate que certaines choses sont probablement inspirées par l'Esprit Saint, qui agit en eux comme Il agit en tout homme, puisque Dieu veut le salut de tous, et que d'autres choses les éloignent de Dieu, et donc sont soit de l'aveuglement humain, soit le résultat d'une influence de l'esprit mauvais.
Par exemple moi, je perçois bien qu'il y a des arguments + ou - logiques,ect (et seulement cela)...mais je ne vois pas comment avoir cet acte de foi nécessaire.
Là, je ne peux pas vous dire. Pour ma part, cela a été une expérience spirituelle, mais je suppose que chacun a la sienne. Je ne peux que prier pour qu'un jour vous ayez la vôtre. Et vous aider dans la mesure de mes moyens à vous mettre en chemin vers cette rencontre. Je ne peux rien de plus, et Dieu n'attend rien de plus de ma part.

Dans mon cas, c'est qu'un jour j'ai fait comme St Paul : j'ai ouvert les yeux. Je n'ai pas des écailles qui me sont tombées, mais j'ai vu la chaude lumière de l'amour de Dieu pour sa création, et partant de là j'ai voulu en savoir plus.

Cette lumière ne m'a jamais dit "la religion catholique est vraie". Et d'ailleurs, à l'époque j'étudiais le bouddhisme, et j'ai continué. Jusqu'au jour où j'ai compris que certains enseignements du bouddhisme n'étaient pas compatibles avec mon expérience spirituelle (qui m'avait donné la certitude de foi que fondamentalement, il y a Dieu, qui est amour, ce qui in fine n'est pas réconciliable avec les enseignements du bouddhisme sur la vacuité).

J'ai repris la lecture de la Bible, et je l'ai laissé me guider, pas à pas. Et puis un jour j'ai commencé à refréquenter l'église, à aller à la messe, et de fil en aiguille j'ai découvert que la foi catholique était conforme en tout point à ce que je vivais, à ce que je ressentais que l'Esprit cherchait à m'apprendre.

Et puis après plus de 10 ans à me laisser ainsi guider, plus ou moins docilement (plus souvent moins que plus...), un jour je me suis réellement converti, le jour où Dieu m'a donné la Vie. De ce jour là, tout n'a fait que devenir de plus plus clair.
Je ne suis pas convaincu de l'affirmation que celui qui se pose des questions trouve forcément Dieu et ceux qui affirment ne pas le trouver ne sont que des matérialistes qui se mentent à soit-même...
Moi non plus ! :D Et pour cause : il ne suffit pas de poser des questions, encore faut-il écouter la réponse. Et pour avoir une réponse, il faut commencer par poser les questions à autre que soi (et non pas se poser les questions). Sinon, on n'est pas dans une relation, on est dans le solipcisme.
Ceux qui ne trouvent pas Dieu ne sont pas forcément matérialistes. Il y a des gens en vraie recherche spirituelle, pas du tout matérialistes, qui passent totalement à côté de Dieu.




Mes excuses pour ce long apparté en réponse à Zarus, c'est totalement hors du sujet de ce fil.
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Popeye
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Il ne s'agit donc pas de toute volonté et de toute action. Ce que dit St Paul, c'est que Dieu veut notre salut, et agit en nous, en nous envoyant son Esprit, pour à cette fin.
Cher Peccator,

1. Il s'agit de toute volonté et de toute action : la doctrine catholique est unanime à l'affirmer.
2. Quant à la note théologique de cette doctrine, les docteurs reconnus oscillent entre formellement révélée et théologiquement certaine. Voyez ici,concours divin, page 2


Mais lorsque je décide de m'opposer à la volonté de Dieu, que je choisis de pécher, de rompre mon alliance avec Lui, c'est bien ma volonté qui veut, et mon action qui agit. Et pourtant, je veut ainsi avec la capacité de volonté que Dieu m'a donné, et j'agit avec la capacité d'action que Dieu me donne. Lorsque je pèche par action ou en pensée, je pèche donc avec les moyens que Dieu a mis à ma disposition. En ce sens, je tiens de Dieu ma capacité à pécher.
3. Même dans l'acte peccamineux Dieu opère en vous le vouloir et le faire. Car dans l'acte peccamineux vous avez deux aspects. Le premier c'est qu'il s'agit d'un acte de la volonté. En tant qu'une volition est quelque chose ayant d'être, cet acte vient de Dieu. Le second est qu'il est peccamineux. En tant que le péché est privation de rectitude, cette privation vient de vous. Pour bien vous le faire voir, il faudrait vous donner une explicitation métaphysique. Je pourrais le faire mais je m'en abstiendrais. Pour ne pas vous laisser démuni, je vous communique ce qu'en dit le docteur commun.

a. Sur la distinction entre l'acte et le peccamineux de l'acte peccamineux :

"Sur ce sujet, il y avait chez les anciens deux opinions. Certains, en effet, prétendirent dans l'antiquité que l'action du péché ne venait pas de Dieu, parce qu'ils considéraient la difformité même du péché, qui ne vient pas de Dieu d'autres, au contraire, dirent que l'action du péché venait de Dieu, parce qu'ils considéraient l'essence même de l'acte. Et il faut poser qu'elle vient de Dieu pour une double raison. D'abord, pour une raison générale: étant donné que Dieu lui-même est être par son essence, puisque son essence est son acte d'être, il est nécessaire que tout ce qui est de quelque façon dérive de lui. Car il n'y a rien d'autre que Dieu qui soit son acte d'être, tandis que toutes choses sont dites étant par participation. Or tout ce qui est dit tel par participation dérive de celui qui l'est par essence, comme tous les objets enflammés dérivent de ce qui est feu par nature. Or il est évident que l'acte du péché est une certaine réalité, et qu'il se situe dans un prédicament de l'être: aussi il est nécessaire de dire qu'il vient de Dieu. Deuxièmement, la même conclusion s'impose pour une raison spéciale. Il est en effet nécessaire que tous les mouvements des causes secondes aient pour cause le premier moteur, comme tous ceux des corps inférieurs sont causés par le mouvement du ciel. Or c'est Dieu qui est premier moteur par rapport à tous les mouvements, tant spirituels que corporels, comme le corps céleste est principe de tous les mouvements des corps inférieurs. Aussi, comme l'acte du péché est un certain mouvement du libre arbitre, il est nécessaire de dire que l'acte du péché, en tant qu'il est acte, vient de Dieu. Seulement il faut bien remarquer que le mouvement du premier moteur n'est pas reçu de façon uniforme par tous les mobiles, mais qu'il est reçu en chacun selon son mode propre... Car, lorsqu'un être se trouve dans une disposition convenable pour recevoir la motion du premier moteur, il en résulte une action parfaite selon l'intention de celui-ci. Tandis que s'il n'a pas la disposition et l'aptitude convenables pour recevoir cette motion du premier moteur, l'action sera imparfaite. Et alors, ce qui s'y trouve d'action se ramène au premier moteur comme à sa cause, mais non pas ce qu'il y a de défectueux, parce que comme on l'a dit, un tel défaut résulte dans l'action de ce que l'agent a failli par rapport à l'ordre du premier moteur... Par conséquent, il faut dire que, puisque Dieu est le premier principe du mouvement de tous les êtres, certains d'entre eux sont mus par lui tout en se mouvant aussi eux-mêmes, comme ceux qui sont doués du libre arbitre. Si ces êtres demeurent dans la disposition et l'ordre requis pour recevoir la motion de Dieu, il en résulte des actes bons, qui se ramènent en totalité à Dieu comme à leur cause; si au contraire, ils manquent à l'ordre requis, il en résulte un acte désordonné, qui est l'acte du péché; et ainsi, ce qu'il y a là d'acte se ramène à Dieu comme à sa cause, mais ce qu'il y a de désordre ou de déformation n'a pas pour cause Dieu, mais seulement le libre arbitre. C'est pourquoi on dit que l'acte du péché vient de Dieu, mais que le péché ne vient pas de Dieu." Q.D De Malo, III, 2, co.

"La difformité du péché ne tient pas à l'espèce de l'acte selon qu'il se situe dans un genre naturel, car c'est ainsi qu'il est causé par Dieu. Mais elle tient à l'espèce de l'acte selon qu'il est moral, étant causé par le libre arbitre" Q.D De Malo, III, 2, ad.2

Sur le caractère privatif du peccamineux :

"Comme pour le blanc, on parle de mal en deux sens. En effet, lorsqu'on dit blanc, on peut l'entendre dans un sens de ce qui est le sujet de la blancheur; dans un autre sens, on appelle blanc ce qui est blanc en tant que blanc, à savoir l'accident lui-même. Et de même du mal, on peut l'entendre dans un sens de ce qui est le sujet du mal, et c'est alors quelque chose; on peut l'entendre dans un autre sens du mal lui-même, et alors ce n'est pas quelque chose, mais la privation de quelque bien particulier... Aussi je dis que ce qui est mal n'est pas quelque chose; cependant, celui à qui il arrive d'être mauvais est quelque chose, dans la mesure où le mal ne le prive que d'un bien particulier; ainsi, le fait même d'être aveugle n'est pas quelque chose, mais celui à qui il arrive d'être aveugle est quelque chose." Q.D De Malo, I, 1, co.

"Le bien et le mal s'opposent réciproquement, comme la privation et la possession..." Q.D De Malo, I, 1, ad.2.


Mais pour autant, je ne suis pas un pantin entre les mains de Dieu, ainsi que je vous l'ai déjà répondu : Dieu m'a donné la capacité d'avoir une volonté propre, mais la manière dont je l'exerce est du domaine de ma liberté (liberté qui est aussi un don de Dieu).
4. C'est bien pourquoi nul ne se convertit si Dieu ne le lui donne :il fait miséricorde à qui il veut et endurcit qui il veut.
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Popeye
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Bonsoir Zarus,

Par exemple moi, je perçois bien qu'il y a des arguments + ou - logiques,ect (et seulement cela)...mais je ne vois pas comment avoir cet acte de foi nécessaire.
Vous n'êtes pas très sérieux. Vous vous demandez comment avoir l'acte de foi. C'est très simple : en le voulant. La foi est un assentiment intellectuel commandé par la volonté. Autant nous demander pourquoi vous ne voulez pas. Parce que vous êtes libre et que vous ne voulez pas croire. Ni plus, ni moins.

Je n'entends pas de petite voix qui me dise "La religion catholique est la vraie" "Dieu existe" ou quoi que ce soit...
Et vous ne risquez pas de l'entendre : ce n'est pas le mode ordinaire des grâces internes de conversion. Le mode ordinaire c'est une grâce qui vous pousse intérieurement à croire sans se donner à voir (grâce ut quo), à l'inverse du mode extraordinaire où la réalité de cette grâce intérieure est perçue (grâce ut quod). Dans le processus ordinaire vous avez deux aspects : une grâce externe (la prédication de la foi, la lecture de l'écriture sainte), externe puisque ni qui vous prêche ni ce que vous lisez ne vous est intérieur ; une grâce interne qui vous sollicite à croire.


donc pourquoi dire qu'il sonne à la porte de chacun ?
Parce que c'est de foi...
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Popeye a écrit :1. Il s'agit de toute volonté et de toute action : la doctrine catholique est unanime à l'affirmer.
S'il s'agit de toute volonté et de toute action, alors il m'est impossible de vouloir quelque chose différent de ce que Dieu veut.
Ou alors, c'est que nous ne comprenons pas de la même manière la notion de totalité.

Nous allons ainsi voir qu'en voulant justifier une telle affirmation, le philosophe se trouve réduit à parler d'acte de volonté au lieu de volonté, et analyse alors l'acte, laissant de côté la volonté...

3. Même dans l'acte peccamineux Dieu opère en vous le vouloir et le faire. Car dans l'acte peccamineux vous avez deux aspects. Le premier c'est qu'il s'agit d'un acte de la volonté.
Hop, ça y est, on esquive la question : on ne parle plus de "vouloir", ni de "volonté", mais "d'acte peccamineux", dont on va pouvoir à loisir étudier la dimension d'acte, puis regarder son caractère péccamineux, et on passe discrètement à la trappe le problème de la volonté.
En tant qu'une volition est quelque chose ayant d'être, cet acte vient de Dieu.
Quelque chose ayant d'être... J'aime toujours autant ce genre de phrase, formulé avec une élégance de style dont la limpidité ne cesse de m'étonner... Un jour, j'arriverai à comprendre pourquoi les philosophes ne sont plus capables de s'exprimer clairement... Je n'ai pourtant aucun problème à lire les anciens, jusqu'à Thomas d'Aquin qui est généralement un modèle de clarté.

Enfin, passons, je suis prêt à faire des efforts pour comprendre.

Vous parlez de volition. Que désigne ce mot ? Est-ce bien un acte de volonté ? Si oui, alors en effet, on continue de parler d'acte... et de glisser tranquillement sur le "de volonté".

Et l'on sera bien embêté au final, quand on se rappellera que le coeur de la question n'est pas le mot "acte", mais le mot "peccamineux". Ce fameux "peccamineux" que décidément le philosophe ne parvient pas à dire qu'il vient de Dieu sans que l'homme ait son mot à dire ;)

Le second est qu'il est peccamineux. En tant que le péché est privation de rectitude, cette privation vient de vous.
Privation qui ne serait alors ni acte, ni volonté ? Qu'est-elle, alors ? La privation n'est-elle pas l'acte de priver ? En tant qu'acte, ne vient-elle pas de Dieu ? Moi aussi, je peux jouer avec les mots : on voit bien que ça n'éclaire rien.

Pour ne pas vous laisser démuni, je vous communique ce qu'en dit le docteur commun.
Je vous en remercie : c'est toujours un plaisir de lire Thomas d'Aquin.

Car il n'y a rien d'autre que Dieu qui soit son acte d'être,
Malheureusement, pour une fois, j'ai du mal à comprendre le Docteur : que signifie donc cette formule "l'acte d'être" ? C'est bien obscur pour ma capacité de compréhension si limitée... J'ai l'impression d'avoir du mal à comprendre ce qu'est un "acte"... Moi, je suis limité par mon vocabulaire bien pauvre, et je comprend un acte comme étant le fait d'agir. L'existence est pour moi un état, pas une action... Acte, action, il doit y avoir une subtilité quelque part...
tandis que toutes choses sont dites étant par participation.
Je comprend bien que toute chose n'est que parce que Dieu lui donne d'être. Dieu créateur étant source de tout être, rien ne peut être sans tenir son existence de Dieu.

Or il est évident que l'acte du péché est une certaine réalité, et qu'il se situe dans un prédicament de l'être: aussi il est nécessaire de dire qu'il vient de Dieu.
En tant qu'acte, oui, il vient de Dieu : rien ne peut agir sans tenir de Dieu sa capacité à agir.
En tant qu'étant, oui, il vient de Dieu : rien ne saurait être sans que Dieu ne lui donne la possibilité d'être. C'est bien pour cela que l'on dit que le tentateur ne peut exercer sa tentation que parce que Dieu l'y autorise (cf Job).

Mais jusqu'ici, rien de dit quoique ce soit de ce qui motive l'action.

Deuxièmement, la même conclusion s'impose pour une raison spéciale. Il est en effet nécessaire que tous les mouvements des causes secondes aient pour cause le premier moteur, comme tous ceux des corps inférieurs sont causés par le mouvement du ciel.
Or c'est Dieu qui est premier moteur par rapport à tous les mouvements, tant spirituels que corporels, comme le corps céleste est principe de tous les mouvements des corps inférieurs.
Alors là, je peine vraiment. La pensée thomiste serait-elle déterministe ? Le monde visible et invisible ne serait-il qu'un gigantesque mécanisme d'horlogerie, où tout mouvement serait la conséquence logique et inéluctable du mouvement du ressort qui met le tout en branle ?


Si la justification en est l'analogie avec le corps céleste principe des mouvements des corps inférieurs, alors il va falloir m'expliquer un peu plus clairement, car je ne comprend pas cette analogie, ce qu'est le corps céleste en question. Parle-t-on là d'astrologie ? J'espère que non. Mais alors de quoi parle-t-on ? Je suis décidément bien ignorant en toutes ces choses...

Aussi, comme l'acte du péché est un certain mouvement du libre arbitre, il est nécessaire de dire que l'acte du péché, en tant qu'il est acte, vient de Dieu.
En tant qu'il est acte, oui. Mais en tant qu'il est mouvement du libre arbitre ?

Si l'on reste sur une conception déterministe, on va vite voir qu'on aboutit à un problème insoluble...
Seulement il faut bien remarquer que le mouvement du premier moteur n'est pas reçu de façon uniforme par tous les mobiles, mais qu'il est reçu en chacun selon son mode propre...
Certes. Mais ce mode propre, il vient bien de Dieu, non ?
Car, lorsqu'un être se trouve dans une disposition convenable pour recevoir la motion du premier moteur, il en résulte une action parfaite selon l'intention de celui-ci.
La disposition d'un être est le fruit de ses actes et volontés passées, non ? Ou alors, comment aboutir à cette disposition ?
Tandis que s'il n'a pas la disposition et l'aptitude convenables pour recevoir cette motion du premier moteur, l'action sera imparfaite.
Disposition et aptitude ? Mais d'où l'être tient-il ses aptitudes, si ce n'est de Dieu ?
Et alors, ce qui s'y trouve d'action se ramène au premier moteur comme à sa cause, mais non pas ce qu'il y a de défectueux, parce que comme on l'a dit, un tel défaut résulte dans l'action de ce que l'agent a failli par rapport à l'ordre du premier moteur...
Il peut y avoir deux causes à la faillite de l'agent :
- soit il a en lui un vice intrinsèque, ce qui revient à dire que Dieu l'a créé imparfait, que Dieu est sujet à l'erreur (position que je ne défendrai pas)
- soit il y a quelque chose en mesure de contrecarrer les plans de Dieu, une capacité de l'agent de ne pas répercuter parfaitement "l'ordre du premier moteur" : à mon sens, c'est là qu'intervient le libre-arbitre.
Par conséquent, il faut dire que, puisque Dieu est le premier principe du mouvement de tous les êtres, certains d'entre eux sont mus par lui tout en se mouvant aussi eux-mêmes, comme ceux qui sont doués du libre arbitre.
Voilà, nous sommes d'accord sur là où est la faille : certains êtres sont doués du libre-arbitre.

Il reste une question : comment le libre-arbitre trouverait il moyen de s'exprimer sans que ce ne soit ni acte, ni volonté ? Que serait ce libre-arbitre, si ce n'est une volonté autonome de l'être qui en est doté, capable de vouloir autre chose que ce que Dieu veut ?


Ce beau raisonnement du Docteur aboutit à cela :
- Tout acte vient fondamentalement de Dieu.
- Tout acte est fondamentalement motivé par la volonté divine
- Lorsque l'être agissant est doté du libre-arbitre, il possède une volonté propre capable d'influer sur l'acte, ce qui fait que l'acte n'est pas le résultat parfait de la volonté divine, mais le fruit de la coopération ou de l'opposition de deux volontés.

Et donc, quand on dit que Dieu opère en nous toute volonté, il s'agit bien de dire que Dieu opère la capacité d'avoir des actes de volonté, mais pas la faculté de vouloir elle-même. L'action de vouloir, la volition, vient de Dieu, mais ce qui est voulu peut avoir une autre cause.
Dieu opère dans le sens où il fait "tourner la mécanique" de la volonté, rien de plus.


Ce qui est quand même une analyse bien savante pour ne pas dire grand chose, au final...



Et on le voit, Thomas d'Aquin conclut sans avoir réellement traité la question, qui reste toujours entière à la fin :

Si ces êtres demeurent dans la disposition et l'ordre requis pour recevoir la motion de Dieu, il en résulte des actes bons, qui se ramènent en totalité à Dieu comme à leur cause; si au contraire, ils manquent à l'ordre requis, il en résulte un acte désordonné, qui est l'acte du péché; et ainsi, ce qu'il y a là d'acte se ramène à Dieu comme à sa cause, mais ce qu'il y a de désordre ou de déformation n'a pas pour cause Dieu, mais seulement le libre arbitre.
Voilà qui dit clairement que tout n'a pas Dieu pour cause. Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est bel et bien ce que je lis.
C'est pourquoi on dit que l'acte du péché vient de Dieu, mais que le péché ne vient pas de Dieu."
Je ne dis pas autre chose depuis le début : cette longue analyse du séraphique docteur ne traite que de l'acte, pas de la cause de l'acte. Elle concède bel et bien, à la fin, que certains actes ont une cause qui n'est pas Dieu.


Alors, une fois que nous sommes bien d'accord sur ce que signifie "opérer", on peut dire que "Dieu opère en nous le vouloir et le faire". Mais cela ne change rien au fait que Dieu n'est pas cause unique de tout.


Mais pour autant, je ne suis pas un pantin entre les mains de Dieu, ainsi que je vous l'ai déjà répondu : Dieu m'a donné la capacité d'avoir une volonté propre, mais la manière dont je l'exerce est du domaine de ma liberté (liberté qui est aussi un don de Dieu).
4. C'est bien pourquoi nul ne se convertit si Dieu ne le lui donne :il fait miséricorde à qui il veut et endurcit qui il veut.
Certes. Je n'ai pas dit autre chose : au contraire, j'ai répété et je répète encore que la foi est don de Dieu.
Mais reste le problème que si Dieu donne, encore faut-il que celui qui reçoit accepte ce don.

Et si en théorie Dieu endurcit qui Il veut, je suis bien persuadé qu'en pratique, Il fait miséricorde à tous. Il n'y a personne que Dieu choisirait de damner. Ou alors, il faudra expliquer comment l'Amour pourrait ne pas aimer...
Cette question sortant complètement du cadre de la présente discussion.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Bonjour Peccator,

1. Il s'agit de toute volonté et de toute action : la doctrine catholique est unanime à l'affirmer.

S'il s'agit de toute volonté et de toute action, alors il m'est impossible de vouloir quelque chose différent de ce que Dieu veut.
Précisément si, le péché étant privatif. Et je ne vois pas que vous ayez l'autorité suffisante pour contredire sans témérité l'enseignement commun des docteurs.


Nous allons ainsi voir qu'en voulant justifier une telle affirmation, le philosophe se trouve réduit à parler d'acte de volonté au lieu de volonté, et analyse alors l'acte, laissant de côté la volonté...
La volonté est la faculté, l'acte de cette faculté est la volition.


3. Même dans l'acte peccamineux Dieu opère en vous le vouloir et le faire. Car dans l'acte peccamineux vous avez deux aspects. Le premier c'est qu'il s'agit d'un acte de la volonté.

Hop, ça y est, on esquive la question : on ne parle plus de "vouloir", ni de "volonté", mais "d'acte peccamineux", dont on va pouvoir à loisir étudier la dimension d'acte, puis regarder son caractère péccamineux, et on passe discrètement à la trappe le problème de la volonté.
Seul un acte volontaire, une volition, peut être formellement peccamineux. Vous êtes plaisant à dire qu'on escamoterait la volonté motif pris qu'on en analyse l'acte...


En tant qu'une volition est quelque chose ayant d'être, cet acte vient de Dieu.

Quelque chose ayant d'être... J'aime toujours autant ce genre de phrase, formulé avec une élégance de style dont la limpidité ne cesse de m'étonner...
Un acte de volonté est quelque chose : un acte, qui comme tel a d'être. Où serait-ce vos actes être des actes qui ne sont pas ?


Vous parlez de volition. Que désigne ce mot ? Est-ce bien un acte de volonté ? Si oui, alors en effet, on continue de parler d'acte... et de glisser tranquillement sur le "de volonté".
Voilà maintenant que parler d'un acte de volonté serait escamoter qu'il soit volontaire. Vous n'êtes pas sérieux.


Et l'on sera bien embêté au final, quand on se rappellera que le coeur de la question n'est pas le mot "acte", mais le mot "peccamineux". Ce fameux "peccamineux" que décidément le philosophe ne parvient pas à dire qu'il vient de Dieu sans que l'homme ait son mot à dire
Le peccamineux, étant privatif, ressort du non-être, là où Dieu est cause de l'être. Vous ne comprenez manifestement pas ce que vous critiquez


Le second est qu'il est peccamineux. En tant que le péché est privation de rectitude, cette privation vient de vous.

Privation qui ne serait alors ni acte, ni volonté ? Qu'est-elle, alors ? La privation n'est-elle pas l'acte de priver ? En tant qu'acte, ne vient-elle pas de Dieu ?
La privation n’est pas l’acte mais le défaut qui l’affecte. Ce défaut est privatif : c’est un manque, une absence, bref un non-être.


Car il n'y a rien d'autre que Dieu qui soit son acte d'être,

Malheureusement, pour une fois, j'ai du mal à comprendre le Docteur : que signifie donc cette formule "l'acte d'être" ? C'est bien obscur pour ma capacité de compréhension si limitée... J'ai l'impression d'avoir du mal à comprendre ce qu'est un "acte"... Moi, je suis limité par mon vocabulaire bien pauvre, et je comprend un acte comme étant le fait d'agir. L'existence est pour moi un état, pas une action... Acte, action, il doit y avoir une subtilité quelque part...
Une actualité n’est pas nécessairement une activité. Si vous ne saisissez pas la distinction de l’acte premier et de l’acte second, que pouvez-vous comprendre à l'enseignement thomasien ? Quant à l’acte d’être, c’est la clé de sa théologie. « Pour une fois » disiez-vous ?


Deuxièmement, la même conclusion s'impose pour une raison spéciale. Il est en effet nécessaire que tous les mouvements des causes secondes aient pour cause le premier moteur, comme tous ceux des corps inférieurs sont causés par le mouvement du ciel. Or c'est Dieu qui est premier moteur par rapport à tous les mouvements, tant spirituels que corporels, comme le corps céleste est principe de tous les mouvements des corps inférieurs.

Alors là, je peine vraiment. La pensée thomiste serait-elle déterministe ? Le monde visible et invisible ne serait-il qu'un gigantesque mécanisme d'horlogerie, où tout mouvement serait la conséquence logique et inéluctable du mouvement du ressort qui met le tout en branle ?
Voyez ST, I, q. 9, a. 3, 4, 6, 8.

Notamment : « Donc, comme la volonté divine est parfaitement efficace, il s’ensuit que, non seulement les choses qu’elle veut sont faites, mais qu’elles se font de la manière qu’il veut. Or Dieu veut que certaines choses se produisent nécessairement, et d’autres, de façon contingente, afin qu’il y ait un ordre dans les choses, pour la perfection de l’univers. C’est pourquoi il a préparé pour certains effets des causes nécessaires, qui ne peuvent défaillir, et d’où proviennent nécessairement les effets ; et pour d’autres effets il a préparé des causes défectibles, dont les effets se produisent d’une manière contingente. Ainsi donc, ce n’est pas parce que leurs causes prochaines sont contingentes que des effets voulus par Dieu arrivent de façon contingente, mais c’est parce que Dieu a voulu qu’ils arrivent de façon contingente qu’il leur a préparé des causes contingentes. »

Si la justification en est l'analogie avec le corps céleste principe des mouvements des corps inférieurs, alors il va falloir m'expliquer un peu plus clairement, car je ne comprend pas cette analogie, ce qu'est le corps céleste en question. Parle-t-on là d'astrologie ? J'espère que non. Mais alors de quoi parle-t-on ? Je suis décidément bien ignorant en toutes ces choses...
C'est lié à la conception aristotélicienne, dépassée, de l'Univers. Ce que Thomas dit, c'est que, de même que les corps sublunaires sont mus par des substances célestes (ce qui est une thèse cosmologique dépassée), de même toute créature ne se meut que mue par Dieu (thèse métaphysique toujours actuelle),donc aussi quant à la justification, qui n'a lieu que si Dieu meut efficacement la créature à coopérer à son salut.


Aussi, comme l'acte du péché est un certain mouvement du libre arbitre, il est nécessaire de dire que l'acte du péché, en tant qu'il est acte, vient de Dieu.

En tant qu'il est acte, oui. Mais en tant qu'il est mouvement du libre arbitre ?
En tant qu'il est un acte du libre-arbitre.


Seulement il faut bien remarquer que le mouvement du premier moteur n'est pas reçu de façon uniforme par tous les mobiles, mais qu'il est reçu en chacun selon son mode propre...

Certes. Mais ce mode propre, il vient bien de Dieu, non ?
Tout dépend. Si ce mode est d'être bien disposé,oui. Mais si c'est d'être mal disposé, ce qui est déjà une carence, une privation, non.


Tandis que s'il n'a pas la disposition et l'aptitude convenables pour recevoir cette motion du premier moteur, l'action sera imparfaite.

Disposition et aptitude ? Mais d'où l'être tient-il ses aptitudes, si ce n'est de Dieu ?
La capacité à agir lui vient de Dieu. L'exercice de cette capacité, autrement dit l'opération de la faculté opérative, lui vient encore de Dieu en tant que c'est Dieu qui l'applique à agir, et de lui en tant qu'il agit par le concours divin. L'être de cette opération ou action a Dieu pour cause principale, la créature agissante comme cause instrumentale. Quant à la privation obérant l'acte, elle résulte exclusivement d'une défaillance de la créature, privation et défaillance ressortant du non-être.


Et donc, quand on dit que Dieu opère en nous toute volonté, il s'agit bien de dire que Dieu opère la capacité d'avoir des actes de volonté, mais pas la faculté de vouloir elle-même. L'action de vouloir, la volition, vient de Dieu, mais ce qui est voulu peut avoir une autre cause. Dieu opère dans le sens où il fait "tourner la mécanique" de la volonté, rien de plus.
C'est doublement absurde. Car d'une, la « capacité d'avoir des actes de volonté » est précisément la « faculté de vouloir ». Ces termes sont synonymes... De deux, si Dieu et la volonté créée sont chacun cause totale de l'effet en ce qu'il à d'entitatif (vs. privatif), Dieu est cause de tout l'entitatif de l'effet produit par la volonté créée,la cause seconde seule cause du privatif.


Ce qui est quand même une analyse bien savante pour ne pas dire grand chose, au final...
Avant de critiquer, étudiez jusqu'à comprendre. ;)


Si ces êtres demeurent dans la disposition et l'ordre requis pour recevoir la motion de Dieu, il en résulte des actes bons, qui se ramènent en totalité à Dieu comme à leur cause; si au contraire, ils manquent à l'ordre requis, il en résulte un acte désordonné, qui est l'acte du péché; et ainsi, ce qu'il y a là d'acte se ramène à Dieu comme à sa cause, mais ce qu'il y a de désordre ou de déformation n'a pas pour cause Dieu, mais seulement le libre arbitre.

Voilà qui dit clairement que tout n'a pas Dieu pour cause. Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est bel et bien ce que je lis.
Ne suffit pas de lire ; il faut aussi comprendre. Dieu est cause de tout l'être de l'effet ; n'est pas cause du défaut d'être grevant cet effet de par la défaillance de la cause seconde.


C'est pourquoi on dit que l'acte du péché vient de Dieu, mais que le péché ne vient pas de Dieu[/b]."

Je ne dis pas autre chose depuis le début : cette longue analyse du séraphique docteur ne traite que de l'acte, pas de la cause de l'acte. Elle concède bel et bien, à la fin, que certains actes ont une cause qui n'est pas Dieu.
:rire:

D'une, c'est le docteur angélique. Le séraphique, c'est Jean Bonaventure. De deux, elle traite de l'acte et de sa cause. De trois, elle ne dit pas que certains actes n'auraient pas Dieu pour cause,mais que la privation obérant ces actes n'est pas causée par Dieu.


Alors, une fois que nous sommes bien d'accord sur ce que signifie "opérer", on peut dire que "Dieu opère en nous le vouloir et le faire". Mais cela ne change rien au fait que Dieu n'est pas cause unique de tout.
Personne ne dit qu'il est cause unique de tout.


Mais pour autant, je ne suis pas un pantin entre les mains de Dieu, ainsi que je vous l'ai déjà répondu : Dieu m'a donné la capacité d'avoir une volonté propre, mais la manière dont je l'exerce est du domaine de ma liberté (liberté qui est aussi un don de Dieu).
L'exercice même de votre liberté est causé par Dieu ET par vous même : c'est Dieu qui vous exerce à vouloir.


4. C'est bien pourquoi nul ne se convertit si Dieu ne le lui donne :il fait miséricorde à qui il veut et endurcit qui il veut.

Certes. Je n'ai pas dit autre chose : au contraire, j'ai répété et je répète encore que la foi est don de Dieu.
Mais reste le problème que si Dieu donne, encore faut-il que celui qui reçoit accepte ce don.
Cette acceptation est elle-même causée par Dieu.


Et si en théorie Dieu endurcit qui Il veut, je suis bien persuadé qu'en pratique, Il fait miséricorde à tous. Il n'y a personne que Dieu choisirait de damner.
En théorie et en pratique.


Ou alors, il faudra expliquer comment l'Amour pourrait ne pas aimer...
Comme suit :

« Dieu aime tout ce qui existe ; car tout ce qui existe, en tant qu’il existe, est bon ; en effet, l’être même de chaque chose est un bien, et toute perfection de cette chose est également un bien. Or, on a montré plus haut que la volonté de Dieu est cause de toute chose ; ainsi faut-il que toute chose n’ait d’être et de perfection que dans la mesure où elle est voulue par Dieu. Donc à tout existant Dieu veut quelque bien. Puisque aimer n’est autre chose que de vouloir pour quelqu’un une chose bonne, il est évident que Dieu aime tout ce qui existe. » ST, I, 20, 2, co.

« Puisque aimer c’est vouloir ce qui est bon pour quelqu’un, on peut aimer un être plus ou moins en un double sens. Tout d’abord en ce sens que l’acte même de la volonté est plus ou moins intense. De cette façon Dieu n’aime pas certains plus que d’autres, car il les aime tous d’un vouloir simple et toujours égal. En un autre sens, quant au bien qu’on veut pour l’aimé, et là on dit que nous aimons davantage celui pour qui nous voulons un bien plus grand, quand même ce ne serait pas d’une volonté plus intense. De cette façon, on doit nécessairement dire que Dieu aime certains êtres plus que d’autres. Car, puisque l’amour de Dieu est cause de la bonté des choses, ainsi qu’on vient de le dire, une chose ne serait pas meilleure qu’une autre, si Dieu ne voulait pas un bien plus grand pour elle que pour une autre. » ST, I, 20, 3, co.

« Il est nécessaire, d’après ce qui précède, d’affirmer que Dieu aime davantage ceux qui sont meilleurs. En effet, c’est le vouloir de Dieu qui est cause que les choses soient bonnes et l’on dit que, pour Dieu, aimer quelque chose davantage, c’est vouloir pour lui un plus grand bien. Donc, si certains sont meilleurs, c’est uniquement parce que Dieu leur veut un bien plus grand, et il s’ensuit qu’il aime les meilleurs davantage. » ST, I, 20, 4, co.

« Rien n’empêche d’éprouver, à l’égard du même objet, de l’amour sous un certain rapport, et de la haine sous un autre. Dieu aime les pécheurs en tant qu’ils sont des natures déterminées et qu’ils sont par lui. Mais en tant qu’ils sont pécheurs, ils ne sont pas, ils manquent à l’être, et en eux cela n’est pas de Dieu : c’est pourquoi, sous ce rapport, ils sont haïs par Dieu. » ST, I, 20, 2, ad.4.

« Dieu aime tous les hommes et même toutes ses créatures, en ce sens qu’il veut du bien à toutes. Mais il ne veut pas tout bien à toutes. Donc, en tant qu’il ne veut pas pour certains ce bien qu’est la vie éternelle, on dit qu’il les a en haine ou qu’il les réprouve. » ST, I, 23, 3, ad.1


***
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Peccator »

J'ai bien compris que je n'ai rien compris, et que n'étant qu'un humble pécheur ignorant, je n'ai pas autorité à dire que je ne comprend pas et que j'aimerais comprendre...

Je vais donc rester sur mon ignorance.

Merci en tout cas d'avoir accepté ce bref échange avec moi, il m'aura au moins ouvert les yeux sur tout un pan d'ignorance que je ne soupçonnais pas encore.

Je suis aussi ravi de vous avoir permis de rire autant à mes dépends. Au moins l'un de nous aura-t-il eu l'occasion de se réjouir.

J'aurais aussi pu constater que décidément, j'ai bien fait de ne pas faire des études de philosophie, ce n'est décidément pas pour moi. Tout ceci ne fait qu'obscurcir mes pensées et mon âme, mon temps est bien mieux employé à le consacrer à la prière, au moins Dieu me parle avec des mots que je comprend.


Je reste donc avec ma question : quand je veux, est-ce que c'est moi qui veut, ou est-ce que c'est Dieu qui me veut à ma place, et me donne l'illusion de vouloir ? J'aurais pourtant cru que la question était simple, et qu'il était possible d'y répondre de manière intelligible. Béotien que j'étais...
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Popeye »

Bonsoir,

Je reste donc avec ma question : quand je veux, est-ce que c'est moi qui veut, ou est-ce que c'est Dieu qui me veut à ma place, et me donne l'illusion de vouloir ? J'aurais pourtant cru que la question était simple, et qu'il était possible d'y répondre de manière intelligible. Béotien que j'étais...
Vous fut répondu de manière parfaitement intelligible.
1. Dieu vous fait vouloir
2. Vous voulez.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Peccator »

1. Dieu vous fait vouloir
2. Vous voulez.
Depuis le début de cette discussion, je ne dis pas autre chose...

Si nous tournons en rond, et c'est un peu de ma faute, c'est parce que nous arrêtons la phrase trop tôt. Hors, c'est la suite qui m'intéresse : le complément du verbe vouloir. On ne veut pas dans l'absolu, on veut quelque chose.

Quand on me demande si je veux un thé ou un café, et que je répond "un café", que dis que ma volonté, c'est d'avoir un café, et pas un thé. Volonté, au sens de désir, souhait, voeu...

Quand je prie "que Ta volonté soit faite", j'ai toujours compris le mot "volonté" en ce sens : que ce qui arrive soit ce que Dieu veut. Dire "que Ta faculté de vouloir soit faite", ça n'a aucun sens. Si ?

C'est de Dieu que nous tenons la volonté au sens de faculté de vouloir, c'est de Dieu que nous tenons l'acte de vouloir, au sens de l'exercice de cette faculté.
Mais l'expression de la volonté, qu'en est-il ? Comment dois-je l'appeler en rigueur, pour que la discussion ne tourne pas ainsi en rond ? Quand je dis "je veux un café", ça s'appelle comment ?

Et quand St Paul écrit "Dieu opère en vous le vouloir et le faire", dit-il que Dieu nous dicte ce que nous voulons ? Il me semble bien que non...
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Bonsoir Peccator,


1. Vouloir est une opération, un acte de la volonté.
2. La volonté est une puissance opérative (faculté).
3. Ce sur quoi porte l'acte de la volonté est son objet.
4. L'acte de vouloir, la volition, est spécifié par son objet.
5. Vouloir faire la volonté divine, c'est vouloir ce que Dieu veut que vous vouliez. "Vouloir ce que...". "Ce que" désigne l'objet de votre volition.
6. On dit que l'objet spécifie l'acte de la volonté en tant qu'il lui donne son espèce morale : tel vouloir est bon, tel autre mauvais, tel autre indifférent. La moralité d'un acte humain se tire de son objet (ainsi que des circonstances et de la fin visée).
7. Exercer la volonté (faculté) à son opération, c'est, pour la puissance opérative (volonté), produire son opération (volition).
8. Autre est l'exercice (d'ordre physique), autre est la spécification (d'ordre moral)


Quant à l'exercice, la doctrine thomiste est la volonté créée ne s'exerce à son opération qu'exercée par Dieu ; de sorte que Dieu et votre volonté propre sont deux causes totales de l'effet (l'opération produite), ces causes étant hiérarchisées ou subordonnées, Dieu étant cause principale, votre volonté cause instrumentale. Les métaphysiciens thomistes l'affirment car ils considèrent que la volonté est une puissance mixte, c'est-à-dire qui ne peut agir qu'en étant agie : elle doit être physiquement mue à agir (par Dieu) pour agir. Dans l'ordre surnaturel, relativement à l'efficace de la grâce actuelle, les dominicains disent qu'elle est une motion physique déterminant infailliblement la volonté créée à vouloir le bien auquel elle est physiquement mue. Ils précisent que cette motion physique produisant infailliblement son effet n'est pas nécessitante, la faculté mue étant celle du libre choix.

Conséquemment, toujours dans l'optique thomiste, si la volonté mue par Dieu dévisse, opte pour un objet contraire à l'ordre moral objectif, c'est qu'alors même que mue à agir (exercice), sa spécification est mauvaise. La privation dont je vous parlais tantôt consiste dans un défaut (absence, privation) de rectitude grevant la spécification mauvaise, mauvaise car privée de rectitude morale. Lors donc qu'alors même qu'exercée par une grâce actuelle la volonté créée pèche, Dieu est cause de toute la bonté physique de la volition de sa créature (bonté physique ou entitative puisqu'il s'agit d'un acte qui, comme tel, est, a cette perfection d'être), sans être cause de sa malice morale, laquelle ressort du non-être en tant qu'elle est une privation de rectitude. Aussi, puisque la grâce actuelle exerçant la volonté à vouloir lui fait produire l'acte (la fait vouloir) sans aller jusqu'à la spécifier correctement (la faire vouloir le bien), cette grâce, bien que suffisante à exercer la volonté, n'est pas efficace à la bien spécifier.

Quant à la doctrine des jésuites, qui diffère considérablement de celle des dominicains, vous la trouverez exposée au DTC, aux articles suivants : MOLINISME ; CONGRUISME ; SCIENCE MOYENNE (in SCIENCE DE DIEU).

Si vous souhaitez comprendre pourquoi les dominicains, métaphysiciens de race, sont vigoureusement hostiles aux doctrines de la Compagnie de Jésus, vous lirez l'article PRÉDESTINATION.

Indépendamment de ces querelles d'école, il vous faudra aussi lire l'article CONCOURS DIVIN.

Enfin, si vous souhaitez étudier de près la doctrine thomiste, je vous fournirais les références bibliographiques.

Ma contribution à votre formation théologique s'arrête là.


Cordialement.
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Zarus
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Zarus »

Popeye a écrit :Bonsoir Zarus,

Par exemple moi, je perçois bien qu'il y a des arguments + ou - logiques,ect (et seulement cela)...mais je ne vois pas comment avoir cet acte de foi nécessaire.
Vous n'êtes pas très sérieux. Vous vous demandez comment avoir l'acte de foi. C'est très simple : en le voulant. La foi est un assentiment intellectuel commandé par la volonté. Autant nous demander pourquoi vous ne voulez pas. Parce que vous êtes libre et que vous ne voulez pas croire. Ni plus, ni moins.
Mais si la vérité de la "vraie religion" n'est pleinement compréhensible que par un acte de foi, qui lui-même ne dépend que d'un choix de croire (le fameux "comprendre pour croire, croire pour comprendre*"), comment faire pour ne pas simplement croire en ce qu'on veut croire, mais croire en ce qui est Vrai ? (une religion étant censé être LA Vérité)

*Qui pour moi ressemble plûtot à un "Il faut comprendre pour faire un top 10 des religions puis renoncer à comprendre pour en rejoindre une"
Je n'entends pas de petite voix qui me dise "La religion catholique est la vraie" "Dieu existe" ou quoi que ce soit...
Et vous ne risquez pas de l'entendre : ce n'est pas le mode ordinaire des grâces internes de conversion. Le mode ordinaire c'est une grâce qui vous pousse intérieurement à croire sans se donner à voir (grâce ut quo), à l'inverse du mode extraordinaire où la réalité de cette grâce intérieure est perçue (grâce ut quod). Dans le processus ordinaire vous avez deux aspects : une grâce externe (la prédication de la foi, la lecture de l'écriture sainte), externe puisque ni qui vous prêche ni ce que vous lisez ne vous est intérieur ; une grâce interne qui vous sollicite à croire.
Pourquoi un mode de grâce qui ne peut vraiment se distinguer des autres religions ?


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Peccator a écrit : Moi non plus ! :D Et pour cause : il ne suffit pas de poser des questions, encore faut-il écouter la réponse. Et pour avoir une réponse, il faut commencer par poser les questions à autre que soi (et non pas se poser les questions). Sinon, on n'est pas dans une relation, on est dans le solipcisme.
Ceux qui ne trouvent pas Dieu ne sont pas forcément matérialistes. Il y a des gens en vraie recherche spirituelle, pas du tout matérialistes, qui passent totalement à côté de Dieu.

Écouter la réponse ?!? mais quel réponse ? je suis bien forcé de me poser des questions à moi-même ou à d'autres êtres humains.
Vous savez votre témoignage est bien beau, mais cela bien en avant que la foi est quelque-chose de bien relatif (vous ne choisissez le christianisme car il vous SEMBLE un peu plus proche que les autres religions)...ce qui n'est pas compatible avec le christianisme pour qui la foi est la seule chose qui sauve.
Pour les gens comme moi, qui ont été baptisés, ont reçu une éducation chrétienne, mais ont fini par refuser Dieu, j'ai bien peur que le sort de mon âme si j'étais mort avant ma conversion n'aurait pas été très réjouissant...
Cela ne compte que si on a reçu une éducation chrétienne ou les baptisés "par habitude" comptent ? si oui, ça prouve encore l'immoralité de la foi qui sauve et l'absurdité des tentatives de contournement. (ceux qui n'ont pas connu la religion chrétienne sont sauvés mais sont quand même plus en danger mais ça veut dire qu'il y aura des gens qui seront en enfer pour être né au bon et au mauvais moment, si ils ne sont pas du tout en danger alors l’évangélisation n'a pas lieu d'être)

Finalement, ne faites-vous pas que décider de passer confiance dans la religion qui vous convient le mieux ? comme faites-fous pour ne pas mélanger ce qui est vrai de ce que ne vous parait pas tolérable ? (Par exemple, rejetez le bouddhisme pour le manque d'individualité ou le judaisme à cause de la notion de peuple élu qui est peu tolérable dans la mentalité de la plupart des gens qui sont éduqués par des idéaux d'égalité ?¨*)


Donc il y a des personnes sincères qui passent à coté ? pour quels raisons ? et vous avouez vous-même que vous avez eu une forme de révélation...donc que Dieu choisit de se révéler à tels ou tels personnes et pas à d'autres.



*Je caricature bien sur, et c'est au détriment ce que le bouddhisme et le judaisme sont vraiment. (La notion d'individualité et de la nature exact du peuple élu dans le judaisme qui sont bien plus complexes que l'on peut le penser)
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Popeye »

Bonsoir Zarus,



Mais si la vérité de la "vraie religion" n'est pleinement compréhensible que par un acte de foi, qui lui-même ne dépend que d'un choix de croire (le fameux "comprendre pour croire, croire pour comprendre*"), comment faire pour ne pas simplement croire en ce qu'on veut croire, mais croire en ce qui est Vrai ? (une religion étant censé être LA Vérité)
Excellente question.

Plusieurs réponses.

1. Celle qui vient d'abord à l'esprit est qu'on ne peut aucunement démontrer rationnellement que telle ou telle foi serait vraie. Dans cette optique, la foi est un assentiment intellectuel commandé par la volonté se décidant à adhérer à telle ou telle religion, ou au contraire à s'y refuser, pour des motifs subjectifs variables. Il importe lors peu que l'individu choisisse telle ou telle religion. Il en choisit une et, l'ayant choisit, y adhérant de tout son être (car c'est cela avoir la foi : une foi qui ne doute pas, qui ne transige pas : une foi qui a la foi). Cette adhésion pour des raisons subjectives étant adhésion à un discours qui absolutise (puisque se présentant comme la vraie foi), une fois posé l'acte de foi, et tant qu'il durera, il se présentera comme étant une adhésion à la vraie foi. Vous m'objecterez, et vous aurez raison, que c'est faire de sa propre subjectivité le critère de la vérité - ce qui est à la lettre une doctrine de la première sophistique (Protagoras) -. On tempérera le propos en faisant remarquer qu'en tant qu'il s'agit d'une adhésion à un discours normatif, la subjectivité individuelle sera normée par une orthodoxie s'imposant à elle. Mais nonobstant, quant au fond, l'arbitraire de la volonté étant au principe de l'acte de foi (arbitraire en tant que les motifs intellectuels incitant la volonté à croire sont dénués d'évidence), le critère est subjectif. Mais remarquez encore que, sauf à ce que soit objectivement évident que tout ou partie des assertions dogmatiques d'une religion quelconque soit faux, le non-croyant n'aura pas plus de critère objectivement fondé de la véracité de sa position. Autrement dit, sauf à pouvoir démontrer rationnellement telle religion être fausse, ne pas y croire ne sera qu'agnosticisme ou croyance. Agnosticisme si doutant qu'elle soit vraie, est encore doté qu'elle soit fausse. Mais si niée qu'elle soit vraie sans pouvoir le démontrer, ne pas croire en sa vérité sera croire en sa fausseté sur un critère tout aussi subjectif que celui poussant le croyant à y croire : subjectivité contre subjectivité. Si subjectivité contre subjectivité, cela oblige-t-il à relativiser ? Pour un tiers agnostique, assurément oui. Mais pour l'un quelconque des croyants, assurément non, son acte de foi, tout subjectif qu'il soit dans son fondement, absolutisant les énoncés auxquels il adhère.

2. Lorsque le discours religieux postule la grâce comme principe intérieur de conversion, dès ce postulat admis dans la foi, le croyant pourrait être tenté de substituer la grâce à sa subjectivité propre comme critère objectif. Le discours du bigot sera lors que ses motifs étaient subjectifs, mais que jamais il n'eut franchit le pas si cette réalité objective qu'est la grâce ne l'y eut infailliblement conduit. Mais problème, la grâce ut quo étant postulée, nulle évidence qu'elle soit réelle. Ce n'est jamais là qu'un énoncé doctrinal consécutif à la foi, énoncé qui, pour être admis, présuppose l'assentiment de foi. Si donc le croyant dira son assentiment de foi reposer sur un double fondement, l'un objectif (la grâce), l'autre subjectif (les motifs intellectuels qui le poussèrent à croire), l'objectivité du premier est dénué d'évidence, n'est pas su mais cru. Ce défaut d'évidence amènera logiquement l'incroyant à douter ou à nier l'existence de telles grâces. S'il les nie, son incroyance ne sera qu'une croyance inversée.

3. La troisième position est celle du magistère catholique préconciliaire. Elle consiste à dire qu'alors même que les énoncés que l'Eglise prétend formellement révélés n'ont pour nous aucune évidence intrinsèque, ils jouissent d'une évidence extrinsèque faisant défaut aux énoncés de toute foi autre que la foi théologale – c'est-à-dire la foi ayant le vrai Dieu pour auteur et pour objet –. Une proposition est extrinsèquement évidente quand, alors que dénuée d’évidence intrinsèque pour qui l’entend, elle s’impose à raison de la véracité et de la science du témoin qui l’atteste, en tant que ces qualités du témoin sont intrinsèquement évidentes. La doctrine catholique classique affirme donc qu’alors que dénué pour nous de toute évidence intrinsèque, l’objet de la foi théologale (c'est-à-dire l’ensemble des vérités formellement révélées) jouit d’une évidence extrinsèque, l’homme pouvant avoir l’évidence intrinsèque médiate que Dieu existe, omniscient et vérace (première classe des préambules de la foi), et qu’il est l’auteur de la révélation chrétienne (seconde classe des préambules). Ce n’est que pour autant que tel ou tel croyant est incapable de démontrer ces préambules qu’ils sont pour lui objet de foi. Bref, il ne s’agit pas de nier que nombre de croyants n’accèdent pas à la démonstration rationnelle des préambules de la foi, mais seulement d’affirmer cette démonstration être possible. L'est-elle ? N'avez plus qu'à vous coltiner de gros traités d'apologétique pour en juger.

:p


Pourquoi un mode de grâce qui ne peut vraiment se distinguer des autres religions ?
Pourquoi pas si l'important n'est pas que cette grâce soit visible ou invisible mais qu'elle accomplisse infailliblement son effet (cf. post précédent, Mer 20 Nov 2013, 19:27) ?
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Zarus
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Zarus »

Merci Popeye, je crois que vous avez formulé quelque chose au sujet de mon incompréhension par rapport à la notion de foi (et de religions en général) que je voulais exprimer sans y arriver depuis mon premier topic sur le sujet. (Paradis = Loterie)
Pourquoi pas si l'important n'est pas que cette grâce soit visible ou invisible mais qu'elle accomplisse infailliblement son effet (cf. post précédent, Mer 20 Nov 2013, 19:27) ?
Car c'est un argument qui pourrait être utilisé pour tout et n'importe quoi ? (Même les adeptes du New-Age parlent d'intuition,ect...)





Sinon, pas d'avis de la part des chrétiens ? je trouve ça dommage, je croyais que vous étiez préoccupez par le sort des âmes ? je ne vois guère comment vous pourriez sauver mon âme sans répondre à ces deux questions.
"With my eternal life, I will see the world through to its end. Until everyone who won't like me is gone."
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