[align=justify]‘Si j’étais un oiseau…’, chantent les allemands ; et si j’étais le roi, ou le président, que ferais-je ? Cher Charles, je vous prends au mot. Concernant les banlieues, voilà les directives utopistes que je donnerais à mes ministres :Charles
La situation actuelle des banlieues est la réfutation même de votre paragraphe utopiste.
• Vendre les HLM à leurs habitants ; nous le savons depuis Aristote, on s’occupe bien de ce qui est à soi, on le protège contre les dégradations et le pillage, on y a intérêt.
• Laisser les gens nommer les lieux où ils vivent ; la fierté du nouveau propriétaire d’une maison est de lui donner un nom qui reflète sa personnalité, sa culture et son projet (« Sam’ suffit » ou « Les grands chênes »). Peu importe que les gens s’empressent de donner à leur cité un nom aux consonances étrangères. Au 21ème siècle, le but n’est pas qu’une cité soit française, mais qu’elle soit pacifique.
• Laisser les quartiers s’auto-administrer, transports, assoc’, vigiles recrutés localement, justice de proximité, avec tribunaux élus et pour commencer, juridiction sur tous les délits, sauf viols et crimes de sang. Mieux vaut la loi islamique (qui serait sans doute adoucie) que pas de loi du tout.
• Baisser l’âge de la scolarité obligatoire à 13 ans (avant de supprimer l’obligation entièrement). N’est-ce pas la plus éloquente condamnation de l’école que de penser que si elle n’était pas obligatoire, les jeunes cesseraient d’y aller ? Beaucoup d’adolescents (et j’en étais un) ne veulent plus vivre ‘comme les petits’ ; je ne prenais aucun intérêt aux études, aucun. La vision fonctionnaire du monde est qu’on ne peut réussir dans la vie que par des concours et un travail de bureau. Faux. Comment le prétendre alors que des Bac + 5 font frire des patates chez McDo et que des non-diplômés ont créé des entreprises comme Apple, Microsoft, Yahoo, Sun Microsystems et Google ?
• Permettre tout travail rémunéré (sauf posté et dangereux) dès 13 ans. On est mûr socialement et sexuellement à 13 ans aujourd’hui, et le travail est le seul facteur d’intégration dans la société. D’abord il est source de fierté pour le jeune qui achète avec ses sous gagnés par lui tous ces objets si nécessaire à sa reconnaissance sociale, fringues, gadgets, mobylette. Le désœuvrement ensuite est source de cafard. Le sentiment de n’être utile à rien mène à l’autodestruction ou à la violence contre autrui. (Objecter l’existence du chômage serait un étrange aveu des hommes de l’Etat qui l’ont inventé eux-mêmes. La meilleure preuve que le chômage est créé par la législation du travail est que là où l’on veut relancer l’emploi, on crée des ‘zones franches’ où la législation du travail est allégée).
• Légaliser toutes les drogues (et pas seulement dépénaliser l’usage et le commerce). Les grandes entreprises auront vite fait de d’accaparer le marché en commercialisant des produits contrôlés pour leur hygiène, le moins toxique possible, avec le minimum d’effets secondaires et très bon marché (la drogue ne coûte pas bcp à produire, c’est l’illégalité qui la rend chère et oblige l’utilisateur à voler pour se procurer l’argent de ses doses). La disparition de ces trafics marquera la fin de nombreux gangs et une forte diminution de la violence (oui, c’est une mauvaise nouvelle pour la police et les douanes, mais on ne peut pas satisfaire tout le monde).
[ Un fil a été ouvert pour débattre de la légalisation des drogues : viewtopic.php?t=1231 | Cordialement. Christophe ]
• Supprimer les peines de prison sauf pour les crimes de sang et les crimes sexuels si une expertise médicale conclut à un risque élevé de récidive. Faire des accords en contrepartie de l’aide au Tiers Monde pour envoyer les délinquants dans les villages isolés d’Afrique et des Andes où ils pourront travailler à des œuvres d’intérêt collectif local (réparer les vélos, creuser des puits, cueillir des bananes). Le sens de l’utilité de son travail, l’isolement de toutes les influences mauvaises de la vie passée, seront sans doute plus bénéfiques que le confinement au milieu d’autres délinquants.
• La justice ne consiste pas seulement à punir les méchants, mais à récompenser les vertueux. Par un étrange aveuglement, notre si chère ‘République’ a abandonné au marché le soin de récompenser et n’a conservé que la tâche ingrate et déplaisante de punir. Ce ne fut pas toujours le cas. On se souvient des remises de décorations, illustrées avec faste par Napoléon, continuées au 19ème siècle. Mais la récompense ne vaut que par celui qui la donne. On dit « venant de vous, ce compliment me touche », parce que venant de quelqu’un d’autre, on n’y attacherait aucune valeur. La République ne donne plus de Légions d’Honneur et d’Ordre du Mérite qu’à ses petits copains dont l’action la plus remarquable est de dîner en ville. Imagine-t-on le Ministre Tartemolle ou le Préfet Labouse remettre des décorations à des jeunes des cités ? Aucun n’oserait les recevoir. Ringardise et effet comique garantis.
Pourtant, il existe des jeunes qui font leurs devoirs chaque soir dans un appart’ surpeuplé avec la télévision qui braille ; des jeunes qui aident les plus petits ; qui les protègent des rackets ; qui montent des assoc’ ; qui sont des médiateurs et des pacificateurs. Et pas seulement des jeunes. Mais ce n’est pas pour la ‘république’ qu’ils le font et ce n’est pas d’elle qu’ils attendent une reconnaissance qui les honorerait.
Ma proposition de législateur souverain serait d’associer les célébs et les médias dans la promotion de modèles de comportement (role models disent les Anglo-Saxons). Identifier des hommes et des femmes qui ont amélioré le monde autour d’eux par leur action dans les cités, quel que soit le domaine ; demander quel est le personnage qu’ils admirent le plus, chanteur, footballeur, femme d’affaires, scientifique.. et inviter ces célébrités à remettre un cadeau à ces jeunes héros au cours d’une grande fête télévisée. Il faut un cadeau vraiment significatif (une grosse moto coûte moins cher qu’une année de prison). Il faut une fête vraiment médiatisée (tout bénéf pour les célébrités, pour les sponsors et pour les médias qui se trouvent associés à une œuvre hautement louable). Ainsi nous aurons peut-être une chance de changer les mentalités. De montrer qu’un bon élève est plus respectable qu’un bon dealer, que fonder une assoc’ paie plus que fonder un gang.
Mais pour assurer le succès de cette opération médiatique, [Il ne vous pas ici permis d'insulter la France, son régime démocratique, le peuple français et ses élus. Ceci est un avertissement. Charles] Et c’est sans doute pourquoi mon joli projet est illusoire. Les hommes de l’Etat voudront absolument se montrer à côté de vedettes respectées et de jeunes qui réussissent. Voilà la grande faillite de notre société. Comme au plus profond de la décadence romaine, c’est la fréquentation des saltimbanques et des acrobates qui honorent les responsables de l’Etat, et pas l’inverse.
(mais ce discrédit du politique n’est-il pas nécessaire, comme le fut celui de la monarchie absolue, afin qu’émerge une nouvelle forme de vivre-ensemble ?).
Ah, si j’étais président….
Christian[/align]




