Architecture des églises
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pajaro
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Architecture des églises
Bonsoir à tout le monde. Il y a différentes questions que je me pose au sujet de l'architecture des églises, et les secrets de leurs construction. Comment se fait-il que je ressente un sentiment inexplicable quand je suis dans une église ou une cathédrale ? Comme quelque chose qui part des pieds et qui me traverse le corps jusqu'a la tête, des frissons, mais qui ne sont pas des frissons d'horreur, mais un sentiment très agréable et qui reste pour l'instant inexpliqué.
Serait-ce un secret qui réside dans l'architecture de l'église ?
Ou bien une preuve de la présence du Père des cieux dans sa propre maison ?
Je sais que c'est un peu absurde, mais je devais le poster.
En fraternité, et dans le Christ. Que Dieu vous bénisse.
Serait-ce un secret qui réside dans l'architecture de l'église ?
Ou bien une preuve de la présence du Père des cieux dans sa propre maison ?
Je sais que c'est un peu absurde, mais je devais le poster.
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A quien Dios quiere hacer muy santo, lo hace muy devoto de la Virgen María.
San Luis de Monfort
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- coeurderoy
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Re: Architecture des églises
Bonsoir pajaro,
pour être sincère (et pour avoir fréquenté pas mal d'églises, abbayes, cathédrales médiévales notamment depuis mes 15 ans - et j'ai franchi le demi siècle
), je n'ai jamais ressenti d'ondes, de courants, etc. Je suis catholique pratiquant, aime (et connais je crois...) l'art, l'histoire, la spiritualité médiévales notamment.
Beaucoup de nos contemporains, athées ou agnostiques reconnaissent d'emblée la paix, l'ordre, la beauté qui émanent de ces espaces sacrés.
Je pense qu'ils ressentent naturellement les "harmoniques" des lieux: lumière, proportions, choix des matériaux, acoustique, qui naissent en des espaces où tout l'homme est pris en compte : son corps, ses sens, son âme, son intellect, les élans de son coeur aussi...Mais en général les "p'tits malins" vous parleront de prétendus "secrets de bâtisseurs", de forces telluriques, de "pierre sacrée" antérieure à la christianisation, etc, etc... Nos aïeux n'étaient certes pas insensibles à la beauté mystique de certains haut-lieux, parfois vénérés à des époques très anciennes.
On comprend que des sites tels le Mont-Saint-Michel, Le Puy, Vézelay aient pu séduire les bâtisseurs. Cependant, vu le nombres d'églises (50 et plus dans les villes très peuplées) et les nouveaux lieux de culte édifiés entre 1000 et 1400 en Europe pour faire face aux nouveaux besoins spirituels, l'hypothèse des "lieux telluriques" ne tient pas.
Par ailleurs j'avoue n'être pas toujours sensible à l'ambiance de telle ou telle église : une petite église romane peut avoir été vidée de tout mobilier liturgique et n'être qu'une coque vide servant de salle d'expo : c'est morne, désespérant...Une église XIXème assez banale,où l'adoration eucharistique est régulière, peut me sembler - malgré des fautes de goût côté esthétique - un hâvre de paix où Jésus rayonne doucement...
Car pour un catholique je crois tout-de-même que la Présence Réelle, le sentiment de lieux où la prière s'est comme "densifiée" - je songe à Chartres mais aussi au Sacré-Coeur ou Notre-Dame-des Victoires à Paris- est le "plus" (en fait le TOUT) qui distingue nos lieux de culte de tant de bâtiments qui restent froids, banals...
Et puis les pierres vivantes c'est tout-de-même la communauté des fidèles réunis autour de l'Agneau : l'église de pierre, si belle soit-elle ne fait que préfigurer les splendeurs de la Jérusalem Céleste.
En certains moments très privilégiés nous pouvons ressentir d'ailleurs que nos églises ne font que protéger matériellement la liturgie trinitaire qui s'accomplit dans notre âme...
Bon excusez ce lyrisme, il m'est par exemple, arrivé de ressentir cela à Reims dans la cathédrale : je sortais d'une retraite et, pénétrant dans l'édifice je jubilais, léger comme une bulle, exultant de joie, presqu'immatériel
- ne vous inquiétez pas, je n'ai pas décollé ni n'ai lévité !!!
Je connaissais la cathédrale "en touriste", en esthète (je suis de Reims et y ai passé pas mal d'heures...) mais là j'y étais chez moi, en tout cas dans la maison de mon Père et je sentais que tout mon être chantait la Gloire du Seigneur dans son temple...
En tout cas, que vous ressentiez la présence du Père (ou des Trois !) n'est certes pas une mauvaise chose... Le contraire est plus embêtant - certains ont horreur de pénétrer dans une église catholique, d'autres ont peur...et pour corser le tout, des saints authentiques (Thérèse d'Avila par ex.) ont confessé être passés par des moments de dégoût et d'aversion : pénétrer dans la chapelle de son couvent la mettait au supplice : surmontant cette impression venant de qui ?
Ben oui, il voulait lui mettre des bâtons dans les roues le cornu ! Bref, passant outre, elle fut toujours récompensée de grâces extraordinaires... Comme quoi il faut toujours s'approcher du Foyer si on veut...se réchauffer !
Bien cordialement !
pour être sincère (et pour avoir fréquenté pas mal d'églises, abbayes, cathédrales médiévales notamment depuis mes 15 ans - et j'ai franchi le demi siècle
Beaucoup de nos contemporains, athées ou agnostiques reconnaissent d'emblée la paix, l'ordre, la beauté qui émanent de ces espaces sacrés.
Je pense qu'ils ressentent naturellement les "harmoniques" des lieux: lumière, proportions, choix des matériaux, acoustique, qui naissent en des espaces où tout l'homme est pris en compte : son corps, ses sens, son âme, son intellect, les élans de son coeur aussi...Mais en général les "p'tits malins" vous parleront de prétendus "secrets de bâtisseurs", de forces telluriques, de "pierre sacrée" antérieure à la christianisation, etc, etc... Nos aïeux n'étaient certes pas insensibles à la beauté mystique de certains haut-lieux, parfois vénérés à des époques très anciennes.
On comprend que des sites tels le Mont-Saint-Michel, Le Puy, Vézelay aient pu séduire les bâtisseurs. Cependant, vu le nombres d'églises (50 et plus dans les villes très peuplées) et les nouveaux lieux de culte édifiés entre 1000 et 1400 en Europe pour faire face aux nouveaux besoins spirituels, l'hypothèse des "lieux telluriques" ne tient pas.
Par ailleurs j'avoue n'être pas toujours sensible à l'ambiance de telle ou telle église : une petite église romane peut avoir été vidée de tout mobilier liturgique et n'être qu'une coque vide servant de salle d'expo : c'est morne, désespérant...Une église XIXème assez banale,où l'adoration eucharistique est régulière, peut me sembler - malgré des fautes de goût côté esthétique - un hâvre de paix où Jésus rayonne doucement...
Car pour un catholique je crois tout-de-même que la Présence Réelle, le sentiment de lieux où la prière s'est comme "densifiée" - je songe à Chartres mais aussi au Sacré-Coeur ou Notre-Dame-des Victoires à Paris- est le "plus" (en fait le TOUT) qui distingue nos lieux de culte de tant de bâtiments qui restent froids, banals...
Et puis les pierres vivantes c'est tout-de-même la communauté des fidèles réunis autour de l'Agneau : l'église de pierre, si belle soit-elle ne fait que préfigurer les splendeurs de la Jérusalem Céleste.
En certains moments très privilégiés nous pouvons ressentir d'ailleurs que nos églises ne font que protéger matériellement la liturgie trinitaire qui s'accomplit dans notre âme...
Bon excusez ce lyrisme, il m'est par exemple, arrivé de ressentir cela à Reims dans la cathédrale : je sortais d'une retraite et, pénétrant dans l'édifice je jubilais, léger comme une bulle, exultant de joie, presqu'immatériel
Je connaissais la cathédrale "en touriste", en esthète (je suis de Reims et y ai passé pas mal d'heures...) mais là j'y étais chez moi, en tout cas dans la maison de mon Père et je sentais que tout mon être chantait la Gloire du Seigneur dans son temple...
En tout cas, que vous ressentiez la présence du Père (ou des Trois !) n'est certes pas une mauvaise chose... Le contraire est plus embêtant - certains ont horreur de pénétrer dans une église catholique, d'autres ont peur...et pour corser le tout, des saints authentiques (Thérèse d'Avila par ex.) ont confessé être passés par des moments de dégoût et d'aversion : pénétrer dans la chapelle de son couvent la mettait au supplice : surmontant cette impression venant de qui ?
Bien cordialement !
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pajaro
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Re: Architecture des églises
Coeurderoy je vous remercie pour votre réponse. Et je suis d'accord avec ce que vous dites, certains ont horreur ou peur d'entrer des églises. Pour ma part je pense que cette peur doit être générée peut-être par l'obscurité et les hauts plafonds, ma Mère est comme ça, elle tremble à l'idée de rentrer dans une église. Certainement à cause de presque un demi-siècle d'athéisme, peut-être même que les gens ont peur de rentrer de peur d'y trouver la beauté et l'Amour du Christ.
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San Luis de Monfort
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- coeurderoy
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Re: Architecture des églises
Oui, d'autre part certains lieux sont franchement impressionnants, trop sévères à mon goût...comme si l'homme n'y avait pas tout-à-fait sa place...Même dans de très vastes cathédrales, des détails restent à l'échelle humaine et à portée de main : petites scènes familières sur les piédroits (montants des portes) par exemple. Vers 1770 - 1810 on vous flanque d'immenses temples gréco-romains ( Sainte Geneviève -Panthéon, La Madeleine à Paris...) où j'ai personnellement du mal à...trouver ma place et à me sentir à l'aise ; quant-à l'art contemporain il a souvent laissé des édifices secs, généralement prétentieux et dont les matériaux vieillissent très mal...Il me semble qu'on doit avoir de la joie à entrer dans une église, comme dans une maison de famille où l'on se sent à l'aise, où l'on a ses repères, mais comme vous le dites l'obscurité de grandes cathédrales peut parfois inquiéter ou impressionner certaines âmes (ce fut mon cas le jour où je découvris Chartres, un matin de bonne heure, la présence de la Vierge y est très forte me semble-t-il...).
J'ai un faible pour les petites paroisses rurales où les siècles ont laissé chacun trace de leur passage, où l'accueil est bon enfant, sans tralala, sans grandes manières...
Cordialement !
J'ai un faible pour les petites paroisses rurales où les siècles ont laissé chacun trace de leur passage, où l'accueil est bon enfant, sans tralala, sans grandes manières...
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Saint Bernard de Clairvaux
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Re: Architecture des églises
Avé
Cette impression de mystère et de calme religieux n'est pas le fait du hasard. Bien sûr, on peut y voir l'effet de la présence du Sacrement, mais on peut être beaucoup plus prosaïque aussi. Après tout, les églises continuent d'exercer leur charme puissant même lorsqu'elles ne sont plus consacrées ou même ruinées (cf. la Sainte-Chapelle, Jumièges...).
C'est que, tout simplement, les architectes d'autrefois connaissaient leur métier beaucoup mieux qu'on se l'imagine parfois - et pas que les architectes : tailleurs de pierres, artisans en tout genre, étaient dépositaires d'un savoir très fin, parfaitement abouti, et dont ils maîtrisaient toutes les facettes. Ils savaient comment ça marchait, et leur expérience de la beauté était le fruit du travail de toutes les générations qui les avaient précédé. C'est pour cela que, lorsque je suis dans une cathédrale gothique, je ne suis pas du tout choqué par l'insertion dans telle chapelle ogivale d'un autel, mettons, baroque : même si le style est très différent, l'univers technique, les trucs, sont les mêmes, l'expérience des temps en plus. Evidemment, tout cela fait un effet incroyable quand on visite une église dans laquelle chaque pierre, chaque bougeoir est un chef-d'oeuvre (je pense à la cathédrale de Sienne) ; mais même une vieille église de campagne, si imparfaite, si maladroite soit-elle, participe de ce mouvement-là. En réalité, elle est beaucoup moins brouillonne qu'on le croit.
Pour donner une illustration, je citerai un exemple à part, tiré du monde païen, et d'une autre époque : le Parthénon. Quand on étudie ce monument, on s'aperçoit :
- que toutes ses composantes ont été agencées suivant un rythme modulaire précis
- que ses proportions sont fondées sur un savant calcul sur le nombre d'or (1 + racine de 5, le tout divisé par 2), issu de recherches mathématiques très anciennes
- que les colonnes aux angles sont légèrement élargies pour corriger l'effet d'optique de l'entrecolonnement "vide", les faisant apparaître comme plus étroites
- que les lignes joignant la base des colonnes (le "stylobate") et celles qui joignent leur sommet (les architraves), sur les 4 côtés, sont très légèrement recourbées pour "assouplir" l'effet de l'ensemble
- que les colonnes ne sont pas totalement parallèles, mais convergent vers un point de fuite imaginaire, situé très en hauteur
- que toutes les pierres s'assemblent à joints vifs, c'est-à-dire sans ciment, c'est-à-dire qu'elles sont toutes individuellement taillées pour s'ajuster parfaitement les unes dans les autres. Chaque bloc de marbre a été soigneusement travaillé, sans machine, sans calculette, sans mesure au satellite, pour correspondre à l'ensemble des prescriptions précédentes.
(C'est toutes ces choses-là, au passage, qui expliquent que les reconstructions modernes qui imitent l'Antique manquent souvent quelque chose : elles n'ont pas ces caractéristiques).
Je m'y connais moins bien, mais c'est le même genre de subtilité que l"on trouve dans la grande architecture ecclésiale. Il y a une expérience technique, et celle-ci est inséparable d'une accumulation d'expérience esthétique, et c'est tout cela qui produit un tel effet, encore aujourd'hui, sur les visiteurs. A l'époque, tout cela était le produit d'un savoir humain, reflet de la raison divine. Cette dernière, forcément, laisse sur nous une grande impression...
Amicalement
MB
Cette impression de mystère et de calme religieux n'est pas le fait du hasard. Bien sûr, on peut y voir l'effet de la présence du Sacrement, mais on peut être beaucoup plus prosaïque aussi. Après tout, les églises continuent d'exercer leur charme puissant même lorsqu'elles ne sont plus consacrées ou même ruinées (cf. la Sainte-Chapelle, Jumièges...).
C'est que, tout simplement, les architectes d'autrefois connaissaient leur métier beaucoup mieux qu'on se l'imagine parfois - et pas que les architectes : tailleurs de pierres, artisans en tout genre, étaient dépositaires d'un savoir très fin, parfaitement abouti, et dont ils maîtrisaient toutes les facettes. Ils savaient comment ça marchait, et leur expérience de la beauté était le fruit du travail de toutes les générations qui les avaient précédé. C'est pour cela que, lorsque je suis dans une cathédrale gothique, je ne suis pas du tout choqué par l'insertion dans telle chapelle ogivale d'un autel, mettons, baroque : même si le style est très différent, l'univers technique, les trucs, sont les mêmes, l'expérience des temps en plus. Evidemment, tout cela fait un effet incroyable quand on visite une église dans laquelle chaque pierre, chaque bougeoir est un chef-d'oeuvre (je pense à la cathédrale de Sienne) ; mais même une vieille église de campagne, si imparfaite, si maladroite soit-elle, participe de ce mouvement-là. En réalité, elle est beaucoup moins brouillonne qu'on le croit.
Pour donner une illustration, je citerai un exemple à part, tiré du monde païen, et d'une autre époque : le Parthénon. Quand on étudie ce monument, on s'aperçoit :
- que toutes ses composantes ont été agencées suivant un rythme modulaire précis
- que ses proportions sont fondées sur un savant calcul sur le nombre d'or (1 + racine de 5, le tout divisé par 2), issu de recherches mathématiques très anciennes
- que les colonnes aux angles sont légèrement élargies pour corriger l'effet d'optique de l'entrecolonnement "vide", les faisant apparaître comme plus étroites
- que les lignes joignant la base des colonnes (le "stylobate") et celles qui joignent leur sommet (les architraves), sur les 4 côtés, sont très légèrement recourbées pour "assouplir" l'effet de l'ensemble
- que les colonnes ne sont pas totalement parallèles, mais convergent vers un point de fuite imaginaire, situé très en hauteur
- que toutes les pierres s'assemblent à joints vifs, c'est-à-dire sans ciment, c'est-à-dire qu'elles sont toutes individuellement taillées pour s'ajuster parfaitement les unes dans les autres. Chaque bloc de marbre a été soigneusement travaillé, sans machine, sans calculette, sans mesure au satellite, pour correspondre à l'ensemble des prescriptions précédentes.
(C'est toutes ces choses-là, au passage, qui expliquent que les reconstructions modernes qui imitent l'Antique manquent souvent quelque chose : elles n'ont pas ces caractéristiques).
Je m'y connais moins bien, mais c'est le même genre de subtilité que l"on trouve dans la grande architecture ecclésiale. Il y a une expérience technique, et celle-ci est inséparable d'une accumulation d'expérience esthétique, et c'est tout cela qui produit un tel effet, encore aujourd'hui, sur les visiteurs. A l'époque, tout cela était le produit d'un savoir humain, reflet de la raison divine. Cette dernière, forcément, laisse sur nous une grande impression...
Amicalement
MB
- coeurderoy
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Re: Architecture des églises
Pour simplement compléter le message de MB : Rodin a parfaitement analysé (avec l'oeil et le lyrisme d'un artiste) ces composantes harmoniques (rythmes, proportions, effets de lumière, etc) dans Les Cathédrales de France, vision poétique et inspirée de l'architecture sacrée. Il analyse tout particulièrement les ambiances qui font que l'âme s'épanouit dans tel édifice ou se rétracte au contact de tel autre. Il est dur (avec raison) envers les restaurateurs de son temps, ces "faiseurs" qui sortent des écoles mais n'ont pas pris le temps de contempler les chefs-d'oeuvre, ceux qui mutilent, altèrent en pensant restaurer. Il analyse subtilement les effets de lumière, apprécie la diversité des styles successifs (jusqu'au début XIXème car il n'aime guère l'eclectisme) et pose sur la nature française, la province, la liturgie catholique, un regard d'amoureux...Toutes nos églises anciennes ne sont pas parfaites : on remarque parfois des loupés, des reprises, des ajouts plus ou moins réussis (elles en ont tant vu !), d'autres sont effectivement quasi parfaites (et contrairement aux Italiens nous les voyons sans le mobilier liturgique, retables, etc, dont elles étaient pourvues à l'origine, il a beaucoup de "néo" chez nous...), mais il est vrai que le savoir-faire des maçons, charpentiers, menuisiers, maîtres-verriers, sculpteurs, tapissiers, etc, qui oeuvrèrent en donnant le meilleur d'eux-mêmes pour la gloire de Dieu, explique la différence d'atmosphère qu'on peut ressentir en pénétrant dans la cathédrale d'Albi ou de Strasbourg avec celle provenant de la visite de telle église contemporaine ressemblant à un parking souterrain ou un abri anti-atomique... Refroidissement de la Charité sans doute...
Dernière modification par coeurderoy le mer. 21 oct. 2009, 22:42, modifié 2 fois.
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
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jeanbaptiste
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- Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40
Re: Architecture des églises
Ah oui, la cathédrale de Sienne est magnifique.
Mais je garde une place toute particulière à la cathédrale de Bourges et son intérieur fin et élancé, à l'architecture si admirable et si pure !



Mais je garde une place toute particulière à la cathédrale de Bourges et son intérieur fin et élancé, à l'architecture si admirable et si pure !



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jeanbaptiste
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- Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40
Re: Architecture des églises
En fait, ce qui m'a toujours étonné avec la cathédrale de Bourges c'est qu'elle invite, elle impose presque, à regarder en haut.
À aucun moment la voûte ne vient mettre fin ou simplement ralentir l'élévation du regard, à aucun moment elle n'écrase. Elle est intégralement ascendante, à tel point que l'on finit par croire qu'il n'y a pas de voûte et que nous sommes dans le lieu de la transition entre la terre et le ciel.
En cela, cette cathédrale me fait immanquablement penser à ma campagne berrichonne.

À aucun moment la voûte ne vient mettre fin ou simplement ralentir l'élévation du regard, à aucun moment elle n'écrase. Elle est intégralement ascendante, à tel point que l'on finit par croire qu'il n'y a pas de voûte et que nous sommes dans le lieu de la transition entre la terre et le ciel.
En cela, cette cathédrale me fait immanquablement penser à ma campagne berrichonne.

- coeurderoy
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- Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
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Re: Architecture des églises
Oui ! le Maître de Bourges est un génie : il a osé supprimer le transept, opter pour cinq vaisseaux pour la nef : cela donne un espace unique, des variations d'échelle à différents niveaux. L'édifice est très original et la mouluration des colonnes très "graphique" ce qui donne cette impression d'épure d'architecte.
Les Huguenots se sont hélas montrés impitoyables pour la statuaire des portails, comme à Auxerre, Troyes, etc... C'était l'un des édifices préférés d'un de mes profs d'Histoire de l'Art, Philippe Arraguas.
Et puis Bourges c'est l'un des plus beaux ensemble de vitraux en France avec Chartres !
Le Cistercien américain Thomas Merton raconte dans La Nuit privée d'étoiles combien la découverte des églises de France dans son enfance (son père, peintre, s'était installé dans l'Aveyron) a été pour lui une grâce pour sa découverte du catholicisme...
Cordialement !
Les Huguenots se sont hélas montrés impitoyables pour la statuaire des portails, comme à Auxerre, Troyes, etc... C'était l'un des édifices préférés d'un de mes profs d'Histoire de l'Art, Philippe Arraguas.
Et puis Bourges c'est l'un des plus beaux ensemble de vitraux en France avec Chartres !
Le Cistercien américain Thomas Merton raconte dans La Nuit privée d'étoiles combien la découverte des églises de France dans son enfance (son père, peintre, s'était installé dans l'Aveyron) a été pour lui une grâce pour sa découverte du catholicisme...
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- coeurderoy
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Re: Architecture des églises
Et si vous êtes Berrichon (ou Berruyer ?) jeanbaptiste vous savez peut-être que le Franciscain visible au tympan du Jugement Dernier parmi les Elus est l'une des toutes premières représentations de François d'Assise après sa canonisation : Emile Mâle signale en effet que la statuette, analysée de près, porte les stigmates et qu'il ne s'agit donc pas d'un moine quelconque mais bien du Poverello !
Dernière modification par coeurderoy le mer. 21 oct. 2009, 22:43, modifié 1 fois.
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jeanbaptiste
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- Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40
Re: Architecture des églises
Merci cœurderoy pour ces précisions techniques, elles permettent de mieux comprendre, et donc mieux sentir, les sentiments qui nous assaillent en visitant les édifices !
Je partage l'avis de Merton, qui rejoint d'ailleurs vos récentes réflexions sur les traces si je ne m'abuse. Nous avons la chance d'avoir un patrimoine exceptionnel !
Je partage l'avis de Merton, qui rejoint d'ailleurs vos récentes réflexions sur les traces si je ne m'abuse. Nous avons la chance d'avoir un patrimoine exceptionnel !
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jeanbaptiste
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- Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40
Re: Architecture des églises
J'ai vécu toute mon enfance dans un petit hameau à 30 km de Bourges, mes parents y vivent toujours. Mais en ce moment je découvre la Bretagne du finistère nord et son architecture si particulière.
Merci pour la petite statuette de François, je ne savais pas du tout !
Merci pour la petite statuette de François, je ne savais pas du tout !
- coeurderoy
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- Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
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Re: Architecture des églises
Nous avons dû "poster" quasiment à la même seconde : bonne découverte de la Bretagne et de ses chefs-d'oeuvre de granit ! 
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Re: Architecture des églises
Avé
A Bourges, il y a encore une autre caractéristique qu'on ne trouve que là : c'est que la section inférieure des piliers est deux fois plus haute que dans les autres cathédrales, ce qui crée cette impression d'élancement, justement... et c'est vrai qu'avec cette idée géniale de suppression du transept, jointe à l'alignement de cinq nefs, on a l'impression de se trouver dans un vaisseau spatial !
En dehors de Bourges ou de Chartres, il me semble que les édifices "complets", en France, seraient - pour reprendre Coeurderoy - Strasbourg et Albi (je me souviens d'avoir passé 3/4 d'heures rien que pour regarder la nef de cette dernière, tellement elle était belle !) : car on n'y trouve pas que la coquille, si géniale soit-elle, de l'architecture seule ; mais aussi quantité d'oeuvres d'art accumulées les unes sur les autres, à l'italienne ou à l'espagnole (cf. Sienne, justement, mais aussi Tolède).
C'est rageant, quand on voit les églises italiennes - même celles des petites cités - de savoir que c'était pareil chez nous avant l'avènement des petits frustrés de la révolution !
Amicalement
MB
A Bourges, il y a encore une autre caractéristique qu'on ne trouve que là : c'est que la section inférieure des piliers est deux fois plus haute que dans les autres cathédrales, ce qui crée cette impression d'élancement, justement... et c'est vrai qu'avec cette idée géniale de suppression du transept, jointe à l'alignement de cinq nefs, on a l'impression de se trouver dans un vaisseau spatial !
En dehors de Bourges ou de Chartres, il me semble que les édifices "complets", en France, seraient - pour reprendre Coeurderoy - Strasbourg et Albi (je me souviens d'avoir passé 3/4 d'heures rien que pour regarder la nef de cette dernière, tellement elle était belle !) : car on n'y trouve pas que la coquille, si géniale soit-elle, de l'architecture seule ; mais aussi quantité d'oeuvres d'art accumulées les unes sur les autres, à l'italienne ou à l'espagnole (cf. Sienne, justement, mais aussi Tolède).
C'est rageant, quand on voit les églises italiennes - même celles des petites cités - de savoir que c'était pareil chez nous avant l'avènement des petits frustrés de la révolution !
Amicalement
MB
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Semtex
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Re: Architecture des églises
Tout à fait d'accord avec vous MB.
Pour ma part, les impressions changent selon que je suis dans une cathédrale gothique ou dans une église romane de village. La première va m'écraser sous une voûte qui semble ne jamais se terminer, la seconde va procurer une atmosphère un peu plus intimiste appelant une autre forme d'humilité. Chose que j'ai d'ailleurs du mal à ressentir à Toulouse, l'histoire de cette ville et le gothique méridional ayant eus tendance à produire des édifices massifs et imposants mais trop "lourds". En revanche nous avons de magnifiques cloîtres (Jacobins, musée des Augustins...).
Je suis par contre atterré de voir certains édifices comme l'abbaye de Montmajour, joyaux d'architecture, livrée à un bureau de la culture qui va transformer les différentes salles en pièces d'exposition pour des "artistes" contemporains et autres étudiants en photographie ou arts du cirque. Préférez l'abbaye de Sénanque, et méfiez-vous des contrefaçons.
Pour ma part, les impressions changent selon que je suis dans une cathédrale gothique ou dans une église romane de village. La première va m'écraser sous une voûte qui semble ne jamais se terminer, la seconde va procurer une atmosphère un peu plus intimiste appelant une autre forme d'humilité. Chose que j'ai d'ailleurs du mal à ressentir à Toulouse, l'histoire de cette ville et le gothique méridional ayant eus tendance à produire des édifices massifs et imposants mais trop "lourds". En revanche nous avons de magnifiques cloîtres (Jacobins, musée des Augustins...).
Je suis par contre atterré de voir certains édifices comme l'abbaye de Montmajour, joyaux d'architecture, livrée à un bureau de la culture qui va transformer les différentes salles en pièces d'exposition pour des "artistes" contemporains et autres étudiants en photographie ou arts du cirque. Préférez l'abbaye de Sénanque, et méfiez-vous des contrefaçons.
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