Sofia a écrit :Vous me parlez des apparitions de Dieu aux saints (faits troublants, je vous l'accorde). Du fait que Dieu a parlé puisqu'Il a envoyé son Fils. Ce qui me gêne, dans ces deux cas, c'est qu'il faut s'en remettre à des témoignages (apôtres, saints eux-mêmes), sans rien pouvoir vérifier soi-même (vous me direz que je ne suis pas allée vérifier que l'homme a bien marché sur la Lune ou que Socrate a réellement existé, qu'une bonne partie de l'Histoire n'est basée que sur des témoignages... certes).
Oui, mais vous pouvez juger de la valeur d'un témoignage. C'est ce qui se fait dans les procès par exemple.
Ainsi, pour prendre l'exemple des évangiles, la question est de savoir si les témoignages sont fiables ou pas.
Dans ce domaine, le discernement est une chose essentielle. C'est pourquoi l'Église est si stricte lorsqu'il s'agit de reconnaître une apparition ou un miracle.
Sofia a écrit :"La foi nous fait vivre de sa présence", c'est une des phrases types dont je me méfie. A une époque, j'étais assez sensible aux témoignages, jusqu'à ce que je me rende compte qu'un de mes amis musulmans disait "sentir qu'Allah l'avait appelé et qu'en devenant musulman il faisait Sa volonté". Et il était sincère, vraiment. Pourtant, de votre point de vue, il est dans l'erreur, et il est impossible que Dieu l'encourage à se convertir à l'islam (à moins de le faire se perdre volontairement, ce qui n'est pas possible).
Certes, il est possible de sincèrement se leurrer ou d'être leurré (par les démons par exemple).
Dans l'Église, un appel doit toujours être discerné en prenant son temps et en prenant conseil autour de soi. C'est toute l'importance de ne pas faire sa petite religion dans son coin. On ne discner jamais seul mais avec l'Église.
Ajoutons que ce discernement doit se faire de façon rationnelle. Qui m'appelle ? A quoi ? Pour quoi faire ?
Sofia a écrit :Par contre, vous parlez de grâce sensible. En avez-vous reçu vous-même ? Comment pouvez-vous savoir que ces grâces vous viennent de Dieu et ne sont pas dues à un simple coup de chance ? Je sais que j'ai l'air de remettre en cause ce que vous avez vécu, pardonnez-moi.
Oui, je pense en avoir reçues. Mais je m'en méfie généralement et je cherche surtout à ne pas m'y arrêter. En fait, j'ai une approche plutôt rationnelle de la religion et une tendance à ne me méfier de mon propre ressenti.
Sofia a écrit :Vous dites que Dieu est caché suite au péché originel qui nous a, dirons-nous, coupé de la source. Je vous répond pas une autre question, dont j'ignore très sincèrement la réponse : les anges déchus peuvent-ils encore voir Dieu ?
J'avoue ne pas savoir. Une chose est sûre, les anges déchus ne vivent plus en communion avec Dieu. Et par un libre choix de leur part. Ils gardent, à mon sens, une connaissance intellectuelle de Dieu mais n'ont peut-être plus de connaissance intuitive.
Sofia a écrit :Pour rester sur les anges, j'en viens à me demander pourquoi Dieu ne nous a pas créé comme eux sur le plan de l'intelligence : nous aurions toujours la liberté de pécher (puisqu'une partie d'entre eux l'a fait) mais nous aurions une conscience beaucoup plus aiguisée de ce que nous faisons, nos choix seraient plus réfléchis, plus responsables dans le sens où nous en saisirions mieux le sens et les conséquences.
Hé bien, il semble que Dieu n'ait pas voulu qu'il n'y ait que des anges immatériels, beaux et majestueux. Il a voulu aussi des créatures pauvres et fragiles. Mais vous savez, plus je contemple le Christ et plus je me dis que Dieu a un faible pour les petits et les pauvres.
Sofia a écrit :Je ne vois pas ce que l'orgueil vient faire ici ? De quoi pourrions-nous nous enorgueillir ?
Nous pourrions nous enorgueillir du fait que Dieu nous comble d'une telle grâce. Pire, nous pourrions refuser cette grâce - toujours par orgueil - en découvrant que nous ne serons jamais à la hauteur d'un tel amour. Ca vous paraît difficile à croire ? Et pourtant, rien qu'à notre échelle, certains rejettent ceux qui les aiment car ils ne se sentent pas dignes de leur amour.
Quoiqu'il en soit, vivre en Dieu demande une purification. Nous sommes enclins au mal et nous avons du mal à aimer en vérité. Ma conviction est que la foi purifie notre amour et nous apprend à aimer et à donner même sans voir l'objet de notre amour. C'est très frappant chez certains saints qui font des progrès spirituels prodigieux lorsqu'ils sont des la ténèbres de la foi les plus obscures.
Sofia a écrit :Un Dieu indifférent peut créer le monde... "pour la beauté du geste", parce qu'Il en a envie, par caprice, pour s'occuper, pour faire des expériences... C'est vrai que dans ce cas, on ne voit pas trop ce que l'on fait ici (à part servir de cobayes).
Hé oui, vous le soulignez très bien : un tel Dieu agirait sans but, sans finalité si ce n'est son propre caprice.
Donc soit nous avons un Dieu absurde, et donc l'Homme lui est supérieur car lui il donne du sens à ce qu'il fait, soit nous avons un Dieu qui crée par égoïsme, comme par caprice, et la créature est encore supérieure au Créateur car nous savons créer par amour.
Or Dieu ne peut être inférieur à sa créature. Il convient donc que Dieu poursuive un but particulier et que ce but soit bon et vertueux. Les chrétiens affirment que Dieu a créé en toute liberté (Dieu ne saurait créer par nécessité) par amour et pour se donner à ses créatures, pour les faire vivre de sa vie trinitaire qui est une communion d'amour. Bref, pour faire participer ses créatures à sa félicité éternelle.
Sofia a écrit :Par contre, je ne vous suis pas (c.à.d. ne vous comprend pas) sur le fait que Dieu est forcément bon. Peut-être qu'il est au contraire si mauvais qu'il se plait à nous manipuler, à nous faire rechercher quelque chose qui n'existe pas réellement (c'est tordu, je le concède, mais est-ce impossible ?).
Oui c'est impossible, car un Dieu qui ne serait pas bon serait inférieur moralement à sa créature, ce qui est impossible car, alors, il ne serait pas Dieu. C'est comme un Dieu injuste : impossible.
Tout Homme peut reconnaître que le Bien est infiniment souhaitable et préférable au Mal. Un simple constat objectif : tout Homme préfère qu'on lui fasse du bien plutôt que du mal. Si donc l'Homme peut être bon, et même exclusivement bon, il serait absurde de penser que son Créateur, Dieu parfait, ne le soit pas. Cela donnerait une supériorité morale à l'Homme et ce n'est pas possible.
Sofia a écrit :C'est un point qui me pose problème. Surtout dans le christianisme. Je vais citer DA95 dont la réponse est, je pense, conforme au catéchisme de l'Église catholique : "Dieu est communion des trois personnes Divines et unité de ces trois Personnes. Dieu est don, communion, Dieu est relation". Alors si Dieu possède l'amour de Dieu, si je puis-dire, que Lui importe l'amour de l'homme (bien plus limité et imparfait) ? Pourquoi "rajouter" de l'amour alors qu'Il avait déjà à disposition un amour infini ? Si je devais m'exprimer autrement, je vous demanderais pourquoi Dieu nous a créé, et donc entrainé indirectement l'apparition de mauvaises choses (enfer, mal) alors qu'Il lui suffisait de rester "entre Lui" ?
Mais, de fait, Dieu n'a pas besoin de la création. Dieu est parfaitement heureux et complet en Lui-même. C'est d'ailleurs à mon sens une des preuves rationnelles de la Trinité que de dire que puisque Dieu se suffit à Lui-même, il est conforme à la raison qu'Il ne soit pas solitaire car alors ce serait du narcissisme (et sa créature, capable du don de soi à un autre, serait encore une fois supérieure moralement à son créateur ce qui est absurde). Le dogme de la Trinité permet de lever ce problème tout en maintenant l'unité et l'unicité de Dieu.
Bref, Dieu est communion d'amour entre 3 personnes et n'a besoin de personne d'autre pour être heureux. Mais le propre de l'amour est de se communiquer, d'entrer en relation. L'amour est diffusif de soi. Donc, sans aucune nécessité ni contrainte, Dieu s'est plu à vouloir que d'autres que Lui puissent bénéficier de Son amour et de Son bonheur éternel. C'est un don gratuit de Sa part, comme tout ce qui est fait par amour.
Seulement, qui dit amour dit liberté. Nul ne crée de relation amicale ou amoureuse avec un automate, de même il était nécessaire que les anges et nous-mêmes soyons libres pour dire oui à l'amour de Dieu. Mais le risque de la liberté, c'est le refus de l'amour. Et Dieu ne peut nous forcer à L'aimer car cela s'apparenterait à un viol.
La question que l'on peut se poser, c'est est-ce que tout ceci en valait vraiment la peine ? Est-ce que le risque de damnation éternelle de certains valaient la création des Élus ? La réponse est oui, mille fois oui.
Cordialement,