En cette magnifique fin d'été, je me suis offert une brève mais belle escapade-vélo avec ma belle-soeur. Nous nous sommes donné rendez-vous dans un petit gîte sur une rive du fleuve, situé si près de l'eau qu'on ne peut s'y rendre en voiture à marée haute. Je ne connaissais pas ce gîte. J'appris à mon arrivée qu'il avait été autrefois une maison de repos pour religieuses. Le propriétaire a voulu conserver dans son établissement ce caractère de son passé. C'est ainsi que les crucifix sont toujours en place dans les petites chambres rénovées de style champêtre. Au rez-de-chaussée, il y a encore quelques vitraux, un petit chemin de croix et un vieil orgue maintenant muet. A l'extérieur, à l'ombre des arbres, une statue de la Vierge dans une grotte. Etrange hazard(?) que je me retrouve en cet endoit , moi qui suis en démarche spirituelle!
Au soir d'une première journée merveilleuse de tourisme à vélo, nous voilà assises sur la véranda, face au fleuve, dans la paix du Seigneur...je me sens bien. En ce lieu béni qui respire la paix, marqué par le passage des soeurs, où la beauté de la nature s'unit à la foi et à l'amour de la vie, tout me projette dans la campagne de mon enfance. Mes étés à la campagne (merci à papa qui travaillait si fort pour nous offrir ça) ont toujours été pour moi un rempart contre la détresse. C'est à la campagne, l'été, que je soignais mes angoisses d'enfant. J'étais hantée en continu par de grandes frayeurs qui avaient à voir avec mon enseignement religieux. Mais l'été, je me réconciliais avec Dieu dans ce beau coin de pays du comté d'Argenteuil où je roulais à vélo avec l'énergie du bonheur. Toute cette harmonie des sons, des formes, des couleurs, de la lumière, toute cette beauté, cette sérénité, cet ordre tranquille des choses et de la vie, c'était l'amour de Dieu qui me pénétrait toute entière et j'oubliais ma peur. En dépit de ma crainte de la religion, par la magie de ces routes de lumière, je vivais en paix avec les croix de chemin, à la fois si humbles et si nobles, si simples et si inspirantes. Orphelines de leur église , elles semblaient préférer comme moi les terres en friche, les coups du vent, le soleil et la pluie. Orphelines de leur église, elles semblaient être là pour murmurer au passant, peu importe ses fautes: 'ne crains rien'. Non, la foi n'est pas que dans les livres, l'amour n'est pas que dans la tête. Je les ai ressentis dans la totalité de mon être avant que ne s'effectue un travail de sape.
Le temps a passé, les choses ont changé, les soeurs ont quitté. Mais qu'est-ce que le temps et l'espace? le coeur reste le même et malgré les blessures toute la beauté qui y est entrée un jour y reste à jamais . Il suffit de fermer les yeux pour la retrouver. Assise sur la véranda, face au fleuve, il me semble entendre le murmure des voix des soeurs, mes soeurs, unies dans la prière, et je me sens unie à elles par la foi et une douce et tendre complicité féminine. Je les remercie de tout ce qu'elles ont laissé en ce lieu.
Depuis mon retour, je pense souvent à elles avec tendresse. Elles m'accompagnent...
L'appel des Soeurs
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- coeurderoy
- Pater civitatis

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Re: L'appel des Soeurs
Bonjour Papillon,
elle est bien douce cette petite méditation (ou louange) que je découvre...à l'orée de la Toussaint. Il est vraiment des lieux de paix où la Bonté de Dieu et de ceux qui l'ont prié est comme empreinte dans les murs, l'atmosphère, les paysages...
Je suis souvent surpris pour ma part en retrouvant tel lieu paisible, telle harmonie d'un paysage que le mercantilisme contemporain n'a pas encore enlaidi, telle qualité de silence...
Me reviennent tout-à-coup à l'esprit (au coeur surtout) les vacances passées en famille dans les années soixante sur les collines de l'Armagnac, dans le Sud-Ouest de la France.
Une de mes grand-tantes, religieuse à Auch et née vers 1895 avait enseigné, plus jeune, dans cette ancienne "école sainte Germaine" située à Montesquiou, dans le Gers.
Comme dans l'après guerre cette école, perchée au sommet d'un vieux village, avait été désaffectée, nous pouvions y passer les mois d'été.
Là aussi, la chapelle, l'harmonium, les petites chambres des soeurs, l'ancienne salle de classe étaient restées telles qu'autrefois. A sept-huit ans c'était très pittoresque de découvrir les vieilles lampes à pétrole, le broc à eau pour la toilette du matin et...les "cabinets" au fond du jardin.
Le village était paisible, sans automobiles ou presque, et la vue depuis la terrasse portait par temps clair sur le profil bleu des Pyrénées...Parfois ma grand-tante Emilie, en religion mère Marie de la Compassion, passait nous voir... J'étais assez impressionné par ce visage plein, radieux, enserré par la guimpe immaculée, sur les joues duquel j'avais le droit de déposer deux baisers...Dieu semblait vraiment si proche et simple dans ces années-là - j'étais alors enfant et ignorais que, pendant les années noires, les soeurs avaient caché là des familles juives persécutées...
Les dernières années où nous y sommes allés (68 ou 69), le charme commençait à se rompre : un antiquaire flairant les bonnes affaires passait de temps en temps : à tel emplacement l'horloge comtoise avait laissé son ombre sur le mur, là tel meuble ou cuivre ancien avait déjà disparu...
J'y suis retourné en 1985 : devenue atelier de lunetterie familiale (où on me laissa très gentiment entrer), je trouvais, dans l'ancienne salle de classe, des ouvrières confectionnant des étuis ; sur le mur restait peinte une fresque d'inspiration médiévale réalisée par l'un de mes oncles une vingtaine d'années plus tôt...
Le lieu était toujours aussi beau pourtant, très paisible, et la vue merveilleuse sur la vallée et les Pyrénées lointaines, portait toujours à l'action de grâce et au recueillement...
elle est bien douce cette petite méditation (ou louange) que je découvre...à l'orée de la Toussaint. Il est vraiment des lieux de paix où la Bonté de Dieu et de ceux qui l'ont prié est comme empreinte dans les murs, l'atmosphère, les paysages...
Je suis souvent surpris pour ma part en retrouvant tel lieu paisible, telle harmonie d'un paysage que le mercantilisme contemporain n'a pas encore enlaidi, telle qualité de silence...
Me reviennent tout-à-coup à l'esprit (au coeur surtout) les vacances passées en famille dans les années soixante sur les collines de l'Armagnac, dans le Sud-Ouest de la France.
Une de mes grand-tantes, religieuse à Auch et née vers 1895 avait enseigné, plus jeune, dans cette ancienne "école sainte Germaine" située à Montesquiou, dans le Gers.
Comme dans l'après guerre cette école, perchée au sommet d'un vieux village, avait été désaffectée, nous pouvions y passer les mois d'été.
Là aussi, la chapelle, l'harmonium, les petites chambres des soeurs, l'ancienne salle de classe étaient restées telles qu'autrefois. A sept-huit ans c'était très pittoresque de découvrir les vieilles lampes à pétrole, le broc à eau pour la toilette du matin et...les "cabinets" au fond du jardin.
Le village était paisible, sans automobiles ou presque, et la vue depuis la terrasse portait par temps clair sur le profil bleu des Pyrénées...Parfois ma grand-tante Emilie, en religion mère Marie de la Compassion, passait nous voir... J'étais assez impressionné par ce visage plein, radieux, enserré par la guimpe immaculée, sur les joues duquel j'avais le droit de déposer deux baisers...Dieu semblait vraiment si proche et simple dans ces années-là - j'étais alors enfant et ignorais que, pendant les années noires, les soeurs avaient caché là des familles juives persécutées...
Les dernières années où nous y sommes allés (68 ou 69), le charme commençait à se rompre : un antiquaire flairant les bonnes affaires passait de temps en temps : à tel emplacement l'horloge comtoise avait laissé son ombre sur le mur, là tel meuble ou cuivre ancien avait déjà disparu...
J'y suis retourné en 1985 : devenue atelier de lunetterie familiale (où on me laissa très gentiment entrer), je trouvais, dans l'ancienne salle de classe, des ouvrières confectionnant des étuis ; sur le mur restait peinte une fresque d'inspiration médiévale réalisée par l'un de mes oncles une vingtaine d'années plus tôt...
Le lieu était toujours aussi beau pourtant, très paisible, et la vue merveilleuse sur la vallée et les Pyrénées lointaines, portait toujours à l'action de grâce et au recueillement...
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
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