L'être-pour-la-mort

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Maître Zacharius
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L'être-pour-la-mort

Message non lu par Maître Zacharius »

Je vais ici présenter deux résultats fondamentaux et incontournables auxquels la réflexion philosophique est parvenue. Pour qui fait de la philosophie avec sérieux, celui-là sait que la pensée philosophique n’est pas une pioche dans un amas disparate de doctrines hétéroclites, mais une pensée articulée et organisée rationnellement dont chaque moment prend appui sur le précédent. Il ne sert donc de rien d’afficher son platonisme, son aristotélisme, son thomisme, son spinozisme etc...mais il faut au contraire suivre tous les mouvements de la pensée et voir comment ils se déduisent les uns des autres pour arriver aux résultats actuels.

Voici donc les deux résultats philosophiques fondamentaux qu’un homme de notre temps ne peut ignorer, sous peine de sombrer dans la facticité :

A) L’existence de l’homme n’a aucun sens

B) La mort rétablit le sens


I) En guise de prolégomènes j’analyse la pertinence de distinguer au sein de l’être les en-soi et les pour-soi et la légitimité d’une telle terminologie :

Pour cela posons nous la question : « Qu’est-ce qu’un être conscient de lui-même ? »

Réponse : c’est un être qui se réfléchit en lui-même pour lui-même.

Explicitons : pour que l’être puisse se regarder en face il faut qu’il se pose face à lui-même, il lui faut donc sortir hors de lui pour se faire objet, mais ensuite il doit revenir à lui en tant que sujet pour s’approprier cet objet auquel il s’identifie. Nous avons donc trois moments :

1) l’être en-soi : l’être demeure en lui-même, il n’est pas conscient de lui-même

2) l’être-hors-de-soi : l’être sort de lui-même et s’objective, il n’est toujours pas conscient de lui-même

3) l’être pour-soi : l’être fait retour sur lui-même et se subjective s’appropriant au passage son être objectivé, c’est-à-dire l’être-hors-de-soi du moment précédent.

Je ferais remarquer que les trois moments de ce processus correspondent à une nécessité de nature et non à un libre choix, notre réflexion philosophique se situe en amont de la liberté. Nous ne choisissons pas d’être conscient de nous-mêmes. Mais pour bien insister sur cette nécessité de nature propre à l’être conscient de lui-même, je vais prendre un exemple :

Lorsqu’un homme se regarde dans un miroir, d’abord il a le choix de se regarder ou non dans le miroir, ce qui n’est pas le cas de l’être conscient de lui-même qui de par sa nature ne peut qu’être conscient de lui-même. Ensuite l’homme peut toujours refuser l’image que lui renvoie le miroir et dire « Non ! ce n’est pas moi ! », comme le producteur ou l’artiste peut toujours répudier sa production ou son œuvre, mais cette possibilité n’existe pas pour la conscience d’elle-même, qui par une nécessité de nature ne peut que s’approprier elle-même. Dans les cas contraires, la conscience pourrait s’abstenir de se réfléchir et une conscience pourrait s’approprier et s’identifier à la conscience réfléchie d’une autre conscience réfléchissante, un peu comme un individu s’identifie à l’image d’un autre individu, or nous savons bien que tel n’est pas le cas. Nous sommes donc bien dans le cadre d’une nécessité de nature.

En ce qui concerne la terminologie, pourquoi appeler l’être conscient de lui-même l’être-pour-soi alors qu’il se caractérise par un processus scindé en trois moments et que l’être-pour-soi ou moment d’auto-appropriation n’est que le troisième moment de ce processus ?

Parce que l’être-pour-soi est le terme ou la fin du processus conscientiel et que les deux moments précédents sont ordonnés à ce moment ultime.

Voilà donc pour ce qui concerne l’être-pour-soi, ou en abrégé le « pour-soi ».

Mais en scrutant les différentes régions de l’être nous nous apercevons qu’il existe des êtres qui manifestement ne sont pas conscients d’eux-mêmes, comme les minéraux, comme les phénomènes naturels… Ne pas être conscient de soi, au vu de ce qui a été exposé plus haut, cela revient à ne pas entrer dans un processus d’extériorisation et de retour à soi, cela revient donc à demeurer tout le temps en soi. Voilà pourquoi nous convenons d’appeler « en-soi » les êtres qui demeurent constamment en eux-mêmes, sans activité intérieure, qui ne franchissent jamais le cap de l’ « être-en-soi », le premier moment du processus conscientiel.



II) Passons maintenant à la question du sens, qu’est-ce donc que le sens, qu’est-donc qu’avoir un sens ? Dans le cas qui nous préoccupe nous allons montrer qu’avoir un sens équivaut à « être pour un autre »

Partons d’un exemple concret : l’archéologue qui déchiffrant des hiéroglyphes s’exclame : « Mais cela n’a aucun sens ! » veut dire par là qu’il ne parvient pas à saisir le pourquoi du texte qu’il a déchiffré, il a trouvé la clef du déchiffrement, il n’a pas trouvé la clef du pourquoi, pourquoi ce texte a-t-il été écrit ?dans quel but ? Nous voyons donc que le problème du sens est celui de la finalité. Lorsque l’archéologue aura réussi à déterminer que ce texte est un texte de malédiction et que donc sa finalité était de faire fuir les pilleurs de tombe, il pourra dire : « ça y est, j’en ai trouvé le sens ».

La venue à l’existence de cet être qu’est le texte de malédiction est ordonnée à un autre être, en l’occurrence une action, la mise en fuite des pilleurs de tombe. Il existe pour faire fuir les pilleurs, c’est un être-pour-un-autre, raison pour laquelle il a un sens, et si l’on va au-delà du sens prochain, on peut encore trouver un sens supérieur : il existe pour Pharaon, pour que celui-ci repose en paix.

Dans le même ordre d’idée la venue à l’existence d’un marteau a du sens, le marteau existe pour l’homme, pour que l’homme puisse planter des clous.

Notons que la plupart du temps les êtres qui font sens sont des êtres créés de main d’homme (ou par des animaux, comme par exemple les barrages construits par les castors) et que le questionnement du sens appliqué à des êtres naturels s’avère souvent des plus saugrenus : « Quel est le sens de l’existence de cette montagne ?de ce caillou? de cette pluie etc… », questionnement qui il faut bien le dire est de nature à faire douter de la santé mentale du questionneur, quoique la superstition puisse faire dire que si la foudre s’abat sur un homme c’est pour le punir, mais à ce moment-là nous sortons de la rationalité et du même coup de la philosophie. Gardons donc à l’esprit qu’il y a une bonne partie des êtres qui ne tombent pas sous le questionnement rationnel du sens.

III) Etant donné qu’en I) il a été montré que l’homme, être conscient de lui-même, est un être-pour-soi et qu’en II) il a été établi qu’un être qui a du sens est forcément un être-pour-un-autre, il en résulte, puisque l’homme est par nature pour soi et non pour un autre, que l’homme n’a aucun sens, d’où le A) annoncé en début :

A) L’existence de l’homme n’a aucun sens

J’attire votre attention sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de jugements moraux ou de simples opinions, car nous nous situons à la racine de l’être, au niveau ontologique, mais de propositions déduites de la nature même de l’être-pour-soi et de l’être-pour-un-autre, et de leur radicale incompatibilité. Et pour aller plus loin nous voyons corrélativement que toutes les solutions politiques, religieuses ou humanistes pour trouver un sens à l’existence de l’homme sont factices car elles viennent après-coup, en aval de l’ontologie, alors que l’absence de sens est déjà assurée à la racine même de l’être.

IV) L’existence de l’homme est donc ontologiquement absurde, mais alors la mort, qui est la fin de l’existence humaine, doit être désormais comprise comme le terme qui met fin à un non-sens, à une absurdité, et par-là le sens est sauvé puisque le non-sens a été détruit. La réflexion philosophique nous amène donc à ce résultat surprenant pour l’homme de la rue, mais l’homme de la rue ne philosophe pas, que c’est la mort qui sauve le sens en mettant un terme à une existence absurde dans sa constitution-même.

Ainsi se trouvé établie la proposition B) du début :

B) La mort rétablit le sens

Pour conclure sur la substitution sémantique de l’être-pour-la-mort à l’être-pour-soi, il s’agit pour la philosophie de rester sur une note de sens, c’est à dire d’assigner à cet être absurde la seule destination qui puisse lui redonner un sens, car qu’est-ce qui peut donner du sens à un non-sens si ce n’est sa fin annoncée?

Enfin pour revenir à des considérations plus historiques, nous sommes entrés dans une ère grouillant d’existences et de conduites absurdes et ce de manière flagrante, la flagrance de l’absurdité de l’existence fut bien moindre à certaines époques, non pas que l’existence fut moins absurde, car elle l’a toujours été, mais parce que les solutions factices élaborées par les différents pouvoirs ou autorités étaient plus durables du fait du contexte socio-historique, le spectacle actuel est donc bien l’illustration fidèle et grandeur nature de ce que la pensée philosophique a déduit rationnellement, à savoir que l’être-pour-soi est aussi un être-pour-la-mort envisagé du point de vue du sens.
"Nul des plus vieux de Genève n’eût pu dire depuis combien de temps sa tête maigre et pointue vacillait sur ses épaules, ni quel jour, pour la première fois, on le vit marcher par les rues de la ville, en laissant flotter à tous les vents sa longue chevelure blanche. Cet homme ne vivait pas. Il oscillait à la façon du balancier de ses horloges. Sa figure, sèche et cadavérique, affectait des teintes sombres. Comme les tableaux de Léonard de Vinci, il avait poussé au noir."
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Re: L'être-pour-la-mort

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car qu’est-ce qui peut donner du sens à un non-sens si ce n’est sa fin annoncée?
Le problème c'est que vous assimilez le non-sens à la chose qu'il qualifie (ici la vie humaine). Si la vie humaine est vide de sens, si la mort du non-sens est émergence du sens, alors la mort humaine est émergence du sens.

Mais le raisonnement est erroné, la vie humaine peut bien être vide de sens, elle n'est pas le non-sens. Dès lors la mort humaine n'est pas la mort du non-sens, et donc l'émergence du sens, mais juste la mort du sujet que qualifie le non-sens.

Votre raisonnement, réajusté, devient : Si la vie humaine est vide de sens, si la mort du non-sens est émergence de sens, alors la mort humaine n'est que disparition de ce qui est qualifié de non-sens.

Allons un tout petit peu plus loin.

Si vous estimez que l'existence humaine n'a aucun sens, en soi, c'est donc qu'aucune promesse n'est liée à cette existence. L'idée d'une vie après la mort est impensable. Très bien.

Mais que se passe-t-il alors ? À la mort de l'homme, son existence disparait et donc elle devient inqualifiable puisque n'étant plus.

Votre raisonnement est donc logiquement et ontologiquement erroné.
jeanbaptiste
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Re: L'être-pour-la-mort

Message non lu par jeanbaptiste »

Pas la peine de s'attarder sur les définitions que vous donner d'être-pour-soi et d'être-pour-un-autre. Vous réduisez l'être à un pur objet, l'un objet pour l'autre, l'autre (soi-même) objet pour soi : utilitarisme et sollipsisme. Il suffit de faire l'expérience du réel pour voir que ce ne sont là que découpages factices et réducteurs de la réalité. Utile pour clarifier, mais insuffisant pour dire le réel.

Preuve très simple de la rigidité absurde de ce découpage : un être-pour-soi peut très bien être l'être-pour-un-autre d'un autre être-pour-soi, ou de plusieurs. C'est très fréquent : esclavage, prostitution etc.
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Maître Zacharius
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Re: L'être-pour-la-mort

Message non lu par Maître Zacharius »

jeanbaptiste a écrit :
Le problème c'est que vous assimilez le non-sens à la chose qu'il qualifie (ici la vie humaine).
Vous avez mal compris : nulle part je ne réifie le non-sens, c’est à dire une privation de sens, raison pour laquelle je traite dans une première partie d’ontologie et dans une seconde partie du sens en lui-même. Et ce n’est que dans la seconde partie qu’est établie l’équivalence, et non pas une assimilation, entre la donnée téléologique qu’est le sens (et non pas le non-sens comme vous l’avez mal compris) et la donnée ontologique qu’est l’être-pour-un-autre :

S’il y a sens alors à ce sens est associé un être-pour-un-autre, et s’il y a un être-pour-un-autre alors à cet être-pour-un-autre est associé un sens.
jeanbaptiste a écrit :
Si la vie humaine est vide de sens, si la mort du non-sens est émergence du sens, alors la mort humaine est émergence du sens.

Mais le raisonnement est erroné, la vie humaine peut bien être vide de sens, elle n'est pas le non-sens. Dès lors la mort humaine n'est pas la mort du non-sens, et donc l'émergence du sens, mais juste la mort du sujet que qualifie le non-sens.
Là vous nous et vous vous embrouillez, donc je rappelle certains points élémentaires pour débrouiller: le non-sens est la privation de sens et dans la démonstration que j’ai fournie je n’ai absolument pas traité de la vacuité d’une ou de vies humaines en particuliers, appréciation relevant de l’opinion de tout un chacun, par conséquent votre contre-argumentaire ne porte pas, puisque nous ne parlons pas de la même chose. Dans un effort de compréhension, je vais quand même détailler cette mauvaise compréhension :

J’ai dit que je me plaçais d’emblée à la racine de l’être, par conséquent je me situe très loin en amont du sens subjectif, et votre confusion elle est-là, vous n’avez pas compris que ce n’est pas du sens subjectif dont je parlais, mais du sens objectif, le seul que la philosophie, discipline rationnelle, puisse envisager.

Par conséquent vous n’avez rien opposé à mon raisonnement puisque vous n’avez fait que faire valoir que la privation du sens subjectif (c’est à dire l’impression ou l’opinion que « la vie ne vaut rien ») n’impliquait pas la privation de sens objectif, ce qui est tout à fait vrai, mais inutile puisque dans mon raisonnement je n’ai jamais parlé que de sens objectif. Pour opposer une contre-preuve, encore faudrait-il que vous en restiez à la structure de l’être même, car dans un souci d’objectivité mon raisonnement se situe et reste au niveau des structures ontologiques.

Mais cette confusion va quand même me permettre de préciser un point, à savoir la facticité du sens subjectif. Je veux dire par là qu’un homme peut bien trouver un sens formidable à sa vie ou les autres peuvent bien trouver un sens formidable à sa vie, il n’en demeure pas moins qu’objectivement, du fait même de sa structure ontologique d’être-pour-soi, son existence n’a aucun sens. La facticité découle du décalage entre la réalité ontologique et la subjectivité ou vie du sujet, qui cherche à tout prix à se donner un sens, alors qu’objectivement il n’en a pas.
jeanbaptiste a écrit :
Allons un tout petit peu plus loin.
Il est difficile d’aller plus loin si vous partez d’un contre-sens.
jeanbaptiste a écrit :
Mais que se passe-t-il alors ? À la mort de l'homme, son existence disparait et donc elle devient inqualifiable puisque n'étant plus.
Ne pas être et avoir été est tout à fait possible, mais je ne vois guère la pertinence d’introduire le temps à ce niveau de la réflexion.

jeanbaptiste a écrit :
Pas la peine de s'attarder sur les définitions que vous donner d'être-pour-soi et d'être-pour-un-autre.
Si l’aspirant-philosophe veut devenir philosophe il va falloir qu’il prenne la peine, que penser d’un aspirant-chirurgien qui déciderait de ne pas aller plus loin que la science chirurgicale du temps d’Ambroise Paré ?

jeanbaptiste a écrit :
Vous réduisez l'être à un pur objet, l'un objet pour l'autre, l'autre (soi-même) objet pour soi : utilitarisme et sollipsisme. Il suffit de faire l'expérience du réel pour voir que ce ne sont là que découpages factices et réducteurs de la réalité. Utile pour clarifier, mais insuffisant pour dire le réel.
Là encore il me faut rectifier : le réductionnisme est la tendance consistant à réduire à des principes élémentaires des réalités complexes, ainsi la réduction de la matière à l’atome, en ce cas parfaitement justifié, dans d’autre cas beaucoup moins, comme la réduction de la conscience au cerveau. Mais en tout cas cela n’a absolument rien à voir avec le fait de considérer l’être dans ses fondements. Là encore un grossier contre-sens, provenant de l’amalgame entre réduction et considération de l’être dans ce qu’il a de plus fondamental. Au passage vous ne savez pas ce qu’est le solipsisme, puisque le solipsisme part du principe que la réalité externe ne subsiste pas sans la conscience, alors que dans ma démonstration je me place d’emblée dans le champ des êtres (et non celui de la conscience) et fais bien le distinguo entre les en-soi et les pour-soi et ne fait pas du pour-soi le fondement de l’en-soi.
jeanbaptiste a écrit :
Preuve très simple de la rigidité absurde de ce découpage : un être-pour-soi peut très bien être l'être-pour-un-autre d'un autre être-pour-soi, ou de plusieurs. C'est très fréquent : esclavage, prostitution etc.
Preuve que vous n’avez pas compris, et vous auriez compris si vous étiez allé jusqu’au bout de vos exemples. En effet l’esclave peut-il vraiment être un être-pour-un-autre, la prostituée peut-elle vraiment être un être-pour-un-autre ? Bien sûr que non, et pourquoi ? Parce que ce sont d’abord, avant tout et objectivement des être-pour-soi, et que leur relation à l’autre est tout ce qu’il y a de plus factice, facticité qui d’ailleurs fait croire au maître qu’il possède l’esclave comme sa chose, et au client qu’il possède la prostituée comme sa femme.

Pourquoi la position esclavagiste est-elle intenable ? Pourquoi la dialectique du maître et de l’esclave est-elle possible et conduit à la libération de l’esclave ?

Parce que le fondement ontologique de l’homme est d’ être-pour-soi et que cette réalité fondamentale rentre en contradiction avec toutes les relations factices, imposées ou librement choisies, d’être-pour-un autre.

En conclusion le sens subjectif d’être-pour-un-autre ne peut prévaloir contre l’absence de sens objectif inscrite dans la nature même de l’être-pour-soi, par là est révélé la facticité de toutes les tentatives humaines pour donner un sens à l’existence de l’homme.

Et pour aller plus loin, si Dieu existe et qu’il est un être-pour-soi alors son existence n’a aucun sens et lorsque la philosophie proclame sa mort il faut comprendre cela comme une reprise du sens, en revanche s’il existe mais qu’il n’est pas un être-pour-soi alors son existence peut faire sens car il peut dans ce cas être un être-pour-un-autre.
"Nul des plus vieux de Genève n’eût pu dire depuis combien de temps sa tête maigre et pointue vacillait sur ses épaules, ni quel jour, pour la première fois, on le vit marcher par les rues de la ville, en laissant flotter à tous les vents sa longue chevelure blanche. Cet homme ne vivait pas. Il oscillait à la façon du balancier de ses horloges. Sa figure, sèche et cadavérique, affectait des teintes sombres. Comme les tableaux de Léonard de Vinci, il avait poussé au noir."
etienne lorant
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Re: L'être-pour-la-mort

Message non lu par etienne lorant »

Des longs discours philosophiques, j'ai retenu, à ma converson, que la sagesse de l'homme n'a jamais rendu l'homme sage. Mon Dieu, ce que j'ai pu rechercher la vérité dans la philosophie - et pour aboutir à quoi, à cet être-pour-la-mort dont vous tirerez jamais que du désespoir. Et pourtant, il y a eu une philosophe athée, communiste, juive, qui s'appelle Simone Weil et qui a cherché la vérité, et l'a trouvée.
Je me demande seulement: qu'êtes-vous venu démontrer ici ? (Je veux dire pourquoi ici ?)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Maître Zacharius
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Re: L'être-pour-la-mort

Message non lu par Maître Zacharius »

etienne lorant a écrit :

Des longs discours philosophiques, j'ai retenu, à ma converson, que la sagesse de l'homme n'a jamais rendu l'homme sage. Mon Dieu, ce que j'ai pu rechercher la vérité dans la philosophie - et pour aboutir à quoi, à cet être-pour-la-mort dont vous tirerez jamais que du désespoir.
Permettez moi de rétablir la philosophie dans ses droits eu égard à la vérité. La philosophie fait partie des activités humaines où l’exigence de vérité est primordiale, tout comme la science. Un philosophe peut se tromper, mais je ne connais pas un seul philosophe, qui au moment où il philosophe s’autorise à penser que la vérité « il s’en balance », pas plus qu’un mathématicien n’a dans l’idée de pondre un théorème faux.

Notez qu’il est d’autres activités humaines qui n’ont pas cette exigence de vérité, même au contraire cela leur serait préjudiciable : le poète est un fabuleux menteur, le romancier également, le politicien aussi et le succès de leur entreprise dépend de l’habileté avec laquelle ils parviennent à rendre beau le mensonge, car le mensonge peut être terriblement beau, songez à tous ces mythes qui durant des siècles ont soulevé l’enthousiasme de peuples entiers les poussant au sacrifice le plus sublime. Inversement la vérité est parfois abjecte, ignoble, on aimerait qu’elle ne soit pas et continuer à vivre sereinement avec nos mythes et idéaux, n’en déplaise à l’esthétique platonicienne.

Par conséquent je suppute que votre déception ne provient pas d’une déficience de la philosophie par rapport à son exigence de rigueur et de vérité, mais d’une absence totale de sens. Et c’est tout à fait normal, la philosophie est dénuée de sens, donc si vous cherchiez un sens dans la philosophie et que vous ne l’avez pas trouvé ce n’est pas étonnant, le contraire aurait été étonnant.

Et bien sûr elle peut vous faire désespérer, lisez donc le « Traité du désespoir » de Kierkegaard et vous y apprendrez ce qu’est le vrai désespoir, non pas le désespoir résultant d’un manque quelconque aussi important soit-il, mais celui qui résulte d’une pleine connaissance de l’être-pour-soi et de l’absurdité de son existence.

Vous savez lorsqu’un patient atteint d’une maladie incurable est condamné à court terme, son médecin peut lui annoncer crûment le nombre de mois qu’il lui reste à vivre avec le risque que cela le plonge dans un désespoir effroyable ou au contraire ne rien lui dire afin qu’il passe ses derniers jours heureux. La philosophie n’a même pas ce genre de dilemme, elle prendra toujours le parti de la vérité.

Donc voilà, vous êtes parti du postulat que la philosophie exige la vérité, ce qui est tout à fait vrai et d’un autre postulat que la vérité a du sens, ce qui est tout à fait faux, et vous avez été trompé dans vos attentes ou plutôt vous vous êtes leurré vous-même puisqu’une de vos deux prémisses était fausse.

Alors me direz-vous pourquoi philosopher ? Mais pour rien puisque le philosophe exige la vérité pour la vérité et non pour le sens, et vous noterez que la plupart des hommes préfèrent le sens à la vérité, et que vous même d’ailleurs vous avez laissé tomber la philosophie pour ce que vous croyez être « Le Sens », que la philosophie dans son souci de rationalité considère comme « un sens » subjectif possible, et bien sûr non des moindres puisqu’à ce sens-là est attachée l’histoire de toute une civilisation et que la philosophie se devait de l’étudier, ce qu’elle a fait, mais attention, malgré tous les efforts déployés pour cerner ce sens, la philosophie l’a toujours envisagé sous l’angle du sens, et non de la vérité, faute d’éléments objectifs probants et d’une consistance doctrinale avérée.
etienne lorant a écrit :
Et pourtant, il y a eu une philosophe athée, communiste, juive, qui s'appelle Simone Weil et qui a cherché la vérité, et l'a trouvée.
Les philosophes, comme les scientifiques, publient, communiquent, organisent des colloques et lorsque l’un d’entre-eux a fait une découverte capitale il provoque une conférence pour l’annoncer à ses pairs et soumettre ses travaux à leur examen critique. Bien sûr que Simone Weil n’est pas rentrée dans ce processus formel rigoureux et critique pour annoncer sa conversion, restant même très discrète sur le sujet, car elle ne pouvait ignorer que l’argument du sens n’est pas un argument recevable par une communauté rationnelle, en l’occurrence la communauté philosophique, pour elle, pour le sujet, oui c’est tout à fait recevable dans la mesure où cela donne un sens à sa vie, mais l’équation sens égal vérité n’a jamais été établie, et pour cause.

La dévote a trouvé un sens que la philosophe ne trouvait pas, et comme je l’ai écrit plus haut il n’y a rien de surprenant à cela, mais attention il faut bien se garder d’en déduire que la vérité est absente de la philosophie, ce qui serait un contre-sens et une sortie vers l’irrationnel.


etienne lorant a écrit :

Je me demande seulement: qu'êtes-vous venu démontrer ici ? (Je veux dire pourquoi ici ?)
Trouvez-vous étonnant qu’un philosophe soit présent dans un salon philosophique et s’entretienne avec d’autres hommes? Pour un peu, à vous entendre, le philosophe devrait presque s’excuser d’exister ou en tout cas éviter le plus possible la fréquentation de ses semblables, c’est en tout cas ce que devait penser les Athéniens lorsqu’ils accusèrent Socrate de corrompre la jeunesse.
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Re: L'être-pour-la-mort

Message non lu par etienne lorant »

Maître Zacharius a écrit : Pour un peu, à vous entendre, le philosophe devrait presque s’excuser d’exister ou en tout cas éviter le plus possible la fréquentation de ses semblables, c’est en tout cas ce que devait penser les Athéniens lorsqu’ils accusèrent Socrate de corrompre la jeunesse.
Pardon de vous avoir interrompu. Poursuivez, Maître, vos discours sont tels qu'on les attend : sans surprise et fastidieux à décortiquer. Mais puisque cela vous amuse, bonne continuation !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: L'être-pour-la-mort

Message non lu par jeanbaptiste »

encore faudrait-il que vous en restiez à la structure de l’être même, car dans un souci d’objectivité mon raisonnement se situe et reste au niveau des structures ontologiques.
1) Votre "démonstration" a pour objectif de démontrer le non-sens de l'existence de l'homme. L'existence ne relève pas strictement de l'ontologie.

2) En rester aux structures ontologiques, comme vous dites, n'est qu'une méthode. Il y a un moment ou votre ontologie doit rejoindre la morale, le politique, la phénoménologie etc. etc. Une ontologie qui entre en contradiction avec l'essence du politique, de la morale, avec la vie humaine en générale est fausse.

Comme tout le reste de votre nébuleux discours est fondé sur cette erreur, il ne m'est pas nécessaire de me fatiguer à y répondre. Cette erreur est l'erreur classique de tout aspirant philosophe : viser la vérité uniquement et exclusivement sur un plan théorique sans jamais rencontrer cette ennuyeuse réalité. Orgueil de la pensée qui souhaiterait être tout puissante ;)

Lisez Pascal, ses œuvres philosophiques mais également scientifiques, vous verrez quelqu'un qui se réfère constamment aux fais, au réel. C'est salutaire.
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