Bonjour. J'ai hésité avant d'écrire ce qui suit parce que c'est d'une tristesse....mais il y a un enseignement à en tirer.
Il y a quelques mois, tout près de chez moi, un homme, séparé de sa femme depuis quelques semaines et qui avait ce soir-là la garde de ses enfants les a tués tous les deux à l'arme blanche, après quoi il a tenté de se suicider. Animé d'une rage démentielle mais froide, car tout indique qu'il avait prémédité son geste, il s'est acharné sur ses petits, vraisemblablement dans le but d'infliger la plus grande souffrance à leur mère. L'autopsie a révélé une douzaine de coups de couteau sur chacun d'eux. Un dépravé, un monstre cet homme? Non, pas du tout. Il avait voué sa vie à sauver celle des autres. Il était médecin spécialiste à l'hôpital de la ville voisine . Un cardiologue respecté et aimé de tous, au professionnalisme exemplaire. Brillant et dévoué, il avait mis sur pied divers programmes pour l'amélioration des soins de santé dans son établissement. Une photo de lui nous montre un homme de 36 ans, beau, à l'allure décontractée et sympathique, au regard franc. Il sourit aimablement à la caméra avec un charme indéniable, l'air heureux, un stéthoscope autour du cou. Portrait d'une réussite professionnelle et personnelle, et d'un bonheur perdu. Sa femme était médecin urgentologue dans le même hôpital. Les victimes de cette folie, un petit garçon de 5 ans et sa petite soeur de 3 ans, deux chérubins, beaux comme leur père.
Personne n'a pu dissuader la mère d'aller voir ses enfants à la morgue. Le choc a été tel qu'on a dû l'hospitaliser. La population a été profondément choquée et ébranlée par ce drame. On sentait comme une détresse générale dans l'air, du ressentiment, de la colère et surtout de l'angoisse. Si cela peut arriver, tout peut arriver. Et s'est produit quelque chose que personne n'avait vu venir. La maman a désamorcé elle-même cette spirale de haine et de peur. Elle a publié une lettre d'adieu bouleversante à ses enfants, dans laquelle elle leur parle avec une infinie tendresse. Aux funérailles, elle leur a demandé d'aider leur père, égaré dans les ténèbres. Et elle nous a demandé à tous, en mémoire de ses enfants, de tourner le dos au ressentiment et d'avoir un geste de bonté, d'amour et de compassion pour un voisin, un parent, un inconnu, un confrère de travail, de "donner au suivant". L'effet a été immédiat, l'air est redevenu respirable. Si cela peut arriver, tout peut arriver.
Si une mère effondrée de douleur peut demander à ses enfants morts de veiller sur leur assassin, si elle peut encore nous parler d'amour, comment justifier que nous en trouvions si peu à donner dans notre vie de tous les jours? L'excuse que nous ne sommes pas des saints ne tient pas. Cette femme n'est pas une sainte, pas plus que son mari n'est un monstre. Je crois que nous portons tous amour et haine et que c'est simplement de notre responsabilité de faire ce choix, à chaque instant de notre vie, comme cette mère l'a fait au moment le plus sombre de la sienne. Je crois aussi qu'on sousestime beaucoup la puissance de l'amour.
Le père infanticide passera en procès très bientôt. Ça ne réjouit personne. Je pense souvent à cet homme et à l'enfer que sera sa vie et j'en éprouve une grande peine. Croyez-vous que ses enfants peuvent l'aider? Moi, je ne sais pas, mais je le souhaite de tout mon coeur.
Papillon
L'amour et la haine, face à face
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Re: L'amour et la haine, face à face
Je ressens plusieurs sentiments contradictoires.
D'un côté, je trouve le geste du père vraiment horrible : tuer ses enfants en s'acharnant sur eux et en l'ayant prémédité (ce qui exclut l'argument "coup de colère"), tout ça pour une histoire de rupture, pour se venger de quelqu'un
... Vraiment, ça me fait froid dans le dos... Il me fait songer à un enfant qui préfère casser son jouet préféré plutôt que de voir un autre être heureux avec. Et ma première pensée, je l'avoue, ça a été "Pauvres petits, mais c'est un monstre !".
D'un autre côté, je reste ébahie - et admirative - devant la réaction de la mère. A sa place, les seules petites lumières qui auraient clignoté dans mon cerveau, c'est "Vengeance vengeance vengeance". Je ne sais comment elle a fait pour réussir à réagir de cette façon.
Une question me vient : le père est toujours vivant, puisqu'il passe bientôt en procès (je n'ai d'ailleurs pas trop compris votre "le père infanticide passera en procès très bientôt. Ça ne réjouit personne"; voulez-vous dire que vous auriez préféré qu'il ne soit pas juger ?). S'est-il exprimé depuis ?
D'un côté, je trouve le geste du père vraiment horrible : tuer ses enfants en s'acharnant sur eux et en l'ayant prémédité (ce qui exclut l'argument "coup de colère"), tout ça pour une histoire de rupture, pour se venger de quelqu'un
D'un autre côté, je reste ébahie - et admirative - devant la réaction de la mère. A sa place, les seules petites lumières qui auraient clignoté dans mon cerveau, c'est "Vengeance vengeance vengeance". Je ne sais comment elle a fait pour réussir à réagir de cette façon.
Une question me vient : le père est toujours vivant, puisqu'il passe bientôt en procès (je n'ai d'ailleurs pas trop compris votre "le père infanticide passera en procès très bientôt. Ça ne réjouit personne"; voulez-vous dire que vous auriez préféré qu'il ne soit pas juger ?). S'est-il exprimé depuis ?
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papillon
- Barbarus

Re: L'amour et la haine, face à face
Bonjour Dubida.Dúbida a écrit : Une question me vient : le père est toujours vivant, puisqu'il passe bientôt en procès (je n'ai d'ailleurs pas trop compris votre "le père infanticide passera en procès très bientôt. Ça ne réjouit personne"; voulez-vous dire que vous auriez préféré qu'il ne soit pas juger ?). S'est-il exprimé depuis ?
Oui, le père est toujours vivant . Il a tenté de se suicider en s'intoxiquant mais a été sauvé in extremis. Ses parents, voyant qu'il ne se présentait pas au rendez-vous qu'ils lui avaient donné pour le déjeuner et ne répondait pas à leurs appels, ont alerté les policiers. Je ne sais pas s'il s'est exprimé depuis, si c'est le cas cela n'a pas été rendu publique.
En réponse à votre autre question, bien sûr que non, je n'aurais pas préféré qu'il ne soit pas jugé. La justice doit suivre son cours. Ce que je voulais dire, c'est que plus personne ne crie vengeance dans cette histoire, par l'intervention de la mère un vent de compassion a balayé tout ça. Il doit être jugé, tout le monde est d'accord avec ça, mais les gens ont davantage le désir de prier pour lui que de le voir souffrir.
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etienne lorant
- Pater civitatis

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Re: L'amour et la haine, face à face
De tels faits ont eu lieu en Belgique et c'est une mère qui a assassiné tous ses enfants avant d'essayer de se suicider, mais a échoué... elle est enfermée. Mon sentiment est que la société s'est développée de manière si indivualiste, que en flattant sans fin l'Ego, que certaines personnes, se retrouvant devant un échec n'arrivent pas à l'accepter et appliquent leur propre justice comme s'ils étaient des empereurs romains. Un homme a ainsi tué un de ses enfants, lequel enfant était le préféré de son ex-femme... Un autre tue toute sa famille, met le feu à sa maison, et se suicide. Ces folies sont démoniaques. Il ne faut pas forcément avoir écouté du heavy metal pour devenir un possédé... l'auto-idolâtrie suffit !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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papillon
- Barbarus

Re: L'amour et la haine, face à face
Ce que j'aimerais souligner ici, c'est l'inutilité des jugements qu'on porte sur les uns et les autres dans ces histoires. Un crime a été commis. La justice des hommes doit s'appliquer, ne serait-ce que pour assurer une paix sociale dans un monde civilisé. Le reste appartient à Dieu. Parmi les gens qui me connaissent, il s'en trouve sûrement qui avanceraient que j'ai eu une vie irréprochable. Je sais évidemment qu'il n'en est rien. J'ai déjà éprouvé pour quelqu'un une haine viscérale qui me faisait chercher les moyens de le faire souffrir. Ce ne sont pas des considérations morales qui m'ont empêchée de procéder, mais un petit calcul égoïste qui m'a fait évaluer trop élevé le prix à payer (réprobation sociale, rejet de la famille etc). J'ai déjà pensé au suicide devant le vide de ma vie (je devais avoir 35ans). J'y ai pensé froidement, avec un certain détachement. Il suffisait de donner un coup de roue en passant sur un pont, ce qui serait vu comme un accident. Je n'ai pas imploré l'aide de Dieu, je n'avais rien à faire de Lui à cette époque, de sorte que je ne sais pas si c'est l'inspiration de Dieu ou celle du diable qui m'a fait m'épargner moi-même. J'ai pensé encore égoïstement que la certitude de mon existence étant la seule qui me restait, en la flambant il ne me resterait plus rien. A tous les bien-pensants de ce monde, ce n'est pas toujours la vertu qui nous retient de faire le mal.
Les apparences sont trompeuses et la perception qu'on a des choses est limitée à ce que notre nature humaine nous permet de percevoir. Qui sommes-nous pour juger de ce qu'il y a dans l'âme des autres? Cela appartient à Dieu. Qu'est-ce qui fait qu'un individu 'disjoncte' ,perde ses balises et passe de 'l'autre côté' ? Le sait-on? on peut certes juger d'un acte qu'il est abominable et appliquer à son auteur les sanctions prévues au code criminel mais peut-on savoir si l'individu qui l'a commis est aussi abominable que son crime? J'ai un problème avec une morale populaire qui place les 'bons' d'un côté et les 'mauvais' de l'autre comme dans un western américain, en particulier quand c'est un 'bon' qui s'occupe de ce partage . C'est pas si simple. Et je crois que ce n'est pas chrétien d'oublier qu'un homme qui a péché, quelque soit la gravité de son crime , est toujours notre frère.
Dieu bénisse le Père Gravel, homme profondément chrétien et d'une grande bonté, qui s'est occupé d'Isabelle, la mère des enfants assassinés, et de Guy, leur père, avec le même amour.
Les apparences sont trompeuses et la perception qu'on a des choses est limitée à ce que notre nature humaine nous permet de percevoir. Qui sommes-nous pour juger de ce qu'il y a dans l'âme des autres? Cela appartient à Dieu. Qu'est-ce qui fait qu'un individu 'disjoncte' ,perde ses balises et passe de 'l'autre côté' ? Le sait-on? on peut certes juger d'un acte qu'il est abominable et appliquer à son auteur les sanctions prévues au code criminel mais peut-on savoir si l'individu qui l'a commis est aussi abominable que son crime? J'ai un problème avec une morale populaire qui place les 'bons' d'un côté et les 'mauvais' de l'autre comme dans un western américain, en particulier quand c'est un 'bon' qui s'occupe de ce partage . C'est pas si simple. Et je crois que ce n'est pas chrétien d'oublier qu'un homme qui a péché, quelque soit la gravité de son crime , est toujours notre frère.
Dieu bénisse le Père Gravel, homme profondément chrétien et d'une grande bonté, qui s'est occupé d'Isabelle, la mère des enfants assassinés, et de Guy, leur père, avec le même amour.
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