Le temps du monastère

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etienne lorant
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Le temps du monastère

Message non lu par etienne lorant »

Je voudrais avoir l'avis de quelques lecteurs au sujet de cette remarque que Julien Green adresse à sa soeur :

"Je parlais hier à Anne de l'impression d'éternité, de dissolution du temps, qu'on a dans les monastères, pour peu que l'on reste quelques jours. C'est dans cette éternité, sensible même dans le bref passage du temps, qu'on trouve Dieu".

Je garde un très bon souvenir d'un temps de retraite à la fin de mes études. Tous mes camarades rouspétaient du silence imposé et de ce travail qui nous avait été donné : d'aller ramasser du bois mort. C'était au cours d'un mois de mars particulièrement froid, mais j'étais bien couvert, j'avais de bons gants, et j'ai réellement eu cette sensation de "mise à distance d'avec tout". J'étais bien et, le soir, à la chapelle, pour la prière du soir, malgré mon scepticisme d'alors, j'ai dit "Merci" de tout mon coeur pour cet après-midi passé en "ailleurs"...

Avez-vous connu une expérience similaire ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Soleil de Minuit
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par Soleil de Minuit »

Concernant cette libération de l'esprit vis-à-vis de la médiocrité du monde moderne et de ses tracas futiles, je pourrais faire état d'expériences similaires, mais pas dans un monastère, plutôt en montagne au contact de l'air pur et vivifiant, à la vue de ses majestueux panorama et neiges éternelles, je fais volontier mienne cette déclamation nietzchéenne puisée dans "Ecce Homo":

"Qui sait respirer l'air de mes écrits sait que c'est un air des hauteurs, un air mordant. Il faut être fait pour y vivre, sans quoi le péril est grand d'y prendre froid. La glace est proche, la solitude effrayante - mais comme les choses y baignent paisiblement dans la lumière! Comme on y respire librement! Combien de choses on sent en dessous de soi! La philosophie, telle que je l'ai toujours comprise et vécue, consiste à vivre volontairement dans les glaces et sur les cimes"
Vers le Minuit. Là-bas doivent se trouver une montagne du Rassemblement et une couronne...
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coeurderoy
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par coeurderoy »

Bonjour Etienne et Soleil de Minuit,

"Le temps du monastère" n'est sans doute pas le même pour le retraitant, plongé une semaine dans ce bain spirituel ou pour le moine âgé ayant porté la chaleur du jour...
Ma première retraite (à 26 ans), courte, fut pour moi effusion de paix, joie, lumière : pendant plusieurs semaines je pus ressentir de façon sensible combien mon regard, mes pensées, ma sensibilité, mes gestes étaient transformés... La louange montait incessamment à mes lèvres, sans effort, je me jetais (évidement) avec délices dans "le spirituel", de façon sans doute égoïste, en tout cas je cherchais Dieu de toutes mes fibres...La paix et la certitude éprouvées dans l'adoration eucharistique font alors vraiment pâlir toutes fausses lumières et fausses joies. Les activités humaines me semblaient absurdes, triviales, les visages tristes et fermés, bref le "retour au soi-disant réel" (qui est bien réel mais ne devrait pas exclure les réalités spirituelles) fut vraiment dur.
J'avoue, aujourd'hui encore conserver la nostalgie de ce temps où le Seigneur m'appelait peut-être. Mais qui sait...La vie communautaire, aux témoignages que j'ai pu lire, se charge vite d'apporter à moines et moniales les épreuves que l'on peut connaître en famille, en société, et les périodes d'aridité et de nuit spirituelle sont peut-être plus douloureuses à vivre en milieu clos...Au moment du massacre des moines de l'Atlas, je me suis demandé par ailleurs si j'étais prêt au sacrifice suprême...
J'ai pu connaître à nouveau des grâces sensibles (non recherchées et vraiment inopinées) lors d'une retraite au centre jésuite du Châtelard, en 2000, retraite importante pour moi car j'y approfondissais le mystère de l'Eglise, comprenais enfin combien nous sommes tous solidaires, dans la grâce et le péché, responsables à notre échelle de la santé du corps mystique...
Le "temps du monastère" relève bien d'une autre dimension : le Seigneur ayant tout loisir de frapper à la porte de notre âme si agitée et frivole en temps normal. La prière communautaire et les grâces qui pleuvent dans la liturgie font sentir la force de la communion des saints.
Une tentative de vie en communauté nouvelle en 2002 fut en revanche absolument catastrophique : jamais je ne me suis senti aussi seul et abandonné de ma vie, impression d'une usine à spirituel managée à l'américaine, agitation, jeunisme, incompréhension des "frères" et du "Berger" face à une dépression subite.

Comme Soleil de Minuit, la contemplation de la Nature m'apaise profondément (la forêt de Compiègne, déserte dès qu'on s'enfonce un peu, et ses chênes centenaires me disent beaucoup sur la beauté, la justice et l'harmonie de l'ordre divin). J'y vais surtout pour méditer, reprendre souffle, mais pas pour me "libérer" car le péché est en moi-même et je contribue, hélas, à la médiocrité et futilité du monde, je ne le sais que trop, ; en tout cas la vision des oiseaux, des branches, vertes ou mortes, la variété des essences, des paysages, me rappelle que notre Dieu est profondément bon, juste et saint...

Cordialement !
Dernière modification par coeurderoy le mer. 29 juil. 2009, 14:31, modifié 1 fois.
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antioche
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par antioche »

Bonjour,

Je pars, dans 10 jours, chez les Bénédictins, pour une retraite. J'en fais une tous les étés. D'habitude c'est chez les Cisterciens. J'ai souhaité changer cette année.

L'an dernier, après ma retraite, j'ai été accueilli pour un stage de 5 semaines derrière la clôture, carrément avec les moines. J'ai partagé avec eux travail, prière, repas, détente, scriptorum, chapitre, ....etc.

Lever à 4 h et office de milieu de nuit à 4 h 15. Travail dans la fôret (couper des arbres, déboiser, cueillette des noix, réparations clôtures ...ect) dès le petit matin.

Le tout dans le silence.

Ce fut trés dur pour moi et je ne suis pas resté au delà de la troisième semaine.

Mais je suis toujours trés attiré !!
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par etienne lorant »

Il est vrai qu'aller comme retraitant est autre chose que de vivre la vie de la communauté de l'intérieur. Pour le peu que j'en sais, le retraitant est porté par la prière de ceux qui l'entourent. Vraiment porté et transporté. C'est quelque chose que j'ai pris du temps à reconnaître, mais à force de fréquenter mon petit monastère de Clarisses, à l'office de Laudes, j'ai reconnu - mais comment le dire ?, que ma prière était comme soulevée par la leur. Par exemple, je ne suis pas très bon dans la louange, mais à chaque Veni Creator Spiritu (chaque lundi), j'étais soulevé hors de moi-même, j'étais entraîné dans l'adoration pure, un frisson me traversait la colonne vertébrale et je me demandais (çà prête à sourire, je sais) si je n'allais pas m'envoler d'un instant à l'autre. En tout cas, ce sont des moments où l'on sent que "l'ailleurs" est vraiment tout proche, comme caché dans l'instant qui passe, et que c'est là dans cet infime portion de temps que Dieu se tient. Et dire que je n'ai jamais eu l'occasion de participer à un office en grégorien !
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coeurderoy
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par coeurderoy »

C'est cela : être porté, pris dans une vague dynamique, féconde, joyeuse...Quant au grégorien, il m'est arrivé, lors d'une Messe dominicale où je m'étais rendu de fort mauvaise disposition, de ressentir l'apaisement d'un baume, l'assurance calme et apaisante des vérités éternelles et un avant-goût évident de la Liturgie céleste...J'ai du mal à comprendre pourquoi la majorité des monastères cisterciens ont abandonné le plain-chant après Vatican II : Bernard de Clairvaux avait su rénover (et élaguer) les offices liturgiques - souvent excessivement longs- des Bénédictins de son temps, mais en réserver l'éxécution (difficile) à certaines abbayes "spécialisées" comme on le fait aujourd'hui me semble une erreur...

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philémon.siclone
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par philémon.siclone »

Nous voilà donc, nous autres laïcs, comme des pélerins qui errent dans la nuit du monde. Certains ont fait leur trou parmi les manèges enchantés (et enchanteurs...) de messire Gargamel, qui hante ce lieu avec son chat Azraël. Certains s'y sont englués, d'autres sont restés plus hésitants, et continuent à vaguer ça et là à travers la forêt. Parfois, au cours de leurs multiples vadrouilles, les voilà qui s'approchent d'un ermitage, et il leur faut un long moment pour parvenir à la porte, passer au travers de buissons serrés, franchir des ruisseaux impétueux, se pîquer aux orties, et bien sûr perdre le chemin avant de renoncer... Mais quelques-uns, par un effet étrange de la bonté divine, y arrivent tout à fait par hasard alors qu'ils n'y songeaient point, par un chemin tout fait de douceur... L'ennui, c'est qu'en repartant, ils ne sont pas sûrs de retrouver l'itinéraire ! Et c'est seulement alors que la vraie quête commence, car l'on cherche souvent ce que l'on a perdu, et perdu bêtement d'ailleurs. Et l'on marche, et l'on marche, et l'on s'égare toujours davantage, dans la nuit épaisse de la forêt.
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Laqueus contritus est, et nos liberati sumus

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coeurderoy
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par coeurderoy »

Vous savez philémon, je crois au "monastère invisible", âmes vraiment contemplatives tel Benoit Joseph Labre, rejeté de l'abbaye de Sept-Fonds et menant dans le monde une vie cachée, humiliée véritablement pauvre... Le père Molinié, citant un abbé, dit que s'il se trouve deux âmes vraiment contemplatives dans une abbaye c'est...une bonne abbaye.Il ajoute que bien des monastères (douloureux) prisons, hôpitaux, situations familiales insolubles renferment d'authentiques contemplatifs, ignorés du monde, méprisés (et que vous ne trouverez pas en superbes photos couleurs dans les magazines chrétiens :/ )

Je suis convaincu (parce qu'il y a un Bénédictin de mon âge dans la famille de mon épouse) que beaucoup d'âmes qui auraient dû trouver leur vocation normale dans l'union à Dieu, la louange et le sacrifice d'une vie entièrement donnée à Dieu n'ont pas pu trouver la porte...
Les ordres religieux ont été eux aussi touchés par la crise moderniste, les sanctuaires modernisés sont parfois devenus des repoussoirs et dans les plus traditionnels la "gentry catho" a parfois eu tendance à se retrouver très identitairement (et ostensiblement), et le discours ambiant volontariste, recherchant l'efficacité immédiate, chiffrable, valorisante a excessivement promu (à mon goût) l'état laïc, méprisant du même coup la vie mystique et les ordres contemplatifs...
Espérons vraiment que, comme aux temps barbares, les monastères auront un rôle primordial à jouer dans la sauvegarde des valeurs de la civilisation chrétienne et ne deviendront pas lieux de vacances confortables pour nantis stressés en recherche de bien-être spirituel...

Bien fraternellement !
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philémon.siclone
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par philémon.siclone »

coeurderoy a écrit : Espérons vraiment que, comme aux temps barbares, les monastères auront un rôle primordial à jouer dans la sauvegarde des valeurs de la civilisation chrétienne et ne deviendront pas lieux de vacances confortables pour nantis stressés en recherche de bien-être spirituel...

Bien fraternellement !
Rien de neuf sous le soleil de Gargamel. Dans les temps dits "barbares", rares n'étaient pas ces chevaliers fringuants, maniant aussi bien l'épée que le jeu de dés, qui, lorsque se présentait soudain un profond moment de blues, allaient piteusement se réfugier dans un monastère où ils restaient quelques temps, avant de s'en retourner aux joies du monde. Les cadres d'aujourd'hui ne sont pas si différents des cadres d'hier. Plus ça va, et plus je constate que le monde change... si peu ! Le décor évolue, certes, comme chante Renaud, mais la société reste la même. Le coeur des hommes reste avec force entêtement le même ! Les vénérables parents de la petite Thérèse ne se sont-ils pas eux-mêmes heurtés à la porte du couvent, pour la raison qu'ils ignoraient le latin ? Ensuite, ayant résolu de vivre comme frère et soeur, il fallut donc que ce soit un curé qui les décidât à copuler. Mais Dieu les a bien vengés ! Donc, rien de neuf, mon cher, rien de neuf...

Et parmi ce troupeau de bêtes à peau humaine qui compose la faune de la terre basse, chacun transporte en son corps son petit Temple ambulant, son monastère invisible et fermé par le voile impénétrable du visage, ce sépulcre sur pattes obstrué sous une lourde pierre, et en son centre une cellule tantôt proprette, tantôt (et parfois dès le lendemain !) sens dessus dessous, avec sa table pour écrire, son prie-Dieu pour s'agenouiller, sa stalle pour psalmodier, sa miséricorde pour se reposer et s'assoupir, et puis aussi quelque part, dans un coin, un coffre rempli de vilaines choses, que parfois l'on ouvre et répand au-dehors. Alors, c'est tout le Temple qui s'en trouve souillé... Mais ensuite, on se dirige une nouvelle fois vers la placard à balai, et après avoir fait son petit ménage, tout recommence...
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par coeurderoy »

Oui , la Chartreuse était...peut-être indigne de Monsieur Martin... mais le prêtre qui conseilla aux époux de s'unir charnellement en légitime mariage fit preuve de bon sens et d'intelligence à mon avis. Même si les tendances jansénistes semblent très étrangères à l'esprit des Buissonnets (voir les correspondances très cocasses et pleines de santé de Zélie Martin), beaucoup d'âmes de cette génération voyaient dans l'union des corps un "moindre mal" et non un Bien, ce qu'elle est véritablement...
Si vous vivez en banlieue (ce que j'ai connu cinq ans), vous devez réaliser que les mortifications ne sont nullement à rechercher.... les monastères me semblaient de vrais paradis comparé à cet univers bruyant, sale, déshumanisé... c'est pourquoi je pense souvent que certains religieux ne mesurent pas toujours le luxe que constituent aujourd'hui la beauté de l'environnement, l'espace vital, le silence, la vie fraternelle...
En tout cas il est normal (et juste) que ces lieux de prière soient largement ouverts à toutes les détresses, aux personnes isolées, aux "floués" de la vie...
En revanche je sais que moines et moniales sont taillés de la même étoffe que nous : je les aime mais évite de les mettre sur un piédestal, les plus saints sont les plus proches des grands pécheurs (amitié spirituelle et fraternité que je ne ressens pas personnellement dans les paroisses : trop d'apparences "mondaines", de réserve, d'habitudes peut-être)

Bonne soirée philémon ! :)
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papillon
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par papillon »

oui, j'ai connu de ces moments bénis, mais ce n'était pas dans un monastère, c'était dans la taïga hivernale, au milieu de nulle part, à 600km du vilage le plus proche.
Je me souviens de cette fin de journée où j'avais quitté notre camp, chaussée de mes raquettes , pour marcher sur les rives du lac gelé. J'adorais ces marches en solitaire, faites tout doucement, paisiblement, sans faire de bruit. Le soleil couchant allongeait ses dernières traînées roses sur une neige immaculée, le silence était total, une profond sentiment de paix m'envahissait, qui m'aurait fait dire que peut importe ce qui pouvait m'arriver, tout était bien. Je suis passée tout près d'un groupe de lagopèdes (perdrix blanches) couchées dans la neige. A mon étonnement elles m'ont regardée sans émoi, comme si j'étais une des leurs. Je me suis arrêrée pour les observer. Elles étaient magnifiques ,comme des colombes de paix. Il était impossible d'imaginer quelque violence en cet instant, comme si nous étions dans un autre monde
Je me souviens aussi de ces nuits sans nuages où mon homme et moi, chaudement vêtus, allions nous étendre dans la neige pour admirer l'immensité et l'incroyable beauté du ciel étoilé et que pour nous faire la fête, le ciel nous envoyait des aurores boréales roses et vertes qui dansaient avec les étoiles.
Dans ces moments inoubliables, comme nos petits problèmes nous semblent petits!
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Fée Violine
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Re: Le temps du monastère

Message non lu par Fée Violine »

Qu'il y a donc de belles choses à lire sur ce forum !!! :amoureux:
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