L'âne mitré

Anthropologie - Sociologie - Histoire - Géographie - Science politique
Avatar de l’utilisateur
Pneumatis
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 1937
Inscription : jeu. 19 févr. 2009, 17:22
Localisation : Châteaubriant
Contact :

L'âne mitré

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour,

Je voudrais savoir si quelqu'un de caler en histoire pourrait me faire un topo sur l'ancienne "tradition" de l'âne mitré, qui consistait en une forme d'humiliation des ecclésiastiques, faisant marcher un âne affublé des attributs sacerdotaux, notamment pendant la révolution française et la volonté de déchristianisation. J'en ai trouvé aussi des traces au XVIème siècle...

J'ai entendu dire, sans conviction quant à la crédibilité de ma source ni de ma mémoire, qu'à une certaine époque, cette "humiliation" était une tradition populaire tolérée par l'Eglise, histoire de laisser de temps en temps, au cour d'une fête annuelle par exemple, le peuple se moquer un peu de ses "saints pères". Je ne sais pas ce qu'il en est, et j'avoue que j'aimerai bien avoir plus d'informations là-dessus.

Merci pour toutes les informations que vous pourrez apporter.
Site : http://www.pneumatis.net/
Auteur : Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013
Avatar de l’utilisateur
Emanuel
Barbarus
Barbarus

Re: L'âne mitré

Message non lu par Emanuel »

Cherchez "fête des fous".

Au minimum moyennâgeuse sans volonté d'humilation mais plutôt d'humilité. Histoire de rappeler au clergé et aux puissants qu'entre ce qu'il savent et ce qu'ils devraient savoir... y a comme un abîme (sans jeu de mot). "Abîme" que les prêtres ont quasiment fait disparâtre de toutes les églises. Vous qui savez (presque) tout sur le blason...
Avatar de l’utilisateur
coeurderoy
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 5771
Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
Localisation : Entre Loire et Garonne

Re: L'âne mitré

Message non lu par coeurderoy »

Bonjour, Pneumatis et Emanuel,
je connais les représentations révolutionnaires (violemment anti-cléricales) où effectivement chapes, chasubles, mitres, reliques furent volontairement profanées et portées en "procession" à dos de mulet. M'étant intéressé de près au vandalisme des années 1792 et suivantes, on retrouve cette constante par ex. : nombres d'édifices sacrés (choeurs de cathédrales, de grands monastères) furent convertis en écuries, voire haras (Cluny), relais de poste (St Julien de Tours). Pour être clair (et connaissant la délicatesse des septembriseurs), on a pris un malin plaisir à souiller, au sens "propre"- mot très malvenu - les espaces liturgiques (sanctuaires, autels) en y stationnant des animaux qui évidemment y répandaient leur urine et excréments. Les exemples sont innombrables : le fumier des écuries semblait aux hommes de la Terreur l'encens le plus digne et le plus agréable à ce Dieu auquel ils croyaient encore dans leur volonté de l'offenser !

Ce qui est drôle c'est qu'ils oubliaient que Saint-Bernard, dans un sermon sur Noël, part de l'image de la crèche et du fumier des animaux pour nous montrer l'image de nos âmes, souvent sombres et malodorantes, dans lesquelles un Dieu daigne pourtant descendre.

Concernant le sain anticléricalisme auquel Emanuel fait allusion, je suis plutôt d'accord avec lui : Fête des Fous, remise à l'heure des pendules, en rappelant au clergé qu'il est du même limon que nous.
A Reims, le Jugement Dernier voit défiler, dans la chaîne des damnés, un moine, un roi, un évêque : pas mal de ces représentations jugées irrévérencieuses furent bûchées par les pieux (!!!) chanoines des Lumières.
Une oeuvre telle le Roman de Fauvel (XIVème) ne se prive pas de brocarder le clergé (et les autres grands, contemporains du Grand Schisme). Mais cette tradition des Goliards, qu'on retrouve chez Villon ne s'en prend pas au sacré ni au dogme évidemment.
L'esprit des fabliaux (très vert et obscène il faut l'avouer) est sain en ceci qu'il regarde le péché en face, s'en prend aux papelards (dévots hypocrites), moines concubinaires, abbés galants, etc, mais c'est les brocarder pour les rappeler à l'ordre et rire à leurs dépens.
Ce type d'attitude est (à mon goût) trop peu répandu de nos jours où le "béni-oui-oui" consensuel et l'onctuosité ecclésiastique ( passent pour des marques de sainteté, encore que bien des membres du clergé sachent rire des travers de "l'institution"...

(j'essaierai de retrouver ce que Huysmans a pu écrire à ce sujet...)

Cordialement !
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux
Avatar de l’utilisateur
coeurderoy
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 5771
Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
Localisation : Entre Loire et Garonne

Re: L'âne mitré

Message non lu par coeurderoy »

Roman de Fauvel

Image

Image

Voir aussi : Basochiens, clercs de la Basoche.
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux
Avatar de l’utilisateur
Pneumatis
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 1937
Inscription : jeu. 19 févr. 2009, 17:22
Localisation : Châteaubriant
Contact :

Re: L'âne mitré

Message non lu par Pneumatis »

Merci à vous ! En fait c'est surtout à la fête des fous que je pensais, en effet, mais je n'étais plus certain et je croyais faire une confusion entre deux choses distinctes. Merci. C'est l'histoire du hellfest qui m'a fait un peu repenser à tout ça...
Site : http://www.pneumatis.net/
Auteur : Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013
Avatar de l’utilisateur
coeurderoy
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 5771
Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
Localisation : Entre Loire et Garonne

Re: L'âne mitré

Message non lu par coeurderoy »

Oui, d'après certains témoignages il semble que certains abus (permis lors de la fête des Innocents) étaient vraiment croquignolets : certains doctes chanoines devaient faire une sacrée tête... Les grosses déviances (avec le rire gras de Rabelais) sont de l'extrême Moyen-Age semble-t-il. Pour Fauvel (personnage de l'âne roux symbolisant tous les vices de la société), on sait que le thème est né dans l'entourage des clercs de Philippe le Bel : tout le monde y passe "l'apostole (pape) et tous ses frères" les premiers... Plus jeune j'ai moi-même chanté "noun pourrié ana plus mau" (cela ne pourrait aller plus mal !", anonyme provençal, fin XVème s, chanson composée par les Basochiens d'Aix en Provence. C'est très rythmé et presqu'un air à danser : les abus du Parlement, du clergé, des chanoines de Saint Sauveur, des commerçants et même des dandys vêtus à la dernière mode sont passés en revue et vilipendés... Ces chansons étaient interprétées lors de la farce de Momus au cours de la période de la Fête-Dieu au cours de laquelle une certaine liberté de langage était tolérée... On savait aussi rire de tous ces gens sérieux "emportant leur office dans leur garde-robe"...
Plus rigolo et roboratif que nos airs à pleurer qu'on entend habituellement en paroisse !
(j'ai une interprêtation par Les Musiciens de Provence : Musique du Moyen-Age et de la Renaissance, vol 3. Arion 1975...
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux
Avatar de l’utilisateur
Emanuel
Barbarus
Barbarus

Re: L'âne mitré

Message non lu par Emanuel »

A CoeurdeRoy : vous avez la gentillesse de nous gratifier d'un certain nombre d'images anciennes comme cet "âne enseignant". P.e serait-il intéressant d'y adjoindre si vous les avez les textes qui doivent normalement les accompagner.
Avatar de l’utilisateur
coeurderoy
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 5771
Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
Localisation : Entre Loire et Garonne

Re: L'âne mitré

Message non lu par coeurderoy »

http://mediatheque.cite-musique.fr/masc ... 400/06.htm

Image supra : le charivari organisé le soir des noces de Fauvel et de Vaine Gloire (qui attend sagement dans le lit conjugal)



Bonjour,
je n'ai pas le texte : l'enregistrement que j'avais (disque des années 80), je ne l'écoutais guère et m'en suis séparé : il en existe pas mal en collection "musique médiévale".

Le seul auteur identifié du roman est Gervais de Bus ; Il nous présente sous l'acrostiche FAUVEL(Fausseté, Avarice, Vilenie, Variété (Inconstance), Envie, Lacheté) la quintescence des maux qui, selon lui, ravagent la France de Philippe-le-Bel (nous sommes vers 1310). L'Ane roux, Fauvel, désire épouser Fortune, celle-ci lui accorde la main de Vaine Gloire, union d'où naîtront de charmants petits "fauveaux" répandant la corruption au sein des deux pouvoirs laïque et spirituel. C'est le thème principal de ce réquisitoire...
J'ai le souvenir d'une chanson (La mesnie fauveline, qui à mau faire s'incline) où il est dit "L'apostole et tous ses frères, ducs, roys, empereurs vous servent sans contredit, allez à votre besogne, ne devra avoir vergogne Fortune de vous avoir or et argent et avoir" etc...
Il s'agit d'un pamphlet attaquant tout simplement les vices des "Grands" de ce monde dans la plus pure veine moralisatrice.
Rien de nouveau sous le soleil !


et ça, ça vous fait penser à qui ???
http://phalese.consort.chez-alice.fr/Pr ... fauvel.htm
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux
Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 10 invités