Héraldique et usurpation

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Soleil de Minuit
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Héraldique et usurpation

Message non lu par Soleil de Minuit »

Bonjour,

Actuellement j’effectue des recherches sur les changements dynastiques, les « mutationes regni » et leur répercussion sur l’évolution de l’héraldique. Dans ce cadre-là je me suis penché sur les armoiries arborées par la royauté franque, et quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le modèle archétypal du lys était le crapaud mérovingien. Au musée de Reims sur la tapisserie représentant la victoire de Tolbiac, on peut voir Clovis revêtu d’un surcot jaune « semé de crapauds de sable », sur le bas-relief d’Orléans figurant une bataille entre Francs et Germains l’étendard fleurdelisé est apparié avec un étendard chargé de trois crapauds noirs. Au XVIème siècle, dans la chapelle du château de Frankenbourg, dont le fondateur serait Clovis lui-même, on pouvait admirer une fresque figurant les armoiries du roi, « trois crapauds noirs sur champ blanc ». L’armorial du héraut Gelre vers 1400 mentionne l’écu « d’azur à trois crapauds d’or » et l’attribue à Priam présenté comme l’ancêtre de Clovis. L’armorial charolais de 1430 présente l’enluminure du blason du «Roy de Franche en Allemagne, d’or à trois crapau de sinople ». L’armorial de Grünenberg (1483, Allemagne) présente à la page relative au roi de France un écu d’azur à trois crapauds d’or. On sait que le roi Philippe le Bel accorda un fief à son fruitier Adam de Valmondois, à charge pour chaque mutation de seigneur d’offrir deux arçons de selle à cheval, l’un aux armes communes de France, l’autre aux armes de Clovis, on savait donc faire la différence entre les deux armes. Dans « le songe du vergier », œuvre commandée officiellement par Charles V en 1378 il est question des « 3 troys crapaux » de Clovis. L’empereur du Saint Empire Romain Germanique Maximilien 1er commémora Clovis statufié dans la Hofkirche d’Innsbruck : le roi franc y tient un écu parti de trois crapauds et de trois fleurs de lys.

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Michel de Notre-Dame dans ses centuries évoque «Le tres puissant Seigneur, héritier des crapaux » qui « subjuguera sous soy tout l’univers» désignant ainsi le rejeton mérovingien. Blaise de Vigenère cryptographe de Henri IV et naturaliste éclairé écrivait : « J’ai souvent vu par expérience récréative que la cervelle du coq est faite en forme d’un crapeau bien formé et qu’estant renversé de l’autre costé elle ressemble à une fleur de lys, qui sont les armes des Français et des Gaulois »

La transition formelle du crapaud au lys est illustrée sur la quatrième tapisserie de la tenture de la vie de Saint Remi, on y voit un ange apportant les lys de France, il s’agit là de la pieuse légende rapportée par Joyenval. Jean du Tillet dans son fameux « Recueil des roys de France » (1586) considère que l’envoi des armes fleurdelisées à Clovis par un ange est une fable inventée sous Charles VI. Les frères Scévole et Louis de Saincte-Marthe, historiographes du roi, écrivent en 1628 une « Histoire généalogique de la maison de France », mais ils ne font commencer la série de leurs gravures des armes royales qu’à Hugue Capet, estimant eux-aussi que l’histoire de Joyenval n’est qu’une légende.

Mais bizarrement, si tous ces auteurs reconnaissent le caractère légendaire de l’histoire rapportée par Joyenval, tous vont s’employer à nier également le caractère historique des armes crapaudières : Jean du Tillet s’échinera à montrer que les lys étaient déjà les armes mérovingiennes, avec des exemples tels que celui du « soulier de Clothaire 1er » ou encore celui du « bout du sceptre de Chilperic » qui feront sourire les médiévistes. Louis Moréri dans son « Grand Dictionnaire Historique » (1759) écrira : « L’opinion qui donne à la France trois crapaux ou trois couronnes pour armes, est fabuleuse & n’a point d’autorité ; quoiqu’on nous veuille persuader que l’on en voit encore des marques sur les portes de la ville de Bayonne & en quelques autres endroits du royaume(…) mais pour les crapaux, il y a apparence que les fleurs de lis paroissant mal formées dans les vieilles peintures, on les a prises pour ces animaux à qui elles ressembloient en quelque façon ». Cela fera bondir le grand spécialiste du bas Moyen Âge Michel Rouche qui commentera par : « Navrant dictionnaire… » Arrêtons nous cependant un moment sur la troublante similitude géométrique entre le lys et le crapaud stylisé, les deux pétales recourbés ressemblant étrangement aux deux pattes repliées du batracien, mais contrairement à l’opinion anhistorique de Louis Moréri ce serait la forme du lys qui serait dérivée de celle du crapaud et non l’inverse:

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Pourquoi donc ces auteurs de l’Ancien Régime ont-ils farouchement nié l’origine crapaudière des armes de France ? Et même pour aller plus loin pourquoi le symbole du crapaud est-il devenu synonyme de laideur et emblème du diable ? En effet dans le « Dictionnaire archéologique et explicatif de la science du blason » (1901) du Comte Alphonse O’Kelly de Galway il est écrit à l’article « crapaud » : « Dans l’iconographie sacrée, il est le symbole de l’impureté ». Dans l’iconographie traditionnelle on peut effectivement constater que l’écu de Messire Diable est frappé de trois crapauds, tout comme pour les Mérovingiens :

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Les membres d’une confrérie de sorciers de la campagne anglaise du Cambridgeshire, adorateurs du « Dieu Cornu », étaient même surnommés les « Hommes crapauds », preuve s’il en est de la diabolisation du symbole du crapaud, sans compter ses multiples emplois dans les recettes de sorcellerie.

A propos d’ « homme crapaud » la sculpture d’une stalle de chêne de la cathédrale d’Auch nous présente une bien curieuse représentation, celle d’un « roi-crapaud » :

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A voir également le « crapaud de Clovis » présent sur un chapiteau de la Collégiale de Poissy, antérieur à la Collégiale, le seul restant, les autres ayant mystérieusement disparus :

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Pourquoi donc les armes crapaudières de la plus prestigieuse dynastie française, sans laquelle l’Europe aurait basculé dans l’arianisme et la France ne serait pas, comme le rappelle Bruno Dumézil, pourquoi donc ses armes ont-elles été niées, diabolisées et déformées en lys? (alors que, rappelons le, d’innombrables symboles païens se sont parfaitement intégrés au contexte chrétien de l’époque, et que le bestiaire et l’héraldique médiévale sont truffés de tout un tas d’animaux fabuleux).

Pour répondre il faut se pencher sur l’histoire du dernier mérovingien connu de l’histoire officielle, Dagobert II: le 23 décembre 679 alors que Dagobert II chasse dans la forêt de Woëvre près de Stenay il fait halte près d’une fontaine pour se reposer et s’endort après avoir imprudemment donné congé à sa garde. Profitant de l’occasion, l’un de ses serviteurs s’approche de lui et lui porte un coup terrible avec sa lance : la lame lui crève l’œil, traverse son cerveau et le tue sur le coup. Sa garde le retrouve cloué à un arbre. Deux siècles plus tard il est reconnu saint et martyr et mystérieusement canonisé par un concile métropolitain, sa dépouille est placée dans une chasse d’or et d’argent de la basilique Saint Dagobert. A noter qu’un récit de la vie du dernier mérovingien, fait état d’une résurrection opérée par l’évêque Arbogast, un autre Saint, sur la personne de Dagobert II, qui tel un nouveau Lazare se relève d’une chute mortelle, après un accident de chasse au sanglier.

Le commanditaire de l’assassinat est le maire du Palais Pépin de Herstal, le père du fondateur de la dynastie carolingienne.

Le changement dynastique est donc inauguré dans le sang d’un roi et Saint Martyr de la première race franque, celle dont il est coutume de dire qu’elle a posé par son baptême l’acte fondateur de la France. Voilà donc un crime ignominieux et un terrible scandale, de nature à ébranler l’alliance entre le « Trône et l’autel », encore plus scandaleux que la fausse donation de Constantin, le faux le plus célèbre de la Papauté forgé afin d’assoir la souveraineté temporelle du Saint Siège. Ce changement dans les armoiries, cette déformation et cette diabolisation reflètent donc la tentative des usurpateurs pour faire oublier leur forfaiture tout en se constituant une légitimité sur les ruines de la première dynastie. Dans l’histoire il y a des cas similaires, ainsi les successeurs du pharaon Akhenaton de la XVIIIème dynastie firent tout pour supprimer les symboles apposés sur les cartouches, bas-relief et statues qui rappelaient le règne de ce pharaon, soit en les recouvrant, soit en les détruisant.

Il faut savoir que le terme « rois fainéants » n’est pas un quolibet républicain comme on pourrait le croire. L’expression « rois fainéants » apparaît au IXème siècle sous la plume d’Eginhard, le biographe de Charlemagne, qui pour légitimer l’avènement de la nouvelle dynastie explique que les Mérovingiens «n’avaient plus de roi que le nom ». Certains auteurs, tournant en dérision l’explication carolingienne, jouèrent sur le mot fainéant : « les rois faits néant », c'est-à-dire « réduit à néant », pour bien rappeler l’assassinat politique du Saint Martyr et dernier roi mérovingien Dagobert II par Pépin de Herstal. Ainsi un bon millénaire de l’histoire de France est l’histoire d’une usurpation, l’histoire d’un tabou.

On peut se poser la question de savoir s’il y eut une descendance mérovingienne après Dagobert II et cela fit d’ailleurs couler beaucoup d’encre, certains auteurs faisant allusion à son fils putatif Sigisbert IV qui aurait fait souche dans le Razès, mais officiellement tout s’arrête à Dagobert II. Ceci dit, l’hypothèse n’a rien d’absurde, lorsqu’il est mort Dagobert II avait déjà 27 ans, ce qui pour l’époque n’était déjà plus la prime jeunesse, et il s’était marié 13 ans auparavant en 666 avec la princesse irlandaise Mathilde, et un roi, plus qu’un autre, doit se soucier d’avoir descendance.

Quoiqu’il en soit, il est un personnage de l’histoire de France ou plutôt devrait-on dire de l’histoire du Royaume franc de Jérusalem qui entretient une relation spéciale avec la lignée mérovingienne, il s’agit de Godefroy de Bouillon, duc de Basse-lorraine, chef de la première croisade et « Avoué du Saint Sépulcre ». Godefroy de Bouillon fut, avant de partir en croisade, seigneur de Stenay, lieu où fut assassiné Dagobert II et plus tard où furent mises en chasse en la basilique Saint Rémi ses reliques. En l’an 1093 Godefroy de Bouillon établit par un diplôme le culte de Saint Dagobert, comme son père Godefroy le Barbu l’avait déjà fait 24 ans auparavant en 1069. Entre parenthèses et pour revenir à l’héraldique la ville de Stenay présente une curiosité dont on peut prendre connaissance en allant sur le site généalogique de la lorraine : « Stenay est appelée à l’origine Satan ou Saten puis Satanacum. C’est pour cette raison que les armes de Stenay se présentent quelquefois dans un cartouche au sommet duquel figure une tête de Satan » et plus loin sur les armes communes : « On remarquera que le lion d'or sur fond d'argent fait de ce blason des armes en enquerre, c'est à dire des armes composées contre les règles ordinaires (métal sur métal) et au sujet desquelles il faut s’enquérir. Les armes les plus connues de ce type sont celles du Royaume de Jérusalem : d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée le quatre croisettes de même. Or c'est précisément Godefroy de Bouillon, roi de Jérusalem, seigneur de Stenay, qui fortifia la ville. C'est-peut être pour cette raison que les métaux du blason de Stenay sont identiques à ceux de Jérusalem »

Sur le personnage de Godefroy de Bouillon lui-même est attaché un fabuleux et fameux récit, celui du Chevalier au Signe, qui inspira le Lohengrin de Wagner. L’existence de la légende de l’ascendance merveilleuse des Bouillons est attestée dès la fin du XIIème siècle dans une lettre de Guy de Bazoches. Toujours à la fin du XIIème siècle, la « Chanson d’Antioche » rappelle comme des faits bien connus le séjour du Chevalier au Signe à Nimègue et son mariage avec la duchesse de Bouillon. Or la particularité du Chevalier au Signe, tel que nous le présentent les vieilles légendes, est qu’il est tenu au secret sur ses origines, Wolfram von Eschenbach le fait s’évanouir dans les airs sitôt qu’il révèle qu’il est le fils de Parzival. C’est donc l’image d’un chevalier à l’identité cachée que les troubadours et minnesinger du XIIème et XIIIème siècle ont décidé d’accoler au personnage de Godefroy de Bouillon.
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par coeurderoy »

Clovis n'avait évidemment pas d'armoiries au sens propre : l'héraldique n'existant pas au Vème s !
Au Moyen Age de nombreux récits légendaires (tardifs) liés à la conversion du "Fort Roy Clovis" font intervenir des personnages fabuleux pour donner une origine céleste aux Fleurs de Lys des Capétiens. Les deux tapisseries visibles à Reims (mi XVème, Arras ou Tournai) appartenaient à une "tenture" (un cycle) dont plusieurs pièces subsistaient encore au XIXème s. Parmi les pièces disparues, la remise de l'écu fleurdelysé à Clotilde par l'ermite de Joyenval (plus tard abbaye dans les Yvelines actuelles). L'écu miraculeux aurait été apporté du Ciel par un ange. D'autres légendes situent l'apparition du messager céleste lors de la conversion du roi paien à Tolbiac. Il s'agissait de montrer évidemment qu'aux crapauds liés aux cultes chtoniens, animaux repoussants, emblèmes de barbarie, se substituait un emblème célestiel (rapidement devenu emblème marial : pureté et fécondité y étant associées).
Les héraldistes sérieux cherchent l'origine du lys soit dans la fleur d'iris (les armoiries de Lille, un lys, étaient iris à l'origine et se sont "alignées" sur les armes de France), soit dans "l'angon" des Francs, fer de lance stylisé qui serait devenu fleuron. Notons que les représentations (magnifiques) des tapisseries présentées à Reims dans la salle du Banquet Royal sont tardives : le peintre qui a fourni les cartons, un flamand des années 1450 est l'exact contemporain des grands traités d'Héraldique très en vogue alors dans la "gentry" déclinante (Livre des Tournois de René d'Anjou, par ex.) époque où la vogue des ascendances fabuleuses et la prolifération des emblèmes, devises et armoiries bat littéralement son plein...
Pour le reste, et sans vouloir aucunement vous blesser, vous mêlez des éléments et images très composites à des considérations de "curieux" ou érudits n'ayant aucun poids historique...
Cordialement !
Dernière modification par coeurderoy le ven. 10 juil. 2009, 19:32, modifié 2 fois.
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Saint Bernard de Clairvaux
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Re: Héraldique et usurpation

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Les deux abeilles (ou cigales) subsistant des 300 trouvées dans le tombeau de Childéric à Tournai : il ne s'agit pas de crapauds...

Rappelons que Napoléon Ier s'interessa beaucoup au trésor de Childéric (découvert en 1653) et utilisa les "cigales-abeilles" (?) pour son héraldique personnelle, effaçant les fleurs de lys d'Ancien Régime(pour un être aussi abject qui laissa ses soldats se dém..er pour revenir de Russie et programma froidement l'assassinat du Duc d'Enghien, je trouve que les crapauds légendaires eussent fort bien convenu, mais le Môssieu n'en était pas à un mensonge ni à une imposture près !!!)

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Re: Héraldique et usurpation

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[quote="Soleil de Minuit"

l’histoire de Joyenval n’est qu’une légende.

le caractère légendaire de l’histoire rapportée par Joyenval

[/quote]

Joyenval n'est pas un chroniqueur mais un lieu géographique (ancienne abbaye), commune de Chambourcy, Yvelines.
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Emanuel
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par Emanuel »

Je vous suggère d'aller voir ici :

http://pagesperso-orange.fr/michel.maug ... j/Gled.htm

Egalement de vous reporter à l'étymologie grecque du mot "crapaud" qui pourrait être en relation avec "Phrynée" (qui se souvient des vertus). Voir aussi ce qu'on dit du "crapaud" comme pièce mécanique (et accessoirement dans les arts du feu).

Voir aussi ce qu'on dit de l'iris des marais.

Sans oublier la "légende" mérovingienne.

Mais bien sûr je fume la moquette.
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par coeurderoy »

On peut faire dire n'importe quoi aux étymologies. Ce que je conteste c'est la "méthode" qui, partant d'un document daté de 1450 où Clovis est représenté avec l'armement le plus perfectionné (celui qui permit à Charles VII de conquérir la Normandie : bombardes, traits à poudre, bref le nec plus ultra de la haute technologie de l'époque) se permet d'extrapoler en appliquant les armoiries représentées sur ladite tenture à un homme ayant vécu...1000 ans plus tôt . Exactement comme si un "historien" du futur, prenant les symboles et drapeaux de l'ONU les utilisait pour décrire symboliquement l'état d'âme de Godefroy de Bouillon lors de la prise de Jérusalem...
On peut aimer héraldique et symbolique, si l'on "fait des enfants" à Madame Histoire, on est prié, en l'engrossant de ne pas faire naître des monstres !
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Emanuel
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par Emanuel »

Perso je ne me sens concerné que par les crapauds, l'iris, le glaïeul et la fleur de lys... le reste??? De je me contente de suggérer après chacun fait comme il veut. Cependant mes suggestion ne sont pas totalement innocentes.
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Soleil de Minuit
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Re: Héraldique et usurpation

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Voici ce que l’on peut lire dans le tome premier de « l ’Encyclopédie méthodique (Avec approbation et privilège du roi)» de 1784, à l’article « Fleurs de Lis »

« Dans la découverte faite à Tournay, en 1653, du tombeau de Childeric I, on y trouva l’anneau de ce prince, environ cent médailles d’or des premiers empereurs romains, deux cents autres médailles d’argent toutes rouillées, un javelot, un graphium avec fon ftylet & des tablettes, le tout garni d’or ; une figure en or d’une tête de bœuf avec un globe de criflal, & des abeilles auffi toutes d’or, au nombre de trois cents & plus. Cette riche dépouille fut donnée à l’archiduc Léopold, qui étoit pour lors gouverneur des Pays-Bas ; & après fa mort, Jean-Philippe de Schonborn, électeur de Cologne, fit préfent à Louis XIV, en 1665, de ces précieux reftes du tombeau d’un de fes prédéceffeurs : on les garde à la bibliothèque du roi.

M. Chifflet prétend donc prouver par ce monument, que les premières armes de nos rois étoient des abeilles & que des peintres & des fculpteurs mal-habiles ayant voulu les repréfenter, y avoient fi mal réuffi, qu’elles devinrent nos fleurs de lis, lorfque dans le douzième fiècle, la France & les autres états de la chrétienté prirent des armes blafonnées : mais cette conjecture nous paroit plus imaginaire que fondée : parce que, fuivant toute apparence, les abeilles de grandeur naturelle & d’or maffif, trouvées dans le tombeau de Childeric I n’étoient qu’un fymbole de ce prince, & non pas fes armes. Ainsi, la découverte qu’on a faite, en 1646, du tombeau de Childeric II, en travaillant à l’églife de S. Germain-des-Près, on trouva quantité de figures du ferpent à deux têtes, appelé par les Grecs amphifbène, lefquelles figures étoient fans doute le fymbole de Childeric II, comme les abeilles l’étoient de Childeric I. »


Plus récemment, le Professeur et académicien Jean-Tullard fait un sort à l’histoire des abeilles :

« Qui a fait coudre les Abeilles de Childéric ?

Ce sont de curieuses abeilles qui sont choisies et ce choix obéit à des considérations politiques.

Ici intervient un nouveau personnage, Vivant Denon, essentiel dans la vie artistique de l’Empire. Il avait été de l’expédition d’Egypte puis nommé en novembre 1802 directeur du Musée central des Arts, le Louvre. Il fut un véritable ministre des Beaux-Arts s’occupant de la frappe des médailles comme de l’élaboration de la colonne Vendôme et inspirant les enrichissements du Musée Napoléon. Comment n’aurait-il pas été mêlé au sacre ? C’est lui qui joue avec Joseph Gay, l’architecte lyonnais, le peintre Isabey qui dessine les armoiries impériales et l’orfèvre Biennais, un rôle déterminant dans la conception des abeilles. L’aigle faisait référence à Rome (rien à voir avec celui de l’Autriche ou de la Prusse), la couronne s’inspirait de Charlemagne, les abeilles se réclamèrent des Mérovingiens.

Parmi les bijoux retrouvés dans la tombe du père de Clovis, Childéric, en 1653, auraient figuré des abeilles. S’agissait-il d’abeilles plutôt que des grillons ou de cigales, symboles de la mort et de la résurrection ? Ou encore de mouches, l’expression d’abord employée ? Ou de symboles phalliques ? Difficile de juger. Le trésor fut volé en 1831 au cabinet des médailles. Mais Jean-Jacques Chifflet avait eu le temps de l’interpréter dans son « Anastasis Childeric I. Francorum regis, sive thesaurus sepulchralis. Tornaci Nerviorum effossus et commentario illustratus », publié à Anvers en 1655. Selon Chifflet le manteau de brocart de soie pourpre dont on avait retrouvé des restes dans la tombe aurait été couvert d’abeilles d’or. Les deux abeilles encore conservées portent sur l’envers des petits anneaux qui laisseraient supposer qu’elles ont été cousues sur une étoffe. De là à en conclure qu’elles étaient le symbole du roi franc Childéric, il n’y avait qu’un pas vite franchi. Trois cents abeilles d’or auraient été cousues sur le manteau royal. Les retrouver sur le manteau impérial était souligner la continuité de Childéric à Napoléon. D’autant qu’une tradition affirmait que les fleurs de lys de la monarchie venaient de la stylisation des abeilles mérovingiennes. De ce symbole Napoléon tirait sa légitimité.

Pas question de reproduire telles quelles les abeilles (si abeilles il y a) de Childéric. Vivant Denon et Isabey stylisèrent ces insectes en déployant leurs ailes pour leur donner l’apparence d’une fleur de lys. Napoléon n’était plus seulement l’héritier des Mérovingiens et des Carolingiens, mais aussi des Capétiens. Par la suite on revint aux abeilles traditionnelles, thème décoratif au même titre que l’aigle ou le N entouré de lauriers. »

Les chercheurs postérieurs considérèrent que du fait de la méconnaissance générale de l’art mérovingien au XVIème, le trésor du tombeau de Childéric I avait été mal interprété et l’abbé Cochet, grand archéologue normand qui réétudia le tombeau de Childéric I au XIXème siècle d’ironiser sur les travaux de Chifflet : « Tout hérissé de grec et de latin, tout saupoudré de noms d'auteurs et d'extraits ce livre n'est guère qu'une nouvelle pierre sépulcrale scellée sur la tombe du roi franc ».

Le grand médiéviste Laurent Theis dans son « Clovis » paru en 1996, date du 1500ème anniversaire du Baptême, passant en revue les différentes explications concurrentes concernant les armes mérovingiennes conclut : « Quoi qu’il en soit, la présence des crapauds l’emporte largement sur celle des croissants. Outre la majorité des textes qui traitent de l’origine des fleurs de lys, on la retrouve sur des miniatures, des tapisseries, par exemple celle que le duc de Bourgogne Jean Sans Peur offrit au dauphin Louis de Guyenne, le fils aîné de Charles VI, mort prématurément en 1415 ».

Nous pouvons donc conclure que Chifflet, plus archéologisant qu’archéologue dans un siècle ignorant tout de l’art mérovingien, s’est trompé de bonne foi en faisant des abeilles, qui n’étaient que l’emblème personnel de Childéric I, les armoiries des Mérovingiens, mais qu’en revanche la récupération du symbole par, somme toute, un usurpateur ayant usurpé d’autres usurpateurs, est une manoeuvre politique frauduleuse qui par une étrange ironie de l’histoire a fait choux blanc, puisque Bonaparte n’a pas endossé les insignes mérovingiens, mais seulement l’emblème personnel de Childéric I. Entre parenthèses notez que dans le tombeau de Childéric II ce ne sont pas des abeilles que l’on a retrouvées, mais des amphisbènes, c’est à dire des serpents monstrueux munis d’une deuxième tête sur leur queue...

Il est aussi intéressant de voir dans les écrits comment, dès lors que l’étau monarchique commence à se desserrer, que la menace de l’embastillement sur simple cachet du roi s’éloigne et que l’imprimatur royal n’est plus de mise, les langues commencent à se délier et la recherche historico-héraldique progresse.

Au sujet des anachronismes militaires et vestimentaires des représentations et figurations médiévales, on ne peut pas dire qu’ils constituent véritablement un obstacle à l’identification des personnages. Si par exemple vous regardez la tapisserie ou peinture murale des 9 preux, celle du château d’Anjony ou une autre, vous avez trois héros de l’antiquité, trois héros vétérotestamentaires et trois héros de la chrétienté, couvrant deux milles ans d’histoire si l’on tient compte de la chronologie biblique, pourtant les harnois, caparaçons et armes ne diffèrent guère d’un preux à l’autre, tout est de facture médiévale, mais vous avez la possibilité d’identifier les personnages par un caractère armorial distinctif, ainsi le roi David, le poète des Psaumes , arborant la lyre, ou encore Godefroy de Bouillon fermant la marche avec sa bannière parsemée de croix du Saint-Sépulcre.

Faut-il aussi rappeler qu’à l’époque médiévale les patronymes étaient bien souvent aussi des toponymes, l’attachement à la terre et la rareté des mutations rendant possible l’identification d’un homme avec son « locus », le cas échéant son royaume, son fief ou son apanage. Lorsque le roi battait le rappel de ses vassaux il pouvait fort bien s’exclamer: « Flandres, Bourgogne, Artois etc... à moi ! » et lorsque «Jérusalem approchait » c’était le roi Baudouin qui faisait mouvement.


Le deuxième problème sous-jacent aux armes crapaudières déformées et niées est effectivement celui de l’origine d’une telle symbolique, et j’en ferais probablement un prolongement à mes recherches. Nous tenons de Frédégaire la légende des origines, à savoir l’accouplement monstrueux et adultérin entre la femme de Clodion et une créature marine, dieu ou démon ou autre, l’ayant possédée alors qu’elle était au bain. Il faut mettre cette légende en parallèle avec le souci obsessionnel des Mérovingiens de préserver la pureté de leur sang, c’est ainsi que le premier cercle de consanguinité ou parentèle s’intégrait verticalement à la Sippe royale, ensemble généalogique se ramifiant en une origine commune. La légende serait-elle donc la transcription d’une origine d’outre-mer de la Sippe royale que les armoiries amphibiennes viendraient confirmer ?
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Re: Héraldique et usurpation

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Bonjour,
je sais bien que l'anachronisme est de mise dans les images médiévales et qu'on représente, au XVème par ex. la Rome antique sous l'aspect d'une ville telle que Bruges ou Dijon. Près de chez moi, à Pierrefonds, les statues de Preux (c.1400) que Viollet-Le-Duc a déposées avant la restauration adoptent évidemment le style et l'emblématique de leur temps pour des héros légendaires, représentés comme des contemporains de Charles VI.
Il n'en demeure pas moins vrai pour revenir à nos (moutons) crapauds, que vous citez des armoriaux ou tapisseries de l'extrême Moyen-Age pour étayer une thèse concernant un Mérovingien.
Francis Dallais (Clovis ou le Combat de Gloire), Hervé Pinoteau, d'autres historiens et héraldistes ont, je crois, étudié de près cet emblème du Lys et la légende des armes providentiellement données à Clotilde à Joyenval. Pour les abeilles, je voulais souligner (puisqu'il en subsiste deux tout-de-même) qu'en adoptant votre thèse (armoiries dés le Vème s.),-mais rappelons que parler "d'armoiries mérovingiennes" est un bel anachronisme - ces abeilles auraient dû symboliquement apparaître sur les représentations de l'écu de Clovis païen ou laisser des traces dans l'imaginaire...
Il serait ma foi intéressant que la tombe de Clovis et de Clotilde (sous l'actuelle rue Clovis, près du Lycée Henri IV) soit un jour fouillée. Détruite dans les premières années du XIXème s. l'église Sainte Geneviève,qui abritait les dépouilles royales, fut en effet rasée et, d'après Michel Rouche, aucune fouille ne fut jamais faite sur l'emplacement du choeur où se trouvaient les sépultures...
Guère étonnant pour un élément éminement symbolique de notre passé national. Mitterand (qui connaissait son Histoire et a parlé du donjon de Philippe Auguste, au Louvre, comme aurait pu le faire un monarchiste !) et a eu le mérite (contre l'avis de Lang qui n'y voyait aucun intérêt) de lancer la fouille que l'on sait : il ne risque guère en ce domaine de trouver un successeur en la personne de Nico-ni tête...
Bon courage dans vos recherches !
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Saint Bernard de Clairvaux
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Soleil de Minuit
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par Soleil de Minuit »

Bonsoir,

A propos de la légende mérovingienne, le personnage de Mérovée, à l’origine du terme « Mérovingien » fut l’objet de controverses, non seulement à cause de l’histoire fabuleuse associée à sa conception, mais aussi parce que n’étant pas le premier de sa race, à supposer que son père soit bien Clodion le Chevelu, il n’aurait pas dû être l’éponyme de la dynastie. Le Professeur Godefroid Kurth dans son « Histoire poétique des mérovingiens » (1893) fait état de cette ambiguïté :

« (...)Je crois d’ailleurs à l’historicité du personnage de Mérovée. Sans doute, on aurait pu l’inventer pour rendre compte du nom dynastique ; sans doute, ceux qui lui refusent une existence historique peuvent arguer de ce qu’il n’apparaît nulle part dans l’histoire des Francs, excepté dans ce passage ci, qui est emprunté à une légende mythologique. Mais ces raisons ne suffisent pas pour l’écarter. Le nom que la légende donne à l’ancêtre éponyme des Francs est de ceux qui reparaissent fréquemment dans leur lignée : nous le voyons porté par des fils de Chilpéric, de Clotaire II, de Théodebert II et de Théodoric II : cela est déjà une présomption en faveur du Mérovée éponyme. Et pourquoi se figurer que la tradition poétique des Francs aurait pu se tromper sur l’existence d’un personnage, qu’elle-même plaçait après Clodion, c’est-à-dire dans la seconde moitié du Vème siècle ? L’historicité incontestée de Clodion nous garantit ici celle de son fils Mérovée. Si ce dernier était fictif, la tradition en aurait fait le père de Clodion, et non son fils. D’autre part, Grégoire de Tours, si défiant de la légende, parle cependant du roi Mérovée avec une assurance qui laisse croire qu’il le considère comme connu de tout le monde : à le regarder bien, ce texte semble écrit, non pour nous apprendre l’existence de Mérovée, qu’il suppose universellement connue, mais pour nous mettre au courant de ce qu’on raconte sur son origine. Il en résulterait que le nom de Mérovée lui était connu par ailleurs. Et je crois voir au moins un document dans lequel il aura pu être mentionné : c’est le chant épique sur la jeunesse de Childéric, donc je parlerai dans le chapitre suivant(...) »

La phrase « Quelques-uns croient que Mérovée est de la race de Clodion » de Grégoire de Tours a fait dire à certains auteurs que le général romain Aetius était le père (adoptif ?) de Mérovée, et que ce dernier était à ses côtés aux champs Catalauniques contre Attila et ses Huns.

Quoiqu’il en soit, j’ai préféré dans un premier temps me focaliser sur l’étymologie et la signification de la légende rappelée ici par Godefroid Kurth:

« Un jour que la reine, femme de Clodion, se baignait dans la mer, un dieu s'unit à elle, et de cette union naquit Mérovée, le héros éponyme de la dynastie franque. Le dieu en question est une "Bistea Neptuni", un Quinotaure, un dieu fluvial cornu».

La « Bistea Neptuni » est la « bête de Neptune » ou pour se placer dans le registre de la mythologie grecque, la « bête de Poséidon ». Le « Quinotaure » s’apparente au « Minotaure » : étymologiquement « Minotaure » signifie « Le taureau de Minos ». Rappelons brièvement la légende grecque du Minotaure : Minos, roi de Crète implore Poséidon de lui procurer un superbe animal qu’il s’empressera de lui sacrifier, Poséidon fait alors surgir des flots un magnifique taureau blanc, mais ébloui par la beauté de l’animal Minos se refuse à sacrifier une telle bête et lui substitue pour le sacrifice un autre taureau. Poséidon n’est pas dupe du subterfuge et pour se venger rend la femme de Minos amoureuse du taureau blanc, cette passion conduira à l’accouplement monstrueux du taureau et de la femme de Minos et à la naissance tout aussi monstrueuse du « Minotaure », mi-homme, mi-taureau.

Suivant une construction étymologique similaire, le Quinotaure signifie le « Taureau de Quin », sauf que là nous ne sommes pas renvoyés explicitement vers le nom d’un roi, comme ce fut le cas avec Minos. Cependant le vocable Quin est facilement identifiable: vocable germanique qui a donné en anglais « King », le roi, et que l’on retrouve également dans la fameuse légende médiévale de la « Mesnie Hellequin », c’est-à-dire étymologiquement la « Mesnie du Roi de l’Enfer » («Hell »=enfer en allemand). Le Quinotaure est donc « le taureau du roi », oui mais de quel roi ? mais nous savons aussi que ce Quinotaure est une « Bistea Neptuni », une bête de Poséidon.

Or Platon rapporte dans le « Critias », au sujet de l’Atlantide:

« Des taureaux étaient libérés dans l'enceinte du sanctuaire de Poséidon ; les dix rois y étaient seuls et priaient le dieu de capturer la victime qui lui serait agréable ; sans armes de fer, avec des épieux et des lacs, ils se mettaient en chasse. Celui des taureaux qu'ils avaient capturé, ils le conduisaient à la colonne et l'égorgeaient à son sommet, contre l'inscription. Sur la colonne, outre les lois, figurait un serment qui prononçait de terribles imprécations contre ceux qui le trahiraient. Quand donc, après avoir sacrifié selon leurs lois, ils consacraient tous les membres du taureau, ils remplissaient de vin trempé un cratère, et lançaient un caillot de sang sur chacun d'eux. Le reste était porté au feu et la colonne était purifiée. »

Rappelons que la légende nous dit que l’Atlantide était le « continent » échu à Poséidon, lors du partage du monde entre les dieux et qu’il mit à la tête de l’Atlantide ses dix fils, les 10 rois de l’Atlantide, l’un des rois, l’aîné, étant Atlas, éponyme de l’Atlantide. Toute la vie religieuse de l’île tournait autour du culte du dieu des mers et des océans, Poséidon, souvent représenté avec un trident, emblème de son pouvoir, repris d’ailleurs comme un attribut du diable dans l’iconographie chrétienne.

Le Quinotaure, le taureau du roi et bête de Poséidon, père légendaire de Mérovée, est donc d’après le « Critias » le taureau atlante capturé et sacrifié par l’un des dix rois de l’Atlantide.

Si maintenant on se penche sur l’étymologie de Mérovée, on s’aperçoit qu’elle pose problème et a fait couler beaucoup d’encre car difficilement explicable dans le contexte linguistique du francique. Mais il faut se souvenir que le latin écrivait la consonne v comme la voyelle u et que par exemple nous en avons encore la trace en anglais avec le w qui se dit « double u » et non «double v ». Et dans le mot français « huile » la raison d’être du h est qu’il permettait de distinguer le mot d’un autre mot, à savoir « vile » s’écrivant avec l’alphabet latin « uile ».

Or si l’on regarde dans le « Traité de l’orthographe françoise » (1775) de Charles Le Roy à l’article « Mérovée » on lit ceci : « Mérovée, Troifième Roi des Francois. On a dit aussi Mérouée ; mais Mérovée a prévalu, comme on le voit dans fon adjectif Mérovingien ».

Mérouée est très proche de Mérou. Or le Mérou Royal, dont le nom scientifique est « Mycteroperca rubra », est une espèce de poisson que l’on trouve autour des îles de l’Atlantique (Açores, Madère, Canaries, Cap-Vert).

Pour en revenir aux armes crapaudières des mérovingiens, il est difficile d’y déceler une signification, tant le crapaud a mauvaise presse, il y a peut-être cependant une piste à explorer: Phryné, en grec « Le Crapaud » était le surnom donné à une célèbre hétaïre athénienne du IVème avant JC, une courtisane donc, à la réputation de se monnayer fort chère, elle avait pour amants des notables d’Athènes, comme par exemple le sculpteur Praxitèle qui l’utilisa comme modèle pour son Aphrodite, elle fonda également une confrérie religieuse dédiée au dieu thrace Isodaetes. Il est un fait que les bâtards, malgré l’opprobre rejaillissant sur la vertu de leur mère, avaient un statut reconnu et que la bâtardise fut même codifiée en héraldique : la barre de brisure rouge figurant sur les armoiries des princes du sang permettait de les différencier des enfants de France, les seuls légitimes. Mais il ne s’agit dans ce cas là que d’une altération d’un blason déjà émaillé et meublé, difficilement transposable donc au cas mérovingien. D’autant plus que la bâtardise est généralement synonyme de déchéance d’une lignée, il faudrait donc expliquer pourquoi cette bâtardise-là fut au contraire à l’origine de la race mérovingienne et a même reçu une transcription armoriale.
Vers le Minuit. Là-bas doivent se trouver une montagne du Rassemblement et une couronne...
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gaviano daniel
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par gaviano daniel »

Emanuel a écrit :Je vous suggère d'aller voir ici :

http://pagesperso-orange.fr/michel.maug ... j/Gled.htm

Egalement de vous reporter à l'étymologie grecque du mot "crapaud" qui pourrait être en relation avec "Phrynée" (qui se souvient des vertus). Voir aussi ce qu'on dit du "crapaud" comme pièce mécanique (et accessoirement dans les arts du feu).

Voir aussi ce qu'on dit de l'iris des marais.

Sans oublier la "légende" mérovingienne.

Mais bien sûr je fume la moquette.
Merci pour [votre] précieux renseignement sur cette lance qui est ( fleurdelys ) en un seul mot
Effectivement tout ce rejoint, et dans un sens qui va bien avec l'époque .
Merci
Dernière modification par Raistlin le mar. 09 mars 2010, 17:17, modifié 1 fois.
Raison : Attention aux majuscules et au vouvoiement de rigueur
ET TENEBRAE EAM NON COMPREHENDERUNT
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roiarthur
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par roiarthur »

Bonjour,
est-il possible de savoir dans quel ouvrage de Vigenère vous avez extrait la citation? Cela m'intéresse au plus au point, je suis en thèse de littérature et son oeuvre m'est utile? Je vous en serais très reconnaissant.
RA
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Serbastien
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par Serbastien »

Discussion Très intéressante que je me permets de relancer. Comment s’est passé la thèse, roiarthur?
N’y a-t-il il jamais eu de fouille des tombes de Clovis et Sainte Clotilde?
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Fée Violine
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par Fée Violine »

Serbastien, permettez-moi de vous faire remarquer que roiarthur est intervenu il y a plus de 10 ans et apparemment n'est pas revenu depuis !
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Counillon
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Re: Héraldique et usurpation

Message non lu par Counillon »

Bonjour,
quelques années après…  en lisant La Boétie, je suis tombé sur une allusion aux crapauds comme emblème de France, "les nôtres semèrent en France je ne sais quoi de tel, des crapauds, des fleurs de lys, l'ampoule et l'oriflamme. L'historicité de la légende importe peu, mais La Boétie atteste qu'elle figurait dans l'imaginaire des lettrés de la Renaissance. Merci aux références initiales, qui m'ont permis de retrouver la tapisserie de Reims sur Internet.
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