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Eriluc
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Re: Les poètes

Message non lu par Eriluc »

etienne lorant a écrit :Voici, attribué à Simone Weil, un texte dont je n'ai pas pu cerner l'origine :

IL RESTERA DE TOI,
« Il restera de toi ce que tu as donné
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.
Il restera de toi, de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée.
Ce que tu as donné
En d'autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la retrouvera.
Il restera de toi ce que tu as offert
Entre tes bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu,
Que tu as attendu plus loin que tes réveils.
Ce que tu as souffert
En d'autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la retrouvera.
Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi ce que tu as semé,
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé
En d'autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la retrouvera. »
ce sont les paroles d'une chanson de Michel Scouarnec

Cordialement

Eric
"Être détaché de tout - première condition pour n'être indifférent à rien." [Gustave Thibon]
etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Après Nox facta est, je ne puis m'empêcher d'ajouter "l'Oeil" (l'oeil de la conscience, bien sûr)

La conscience

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

Comme on dit chez nous:
"Ca rime et ça rame, comme tartine et boterham !"

... et la chute est extraordinaire, non ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Dúbida
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Re: Les poètes

Message non lu par Dúbida »

Comme on dit chez nous: "Ca rime et ça rame, comme tartine et boterham !"
Mon Dieu, ils en disent des choses bizarres chez vous :p La chute est extraordinaire, et... effrayante, aussi (et surtout !).

Pour continuer avec Victor Hugo (mais avec une chute, qui, cette fois, est plutôt optimiste) :

Après la bataille

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: - A boire! à boire par pitié ! -
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: - Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. -
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: Caramba!
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
- Donne-lui tout de même à boire, dit mon père.
etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

J'enchaîne avec "l'oeil" par les yeux, et je propose: Les Yeux


Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.

Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.

De Sully Prudhomme

... et parce que les yeux vivent de lumière, j'ai de nouveau fait un crochet serré et je rapporte:

Midi
Midi, Roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine ;
La Terre est assoupie en sa robe de feu.

L'étendue est immense, et les champs n'ont point d'ombre,
Et la source est tarie où buvaient les troupeaux ;
La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.

Seuls, les grands blés mûris, tels qu'une mer dorée,
Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil ;
Pacifiques enfants de la Terre sacrée,
Ils épuisent sans peur la coupe du Soleil.

Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante,
Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
Une ondulation majestueuse et lente
S'éveille, et va mourir à l'horizon poudreux.

Non loin, quelques boeufs blancs, couchés parmi les herbes,
Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,
Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais.

Homme, si, le coeur plein de joie ou d'amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n'est vivant ici, rien n'est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l'oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le coeur trempé sept fois dans le Néant divin

Qu'est-ce qu'il fait chaud tout d'un coup, c'est le moment de prendre une citronade bien fraîche à la manière des gens du Sud !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Dúbida
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Re: Les poètes

Message non lu par Dúbida »

etienne lorant a écrit :... et parce que les yeux vivent de lumière, j'ai de nouveau fait un crochet serré et je rapporte:

Midi
Il n'y a pas que le Sud qui est lumineux...

Chez les Bretons, Théodore Botrel

Si Jésus revenait au monde,
Le doux Sauveur à barbe blonde,
Le Charpentier aux yeux si doux,
Jésus devrait renaître au monde
Chez nous.

REÏKMN
lou ! lou ! lou!
Sonnez les binious,
Car le divin Maître
Va renaître!
lou ! lou ! lou!
Sonnez les binious,
Car Jésus peut-être
Va revenir chez nous.

S'il veut renaître en une crèche,
Dans un petit nid d'herbe fraîche,
Près d'un bœuf au pelage roux,
Nous lui trouverons cette crèche
Chez nous.

S'il veut une Cour bien rustique,
Au cœur tendre, à l'âme mystique,
De bergers sonneurs de binious,
II aura sa Cour bien rustique
Chez nous.

S'il veut de calmes paysages :
Vallons ombreux et verts pacages,
Fleuris de genêts et de houx,
II est de calmes paysages
Chez nous.

S'il veut des simples pour apôtres;
Choisis, comme il choisit les autres,
Chez les pêcheurs graves et doux,
Jésus trouvera ses Apôtres
Chez nous.

S'il veut d'autres Samaritaines
A l'écouter près des fontaines,
Ou sous les pommiers, à genoux,
II aura des Samaritaines
Chez nous.

Mais s'il lui faut un nouveau traître,
Un Judas pour livrer son Maître,
Qu'il renaisse ailleurs, voyez-vous :
II ne trouverait pas un traître
Chez nous.


La devise des Bretons, Lucas

Voyez près d'une mer sauvage
Nos grands chênes aux larges fronts,
Dont le temps, le fer, ni l'orage
N'ont pu déraciner les troncs.

Voyez, pourvu qu'elle chemine
En des sentiers choisis et purs,
Sur nos coteaux la blanche hermine
S'exposer à des périls sûrs.

Le chêne, où s'émousse la hache,
C'est l'homme indépendant et fort ;
L'hermine est la beauté sans tache
Et fidèle jusqu'à la mort.

C'est là le pays de Bretagne,
Où l'on fila jadis le lin,
Au fond de la moindre campagne,
Pour la rançon de Du Guesclin.

C'est le pays de l'Espérance,
De la Foi, de la Charité ;
C'est un diamant de la France
Dans un dur granit incrusté.

Amis, qu'aucun joug ne vous dompte;
Dignes du sang d'où nous sortons
Préférons la mort à la honte,
C'est la devise des Bretons.

J'espère que vous aurez compris que rien ne vaut la Bretagne :siffle:
etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Vive la Bretagne ! Puisqu'on est en pays de mer, si j'ose dire, je relance avec Heredia : Les conquérants.

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;

Ou, penchés à l'avant de blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Ocean des étoiles nouvelles.

Et les conquérants me font beaucoup songer aux paroles de "Conquistador"

Conquistador your stallion stands
In need of company
And like some angels haloed brow
You reek of purity
I see your armour-plated breast
Has long since lost its sheen
And in your death mask face
There are no signs which can be seen

And though I hoped for something to find
I could see no maze to unwind
Conquistador a vulture sits
Upon your silver shield
And in your rusty scabbard now
The sand has taken seed
And though your jewel-encrusted blade
Has not been plundered still
The sea has washed across your face
And taken of its fills

And though I hoped for something to find
I could see no maze to unwind
Conquistador there is no time
I must pay my respect
And though I came to jeer at you
I leave now with regret
And as the gloom begins to fall
I see there is no, only all
And though you came with sword held high
You did not conquer, only die

And though I hoped for something to find
I could see no maze to unwind

(C'est pas du Breton, mais c'est du très, très bon Procol Harum !)

http://www.youtube.com/watch?v=noiLccv3baY
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Les poètes

Message non lu par Dúbida »

Merci, je ne connaissais pas du tout !
etienne lorant a écrit :Vive la Bretagne !
:top:

Vos conquérants m'ont fait penser à...
[+] Texte masqué
Une chanson de Pocahontas, hé oui voilà quelles sont mes références :roule: !

En l'année 1607, embarquons mes amis
Ton or nous fait tourner la tête, Virginia Compagnie
Nous partons tous à la conquête, d'un pays de paradis
Ma foi, notre fortune est faite, Virginia Compagnie
Ta parole est d'or, pardi, Virginia Compagnie

Mmmh mmh...

Pour Dieu , pour l'or et pour la vie, Virginia Compagnie

Sur les plages de Virginie, les galets sont diamants
Le sable d'or est infini, les rivières sont d'argent
Une petite pépite pour Marie, une petite pépite pour moi
Et tous les autres seront pour toi, Virginia Compagnie
Pour Dieu, pour l'or et pour la vie, Virginia Compagnie

Nous chasserons de l'Indien
Au sabre et au fusil
Pour toi, nous n'aurons peur de rien, Virginia Compagnie
Mmmh mmh...

Pour Dieu, pour l'or et pour la vie, Virginia Compagnie


etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Pocahontas me fait m'envoler par-delà les cimes :

El condor pasa

I'd rather be a sparrow than a snail
Yes i would, if i could, i surely would
I'd rather be a hammer than a nail
Yes i would, if i only could, i surely would

Away, i'd rather sail away
Like a swan that's here and gone
A man gets tied up to the ground
He gives the world its saddest sound
Its saddest sound

I'd rather be a forest than a street
Yes i would, if i could, i surely would
I'd rather feel the earth beneath my feet
Yes I would, if I only could, I surely would

http://www.youtube.com/watch?v=cHqT1Gk_Lc8

Après cette chanson notalgique, il faut bien terminer aujourd'hui par Verlaine:

Chanson d'Automne:

http://www.youtube.com/watch?v=W_S-MbRKBE0

Chouette, ce chassé-croisé !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Les poètes

Message non lu par Dúbida »

Après cette chanson notalgique, il faut bien terminer aujourd'hui par Verlaine: Chanson d'Automne
Voilà une chanson qui me semble encore plus nostalgique ! Sinon, El condor pasa, c'est une vraie merveille :>

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine


Verlaine.
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Après la nostalgie, le blues, la déprime, bref, le Spleen !

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Aïe, il va falloir un casque pour continuer, monsieur Charles B. !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Les poètes

Message non lu par Dúbida »

Le mal de vivre, Barbara

Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre

On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à la main
Comme une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C'est pas forcément la misère
C'est pas Valmy, c'est pas Verdun
Mais c'est des larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il à nous faut vivre
Vaille que vivre

Qu'on soit de Rome ou d'Amérique
Qu'on soit de Londres ou de Pékin
Qu'on soit d'Égypte ou bien d'Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin
Qu'il est long lorsqu'il faut le faire
Avec son mal au creux des reins

Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n'en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D'une nuit qui n'en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n'en sont pas revenus

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu'ils devaient vivre
Vaille que vivre

Et sans prévenir, ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous émerveille
Au creux des reins

La joie de vivre
La joie de vivre
Viens, il faut la vivre
Ta joie de vivre

La, la, la, la...
La joie de vivre


Oui, il n'y a pas que du négatif dans la vie quand même :fleur:
etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Retour donc à la bonne et simple joie de vivre avec ce Songe :

Le laboureur m'a dit en songe: "Fais ton pain
Je ne te nourris plus: gratte la terre et sème."
Le tisserand m'a dit: "Fais tes habits toi-même."
Et le maçon m'a dit:" Prends la truelle en main."

Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont, je traînai partout l'implacable anathème,
Quand j'implorai du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout sur mon chemin.

J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle;
De hardis compagnons sifflaient sur leurs échelles.
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.

Je connus mon bonheur, et qu'au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes,
Et depuis ce jour-là, je les ai tous aimés.

(De nouveau Sully Prudhomme)

et faudrait pas oublier les copains !

(Non pas les copains d'abord, trop facile, je choisis "Jojo" le grand copain de Brel (qui lui servait de chauffeur dans ses tournées - c'est vraiment le "gros coeur" qui chante:

Jojo
Voici donc quelques rires
Quelques vins, quelques blondes
J'ai plaisir à te dire
Que la nuit sera longue
A devenir demain
Jojo
Moi je t'entends rugir
Quelques chansons marines
Où des Bretons devinent
Que Saint-Cast doit dormir
Tout au fond du brouillard

Six pieds sous terre
Jojo
Tu chantes encore
Six pieds sous terre
Tu n’es pas mort

Jojo
Ce soir comme chaque soir
Nous refaisons nos guerres
Tu reprends Saint-Nazaire
Je refais l'Olympia
Au fond du cimetière
Jojo
Nous parlons en silence
D'une jeunesse vieille
Nous savons tous les deux
Que le monde sommeille
Par manque d'imprudence

Six pieds sous terre
Jojo
Tu chantes encore
Six pieds sous terre
Tu n’es pas mort

Jojo
Tu me donnes en riant
Des nouvelles d'en bas
Je te dis : "Mort aux cons !"
Bien plus cons que toi
Mais qui sont mieux portants
Jojo
Tu sais le nom des fleurs
Tu vois que mes mains tremblent
Et je te sais qui pleure
Pour noyer de pudeur
Mes pauvres lieux communs

Six pieds sous terre
Jojo
Tu chantes encore
Six pieds sous terre
Tu n’es pas mort

Jojo.
Je te quitte au matin
Pour de vagues besognes
Parmi quelques ivrognes
Des amputés du cœur
Qui ont trop ouvert les mains
Jojo
Je ne rentre plus nulle part
Je m'habille de nos rêves
Orphelin jusqu'aux lèvres
Mais heureux de savoir
Que je te viens déjà

Six pieds sous terre
Jojo
Tu n'es pas mort
Six pieds sous terre
Jojo
Je t'aime encore

Qu'en dîtes-vous ? Quelle pouète ce Brel !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Les poètes

Message non lu par Dúbida »

etienne lorant a écrit :Qu'en dîtes-vous ? Quelle pouète ce Brel !
Ah, je confirme ;)
Comme on est le 18 juin, je me suis dit "de Gaulle", ce qui m'a amené tout naturellement à "guerre", donc voilà :

Barbara, Prévert

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même

Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas

Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara

Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant

Oh Barbara
Quelle connerie la guerre

Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang

Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang

Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
Dernière modification par Dúbida le mer. 23 sept. 2009, 17:08, modifié 1 fois.
etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Bonjour Dubida,

Je suis à peu près certain que ton commentaire de texte "pitoyable" en écrase (de manière parfaite indécente) tout ce que les autres ont fait. Bon, moi je t'ai déclarée vainqueur (au féminin on traduira gagnante) avant même que tu aies commencé à avoir peur ! Je parle simplement sur base de tous ces examens dont je me croyais le perdant, parce que j'aurais pu faire mieux. Peu importe, j'ai confiance !

Allez, zou, je te place un Salty Dog, goûté en 1980 en Caroline du Sud avec ma copine Lisa, et qui constitue (aussi) un apéritif à base de cointreau, vodka, jus d'orange et de citron, le verre étant givré au sel marin: un régal ! (Notez qu'en Europe on dit une Margarita, sauf que le Salty Dog est meilleur !)

Finalement, c'est une question de patience, n'est-ce pas ?

http://www.youtube.com/watch?v=Q6BzNEZxbiw

Feel sure you'll win and recommand you to the prayers of alll.

Etienne
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
etienne lorant
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Re: Les poètes

Message non lu par etienne lorant »

Je n'ai pas cité les paroles de "Salty Dog", les voici:

'All hands on deck, we've run afloat!' I heard the captain cry
'Explore the ship, replace the cook: let no one leave alive!'
Across the straits, around the Horn: how far can sailors fly?
A twisted path, our tortured course, and no one left alive

We sailed for parts unknown to man, where ships come home to die
No lofty peak, nor fortress bold, could match our captain's eye
Upon the seventh seasick day we made our port of call
A sand so white, and sea so blue, no mortal place at all

We fired the gun, and burnt the mast, and rowed from ship to shore
The captain cried, we sailors wept: our tears were tears of joy
Now many moons and many Junes have passed since we made land
A salty dog, this seaman's log: your witness my own hand

(Bon, c'est pas simple, j'admets, j'ai passé des heures à décrypter cette chanson, bien avant que le net me la serve toute cuite !)

A propos du 18 juin et de la guerre, comment trouver un texte qui soit original ?
Mais oui, bien sûr, toujours les classiques : Le Cid:
"Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort - Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port."

Je vais te poser la question que j'ai posée à une bonne centaine de mes "camarades soldats" quand j'ai satisfait à mes obligations militaires...

QUESTION :
Pourquoi le soldat a-t-il un fusil, quand l'officier porte un révolver ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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