je ne sais pas pour vous mais les controverses à propos du Pape me lassent considérablement. C'est pourquoi j'ai décidé d'aborder un sujet d'actualité bien plus intéressant : la loi "création et internet". Et en plus pour une fois que la gauche fait quelque chose d'intelligent cela mérite d'être souligné ! Voici l'info :
Source : clubic.comContre toute attente, l'Assemblée a rejeté la loi Création et Internet telle que définie par la commission mixte paritaire ! L'UMP, en faveur du texte, n'était finalement pas assez représenté dans l'hémicycle pour pouvoir contrebalancer les votes négatifs exprimés par la gauche. Par 21 voix contre 15, le texte est donc rejeté, quelques heures seulement après que le Sénat l'a approuvé !
Qu'est-ce que cette loi "création et internet" ?
C'est le fruit d'un formidable lobbying de la part de l'industrie de la musique. Issu du rapport Olivennes (ex PDG de la FNAC) ce projet de loi dont le but est de mettre fin au téléchargement illégal sur internet prévoyait la "riposte graduée" : on envoie un courrier électronique à l'internaute contrevenant, puis s'il récidive un courrier recommandé, puis on lui coupe sa connexion internet. Le tout sous le contrôle d'une Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet (HADOPI pour les intimes) qui a la possibilité de récolter les adresses ip des internautes et de les transmettre à quiconque les lui demande. Bien entendu ces mesures n'excluent pas d'éventuelles poursuites pénales par les ayants-droit, dont le boulot est ainsi facilité !
Le gouvernement ayant décrété l'urgence l'examen du projet de loi s'est réduit à un passage devant chaque chambre (Sénat et Assemblée Nationale) et en commission mixte paritaire, 7 députés, 7 sénateurs, lesquels eurent la bonne idée de supprimer les atténuations prévues par les amendements : ainsi grâce à la commission mixte paritaire les internautes qui se voyaient privés d'abonnement continuaient quand même de le payer, ceci afin de ne pas priver ces pauvres fournisseurs d'accès internet de leurs revenus. Le vote final a eu lieu aujourd'hui, et l'opposition s'est pointée au dernier moment - afin de ne pas laisser à la "majorité" l'opportunité de repousser le vote - pour voter contre.
Outre le fait que cette loi est liberticide, puisqu'elle généralise et institutionnalise le flicage des gens, et qu'elle prive le citoyen d'accès à internet sans passer par le juge (et si on considère l'accès à internet comme un droit, c'est une chose grave que de laisser à une simple autorité administrative le pouvoir d'en priver quelqu'un !), elle se base sur un postulat très critiquable selon lequel le téléchargement sur internet serait la cause d'un manque à gagner pour les artistes et tuerait l'industrie de la culture.
Techniquement il est très facile d'anonymiser son utilisation d'internet, et même si pour l'instant les technologies d'anonymisation du trafic réseau sont réservées à une élite il y a fort à parier qu'avec de telles mesures politiques les éditeurs de logiciels de partage de fichiers finiront par intégrer par défaut ces technologies d'anonymisation du trafic, rendant le flicage impossible ou si difficile qu'il en deviendrait inintéressant.
Et enfin, plutôt que de vouloir sauver à tout prix un modèle économique obsolète et inadapté à l'ère du numérique, pourquoi ne pas réfléchir à des nouveaux moyens de rémunérer les artistes, tout en prenant en compte et en tirant profit des habitudes du consommateur ? L'artiste n'a aucun intérêt à traiter ses fans comme des voleurs et des criminels !
Quelques ressources :
la quadrature du net : fer de lance de la lutte contre les projets législatifs menaçant les libertés individuelles sur internet ce collectif s'était déjà mobilisé contre la loi DADVSI et se mobilise contre le projet de loi "création et internet", notamment avec l'opération "black-out du net"
http://www.laquadrature.net/fr/readwrit ... sitif-du-p : un rapport commandé par le gouvernement hollandais qui montre que le poste-à-poste ne nuit pas tant que ça à l'industrie de la culture.
http://www.jamendo.com/fr/ : une alternative à la SACEM. Les artistes distribuent leurs œuvres librement et sont payés par les dons des fans, les revenus publicitaires générés par le site, et les concerts qu'ils font. Certains labels ont fait le choix de financer et produire leurs artistes par ce biais-là !



