Beaucoup de réaction à ce sujet :
MONSEIGNEUR PATENOTRE, EVEQUE DE LA MISSION DE FRANCE ET SON CONSEIL
L’évêque de la Mission de France et son Conseil s’associent à la protestation de nombreux catholiques contre la décision de l’archevêque de Récife, au Brésil, d’excommunier une mère et des médecins ayant décidé un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.
Bien sûr l’avortement est un acte de mort ; il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? Comment faire fi de la pratique pastorale traditionnelle de l’Eglise catholique qui est d’écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière morale, de tenir compte du « moindre mal », en particulier dans les situations dramatiques et les cas extrêmes.
Quand on invoque la « loi de Dieu », comment oublier la tendresse de Jésus : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ?
Cette décision abrupte d’excommunier est inacceptable. Elle ne tient compte ni du drame vécu, ni du danger physique et moral encouru par cette enfant.
Nous le disons de toutes nos forces, en ce monde blessé, il nous faut faire surgir des attitudes d’espérance plutôt que d’enfermer dans des condamnations qui trahissent les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.
Nous le disons fermement à tous ceux qui sont troublés, nous ne nous reconnaissons pas dans cette mesure et nous demandons qu’elle soit levée le plus vite possible.
MONSEIGNEUR MARC STNGER, EVEQUE DE TROYES
Marc Stenger, évêque de Troyes, est président du pôle Amérique latine à la Conférence des évêques de France et président de Pax Christi France.
« Cette enfant a été détruite gravement par celui qui l’a violée. S’il faut condamner quelqu’un, c’est le violeur. Du point de vue du strict droit canonique, ce qu’a dit l’archevêque de Recife est juste : nous croyons que la vie est sacrée, qu’elle est un cadeau de Dieu. Mais il existe des circonstances où les personnes sont des victimes, et j’aurais aimé entendre des mots de miséricorde plutôt que de condamnation. Ces propos sont encore plus affligeants dans le contexte que nous connaissons. Alors qu’on parle beaucoup de la levée de l’excommunication de quatre évêques intégristes, il est douloureux d’entendre cette condamnation-là. »
LA VIE
MONSEIGNEUR FRANCIS DENIAU, EVEQUE DE LA NIEVRE
J’ai appris comme tout le monde que la mère d’une fille de neuf ans, enceinte de son beau-père, avait été excommuniée par son évêque au Brésil, avec l’équipe médicale qui avait procédé à l’avortement de sa fille. Comme évêque, je suis solidaire de tous les évêques du monde. La solidarité impose de dire ses désaccords, sinon elle ne serait que complicité. Je dois dire à mon frère l’évêque de Recife – et au cardinal qui l’a soutenu - que je ne comprends pas leur intervention. Devant un tel drame, devant la blessure d’une enfant violée et incapable, même physiquement, de mener à terme une grossesse, il y avait autre chose à dire, et surtout des questions à se poser : comment accompagner, encourager, permettre de sortir de l’horreur, de retrouver sens et goût à la vie ? comment aider la fille et la mère à se reconstruire ? Nous balbutions, surtout nous les hommes, et devons compter sur les femmes pour être là avec plus de présence que de paroles. Mais des paroles de condamnation, un rappel de la loi, aussi juste soit-elle : c’est ce qu’il ne faut pas faire.
Jésus aurait dit que la morale est faite pour l’homme et non l’homme pour la morale. Il a dénoncé l’hypocrisie de ceux qui lient de pesants fardeaux sur les épaules des autres.
Je confesse que j’ai accompagné des femmes avant et après une IVG. Je crois que l’Église catholique assume sa responsabilité sociale en insistant, à temps et à contre-temps, sur le respect de la vie humaine « depuis la conception jusqu’à la mort naturelle ». Nous manquerions à notre responsabilité en taisant cet appel, qui relève de la défense des plus petits et des plus faibles. Après, il s’agit d’accompagner chaque personne, dans des situations où je ne voudrais pas être, et où chacun essaie de faire au mieux de ce qu’il ou elle peut. Dieu nous appelle à des décisions qui peuvent être exigeantes, mais d’abord il nous enveloppe de sa tendresse, et il nous accueille dans les obscurités et les drames de la vie. J’attends des hommes d’Église, mes frères, qu’ils n’utilisent pas son nom pour condamner des personnes ou les enfermer dans la culpabilité.
Francis Deniau, évêque pour la Nièvre
LA VIE
MONSEIGNEUR NORBERT TURINI, EVEQUE DE CAHORS
Mgr Norbert Turini : « Pourquoi ajouter de la sévérité à tant de souffrance ? »
Une fillette brésilienne de neuf ans violée, enceinte de deux jumeaux, une mère accablée, un avortement, une condamnation, une "excommunication" ! L'opinion publique réagit.
Je comprends son émotion.
Pourquoi n'avoir pas gardé le silence devant une telle détresse ?
Pourquoi ajouter de la sévérité à tant de souffrance ?
Beaucoup se questionnent.
Je défends et défendrai toujours, la dignité et le respect de la vie de son origine à son terme et je crois qu'en toutes circonstances, l'attitude de l'Eglise tire sa légitimité de l'attitude du Christ. Ainsi, l'amour et la miséricorde parlent toujours plus fort, dans les évangiles, que la condamnation et l'exclusion. Il n'y a qu'à les ouvrir pour s'en convaincre !
Quel sera l'avenir de cette femme, de cette fillette, à la suite de cette décision ? Qui va les accompagner ? Nous devons en conscience et fidèles à la Bonne Nouvelle nous interroger.
Pour l'heure, je voudrais pouvoir leur dire qu'elles sont et seront toujours aimées par le Dieu de Jésus-Christ que nous appelons Notre Père."
+Norbert TURINI, Evêque de Cahors
LA VIE
LETTRE OUVERTE DE MONSEIGNEUR GERARD DAUCOURT, EVEQUE DE NANTERRE à Monseigneur José Cardoso Sobrinho, Archevêque de Olinda et Recife
Monseigneur,
Vous avez récemment tenu à déclarer publiquement l’excommunication d’une mère de famille qui avait fait avorter sa fillette de neuf ans, enceinte de quatre mois, après avoir été violée depuis l’âge de six ans par son beau-père. Vous avez décidé aussi publiquement l’excommunication des médecins qui ont pratiqué cet avortement. Je réagis donc publiquement à votre intervention par cette lettre ouverte.
Je vous rassure tout de suite : pour moi, l’avortement est la suppression d’une vie. J’y suis donc fermement opposé.
La mère de cette fillette a peut-être pensé qu’il valait mieux sauver une vie que de risquer d’en perdre trois… Peut-être les médecins lui avaient-ils dit qu’un petit utérus de neuf ans ne se dilate pas indéfiniment… Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que dans cette tragédie, vous avez ajouté de la douleur à la douleur et vous avez provoqué de la souffrance et du scandale chez beaucoup de personnes à travers le monde. Dans une situation si dramatique, je crois fermement que nous, évêques, pasteurs dans l’Eglise, nous avons d’abord à manifester la bonté du Christ Jésus, le seul vrai Bon Pasteur. Je suis sûr qu’Il aime cette mère et qu’Il cherche des hommes et des femmes pour l’aider à continuer la route en étant soutenue amicalement, spirituellement et, si nécessaire, matériellement. Je suis sûr qu’Il demande d’apporter de l’amour à cette fillette marquée à vie et à sa sœur aînée handicapée, elle aussi violée. Je suis sûr qu’Il demande à l’aumônerie de la prison de s’approcher du beau-père violeur pour qu’il se repente, se convertisse et redevienne un jour un homme véritable. Je suis sûr que le Christ estime aussi que, si vous le pouvez, vous parliez avec les médecins qui ont pratiqué cet avortement parce que, comme les quarante gynécologues et obstétriciens que j’ai rencontrés il y a quelques mois et dont je n’ai pas partagé nécessairement toutes les positions, la plupart d’entre eux apprécient d’être écoutés et d’entendre divers points de vue alors qu’ils vivent souvent des drames de conscience.
Monseigneur, aidons-nous les uns les autres pour être avant tout des hommes d’espérance en Dieu et en tout être humain !
Je suis en relation d’amitié et de collaboration avec beaucoup d’évangéliques qui sont tout aussi opposés que vous et moi à l’avortement. Ils ne proclament pas cependant de condamnation publique. Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles les communautés évangéliques attirent tant de catholiques aujourd’hui, en particulier au Brésil. Je constate que l’opinion publique ne comprend rien à l’excommunication. Elle la perçoit comme une condamnation des personnes et non une proposition de guérison et de conversion. J’estime donc que nous devons trouver d’autres moyens pour dire à nos communautés que le comportement ou les paroles de tel catholique ne sont pas en accord avec ce que l’Eglise comprend et croit de la volonté de Dieu.
Je ne vous cache pas non plus que je me demande aussi comment on peut dire que le viol est moins grave que l’avortement qui supprime la vie dans le sein d’une mère. Des femmes violées se sont confiées à moi. Certaines ont pu se redresser et avancer dans la vie avec le souvenir de leurs blessures qui ne disparaît jamais complètement. Mais d’autres, tout en étant physiquement vivantes, ont été tuées au plus profond de leur être et n’arrivent pas à revivre. La vie n’est pas que physique, vous le savez bien.
Je n’ai pas pu obtenir le texte complet de ce qu’a dit le Cardinal Re, mais le soutien que – selon les médias – il vous a apporté ne change rien à ma réaction pastorale. Pour la clarté des relations entre évêques, j’envoie un double de cette lettre à Monsieur le Cardinal Re.
Je vous prie de croire, Monseigneur, à mes sentiments attristés, mais aussi respectueusement fraternels, ainsi qu’à l’assurance de ma prière pour vous-même et ceux et celles qui, de loin ou de près, sont concernés par le drame de cette fillette.
Gérard DAUCOURT
Evêque de Nanterre
Le 12 mars 2009
CATHOLIQUE NANTERRE
COMMENTAIRES DE PRETRES SUR CE SUJET :
Père MICHEL DURAND - Lyon
pharisaïsme cardinalice : une honte
Un évêque brésilien excommunie la mère d'une fillette de 9 ans ayant avorté
Hélas, l'actualité de ce lundi 9 mars 2009 a apporté une preuve on ne peut plus concrète du conflit entre attachement rigoureux à la loi et regard miséricordieux envers les personnes, comme je le disais dans
mon homélie de dimanche dernier :
deux domaines s'opposent :
- L'un qui relève de l'amour, de la miséricorde, de la compassion, de l'attention à ce que vivent les personnes : on veut leur bien.
- L'autre qui met en avant le respect de lois attachées à la nature humaine comme l'a bien analysée la psychanalyse. On parle ici de justice. Parfois, la justice d'oppose à l'amour et inversement.
Comment se sortir de ce conflit ? Entre droit canonique et devoir pastoral, n'est-ce pas l'amour qui devrait l'emporter ?
Père MICHEL CLEMENCIN
Vous l'avez lu dans La Croix, le Figaro, le Monde ou ailleurs : «... une Brésilienne de 9 ans, qui attendait des jumeaux après avoir été violée à plusieurs reprises par son beau-père, a subi une IVG. L'archevêque de Recife a aussitôt excommunié la mère de la fillette, ainsi que l'équipe médicale. L'avortement, a-t-il expliqué, est plus grave que le viol. Le beau-père, lui, fait toujours partie de l'Église. Mais il devra se confesser, bien sûr, pour que la machine ecclésiastique lave ses péchés.» Robert Solé, dans le Monde.
Père BRUNO DUBREUCQ
pour quelques évêques qui n'ont rien sous la mître, un autre nous redonne espérance, Merci Mgr Patenôtre !
Communiqué de la Mission de France
L’évêque de la Mission de France et son Conseil s’associent à la protestation de nombreux catholiques contre la décision de l’archevêque de Récife, au Brésil, d’excommunier une mère et des médecins ayant décidé un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.
Bien sûr l’avortement est un acte de mort ; il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? Comment faire fi de la pratique pastorale traditionnelle de l’Eglise catholique qui est d’écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière morale, de tenir compte du « moindre mal », en particulier dans les situations dramatiques et les cas extrêmes.
Quand on invoque la « loi de Dieu », comment oublier la tendresse de Jésus : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ?
Cette décision abrupte d’excommunier est inacceptable. Elle ne tient compte ni du drame vécu, ni du danger physique et moral encouru par cette enfant.
Nous le disons de toutes nos forces, en ce monde blessé, il nous faut faire surgir des attitudes d’espérance plutôt que d’enfermer dans des condamnations qui trahissent les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.
Nous le disons fermement à tous ceux qui sont troublés, nous ne nous reconnaissons pas dans cette mesure et nous demandons qu’elle soit levée le plus vite possible.
Mgr Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France et son Conseil.
Père HENRI MADELIN, Jésuite, politologue au service jésuite européen (l’Ocipe),
Dans le comportement de Mgr Cardoso Sobrinho il perçoit la tendance, assez fréquente dans les pays pauvres – en Afrique par exemple – de prélats qui usent de l’excommunication pour «établir une puissance mal assise». Or, précise-t-il, il s’agit là d’un pouvoir que les évêques «prennent le plus grand soin d’exercer à bon escient»: il est très «rare» de voir brandir l’excommunication contre les «personnes».
Mgr Cardoso Sobrinho ne se comporte pas seulement comme un responsable «en mal de puissance», note Henri Madelin: son tort est aussi de s’en tenir à une lecture erronée de la doctrine. Dans un milieu «aux limites de la subsistance», là où l’on attendrait un peu de «miséricorde», il défend «une perception biologique de ce qu’est une vie humaine».
Ce comportement contraste avec les «manières évangéliques» du précédent archevêque de Recife, Dom Helder Camara, mort voilà bientôt dix ans, en août 1999. Désigné à ce poste en 1985 par Jean Paul II, Mgr Cardoso Sobrinho appartient à la lignée d’évêques conservateurs nommés pour entraver «l’autonomie» jugée à Rome très excessive d’une Eglise brésilienne où prospéraient communautés de base et théologiens de la libération.
En vingt-cinq ans, relève Henri Madelin, il n’a eu de cesse que de liquider ce que son prédécesseur avait réalisé. Pour quels résultats? Si le Brésil demeure la première nation catholique du monde, il est aussi devenu l’un des pays les plus accueillants aux mouvements évangélistes. En trois décennies, l’Eglise catholique aurait perdu 20% de ses fidèles.
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D'autres réactions d'évêques sur l'émoi qu'lls rencontrent auprès des fidèles :
Mgr Michel Dubost, évêque d'Évry-Corbeil-Essonnes
...il va falloir remonter la pente, il constate une «distance» à l'égard de Rome depuis cette affaire. «Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II avaient réussi à ce que l'Église de France les suive. Cette fois, une distance s'est installée vis-à-vis de Benoît XVI. Beaucoup de gens ont eu l'impression que les attentions du Pape étaient unilatérales, uniquement en direction des traditionaliste.
Jean-Michel di Falco-Léandri
La maison brûle....Jean-Michel di Falco-Léandri, évêque de Gap et Embrun, l'exprime sur la base de ses nombreux contacts, tant diocésains que nationaux : «Ce qui m'inquiète vraiment, c'est de voir des catholiques classiques, fidèles à l'Église, fidèles au Pape, bouleversés. Ils ne comprennent plus. Ils sont choqués, jusqu'à confier : “En ce moment, on a honte de dire que nous sommes catholiques.”».
Mgr Jean-Yves Riocreux, évêque de Pontoise
«Beaucoup de fidèles nous relatent un comportement agressif dont ils sont témoins. Ainsi ce cadre qui s'est entendu reprocher la semaine dernière dans son entreprise sur un ton désagréable : “Alors, qu'est-ce qu'a encore fait ton pape ?” Désarçonnés, les fidèles nous demandent un texte d'explication, même si tous les évêques ont déjà beaucoup écrit et expliqué depuis le début de cette crise. Je me réjouis donc beaucoup de la lettre du Pape.»
Mgr Yves Patenôtre, archevêque de Sens-Auxerre
Mgr Yves Patenôtre, archevêque de Sens-Auxerre, dont le champ d'action couvre ce diocèse, mais aussi la Mission de France dont il est évêque-prélat qui regroupe de nombreux prêtres, diacres et laïcs engagés dans tous les milieux professionnels, confirme les dégâts opérés par l'affaire Williamson et la montée subite, ce week-end, de l'incompréhension devant la décision de l'évêque brésilien d'excommunier la mère d'une fillette violée et enceinte de son beau-père, parce qu'elle a dû avorter. «Beaucoup me disent : “ Là, ce n'est pas possible !” Dans un monde déjà dur, l'Église a-t-elle pour mission de condamner ou d'apporter la miséricorde du Seigneur ?»
Mgr Thierry Scherrer, évêque à Laval
Un des plus jeunes évêques de France, constate la même progression - du malaise diffus à la sainte colère. Dans ce diocèse plutôt rural, «la réintégration des quatre évêques lefebvristes n'a pas suscité de réactions idéologiques et de mécontentements affichés. En revanche, l'affaire brésilienne est préjudiciable, car les gens, même bien disposés, se disent écœurés». «Je ne comprends plus, disait l'un deux à cet évêque, on a déjà peu de monde, si on continue comme cela, on va vider les églises».
Pierre de Charentenay, jésuite et directeur de la prestigieuse revue Études
...Les gens se demandent s'il s'agit d'un changement d'orientation et d'option de l'Église catholique ou s'il s'agit d'une affaire liée à un défaut de communication. D'où un grand découragement. Sans parler de l'affaire brésilienne, qui vient comme une accumulation. Les gens sont donc en attente de clarification.».