Je vais rejoindre Steph sur à peu près tous les points

:
1) "Les remarques sur l'utilité de l'art n'ont rien à faire ici" ?
Franchement ?
Concrètement, la mise à l'écart du latin a été le fait d'un courant qui a produit, pour le remplacer, un "art" liturgique" et des "chants liturgiques" sans aucun sens ni beauté.
De l'avis même de personnes absolument pas catholiques, d'ailleurs.
Actuellement, on voit un retour
- d'une part, à des cérémonies belles et priantes, plus soucieuses du sens, de la signification... et qui, même lorsqu'elles sont en langue vernaculaire, font une par au latin ou au grec (Credo, Kyrie, Gloria...).
- à côté de ça, des liturgies en langue latine, au cours desquelles la liturgie de la parole (lectures et homélie) est en langue vernaculaire.
Donc, historiquement et concrètement, la mise à l'écart et le rejet du latin viennent surtout d'un courant qui refuse de chercher la beauté et le sens dans la liturgie.
En ce sens, donc, la question de l'utilité du Beau-en-soi n'est pas hors-sujet.
2) D'autre part, comme on l'a rappelé et comme je viens de le redire et comme je le reredis :
dans une liturgie en latin, qu'elle soit de rite extraordinaire ou ordinaire,
toute la partie enseignement (lectures + homélie) est EN LANGUE VERNACULAIRE. Donc, quel est le sens de votre objection :
"o
n favorisera la compréhension de l'évangile par l'enseignement. Si on met du latin, c'est ralentir cet enseignement pour la plupart des fidèles." ?
L'enseignement est fait
de toute façon en langue vernaculaire ; cela n'a donc rien à voir, il me semble, avec la question de la liturgie en langue latine ou en langue vernaculaire ; puisque la langue d'enseignement est la même dans les 2 cas, alors la question de la langue d'enseignement ne se pose pas...
3) Concernant la traduction, je soulèverai les mêmes points que Steph :
La traduction en langue vernaculaire n'abolit pas les problèmes de compréhension, et parfois en ajoute :
"De plus les prières fondamentales comme le credo ou le pater noster sont simples, elles ne partent pas dans des spéculations mystiques : donc les traductions en langue vernaculaire ne font pas de contre sens ou d'erreurs de traduction."
-> et "
consubstantiel au Père" traduit par
"de même nature que le Père", alors ? Si ce n'est pas une notion théologique ardue et une erreur de traduction, je veux bien être changé en pingouin.
Le Credo, d'ailleurs, expose les questions de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption ; m'est avis qu'en matière de thèmes ardus, on fait difficilement mieux.
On connaît aussi la question, dans le Notre Père, du "ne nous induis pas en tentation", qui pose problème grave en comparaison du "ne nous laisse pas succomber à la tentation".... mais là, j'admets, la traduction latine elle-même est ambiguë et il faut apparemment aller jusqu'à l'original hébreux pour s'assurer d'un sens correct... :-)
La valeur du latin et la reconnaissance de sa valeur n'a rien à voir avec la maîtrise de la langue, donc avec le "niveau" (intellectuel ? culturel ? littéraire ?)
"Troisièmement, vous prenez l'ensemble des chrétiens à votre niveau. Mais je doute que la majorité d'entre eux aient envie d'apprendre le latin pour certaines prières"
Je suis moi-même plutôt scientifique de formation et de métier.
Alors certes j'aime aussi l'Histoire, la Littérature, les Arts ou que sais-je, et certes j'ai fait du latin jusqu'en terminale, mais je n'en ai (malheureusement et je ne m'en vante pas

) gardé que peu de restes, je n'ai absolument pas un niveau valable en latin,
et de toute façon le latin d'Église n'a rien à voir avec le latin classique.
Le latin que je peux suivre et comprendre à la Messe, n'est rien d'autre que celui que j'ai assimilé...en allant à la Messe ! Pas du tout celui que j'aurais pu apprendre (et oublier) ailleurs.
D'autre part, on se montre bien capables de retenir et de comprendre des chansons en anglais, alors pourquoi pas des prières en latin ??
La mauvaise compréhension vient-elle de ce qui est dit, ou de la langue dans laquelle c'est dit ?
"
je pense connaître [la période du Moyen-Age] suffisament pour affirmer que l'écrasante majorité des chrétiens connaissaient très mal le message de l'évangile."
Et actuellement, c'est censé avoir changé ? :-)
"Ils en connaissaient les rites, les fondamentaux, mais c'était sommaire. Combien d'évêques se sont plaint du "paganisme" de leur ouailles encore en plein XIIIe siècle !"
Et actuellement, combien de clercs ou de laïcs se plaignent du paganisme de leurs semblables ?
La langue vernaculaire pour la liturgie ne résoud donc visiblement pas le problème.
Le problème soulevé ici me semble plus relever de ce qui est dit, que de la langue dans laquelle c'est dit. Or, le passage par le latin ou le grec apporte beaucoup ; j'ai suivi, plus jeune, du catéchisme par un vieux monsieur très érudit, et bien sans même que nous en soyions à faire du latin ni du grec à nos âges, ses explications de l'étymologie de "sym-bole" (pour symbole des Apôtres), de "dia-bolos", de "épiscopus", de "martyr", de "consubstantiel",...
...nous apportaient beaucoup en terme de compréhension.
ça me semble même incontournable. Et il me semble en aller de même pour les prières : se demander ce que signifie au juste "et debita nobis debita nostra, sicut et nos, etc..." : "remets nous nous dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs",
me semble très profitable pour prendre pleinement le sens de "pardonner" (et en plus renvoie à la parabole du serviteur mauvais).
"consubstantialem Patri" permet de savoir qu'il vaut mieux dire "consubstantiel" que "de même nature"...
La question me semble donc bien plus d'avoir le souci de ce qui est dit, et du sens : or, pour retrouver le sens, s'assurer qu'il est le mieux rendu et restitué, il faut bien en repasser par le latin.
Et, de plus, il ne me semble pas que l'usage de la langue vernaculaire suffise magiquement à éliminer tout problème de fond...
Quelle que soit la langue choisie, il s'agit d'un intermédiaire : on ne peut pas parler de connaissance directe et de compréhension directe de la parole de Dieu :
"qu'on laisse en paix ceux qui ne veulent pas d'un intermédiaire entre la parole de Dieu et la compréhension de celle-ci : une langue différente."
Dans ce cas, il va falloir des messes en hébreux.
Vu que le passage au latin, puis au français, est forcément un intermédiaire entre la parole de Dieu et la compréhension, et qu'il faut un effort de compréhension et de réflexion pour voir et comprendre ce que la traduction peut atténuer ou diluer du sens premier.
(il suffira de citer, là, le fameux : "je suis celui qui est" - ceci pour illustrer le souci posé par la traduction, qui permet de rappeler à nouveau les erreurs ou approximations de traduction des prières en langues vernaculaires... ...mais dépasse largement la seule question de la langue liturgique.)