Un coup de blues

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etienne lorant
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Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Un coup de blues

Message non lu par etienne lorant »

En découvrant (je commence à peine) les longs courriers que mon père décédé a laissés, ainsi que les notes de quelques-uns de ses confrères, j'ai été saisi ce matin du profond regret et du chagrin de l'avoir parfois traité durement... alors qu'il était assez exigeant comme cela avec lui-même ... et toujours "dans le secret" (puisque c'est l'Evangile de ce Mercredi des Cendres).

C'est ainsi que lors de son temps d'armée, il avait été versé dans une unité spécialisée (un laboratoire "NBC" - armes nucléaires, bactériologiques, et chimiques). Il venait de décrocher une spécialisation en entomologie et les militaires avaient "approximativement" rencontré ses centres d'intérêt. Mais il avait fallu signer une décharge avant le service: en cas d'incident quelconque en manipulant des dérivés du gaz sarin, par exemple, et autres neurotoxiques, l'armée ne pouvait être tenue pour responsable.

Or, il s'est effectivement produit une micro-fuite dans le labo et mon père n'est pas rentré en congé de son unité pendant trois mois. Tout était tenu sous le sceau du secret, bien sûr - après tout, on n'en était qu'au début de la guerre froide. Mais j'ai trouvé un document qui rapporte comment mon père, pour se protéger du risque encouru et suivre un lourd traitement préventif, avait revendu des objets personnels - dont le plus précieux était un microscope dernier modèle. Pendant ce temps, à ma mère qui l'attendait, il écrivait des lettres réconfortantes sans jamais mentionner ses malaises et sa mise en observation à l'hôpital. Il ne voulait pas non plus qu'il y ait une trace dans son dossier professionnel - ce qui aurait pu compromettre ses ambitions dans le domaine de la recherche, et pour cela aussi, il s'est battu.

Ces traits de caractère, que j'ignorais, m'ont beaucoup touché à les découvrir, tant il est vrai que ne l'ayant vraiment rencontré qu'en ses dernières années, je ne l'ai pas connu du tout... ou si peu. Le plus ahurissant, c'est de constater que j'ai hérité, Dieu sait comment, de certaines tournures d'esprit - notamment dans le souci de bien faire mais sans compromission à l'égard des autorités. J'ai vu qu'il souffrait de cela exactement comme je peux souffrir d'un simple contrôle de TVA, parce qu'il faut se justifier. Moi comme lui et lui comme moi, je me suis plaint un jour, lors d'un entretien d'embauche, d'avoir été mis à l'épreuve d'écrire un courrier dans une langue étrangère. J'avais tapé cette lettre directement et sans temps mort et je l'avais remise en disant à mon futur chef de service : "Pourquoi faut-il toujours prouver ce que l'on affirme ?"

En tout cas, devant ces découvertes, j'ai éprouvé le besoin d'appeler une amie pour lui demander comment on fait la paix entre le deuil et le chagrin, et elle m'a bien répondu. Ensuite, par surprise, je suis parti embrasser ma mère qui s'est étonnée de cette visite surprise... je n'ai pas trahi le secret non plus !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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