L'ouvrier de la dernière heure

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Didier_Toulouse
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L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Didier_Toulouse »

Est-ce que vous ressentez comme moi l'insupportable injustice des premiers qui "ont souffert le poids du jour et de la chaleur" et qui reçoivent la même chose que l'ouvrier qui est arrivé à la fin de la journée ?

Même le texte le dit : "Ils s'attendaient à recevoir davantage".

Et pourtant, si on fait un effort de justice, on s'aperçoit qu'il était convenu qu'ils reçoivent chacun un salaire qu'ils ont bien reçu.

Alors pourquoi ressent-on cette injustice puisque ce n'en est pas une ?

D.
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DavidB
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par DavidB »

Didier_Toulouse a écrit :Est-ce que vous ressentez comme moi l'insupportable injustice des premiers qui "ont souffert le poids du jour et de la chaleur" et qui reçoivent la même chose que l'ouvrier qui est arrivé à la fin de la journée ?

Même le texte le dit : "Ils s'attendaient à recevoir davantage".

Et pourtant, si on fait un effort de justice, on s'aperçoit qu'il était convenu qu'ils reçoivent chacun un salaire qu'ils ont bien reçu.

Alors pourquoi ressent-on cette injustice puisque ce n'en est pas une ?

D.

Parce que nous ne pouvons nous empêcher de calculer en se comparant aux autres. Nous sommes rivaux comme naturellement. Si nous étions vraiment juste, nous ferions ce que nous avons à faire et nous contenterions de recevoir ce que la promesse nous propose. Mais comme nous ne pouvons nous empêcher de regarder l'autre, de se comparer, alors on se fait croire que si on fait plus, on mérite plus, alors que ceux de la première et ceux de la dernière ont répondu au même appel et se sont mis à faire ce qui est juste, en travaillant à la vigne. D'autant plus que ceux de la première heure sont les seuls à avoir eue une entente. Les autres sont allé au champ sans savoir le salaire qu'ils recevraient. Je verrait là une mise en garde de faire attention de ne pas faire les oeuvre en cherchant à acquérir la carotte qui est au bout, sinon nous risquerions de voir révélé nos aspirations qui sont peut-être egocentriques?
Dernière modification par DavidB le dim. 16 nov. 2008, 23:19, modifié 1 fois.
Comme un petit enfant, moi aussi, je veux me laisser prendre dans les bras de Dieu, mon Père en Jésus-Christ, me laisser asseoir sur ses épaules, et voir enfin, devant moi, au loin, s'élargir mes horizons.
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Fée Violine
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Fée Violine »

C'est la jalousie.
La jalousie n'est pas rationnelle.
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Christophe
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Christophe »

Bonsoir Didier

Je pense que le fond de la Parabole est que le Salut est offert même aux convertis de la dernière heure...

Mais cela interroge effectivement sur le sens de la justice, car on interprète souvent cette parabole comme le fait que la Justice de Dieu n'est pas la justice des hommes. Ici, le "contrat" est bien respecté. Mais le respect du "contrat" n'est pas le seul critère de la justice (Cf. par exemple l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII).

Saint Thomas (Somme Théologique, II, II), à la suite d'Aristote, distingue justice commutative et justice distributive : la première établit une "égalité arithmétique", chacun recevant la même chose ; la seconde une "égalité géométrique", chacun recevant en fonction de ses mérites.

On s'attend naturellement à ce que la rétribution du travail par le salaire obéisse à cette seconde forme de justice : que chacun reçoive un salaire proportionnel au travail fourni et non pas le même salaire indépendamment de la charge de travail. D'où le sentiment d'injustice que ressentent les ouvriers de la première heure.

J'ajoute que la justice est définie comme un point d'équilibre dans les relations ("donner à chacun son dû"): équilibre dans la relation homme-Dieu, équilibre dans la relation salarié-patron, équilibre dans les relations des salariés entre eux... Ici, les ouvriers de la première heure ne se sentent pas lésés par le salaire qui leur est versé, mais par celui qui est versé aux ouvriers de la dernière heure : estimant que le salaire doit être proportionnel au travail fourni, ils s'indignent que d'autres reçoivent le même salaire pour une seule heure d'ouvrage.

Pourtant, d'un autre côté, il est aussi bien dit que les ouvriers de la dernière heure n'ont pas trouvé plus tôt où s'employer. Ils sont donc "chômeurs" indépendamment de leur volonté. Et le Seigneur a fait le choix de verser à chacun ce que la doctrine sociale de l'Église appelle le salaire familial : un salaire proportionné aux besoins du travailleur et de son foyer, besoins qui sont strictement identiques pour l'ouvrier de la première et de la dernière heure.


Bien évidemment, cela ne signifie pas que l'économie du Salut et l'économie sociale puissent fonctionner de la même façon !

Que Dieu vous bénisse !
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Didier_Toulouse
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Didier_Toulouse »

Chers amis, je ne suis pas déçu de vous avoir trouvés...
Je sens que nous allons avoir d'autres échanges qui, je l'espère, seront tout aussi fructueux.

A bientôt.

D.
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Anne
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Anne »

Un prêtre avait prononcé une homélie que j'avais trouvée intéressante pour expliquer en partie ce texte.

Il expliquait que dans le contexte de l'époque, les ouvriers de la dernière heure devaient être les gens que personne n'engageait, ceux qui étaient toujours ignorés (les vieillards, les handicapés, etc). Les personnes qui cherchaient du travail se regroupait, semble-t-il, à un endroit précis, et ceux qui avaient besoin de main-d'oeuvre y effectuaient leur choix, privilégiant les plus jeunes, les plus forts.

Dans cette optique, le Seigneur ne rejetait personne et donnait autant aux ouvriers de la dernière heure qu'aux premiers puisqu'ils avaient de grands besoins et moins de forces pour les combler...

C'était donc une manière d'être de juste, de donner selon les besoins et les capacités de chacun, avec compassion.

C'est une autre façon de voir les choses... Qu'en pensez-vous?
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
2 Co 4, 8-10
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Didier_Toulouse »

Il me semble que c'est notre fée qui m'apporte la meilleure explication. La jalousie fausse la notion de justice. Ensuite, le concept de justice de Dieu n'est pas le nôtre, mais cette explication est plus difficile à intégrer car Dieu sait que "ses pensées ne sont pas nos pensées" donc on voit difficilement le Christ reprocher à quelqu'un de ne pas le comprendre (bien qu'il l'ai fait justement plusieurs fois : "ce que je fais, vous ne pouvez le comprendre maintenant...")

D.
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Fée Violine
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Fée Violine »

on peut dire aussi qu'il ne s'agit pas tellement de justice, mais surtout de l'amour de Dieu. Et Dieu ne compte pas. Il donne tout.
etienne lorant
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par etienne lorant »

Pour ma part, ce qui m'a touché dans cette parabole, c'est que le Seigneur considère avec le même amour aussi bien ceux qui ont supporté le poids et la chaleur du jour, que les autres, qui ont supporté une peine différente, mais tout à fait équivalente à Ses yeux. Pour tout dire, je suis très touché parce que le Seigneur manifeste autant de miséricorde envers ceux qui ont un travail et ceux qui n'en ont pas. La question du chômage et de l'emploi précaire est présente dans les Evangiles. C'est vrai, c'est la jalousie, la comparaison, qui faussent notre regard. "Vas-tu me regarder mauvais parce que je suis bon ?", cette finale dévoile vraiment ce que le coeur garde caché...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Didier_Toulouse
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Didier_Toulouse »

On peut dire aussi que la justice est une relation entre le Maître et l'ouvrier. Si le Maître sait que l'ouvrier a besoin de toucher plus que ce qui serait "juste" comptablement, il le lui donne, même s'il se doute que les autres vont être jaloux.

Il est possible aussi que le Maître savait que l'ouvrier n'avait pas pu être embauché pour une raison indépendante de sa volonté, et qu'ainsi il rectifie une injustice inconnue.
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Fée Violine
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Fée Violine »

C'est intéressant de considérer l'aspect social de cette parabole, mais il me semble que ce n'est pas vraiment le but. Ce qui intéresse surtout Jésus, c'est l'amour de Dieu, et il essaie par tous les moyens de nous donner une vague idée de l'amour incroyable de Dieu à notre égard.
Didier_Toulouse
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Re: L'ouvrier de la dernière heure

Message non lu par Didier_Toulouse »

Donc ce que vous dites, c'est que la clé du texte est la phrase "est-ce que ton oeil serait mauvais parce que je suis bon ?"

Je suis assez d'accord.
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