Merci Jean-Baptiste pour votre avis: l'ouvrage du Père François Cassingena-Trévedy, moine de Ligugé semble en effet passionnant.
Je pense que l'unité du rite romain ne devrait pas souffrir de la diversité de ses formes (tant qu'elles restent pleinement catholique évidemment : je ne parle pas de la célébration du "Dieu qui chante et fait chanter la vie"). Il me semble donc évident que la FERM et la FORM sont autant légitimes actuellement que les vénérables rits dominicains, ambroziens, mozarabes ou cartusiens, tous rits latins, pouvaient l'être. Est-ce scandaleux de préférer le rit cartusien au rit dominicain ou inversement ? Pourquoi est-on tomber dans un uniformisme pareil ?
Il faut encore examiner l’autre argument qui prétend que l’existence de deux rites peut briser l’unité. Là, il faut faire une distinction entre le côté théologique et le côté pratique de la question. Pour ce qui est du côté théorique et fondamental, il faut constater que plusieurs formes du rite latin ont toujours existé et qu’ils se sont retirés seulement lentement, suite à l’unification de l’espace de vie en Europe. Jusqu’au Concile existaient, à côté du rite romain, le rite ambrosien, le rite mozarabe de Tolède, le rite de Braga, le rite des Chartreux et des Carmes et le plus connu, le rite des dominicains, – et peut-être d’autres rites encore que je ne connais pas. Personne ne s’est jamais scandalisé du fait que les dominicains, souvent présents dans nos paroisses, ne célébraient pas comme les curés, mais avaient leur rite propre. Nous n’avions aucun doute que leur rite fût catholique autant que le rite romain, et nous étions fiers de cette richesse d’avoir plusieurs traditions diverses.
Cardinal Joseph Ratzinger, conférence pour les dix ans du Motu proprio Ecclesia Dei, Rome, 24 octobre 1998
Bon, ensuite si on a l'esprit tordu, il reste l'épineux problème de la signification du qualificatif qu'on met devant la forme du rite romain dans le Motu proprio. On peut ainsi gloser à l'infini sur le caractère "ordinaire" ou "extraordinaire" de la forme du rite romain. Est-ce vraiment l'essentiel ? Comment le Saint-Père aurait-il du qualifier le rit ancien pour éviter ces querelles byzantines ? La splendeur de la liturgie catholique en sort-elle grandie ?
Si on se place à un niveau plus élevé, j'ai été très marqué par cette phrase du Saint-Père à Paris qui donne des critères de discernement sur la liturgie:
"Nos liturgies de la terre, toutes entières ordonnées à la célébration de cet Acte unique (le sacrifice de la Croix) ne parviendront jamais à en exprimer totalement l'infinie densité. La beauté des rites ne sera, certes, assez recherchée, assez soignée, assez travaillée, puisque rien n'est trop beau pour Dieu, qui est la beauté infinie. Nos liturgies de la terre ne pourront jamais être qu'un pâle reflet de la liturgie céleste, qui se célèbre dans la Jérusalem d'en haut, objet du terme de notre pélerinage sur terre. Puissent, pourtant, nos célébrations s'en approcher le plus possible et le faire pressentir!"
Homélie des vêpres à Notre-Dame de Paris
Mon point de vue est juste que la FERM célébrée actuellement réalise autant qu'il est possible ce programme et qu'il est souhaitable que la FORM le réalise également. Tout initiative, comme celle de l'Oratoire de Birmingham est évidemment à encourager!