Bonjour !
Ajourd'hui, les mots suivants :
33. JEU D’ECHECS / ECHEC ET MAT / ECHIQUIER / CHEQUE
«
Il se passe plus d'aventures sur un échiquier que sur toutes
les mers du globe ! » écrit Joseph Conrad au sujet des échecs.
D’où vient ce jeu de stratégie si populaire et qui, encore aujourd'hui,
est un des domaines dans lesquels l'homme surpasse les capacités
de calcul de la machine ?
Il est apparu en Inde au VIe siècle sous le nom de
chaturanga
(« quatre forces » en sanskrit). On y jouait à quatre, puis, plus tard,
à deux. Chaque joueur disposait d'une armée miniature comprenant
des éléphants, des chevaux, des chars et des fantassins.
Le jeu se diffusa sur les routes du commerce et des conquêtes, d'abord
en Perse où il devint le
chatrang, puis dans l'Empire byzantin et dans
le reste du continent asiatique. Lorsque les Arabes envahissent la Perse,
ils adoptent le jeu sous le nom de
shatranj, le nom qu'on lui connaît
aujourd'hui, et les pièces sont alors stylisées en raison de l’interdiction
de représenter, chez les musulmans, des êtres animés.
Les échecs arrivent en Europe vers l'an mil, d'abord à travers la conquête
de l'Espagne par l'Islam, puis, plus tard, grâce aux Croisés de retour de
Terre sainte. Les joueurs italiens commencèrent à dominer la scène,
arrachant cette suprématie aux Espagnols. Les Italiens, à leur tour, furent
supplantés par les Français et les Anglais au cours des XVIIIe et XIXe siècles.
C’est d’abord les rois et la noblesse qui jouent aux échecs. Le but du jeu,
inspiré de l'art de la guerre, est de s'emparer du roi de l'adversaire.
Aussi, l'apprentissage des échecs fait-il partie de l'éducation des chevaliers.
Très vite, le jeu atteint les universités et les cafés, et avec l'accroissement
du nombre de joueurs, les matchs et les tournois se font beaucoup plus
fréquents. Le café
Procope, premier café de Paris, et surtout
Le café
de la Régence, furent de 1680 à 1910, le centre du jeu d’échecs en Europe
et virent défiler les joueurs et les célébrités les plus connus de leur temps.
A cette époque, les échecs se jouaient très souvent avec des dés et pour de
l’argent. Dans les tavernes, les parties soumises à des enjeux entraînaient
souvent rixes voire meurtres qui nuisirent longtemps à la réputation du jeu, à
un tel degré qu'au XIe siècle, le pape Innocent III, et à sa suite saint Louis,
enjoignent aux joueurs d’abandonner les dés. C'est en renonçant progressivement
à l’emploi des dés que les échecs acquièrent une certaine honorabilité.
En 1796, sous la Révolution, le jeu est frappé d'interdit : le Directoire le jugeait
trop associé au roi et à la noblesse. Certaines pièces du jeu seront même
débaptisées (dame au lieu de reine, etc). Bonaparte, grand amateur du jeu
mais piètre joueur, réhabilitera les échecs en 1804, après son sacre.
ECHEC ET MAT
Quant à l’expression
échec et mat, voici ce qu’elle signifie : lorsque
le pion figurant le roi du joueur adverse était sur le point de succomber,
le vainqueur disait
shâh mât !ce qui signifiait en persan :
le roi est mort !
ECHIQUIER
Alors que le reste de l’Europe utilisait le boulier pour le calcul, l’Angleterre employait
un autre procédé : les réunions des employés de la finance se passaient autour
d'une table à cases blanches et noires, pareille à un échiquier, sur laquelle les
fonctionnaires faisaient leurs calculs en utilisant des jetons qui ressemblaient aux
pièces du jeu d’échecs. Voilà pourquoi au XIe siècle, les Anglais nommèrent-ils le
ministre des Finances
Chancelier de l'Echiquier (Chancellor of the Exchequer)
CHEQUE
En 1742, la banque d'Angleterre détenant le monopole des billets de banque, les
banquiers qui ne pouvaient plus émettre de billets inventèrent une monnaie
scripturale (c’est-à-dire une monnaie dont l’existence est totalement immatérielle):
le chèque. Il fut nommé d'abord « exchequer bill » parce qu'issu de l'Echiquier anglais.
« Exchequer » fut ensuite abrégé en "check" (chèque), mot issu du vieux français
« eschec » ("échec"), lui-même issu du latin "scaccus". Scaccus est la transcription
du mot persan « shah » (le roi).
La banque de France émet les premiers chèques en 1826 et les appellera
des « mandats blancs » jusqu’en 1865.
L'AUTOMATE LE PLUS CELEBRE DE L'HISTOIRE :
LE JOUEUR D'ECHECS DU BARON DE KEMPELEN
Toujours au sujet des échecs, connaissez-vous la très célèbre supercherie
que fut l'automate turc du baron de Kempelen ? L'histoire vaut la peine
d'être contée !
Les automates, ancêtres des robots, faisaient fureur dans les salons du XVIIIe
siècle. En 1769, l’ingénieur W. von Kempelen met au point un automate doté
de la prétendue faculté de jouer aux échecs. L’automate et son génial inventeur
font la tournée des capitales d’Europe et sont présentés aux reines et aux rois
ébahis. Le "Turc" défait les plus grands joueurs et les célébrités de l'époque :
Benjamin Franklin est vaincu ; Philidor le bat ; Napoléon Bonaparte l'affronte en
1809 et perd la partie. L'impératrice Catherine de Russie offrira même d'acheter
la machine.
Avant chaque séance, Kempelen faisait inspecter l'automate, ouvrait les portes
de la commode, révélant une mécanique et des engrenages internes qui, lors
de l'activation de l'automate, s'animaient. Des comités de savants, de mécaniciens
et même de magiciens expertisèrent l'engin. En vain. L'attraction tenait du prodige.
La ruse ne sera découverte qu’en 1834 ! En réalité, le mécanisme n'était qu'une
illusion. Le coffre possédait un compartiment secret très sophistiqué dans lequel
un vrai joueur de petite taille pouvait se glisser et manipuler le mannequin ...
Ce chef-d’œuvre de mécanique passionnera des générations d’historiens, de
cinéastes et d’écrivains, mais aussi de magiciens, car le Turc mécanique fut le
premier dans l'histoire de la magie à contenir un compartiment secret escamotable ...
A demain !
COMPLEMENTS :
• Vidéo YouTube sur l'automate (en anglais) :
http://www.youtube.com/watch?v=RdT4yG8wczQ
• Un livre qui dévoile les secrets de l'extraordinaire ingéniosité
de l'automate et nous parle du XVIIIe siècle :
Le Secret de l'automate de Robert Löhr.