L'Église et la contraception

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MB
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Bonjour !

Je commence par citer Jeanbaptiste :
La pilule comme symbole de la "libération" sexuelle est significatif : "nous sommes libres de baiser comme nous le voulons, avec qui nous voulons etc.". Comprenons : le rapport sexuel devient un acte à deux qui se fait chacun de son côté. Cette liberté est égoïsme.

Il est bien évidemment possible d'avoir des rapports sexuels qui respectent la dignité du conjoint avec des contraceptifs. Mais le risque de laisser tomber notre responsabilité sur l'autre est toujours présente. Les méthodes naturelles sont en soi "responsables", les contraceptifs sont en soi "irresponsables" (c-a-d égoïstes). Il est possible de faire une utilisation responsable et respectueuse des contraceptifs, mais le risque de glisser (par fatigue, oublie etc.) dans l'irresponsabilité et l'irrespect du conjoint est toujours possible.
On touche ici à un point central (il est vrai qu'il y a beaucoup de points centraux...). La présence de la pilule ou d'autres contraceptifs artificiels, en elle-même, n'entraîne pas automatiquement la nécessité d'amours prétendûment "libérées" ou irresponsables. Olivier JC me contredira, je pense, mais il me semble en effet qu'on peut vivre un amour chaste, au sens fort, et respectueux de l'autre, tout en pratiquant la contraception.
Le risque de dévier là où il ne faut pas, est évidemment très fort et ce serait s'aveugler que de vouloir le nier. En pratique, c'est ainsi que les choses se sont passées pour beaucoup de gens. Mais il est de la pilule comme de la parole : le fait de pouvoir parler ne nous interdit pas de dire des bêtises ; est-ce une raison pour nous coudre la bouche ?

Pardonnez ma lenteur à répondre à vos contributions à vous, Olivier JC, mais je suis un peu pressé ; je n'oublie pas, promis !

Amicalement
MB
jeanbaptiste
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Attention je parlais ici du problème du respect de la dignité de la personne chez le conjoint. La contraception artificielle soulève d'autres problèmes éthiques qui n'étaient pas ici mon sujet.
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Olivier JC
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

Message non lu par Olivier JC »

MB a écrit :On touche ici à un point central (il est vrai qu'il y a beaucoup de points centraux...). La présence de la pilule ou d'autres contraceptifs artificiels, en elle-même, n'entraîne pas automatiquement la nécessité d'amours prétendûment "libérées" ou irresponsables. Olivier JC me contredira, je pense, mais il me semble en effet qu'on peut vivre un amour chaste, au sens fort, et respectueux de l'autre, tout en pratiquant la contraception.
Le risque de dévier là où il ne faut pas, est évidemment très fort et ce serait s'aveugler que de vouloir le nier. En pratique, c'est ainsi que les choses se sont passées pour beaucoup de gens. Mais il est de la pilule comme de la parole : le fait de pouvoir parler ne nous interdit pas de dire des bêtises ; est-ce une raison pour nous coudre la bouche ?
Vous abordez ici le problème d'un point de vue subjectif : les conséquences de l'utilisation d'un moyen de contraception artificielle sur la qualité de la relation entre les conjoints. Certes, elles ne sont pas nécessairement négatives. Elles le sont cependant le plus souvent, puisqu'on ne barre pas un fleuve sans prendre le risque qu'il se tarisse ou, au contraire, qu'il déborde. Quelques exemples :
  • > L'utilisation d'un contraceptif artificiel a pour motif premier la sûreté du moyen. Or, cette sûreté est toute relative, puisque la contraception n'est pas qu'une question physiologique (premier mensonge de la pilule). Conséquence : en cas d'échec, l'avortement vient facilement. C'est un constat. Paul VI l'avait prévu, cela s'est réalisé.
    > D'un point de vue très terre à terre, pouvoir s'unir sans arrêt, sans pause, ou "respiration", cela contribue à affaiblir la qualité du désir. Soit qu'il finisse par disparaître, soit qu'il aille crescendo dans des pratiques discutables.
    > Avec la pilule, la femme est seule à gérer sa contraception. Un éventuel échec n'implique donc pas le couple, mais la femme seule. A vivre, ce n'est pas une des choses les plus aisées...
Mais il faut également aborder le versant objectif de la question, et il me semble que c'est celui-là qui vous pose problème. Mais j'attends vos remarques sur mes interventions précédentes pour que nous puissions avancer ensemble dans la clarification de ce problème.

+
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antoine93
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Olivier JC a écrit :
  • > L'utilisation d'un contraceptif artificiel a pour motif premier la sûreté du moyen. Or, cette sûreté est toute relative, puisque la contraception n'est pas qu'une question physiologique (premier mensonge de la pilule). Conséquence : en cas d'échec, l'avortement vient facilement. C'est un constat. Paul VI l'avait prévu, cela s'est réalisé.
L'avortement vient à cause de l'intention de ne pas avoir de gamins, mais sinon, rien n'oblige une preneuse de pilules à avorter...
> D'un point de vue très terre à terre, pouvoir s'unir sans arrêt, sans pause, ou "respiration", cela contribue à affaiblir la qualité du désir. Soit qu'il finisse par disparaître, soit qu'il aille crescendo dans des pratiques discutables.
Encore, rien n'oblige une preneuse de pilules à ne pas se montrer tempérante, même si les cycles permettent de vivre une tempérence de manière "biologique".

Des preneuses de pilules pourraient difficilement le faire, j'avoue :D
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Olivier JC
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Bonjour Antoine93,

Je ne dis pas le contraire, puisque je précise que c'est ce qui se passe souvent. Or, par principe, ce qui se passe souvent ne se passe pas toujours, ce dont il résulte que le lien n'est pas nécessaire mais contingent.

Et il me semble difficile de nier que lorsque Paul VI écrivit ceci en 1968, il était prophète, puisque c'est effectivement ce qui s'est passé :
Humanae Vitae a écrit :Graves conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité

17. Les hommes droits pourront encore mieux se convaincre du bien-fondé de la doctrine de l'Eglise en ce domaine, s'ils veulent bien réfléchir aux conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité.

Qu'ils considèrent d'abord quelle voie large et facile ils ouvriraient ainsi à l'infidélité conjugale et à l'abaissement général de la moralité. Il n'est pas besoin de beaucoup d'expérience pour connaître la faiblesse humaine et pour comprendre que les hommes - les jeunes, en particulier, si vulnérables sur ce point - ont besoin d'encouragement à être fidèles à la loi morale, et qu'il ne faut pas leur offrir quelque moyen facile pour en éluder l'observance. On peut craindre aussi que l'homme en s'habituant à l'usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme et, sans plus se soucier de l'équilibre physique et psychologique de celle-ci, n'en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée.

Qu'on réfléchisse aussi à l'arme dangereuse que l'on viendrait à mettre ainsi aux mains d'autorités publiques peu soucieuses des exigences morales. Qui pourra reprocher à un gouvernement d'appliquer à la solution des problèmes de la collectivité ce qui serait reconnu permis aux conjoints pour la solution d'un problème familial ? Qui empêchera les gouvernants de favoriser et même d'imposer à leurs peuples, s'ils le jugeaient nécessaire, la méthode de contraception estimée par eux la plus efficace ? Et ainsi les hommes, en voulant éviter les difficultés individuelles, familiales ou sociales que l'on rencontre dans l'observation de la loi divine, en arriveraient à laisser à la merci de l'intervention des autorités publiques le secteur le plus personnel et le plus réservé de l'intimité conjugale.

Si donc on ne veut pas abandonner à l'arbitraire des hommes la mission d'engendrer la vie, il faut nécessairement reconnaître des limites infranchissables au pouvoir de l'homme sur son corps et sur ses fonctions; limites que nul homme, qu'il soit simple particulier ou revêtu d'autorité, n'a le droit d'enfreindre. Et ces limites ne peuvent être déterminées que par le respect qui est dû à l'intégrité de l'organisme humain et de ses fonctions, selon les principes rappelés ci-dessus et selon la juste intelligence du " principe de totalité " exposé par Notre prédécesseur Pie XII (21).
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Olivier JC
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Bonjour,
MB a écrit :Vos réflexions sont stimulantes et tout à fait inattendues. On ne m'a jamais parlé ainsi de ces sujets...
Je me permets de signaler que mes réflexions sont en réalité celles du Concile Vatican II, cet éternel méconnu...
Gaudium et Spes (n. 50) a écrit :1. Le mariage et l'amour conjugal sont d'eux-mêmes ordonnés il la procréation et à l'éducation. D'ailleurs, les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes. Dieu Lui-même qui a dit: " Il n'est pas bon que l'homme soit seul " (Gen. 2, 18) et " qui dès l'origine a fait l'être humain homme et femme " (Mt. 19, 4), a voulu lui donner une participation spéciale dans son oeuvre créatrice; aussi a-t-il béni l'homme et la femme, disant: " Soyez féconds et multipliez-vous " (Gen. I, 28). Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponibles pour coopérer courageusement à l'amour du Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille.

2. Dans le devoir qui leur incombe de transmettre la vie et d'être des éducateurs (ce qu'il faut considérer comme leur mission propre), les époux savent qu'ils sont les coopérateurs de l'amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes. Ils s'acquitteront donc de leur charge en toute responsabilité humaine et chrétienne, et, dans un respect plein de docilité à l'égard de Dieu, d'un commun accord et d'un commun effort, ils se formeront un jugement droit: ils prendront en considération à la fois et leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l'Eglise elle-même.
Le jour où ils seront lus, les documents de ce Concile...

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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Bonjour Olivier JC

Le document que vous citez est bien connu. Reste que la manière dont vous avez présenté les choses, en renversant en quelque sorte les problématiques classiques, elle, m'était inconnue ; ou, pour le mieux dire, il suffisait d'y penser, mais, comme souvent en pareil cas, on ne le fait pas...

Je crois que le problème tourne autour de trois notions : 1° la "nature", 2° la dimension de sacrifice, 3° ce qui est peut-être la source fondamentale de nos divergences, la considération sur les aspects "symboliques" ou "mystiques" de l'amour humain (j'emploie ces termes faute de mieux).

1° Premier point. Il faut convenir que vous avez répondu aux objections classiques avec beaucoup de simplicité - je ne dis pas de simplisme -, et donc de façon très convaincante.

Mais on pourrait raffiner. L'homme, parce qu'il est créateur, est capable d'inventer des choses qui n'existaient pas a priori ; à partir des éléments de la nature (celle-ci entendue dans son sens le plus large), il est capable d'obtenir des choses tout à fait nouvelles. Par exemple, avec le don de la parole, il peut créer des discours, de la poésie, du chant, etc. Grâce aux membres qui lui permettent de se déplacer, il peut danser, marcher au pas, faire du sport, etc. Il peut inventer des pratiques qui créent du sens, ou qui répondent à ses besoins des manières les plus diverses. Je n'ai pas besoin de broder sur ce sujet.

Or je ne vois pas pourquoi il ne serait pas capable de faire tout cela à partir de son propre corps. Les exemples que j'ai cités plus haut l'illustrent tout à fait : nous ne sommes pas programmés pour danser ; néanmoins, par l'art et l'entraînement (c'est-à-dire une certaine violence contre notre nature), nous le faisons et parfois nous y trouvons de la beauté. Plus prosaïquement, nous pouvons nous servir des productions même de notre corps (l'urine des tanneurs d'autrefois) et il n'y a pas de mal à cela. On pourrait encore avancer, et dire que les acquisitions récentes de la médecine dans ce qu'elles ont de meilleur, nous permettent de faire des choses qui n'étaient pas du tout prévues (greffe d'organe par exemple). Sans parler d'une merveille comme la péridurale qui, après tout, contredit la Genèse ; y a-t-il du mal à la pratiquer ?

La capacité que nous avons de créer, suppose notre domination de la nature. Cette domination peut s'entendre dans un sens moral (avoir la maîtrise morale de notre nature, par exemple), comme technique. Pourquoi ne pourrait-on pas le faire avec notre propre corps ? Pourquoi ne peut-on pas ré-inventer son amour, lui donner un sens supplémentaire, et se donner les moyens techniques d'y parvenir ?


2° J'en profite pour rebondir sur la notion de sacrifice, ou plus généralement de don de soi, de sens du devoir, pourrait-on aussi dire. Ce que vous avez dit, je le répète, est extrêmement stimulant et - à titre personnel - m'a donné l'envie de faire toujours mieux dans la voie difficile qui est la nôtre.
Quelques questions pourtant. Il est beau et désirable de se donner tout entier. Mais pourquoi faudrait-il toujours le faire ? Reprenons l'exemple de la péridurale ; il y a des parturientes qui, en connaissance de cause, refusent qu'on la leur fasse au moment où elle serait la plus efficace. Elles souhaitent vivre leur accouchement jusqu'au bout. J'avoue être bluffé par ce choix, et ne pas manquer de respect, vraiment, envers ces femmes. Mais cela suppose-t-il de dénigrer celles qui acceptent l'accouchement sans douleur ?
Je crois qu'il en va un peu de même dans la question présente. Dans le cadre de l'utilisation d'un contraceptif, il est toujours possible de faire l'oblation de ses désirs mauvais, de son appétit de domination, d'instrumentalisation de l'autre ; pour la plupart des gens, cette simple démarche est en elle-même un énorme effort, et en tant que telle, elle procède d'une authentique dynamique de don de soi. Admirons les couples qui poursuivent cette dynamique jusqu'au bout, à la façon que vous avez dite ; mais ne dénigrons pas les autres.

Ajoutons que, les hommes étant pécheurs, tous les couples ou presque ont des moments de faiblesse ; si ces moments doivent être payés d'une grossesse non prévue, je me sens un peu gêné : ils se sacrifient, en effet ; mais est-ce à eux de choisir le don de soi, ou à moi, en supprimant leurs contraceptifs, de leur faire subir un sacrifice auquel il n'auront pas consenti ? Je sais bien que vous allez me dire qu'avec l'Esprit, tout est possible, et que nous avons vocation à être parfaits ; enfin vous savez bien ce qu'il en est dans la réalité, et ce serait faire preuve d'inconscience que de le nier.


3° Le noeud du problème, maintenant (pardonnez avant tout, le manque de précision de mon vocabulaire philosophique et théologique : je ne suis pas un pro).
Je crois que la question fondamentale tourne autour de la "signification objective" de l'union amoureuse. J'apprécie beaucoup votre manière d'en rappeler le symbolisme profond. Mais il faut vraiment trouver le moyen de le communiquer et de montrer qu'il est positivement objectif, qu'il s'impose de lui-même. Difficile à faire...

Un exemple personnel : il y a quelques années, j'ai lu un petit livre d'introduction à la symbolique et à la mystique de l'époque romane. Il y était question de Saint Bernard, des mystiques de Saint-Victor. J'ai adoré. Mais quelque chose me trottait toujours en tête ; ces hommes voyaient partout des liens entre macrocosme et microcosme, différents degrés de réalité, possibilités de voir la Terre transfigurée, etc. Choses fascinantes, assurément ; mais où les voit-on avec le regard d'aujourd'hui ? Où sont-elles ? je doute beaucoup que l'honnête chrétien d'aujourd'hui parvienne à le faire (ou alors peut-être est-il aussi discret que les mystiques). Pardonnez-moi, mais j'ai souvent l'impression que le symbolisme, c'est dans la tête ; il suffit donc de déplacer le curseur, et il n'y est plus.

Or votre manière de voir l'amour humain semble un peu proche de la dégaine de ces mystiques-là. Si c'est vrai, vous avez bien de la chance. Mais où le voir ainsi ? Honnêtement, je n'y parviens pas. L'amour humain, au moment fatal, c'est de la sueur, des soupirs, des poils, des corps pas toujours bien beaux, des émissions corporelles, des odeurs ; au premier abord, difficile d'y trouver une signification "objective", et encore moins mystique.
Il me paraît au contraire que la signification de cette chose se puisse trouver, non de façon objective, mais dans une démarche intersubjective. C'est la relation dans le couple qui me semble permettre une transfiguration de ce qu'il fait dans son intimité. Qu'est-ce qu'un bout de latex, ou un paquet d'hormones enrobé dans un excipient, peuvent avoir à faire là-dedans ? Le salut se fait dans les âmes, pas dans les objets.

Comme vous le voyez, j'ai sur ce troisième point une certaine difficulté à m'exprimer de façon limpide. J'espère cependant que vous saisissez l'essentiel de ce propos, et aussi que votre réponse sera précieuse pour essayer d'y voir plus clair.

Amicalement
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Quelques remarques aussi sur d'autres points accessoires.

1° Sur le fait que la pilule laisse "seule" la femme avec sa contraception. D'abord il n'y a pas que la pilule. Ensuite, une pilule pour homme est techniquement possible. Enfin, la pratique de la méthode Billings peut elle-même supposer que la femme s'occupe d'elle toute seule. Donc là aussi, tout est dans la tête ; n'importe quel moyen, même licite, peut être employé de façon égoïste.

2° Sur le fait que la pilule risque de permettre la sujétion de la femme aux désirs masculins. Certes ; mais le risque d'avoir des enfants peut lui aussi être un catalyseur de domination masculine. Après tout, la femme peut rester seule avec l'enfant qu'on lui a fait avoir ; l'homme peut toujours se tirer et se suffire à lui-même.
Illustration : je pense au passage d'un roman de Sienkiewicz. Nous sommes sur un champ de bataille ; je ne me souviens plus des forces en présence, mais supposons qu'il y ait, d'un côté, des Lituaniens, et de l'autre des Cosaques. Les Cosaques crient bien fort aux Lituaniens : "vos femmes nous aiment bien et nous le leur avons fait comprendre ! Bientôt, vous aurez de jolis enfants cosaques ! "
C'est un exemple comme un autre ; mais bon, si l'absence de moyens de contraception avait permis d'atténuer la domination masculine, on le saurait. Historiquement du moins, ce n'est pas prouvé.

Tout dépend de la manière dont on voit les choses. Si, devant la pilule, on se dit : "chouette, à nous le fun !", évidemment, on ne fait pas comme il faut. C'est effectivement ce qu'ont fait la plupart des gens. Mais si on se dit : "voilà une aide qui nous permettra d'atténuer les conséquences de nos défaillances, et donc de nous sentir plus sûrs", là, me semble-t-il, la démarche est plutôt bien orientée.
C'est dans cette perspective - disons - "pédagogique" que je vois l'enseignement de l'Eglise : si elle avait tout simplement approuvé, même avec réserves, l'utilisation des contraceptifs modernes, les gens en auraient profité comme des petits fous et auraient complètement oublié l'essentiel. Il ne lui était donc pas possible de dire "oui" à la chose. A l'inverse, en réitérant ses avertissements, elle oblige à y réfléchir.
Je répète : pour celui qui souhaite pécher, tout permet le péché ; mais pour celui qui souhaite se parfaire, tout est une occasion de vertu.

Amicalement
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Bonjour,

Je me permets d'enrichir ce passionnant débat par une lecture philosophique :

G.E.M. Anscombe, "Contraception and Chastity".
cavehill.uwi.edu/bnccde/ph19b/conchastity.html

Elle y développe notamment un argument tout à fait intéressant, tant pour les catholiques les plus orthodoxes (si j'puis dire ;)), que pour les libéraux les plus radicaux en matière de moeurs :
[+] Texte masqué
And, you know, if there is nothing intrinsically wrong with contraceptive intercourse, and if it could become practically universal where there is intercourse but ought to be no begetting, then it's very difficult to see the objection to this morality; for the ground of objection to fornication and adultery was that sexual intercourse is only right in the sort of set-up that typically provides children with a father and mother to care for them. If it's all right to exclude children, if you can turn intercourse into something other than the reproductive type of act (I don't mean of course that every act is reproductive any more than every acorn leads to an oak-tree but it's the reproductive type of act) then why, if you can change it, should it be restricted to the married? Restricted, that is, to partners bound in a formal, legal, union whose fundamental purpose is the bringing up of children? For if that is not its fundamental purpose there is no reason why for example "marriage" should have to be between people of opposite sexes. But then, of course, it becomes unclear why you should have a ceremony, why you should have a formality at all. And so we must grant that children are in this general way the main point of the existence of such an arrangement. But if sexual union can be deliberately and totally divorced from fertility, then we may wonder why sexual union has got to be married union. If the expression of love between the partners is the point, then it shouldn't be so narrowly confined.

[...]

If contraceptive intercourse is permissible, then what objection could there be after all to mutual masturbation, or copulation in vase indebito, sodomy, buggery, when normal copulation is impossible or inadvisable (or in any case, according to taste)? It can't be the mere pattern of bodily behavior in which the stimulation is procured that makes all the difference! But if such things are all right, it becomes perfectly impossible to see anything wrong with homosexual intercourse, for example. I am not saying: if you think contraception all right you will do these other things; not at all. The habit of respectability persists and old prejudices die hard. But I am saying: you will have no solid reason against these things. You will have no answer to someone who proclaims as many do that they are good too. You cannot point to the known fact that Christianity drew people out of the pagan world, always saying no to these things. Because, if you are defending contraception, you will have rejected Christian tradition.

People quite alienated from this tradition are likely to see that my argument holds: that if contraceptive intercourse is all right then so are all forms of sexual activity. To them that is no argument against contraception; to their minds anything is permitted, so long as that's what people want to do. Well, Catholics, I think, are likely to know, or feel, that these other things are bad. Only, in the confusion of our time, they may fail to see that contraceptive intercourse, though much less of a deviation, and though it may not at all involve physical deviant acts, yet does fall under the same condemnation. For in contraceptive intercourse you intend to perform a sexual act which, if it has a chance of being fertile, you render infertile. Qua your intentional action, then, what you do is something intrinsically unapt for generation, and that is why it does fall under that condemnation. There's all the world of difference between this and the use of the "rhythm" method. For you use the rhythm method not just by having intercourse now, but by not having it next week, say; and not having it next week isn't something that does something to today's intercourse to turn it into an infertile act; today's intercourse is still an ordinary act of intercourse, an ordinary marriage act. It's only if, in getting married, you proposed (like the Manichaeans) to confine intercourse to infertile periods, that you'd be falsifying marriage and entering a mere concubinage. Or if for mere love of ease and hatred of burdens you determined by this means never to have another child, you would then be dishonoring your marriage.

[...]

This — that the good and the point of a sexual act is marriage — is why only what is capable of being a marriage act is natural sex. It's this that makes the division between straightforward fornication or adultery and the wickedness of the sins against nature and of contraceptive intercourse. Hence contraceptive intercourse within marriage is worse — is a graver offence against chastity — than is straightforward fornication or adultery. For it is not a true marriage act. To marry is not to enter into a pact of mutual complicity in no matter what sexual activity upon one another's bodies. (Why on earth should a ceremony like that of a wedding be needed or relevant if that's what's in question?) Marriage is a mutual commitment in which each side ceases to be autonomous, in various ways and also sexually: the sexual liberty in agreement together is great; here, so long as they are not immoderate so as to become the slaves of sensuality, nothing is shameful, if the complete acts — the ones involving ejaculation of the man's seed — that they engage in, are true and real marriage acts.
En gros, si vous acceptez la contraception comme moralement licite, vous devez accepter comme moralement licite toute autre activité sexuelle librement consentie (fornication, homosexualité, adultère, masturbation, polygamie, inceste, etc.), car le jugement d'immoralité de ces différentes pratiques repose sur les mêmes principes moraux que le jugement d'immoralité de la contraception.

Cordialement,

Sokrates
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Petite précision :
Sokrates a écrit :En gros, si vous acceptez la contraception comme moralement licite, vous devez accepter comme moralement licite toute autre activité sexuelle librement consentie (fornication, homosexualité, adultère, masturbation, polygamie, inceste, etc.)
... à partir du moment où cette activité s'inscrit dans le cadre d'une "sexualité contraceptive" bien entendu.
jeanbaptiste
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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En gros, si vous acceptez la contraception comme moralement licite, vous devez accepter comme moralement licite toute autre activité sexuelle librement consentie (fornication, homosexualité, adultère, masturbation, polygamie, inceste, etc.), car le jugement d'immoralité de ces différentes pratiques repose sur les mêmes principes moraux que le jugement d'immoralité de la contraception.
C'est typiquement la position des années 70 avec, entre autre, son éloge de la pédophilie consentie ; le porno au cinéma sans restrictions ; le porno en famille etc.

Comme personne n'en voulait réellement de cette liberté sexuelle totale, on se retrouve dans une époque batarde qui refuse d'écouter les discours considérés "réacs", mais qui continue à tenir un discours moral qui ne tient plus sur rien.

D'ailleurs ça ne concerne pas que les "pratiques sexuelles", mais l'ensemble de la société. Pensez au droit à l'avortement et la récente loi permettant aux parents de donner un prénom et un statut civil à l'embryon décédé. Comment les deux "droits" peuvent-ils tenir sauf en reconnaissant que l'embryon est un être humain, et donc que l'avortement est... un meurtre ? Réponse : les gens le veulent en majorité, donc c'est un droit.

Voilà sur quoi tiennent nos sociétés : les désirs contradictoires de la moyenne des citoyens. Soit précisément le résultat de la démocratie dans un État qui n'aurait pas formé à la politique l'ensemble de ses citoyens (est-ce seulement possible ?). Ce qui conduit immanquablement au constat de Saint Augustin : «Ce que vous attendez de votre sécurité, ce n'est pas un État en paix. C'est la débauche tranquille.» La Cité de Dieu I.XXXIII
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Re: Contraception, que dit l'Église ?

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Bonjour,
MB a écrit :Or je ne vois pas pourquoi il ne serait pas capable de faire tout cela à partir de son propre corps. Les exemples que j'ai cités plus haut l'illustrent tout à fait : nous ne sommes pas programmés pour danser ; néanmoins, par l'art et l'entraînement (c'est-à-dire une certaine violence contre notre nature), nous le faisons et parfois nous y trouvons de la beauté. Plus prosaïquement, nous pouvons nous servir des productions même de notre corps (l'urine des tanneurs d'autrefois) et il n'y a pas de mal à cela. On pourrait encore avancer, et dire que les acquisitions récentes de la médecine dans ce qu'elles ont de meilleur, nous permettent de faire des choses qui n'étaient pas du tout prévues (greffe d'organe par exemple). Sans parler d'une merveille comme la péridurale qui, après tout, contredit la Genèse ; y a-t-il du mal à la pratiquer ?

La capacité que nous avons de créer, suppose notre domination de la nature. Cette domination peut s'entendre dans un sens moral (avoir la maîtrise morale de notre nature, par exemple), comme technique. Pourquoi ne pourrait-on pas le faire avec notre propre corps ? Pourquoi ne peut-on pas ré-inventer son amour, lui donner un sens supplémentaire, et se donner les moyens techniques d'y parvenir ?


Première erreur, une interprétation erronée de la S. Ecriture. Les malédictions qui font suite à la commission du péché originel ne sont pas prescriptives, mais descriptives. En sorte que l'enfantement dans la douleur n'est pas une punition au sens propre, mais une conséquence de ce péché originel. Ainsi, il n'y a rien de contradictoire à vouloir réduire cette souffrance.

Réinventer l'amour ? Lui donner un sens supplémentaire ? Mais la contraception ne lui donne pas un sens supplémentaire, elle lui enlève un sens intrinsèque. Comment prétendre réinventer l'amour alors que c'est Dieu (qui est Amour, faut-il le rappeler) qui est la norme de tout amour, et que nous sommes créés à son image ?

Si la technique permet vraiment d'enrichir le sens de l'amour, de l'approfondir, alors il n'y aurait aucune discussion possible. Mais tel n'est pas le cas avec la contraception, aussi bien objectivement que subjectivement (l'expérience acquise au cours des 40 dernières années le démontre amplement).


2° J'en profite pour rebondir sur la notion de sacrifice, ou plus généralement de don de soi, de sens du devoir, pourrait-on aussi dire. Ce que vous avez dit, je le répète, est extrêmement stimulant et - à titre personnel - m'a donné l'envie de faire toujours mieux dans la voie difficile qui est la nôtre.
Quelques questions pourtant. Il est beau et désirable de se donner tout entier. Mais pourquoi faudrait-il toujours le faire ? Reprenons l'exemple de la péridurale ; il y a des parturientes qui, en connaissance de cause, refusent qu'on la leur fasse au moment où elle serait la plus efficace. Elles souhaitent vivre leur accouchement jusqu'au bout. J'avoue être bluffé par ce choix, et ne pas manquer de respect, vraiment, envers ces femmes. Mais cela suppose-t-il de dénigrer celles qui acceptent l'accouchement sans douleur ?
Je crois qu'il en va un peu de même dans la question présente. Dans le cadre de l'utilisation d'un contraceptif, il est toujours possible de faire l'oblation de ses désirs mauvais, de son appétit de domination, d'instrumentalisation de l'autre ; pour la plupart des gens, cette simple démarche est en elle-même un énorme effort, et en tant que telle, elle procède d'une authentique dynamique de don de soi. Admirons les couples qui poursuivent cette dynamique jusqu'au bout, à la façon que vous avez dite ; mais ne dénigrons pas les autres.


Même remarque que précédemment quant à la péridurale. Si certaines souhaitent s'en passer, grand bien leur fasse. Si d'autres veulent y avoir recours, grand bien leur fasse. Sans doute y a-t-il quelque mérite à vouloir s'en passer, la souffrance ayant une valeur salvifique.

Il y a une différence fondamentale entre l'usage de la péridurale et celle d'un contraceptif hormonal ou mécanique : la péridurale est simplement un anesthésiant. Alors qu'un contraceptif mutile la vérité de l'union conjugale. La vérité de l'accouchement, ce n'est pas souffrir ! C'est de donner naissance à un enfant. Que cela se fasse dans la souffrance ou non ne change rien à cela.

Certainement, dans le cadre de l'usage d'un contraceptif, il est toujours possible (au moins théoriquement) de faire l'oblation que vous dites. C'est déjà bien certes, mais c'est subjectif. Et toute la bonne volonté du monde ne changera rien au fait qu'objectivement, il y a mutilation de l'acte conjugal.

Il ne s'agit pas de dénigrer ceux qui n'ont pas la possibilité d'utiliser une méthode d'observation. Dieu sait la culpabilité réelle. Mais il n'en demeure pas moins que l'Eglise manquerait gravement à la mission qui est la sienne si elle ne rappelait pas à temps et à contretemps que tout ce qui contribue à mutiler la vérité de l'union conjugale est objectivement un péché, intervenant en matière grave de surcroît.

Cela ne dépend pas de notre raisonnement et de nos questions, mais de la réalité telle que voulue par Dieu, confirmée par l'Eglise en vertu de son ministère propre. Et même s'il semble, pour l'heure, difficile de trancher avec certitude pour savoir quel est le degré exact d'autorité de cette doctrine, il n'en demeure pas moins que ceux qui luttent pour voir l'Eglise la changer perdent leur temps.

Ajoutons que, les hommes étant pécheurs, tous les couples ou presque ont des moments de faiblesse ; si ces moments doivent être payés d'une grossesse non prévue, je me sens un peu gêné : ils se sacrifient, en effet ; mais est-ce à eux de choisir le don de soi, ou à moi, en supprimant leurs contraceptifs, de leur faire subir un sacrifice auquel il n'auront pas consenti ? Je sais bien que vous allez me dire qu'avec l'Esprit, tout est possible, et que nous avons vocation à être parfaits ; enfin vous savez bien ce qu'il en est dans la réalité, et ce serait faire preuve d'inconscience que de le nier.


Ce n'est pas à vous de choisir en supprimant leur contraceptif, puisque premièrement vous n'avez aucune autorité pour le faire, et deuxièmement, personne ne viendra leur supprimer quoi que ce soit. Mais c'est une chose que d'admettre la faiblesse humaine et de la prendre en compte (Jean-Paul II a explicitement parlé de la loi de gradualité dans Familiaris Consortio), c'en est une autre d'ajuster l'enseignement moral de l'Eglise sur cette faiblesse. La mesure de l'enseignement moral de l'Eglise, c'est Dieu, et non pas l'humaine faiblesse.

Or votre manière de voir l'amour humain semble un peu proche de la dégaine de ces mystiques-là. Si c'est vrai, vous avez bien de la chance. Mais où le voir ainsi ? Honnêtement, je n'y parviens pas. L'amour humain, au moment fatal, c'est de la sueur, des soupirs, des poils, des corps pas toujours bien beaux, des émissions corporelles, des odeurs ; au premier abord, difficile d'y trouver une signification "objective", et encore moins mystique.
Il me paraît au contraire que la signification de cette chose se puisse trouver, non de façon objective, mais dans une démarche intersubjective. C'est la relation dans le couple qui me semble permettre une transfiguration de ce qu'il fait dans son intimité. Qu'est-ce qu'un bout de latex, ou un paquet d'hormones enrobé dans un excipient, peuvent avoir à faire là-dedans ? Le salut se fait dans les âmes, pas dans les objets.

Comme vous le voyez, j'ai sur ce troisième point une certaine difficulté à m'exprimer de façon limpide. J'espère cependant que vous saisissez l'essentiel de ce propos, et aussi que votre réponse sera précieuse pour essayer d'y voir plus clair.


Ce n'est pas seulement dans notre comportement que nous sommes appelés à nous convertir, mais également dans notre manière de voir le monde. C'est S. Paul qui invite à renouveler notre façon de penser pour savoir discerner la volonté de Dieu.

En soi, la mécanique sexuelle est des plus pauvres, comme vous le relevez. Tout dépend de notre manière de la voir. Et on peut la voir selon ce qu'elle est en vérité. Ou on peut se faire tous les films que l'on veut...

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Re: Contraception, que dit l'Église ?

Message non lu par Olivier JC »

MB a écrit :1° Sur le fait que la pilule laisse "seule" la femme avec sa contraception. D'abord il n'y a pas que la pilule. Ensuite, une pilule pour homme est techniquement possible. Enfin, la pratique de la méthode Billings peut elle-même supposer que la femme s'occupe d'elle toute seule. Donc là aussi, tout est dans la tête ; n'importe quel moyen, même licite, peut être employé de façon égoïste.
La méthode Billings ne peut pas ne pas impliquer les deux époux, même si Monsieur fait preuve de la plus manifeste mauvaise volonté. Puisqu'avec la pilule, si Monsieur est au garde-à-vous, les hostilités peuvent être déclarées sans sommation. Alors qu'avec la méthode Billings, si Madame explique que la période ne se prêtre au combat que pour ramener un butin, Monsieur se trouve nécessairement impliqué.

L'implication dont s'agit, ainsi, ne concerne pas uniquement la mise en oeuvre de la méthode, ni même premièrement. Elle concerne avant tout la manière de vivre cette méthode.
2° Sur le fait que la pilule risque de permettre la sujétion de la femme aux désirs masculins. Certes ; mais le risque d'avoir des enfants peut lui aussi être un catalyseur de domination masculine. Après tout, la femme peut rester seule avec l'enfant qu'on lui a fait avoir ; l'homme peut toujours se tirer et se suffire à lui-même.
Illustration : je pense au passage d'un roman de Sienkiewicz. Nous sommes sur un champ de bataille ; je ne me souviens plus des forces en présence, mais supposons qu'il y ait, d'un côté, des Lituaniens, et de l'autre des Cosaques. Les Cosaques crient bien fort aux Lituaniens : "vos femmes nous aiment bien et nous le leur avons fait comprendre ! Bientôt, vous aurez de jolis enfants cosaques ! "
C'est un exemple comme un autre ; mais bon, si l'absence de moyens de contraception avait permis d'atténuer la domination masculine, on le saurait. Historiquement du moins, ce n'est pas prouvé.
Remarque identique à celle de mon message précédent : la mesure de la vérité n'est pas la faiblesse humaine, mais la vérité elle-même.
Tout dépend de la manière dont on voit les choses. Si, devant la pilule, on se dit : "chouette, à nous le fun !", évidemment, on ne fait pas comme il faut. C'est effectivement ce qu'ont fait la plupart des gens. Mais si on se dit : "voilà une aide qui nous permettra d'atténuer les conséquences de nos défaillances, et donc de nous sentir plus sûrs", là, me semble-t-il, la démarche est plutôt bien orientée.
Oui, si elle n'en reste pas la.
C'est dans cette perspective - disons - "pédagogique" que je vois l'enseignement de l'Eglise : si elle avait tout simplement approuvé, même avec réserves, l'utilisation des contraceptifs modernes, les gens en auraient profité comme des petits fous et auraient complètement oublié l'essentiel. Il ne lui était donc pas possible de dire "oui" à la chose. A l'inverse, en réitérant ses avertissements, elle oblige à y réfléchir.
Humanae Vitae a écrit :En conformité avec ces points fondamentaux de la conception humaine et chrétienne du mariage, nous devons encore une fois déclarer qu'est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l'interruption directe du processus de génération déjà engagé, et surtout l'avortement directement voulu et procuré, même pour des raisons thérapeutiques.Est pareillement à exclure, comme le Magistère de l'Eglise l'a plusieurs fois déclaré, la stérilisation directe, qu'elle soit perpétuelle ou temporaire, tant chez l'homme que chez la femme.

Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation.

Et on peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l'unique et identique bonté morale. En vérité, s'il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand il n'est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu'il en résulte un bien, c'est-à-dire de prendre comme objet d'un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et, par conséquent, une chose indigne de la personne humaine, même av ec l'intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C'est donc une erreur de penser qu'un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l'ensemble d'une vie conjugale féconde.
De fait, c'est pédagogique : cela enseigne ce qui est bon et ce qui est mauvais. Mais ce n'est certainement pas pédagogique au sens où vous l'entendez.
Je répète : pour celui qui souhaite pécher, tout permet le péché ; mais pour celui qui souhaite se parfaire, tout est une occasion de vertu.
Ben voyons... Ce n'est pas parce que Dieu peut faire jaillir le bien du mal que cela nous autorise à commettre le mal pour autant. Bien sûr que tout est occasion de se parfaire. En inférer que l'on peut pécher tout son soûl puisque Dieu saura en tirer un bien, c'est absurde, et ce n'est certainement pas une voie de perfection (sauf pour celui qui cherche à parfaire son orgueil, naturellement).

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Re: Contraception, que dit l'Église ?

Message non lu par Olivier JC »

Bonjour,

En fait, pour résumer votre position sur ce sujet, vos objections peuvent se résumer à cela : "C'est dur".

C'est vrai que c'est dur, et le pape l'a redit il y a deux jours.

"Cette parole est dure ! Qui peut l'entendre ?". Et à compter de ce jour, ils n'allèrent plus avec lui.. Ben oui... Qu'est-ce que vous voulez y faire ? Le Christ nous a certes envoyé convertir le monde entier, mais il ne nous a certainement pas donné l'exemple de quelqu'un disposé à édulcorer la vérité pour conserver ses effectifs.

L'appel de Dieu, c'est "Qui m'aime me suive !", et non pas"Qui est d'accord avec moi me suive". Je ne parle pas pour vous, mais je suis parfois sidéré de voir que les personnes qui refusent d'obéir à l'enseignement de l'Eglise sur ce point sont par ailleurs ceux qui trouvent que la messe le dimanche et un Notre Père avec les enfants avant le coucher constituent une vie spirituelle d'une richesse incomparable.

Bon. Peut-être, après tout... Mais il me semble, quant à moi, que ce n'est certainement pas en cantonnant Dieu dans son tiroir, à ouvrir juste de temps en temps, que l'on avance patiemment vers la sainteté.

Libre à tous de suivre le Christ à la mesure de leur amour pour lui, en fait. Cela ne pose problème que si l'on commence à vouloir trafiquer la vérité pour mettre l'amour de Dieu à la mesure de notre amour à nous... Malheur à ceux qui appellent bien le mal ! La S. Ecriture nous prévient !

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Re: Contraception, que dit l'Église ?

Message non lu par Sokrates »

Bonjour Jean-Baptiste,
jeanbaptiste a écrit :
En gros, si vous acceptez la contraception comme moralement licite, vous devez accepter comme moralement licite toute autre activité sexuelle librement consentie (fornication, homosexualité, adultère, masturbation, polygamie, inceste, etc.), car le jugement d'immoralité de ces différentes pratiques repose sur les mêmes principes moraux que le jugement d'immoralité de la contraception.
C'est typiquement la position des années 70 avec, entre autre, son éloge de la pédophilie consentie ; le porno au cinéma sans restrictions ; le porno en famille etc.

Comme personne n'en voulait réellement de cette liberté sexuelle totale, on se retrouve dans une époque batarde qui refuse d'écouter les discours considérés "réacs", mais qui continue à tenir un discours moral qui ne tient plus sur rien.
Voilà, c'est exactement ça : on nage dans l'incohérence totale. Ce n'est même plus du relativisme. C'est de la dictature de la bien-pensance et du conformisme. L'opinion de la majorité d'une société donnée à un moment donné est considéré comme la Vérité absolue, universelle et immuable (jusqu'à ce que l'opinion change et qu'une nouvelle "Vérité absolue, universelle et immuable" la remplace, avec la plus grande désinvolture...).

On pensera ce que l'on voudra de la morale libertaire des années 70. Mais au moins, elle avait le mérite d'être systématique, ne reculant pas devant les conséquences logiques de ses prises de positions. C'est (paradoxalement) son point commun avec la position de l'Eglise catholique.

Aujourd'hui, chacun regarde ceux qui sont plus libéraux qu'eux comme des dépravés et ceux qui y sont moins comme des réacs sans s'interroger sur son propre positionnement...
jeanbaptiste a écrit :D'ailleurs ça ne concerne pas que les "pratiques sexuelles", mais l'ensemble de la société. Pensez au droit à l'avortement et la récente loi permettant aux parents de donner un prénom et un statut civil à l'embryon décédé. Comment les deux "droits" peuvent-ils tenir sauf en reconnaissant que l'embryon est un être humain, et donc que l'avortement est... un meurtre ? Réponse : les gens le veulent en majorité, donc c'est un droit.

Voilà sur quoi tiennent nos sociétés : les désirs contradictoires de la moyenne des citoyens. Soit précisément le résultat de la démocratie dans un État qui n'aurait pas formé à la politique l'ensemble de ses citoyens (est-ce seulement possible ?). Ce qui conduit immanquablement au constat de Saint Augustin : «Ce que vous attendez de votre sécurité, ce n'est pas un État en paix. C'est la débauche tranquille.» La Cité de Dieu I.XXXIII
Je souscris. La démocratie est une bonne chose tant qu'elle est synonyme de liberté d'opinion et de discuter des opinions ; mais elle est pervertie quand elle devient dictature de la masse sur la minorité. Pourtant, elle pourrait être bonne et juste dans la main de personnes compétentes. Hélas, elle a la fâcheuse tendance de faire équivaloir la voix de l'expert et celle du premier quidam qui passe...

Cordialement,

Sokrates
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