[align=justify]Bonsoir à tous
Je souhaite mettre en garde nos citoyens contre toute tentation d'"idéologisation" de l'art, notamment profane. Qu'il soit antique, gothique, baroque, classique, moderne, contemporain, figuratif ou abstrait, nous possédons tous le droit d'apprécier telle ou telle oeuvre que notre voisin, pourtant esthète confirmé et catholique orthodoxe, trouvera abjecte.
Il ne faudrait pas faire croire que les personnes qui apprécient la musique rock ou la peinture abstraite de Kim En Joong sont "dans l'erreur". Nous ne sommes pas - avec l'art - dans l'axe transcendantal du Bien et du Mal, mais dans celui du Beau et du Laid. Qu'il existe des critères objectifs pour juger de la qualité d'une oeuvre, c'est fort possible, mais il me semble que c'est le ressenti personnel de l'homme face à l'oeuvre d'art qui prime sur toutes les théories. " Le génie donne ses règles à l'art ", paraît-il. En fonction de notre sensibilité, nous ne réagissons pas tous de la même manière à une même oeuvre artistique.
La section "culture et identité" de ce site n'a pas été ouverte pour nourrir la division entre nos citoyens sur des questions qui ne relèvent que du goût personnel. Tout prochain dérapage de ce type me conduira à vérouiller les sujets, voir à interdire les débats artistiques.
Paix et Joie !
Christophe
PS : Tout au plus peut-on dire que les fans de rock ont moins de goût que les mélomanes avertis qui apprécient la musique classique à sa juste et très haute valeur... :P [/align]
Contre l'art moderne
- Christophe
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Contre l'art moderne
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
Même si ça ne va pas aussi loin, je me suis toujours senti heurté par ces portraits de Modigliani aux regards vides, qui me font l'effet d'une négation de l'identité de la personne.Charles a écrit :Iconoclasme, défiguration, inhumanité
Jetez un oeil sur son portrait de Max Jacob : on voit l'arrière-plan à travers ses yeux :
http://www.european-art-online.com/repr ... h/183.html
L'homme, une enveloppe creuse...
Impressionnante intervention ! A relire, et relire encore, et méditer. Merci Charles. Dans vos citations, qui m’étaient inconnues, et vos commentaires, vous avez parfaitement exprimé ce que je ressentais depuis longtemps.
J’ajouterai ceci. Le problème de l’art contemporain que vous dénoncez est qu’il n’a plus de prise sur nous. Il nous laisse parfois amusés, le plus souvent indifférents. A l’époque romantique encore, Tolstoï, Hugo, Wagner, pouvaient sincèrement croire qu’ils changeaient le monde. Quel artiste peut en dire autant aujourd’hui ?
Ils ont peur. La grandeur flanque la pétoche à nos artistes et lorsqu’ils s’attaquent aux ‘grandes’ œuvres, c’est sur le mode de la dérision (‘déconstruire’ disent-ils). Curieusement, les questions que les artistes d’antan posaient à leurs contemporains, l’amour, la mort, le pouvoir et la liberté, l’honneur, les conflits ‘cornéliens’, ne sont plus abordées qu’au cinéma, par Hollywood, et adressées aux adolescents. D’où le succès universel et considérable de ces films.
Le seul endroit que je connais où l’art a encore une signification est la Russie. A la Galerie Tretiakoff, le grand musée d’Etat, des fleurs sont posées par les visiteurs russes devant les icônes de Roublev, ils se signent et s’agenouillent, oublieux des hordes de touristes étrangers éberlués. Les écoliers se pressent devant les tableaux, cahier en mains, discutent de chaque personnage portraituré, récitent des poèmes appris par cœur qu’évoquent le paysage ou la scène représentés. Ce n’est pas de l’érudition chez ces gamins, mais une véritable culture vivante.
Christian
J’ajouterai ceci. Le problème de l’art contemporain que vous dénoncez est qu’il n’a plus de prise sur nous. Il nous laisse parfois amusés, le plus souvent indifférents. A l’époque romantique encore, Tolstoï, Hugo, Wagner, pouvaient sincèrement croire qu’ils changeaient le monde. Quel artiste peut en dire autant aujourd’hui ?
Ils ont peur. La grandeur flanque la pétoche à nos artistes et lorsqu’ils s’attaquent aux ‘grandes’ œuvres, c’est sur le mode de la dérision (‘déconstruire’ disent-ils). Curieusement, les questions que les artistes d’antan posaient à leurs contemporains, l’amour, la mort, le pouvoir et la liberté, l’honneur, les conflits ‘cornéliens’, ne sont plus abordées qu’au cinéma, par Hollywood, et adressées aux adolescents. D’où le succès universel et considérable de ces films.
Le seul endroit que je connais où l’art a encore une signification est la Russie. A la Galerie Tretiakoff, le grand musée d’Etat, des fleurs sont posées par les visiteurs russes devant les icônes de Roublev, ils se signent et s’agenouillent, oublieux des hordes de touristes étrangers éberlués. Les écoliers se pressent devant les tableaux, cahier en mains, discutent de chaque personnage portraituré, récitent des poèmes appris par cœur qu’évoquent le paysage ou la scène représentés. Ce n’est pas de l’érudition chez ces gamins, mais une véritable culture vivante.
Christian
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Bonjour,
Splendeur du Trisagion - Etude sur l'icône de Roublev
Cet article est tiré de la revue Kephas d'avril-juin 2002. Il aborde la question de l'image et de l'art dans l'Eglise à travers l'exemple particulier des icônes de la tradition orthodoxe. Pertinent donc pour notre propos.
Pax Vobiscum.
- VR -
Splendeur du Trisagion - Etude sur l'icône de Roublev
Cet article est tiré de la revue Kephas d'avril-juin 2002. Il aborde la question de l'image et de l'art dans l'Eglise à travers l'exemple particulier des icônes de la tradition orthodoxe. Pertinent donc pour notre propos.
Pax Vobiscum.
- VR -
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Jean-Pierre DALIBOT
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J'espère que l'on me pardonnera ce copié-collé.
[align=center]L'ART ET LA BEAUTE[/align]
Par Jacques Maritain
Extrait d’Art et scolastique
pp.35-42 éd. 1920
[align=justify]Saint Thomas, qui avait autant de simplicité que de sagesse, définissait le beau ce qui plaît à voir, id quod visum placet. Ces quatre mots disent tout ce qu'il faut : une vision, c'est‑à‑dire une connaissance intuitive, et une Joie. Le beau est ce qui donne la joie, non pas toute joie, mais la joie dans le connaître ; non pas la joie propre de l'acte de connaître, mais une joie qui surabonde et déborde de cet acte à cause de l'objet connu.
Si une chose exalte et délecte l'âme par là même qu'elle est donnée à son intuition, elle est bonne à appréhender, elle est belle.
La beauté est essentiellement objet d'intelligence, car ce qui connaît au sens plein du mot, c'est l'intelligence, qui seule est ouverte a l'infinité de l'être. Le lieu naturel de la beauté est le monde intelligible, c'est de là qu'elle descend. Mais elle tombe aussi, d’une certaine manière, sous les prises des sens, dans la mesure où chez l'homme ils servent l'intelligence et peuvent eux‑mêmes jouir en connaissant : « c'est, parmi tous les sens, a la vue et à l'ouïe seulement que le beau a rapport, parce que ces deux sens sont maxime cognoscitivi. » La part des sens dans la perception de la beauté est même rendue énorme chez nous, et à peu près indispensable, du fait que notre intelligence n'est pas intuitive comme celle de l'ange ; elle voit sans doute, mais à condition d'abstraire et de discourir ; seule la connaissance sensitive possède parfaitement chez l'homme l'intuitivité requise à la perception du beau. Ainsi l'homme peut sans doute jouir de la beauté purement intelligible, mais le beau connaturel à l'homme, c ' est celui qui vient délecter l'intelligence par les sens et par leur intuition. Tel est aussi le beau propre de notre art, qui travaille une matière sensible pour faire la joie de l'esprit. Il voudrait croire ainsi que le paradis n'est pas perdu. Il a le goût du paradis terrestre, parce qu'il restitue pour un instant, la paix et la délectation simultanée de l'intelligence et des sens.
Si la beauté délecte l'intelligence, c'est qu'elle est essentiellement une certaine excellence ou perfection dans la proportion des choses à l'intelligence. De là les trois conditions que lui assignait saint Thomas : intégrité, parce que l'intelligence aime l'être, proportion, parce que l'intelligence aime l'ordre, et aime l'unité, enfin et surtout éclat ou clarté, parce que l'intelligence aime la lumière et l'intelligibilité. Un certain resplendissement est en effet d'après tous les anciens le caractère essentiel de la beauté, - claritas est de ratione pulchritudinis, lux pulchrificat, quia sine luce omnia sunt turpia ‑ mais c'est un resplendissement d'intelligibilité : splendor veri, disaient les Platoniciens, splendor ordinis, disait saint Augustin, ajoutant que « l'unité est la forme de toute beauté », splendor formae, disait saint Thomas dans son langage précis de métaphysicien : car la « forme », c'est‑à‑dire le principe qui fait la perfection propre de tout ce qui est, qui constitue et achève les choses dans leur essence et dans leurs qualités, qui est enfin, si l'on peut ainsi parler, le secret ontologique qu'elles portent en elles, leur être spirituel, leur mystère opérant, est avant tout le principe propre d'intelligibilité, la clarté propre de toute chose. Aussi bien toute forme est‑elle un vestige ou un rayon de l'Intelligence créatrice imprimé au coeur de l'être créé. Tout ordre et toute proportion d'autre part est oeuvre d'intelligence. Et ainsi, dire avec les scolastiques que la beauté est le resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matière, c’est dire qu'elle est une fulguration d'intelligence sur une matière intelligemment disposée. L'intelligence jouit du beau parce qu'en lui elle se retrouve et se reconnaît, et prend contact avec sa propre lumière. Cela est si vrai que ceux‑là ‑ tel un François d'Assise ‑ perçoivent et savourent davantage la beauté des choses, qui savent qu'elles sortent d'une intelligence, et qui les rapportent à leur auteur.
Sans doute toute beauté sensible suppose une certaine délectation de l'oeil lui‑même ou de l'oreille ou de l'imagination ; mais il n'y a beauté que si l'intelligence jouit aussi de quelque manière. Une belle couleur « rince l'oeil » comme un parfum puissant dilate la narine ; mais de ces deux « formes » ou qualités la couleur seule est dite belle, parce qu'étant reçue, au contraire du parfum, dans un sens capable de connaissance désintéressée, elle peut être, même par son éclat purement sensible, un objet de joie pour l'intelligence. Au reste, plus l'homme élève sa culture, plus se spiritualise l'éclat de la forme qui le ravit.
Il importe toutefois de remarquer que dans le beau que nous avons appelé connaturel à l'homme, et qui est propre à l'art humain, cet éclat de la forme, si purement intelligible, qu'il puisse être en lui‑même, est saisi dans le sensible et par le sensible, et non pas séparément de lui. L'intuition du beau artistique se tient ainsi à l'extrême opposé de l'abstraction du vrai scientifique. Car c'est par l'appréhension même du sens que la lumière de l'être vient ici pénétrer l'intelligence.
L'intelligence alors, détournée de tout effort d'abstraction, jouit sans travail et sans discours. Elle est dispensée de son labeur ordinaire, elle n'a pas à dégager un intelligible de la matière où il est enfoui, pour en parcourir pas à pas les divers attributs ; comme le cerf à la source d'eau vive, elle n'a rien à faire qu'à boire, elle boit la clarté de l'être. Fixée dans l'intuition du sens, elle est irradiée par une lumière intelligible qui lui est donnée d'un coup, dans le sensible même où elle resplendit, et qu'elle ne saisit pas sub ratione veri mais plutôt sub ratione delectabilis, par l'heureuse mise en acte qu'elle lui procure et par la joie qui s'ensuit dans l'appétit, qui s'élance comme à son objet propre à tout bien de l’âme. Après coup seulement elle analysera plus ou moins bien les causes de cette joie par la réflexion.
Ainsi, quoique le beau tienne au vrai métaphysique en ce sens que tout resplendissement d'intelligibilité dans les choses suppose quelque conformité à l'Intelligence cause des choses, néanmoins le beau n'est pas une espèce de vrai, mais une espèce de bien ; la perception du beau a rapport à la connaissance, mais pour s'y ajouter, « comme à la jeunesse s'ajoute sa fleur » ; elle est moins une espèce de connaissance qu ' une espèce de délectation.
Le beau est essentiellement délectable. C'est pourquoi, de par sa nature même et en tant que beau, il meut le désir et produit l’amour, tandis que le vrai comme tel ne fait qu'illuminer. « Omnibus igitur est pulchrum et bonum desiderabile et amabile et diligibile. » C'est pour sa beauté que la Sagesse est aimée. Et c'est pour elle‑même que toute beauté est d'abord aimée, même si ensuite la chair trop faible est prise au piège. L'amour à son tour produit l'extase, c'est‑à-dire qu'il met hors de soi celui qui aime ; « ec‑stase » dont l'âme éprouve une forme diminuée quand elle est saisie par la beauté de l'oeuvre d'art, et la plénitude quand elle est bue, comme la rosée, par la, beauté de Dieu.
Et de Dieu même, selon Denys l'Aréopagite , il faut oser dire qu'il souffre en quelque façon extase d'amour, à cause de l'abondance de sa bonté qui lui fait répandre en toutes choses une participation de sa splendeur. Mais son amour à lui cause la beauté de ce qu'il aime, tandis que notre amour à nous est causé par la beauté de ce que nous aimons.[/align]
[align=center]L'ART ET LA BEAUTE[/align]
Par Jacques Maritain
Extrait d’Art et scolastique
pp.35-42 éd. 1920
[align=justify]Saint Thomas, qui avait autant de simplicité que de sagesse, définissait le beau ce qui plaît à voir, id quod visum placet. Ces quatre mots disent tout ce qu'il faut : une vision, c'est‑à‑dire une connaissance intuitive, et une Joie. Le beau est ce qui donne la joie, non pas toute joie, mais la joie dans le connaître ; non pas la joie propre de l'acte de connaître, mais une joie qui surabonde et déborde de cet acte à cause de l'objet connu.
Si une chose exalte et délecte l'âme par là même qu'elle est donnée à son intuition, elle est bonne à appréhender, elle est belle.
La beauté est essentiellement objet d'intelligence, car ce qui connaît au sens plein du mot, c'est l'intelligence, qui seule est ouverte a l'infinité de l'être. Le lieu naturel de la beauté est le monde intelligible, c'est de là qu'elle descend. Mais elle tombe aussi, d’une certaine manière, sous les prises des sens, dans la mesure où chez l'homme ils servent l'intelligence et peuvent eux‑mêmes jouir en connaissant : « c'est, parmi tous les sens, a la vue et à l'ouïe seulement que le beau a rapport, parce que ces deux sens sont maxime cognoscitivi. » La part des sens dans la perception de la beauté est même rendue énorme chez nous, et à peu près indispensable, du fait que notre intelligence n'est pas intuitive comme celle de l'ange ; elle voit sans doute, mais à condition d'abstraire et de discourir ; seule la connaissance sensitive possède parfaitement chez l'homme l'intuitivité requise à la perception du beau. Ainsi l'homme peut sans doute jouir de la beauté purement intelligible, mais le beau connaturel à l'homme, c ' est celui qui vient délecter l'intelligence par les sens et par leur intuition. Tel est aussi le beau propre de notre art, qui travaille une matière sensible pour faire la joie de l'esprit. Il voudrait croire ainsi que le paradis n'est pas perdu. Il a le goût du paradis terrestre, parce qu'il restitue pour un instant, la paix et la délectation simultanée de l'intelligence et des sens.
Si la beauté délecte l'intelligence, c'est qu'elle est essentiellement une certaine excellence ou perfection dans la proportion des choses à l'intelligence. De là les trois conditions que lui assignait saint Thomas : intégrité, parce que l'intelligence aime l'être, proportion, parce que l'intelligence aime l'ordre, et aime l'unité, enfin et surtout éclat ou clarté, parce que l'intelligence aime la lumière et l'intelligibilité. Un certain resplendissement est en effet d'après tous les anciens le caractère essentiel de la beauté, - claritas est de ratione pulchritudinis, lux pulchrificat, quia sine luce omnia sunt turpia ‑ mais c'est un resplendissement d'intelligibilité : splendor veri, disaient les Platoniciens, splendor ordinis, disait saint Augustin, ajoutant que « l'unité est la forme de toute beauté », splendor formae, disait saint Thomas dans son langage précis de métaphysicien : car la « forme », c'est‑à‑dire le principe qui fait la perfection propre de tout ce qui est, qui constitue et achève les choses dans leur essence et dans leurs qualités, qui est enfin, si l'on peut ainsi parler, le secret ontologique qu'elles portent en elles, leur être spirituel, leur mystère opérant, est avant tout le principe propre d'intelligibilité, la clarté propre de toute chose. Aussi bien toute forme est‑elle un vestige ou un rayon de l'Intelligence créatrice imprimé au coeur de l'être créé. Tout ordre et toute proportion d'autre part est oeuvre d'intelligence. Et ainsi, dire avec les scolastiques que la beauté est le resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matière, c’est dire qu'elle est une fulguration d'intelligence sur une matière intelligemment disposée. L'intelligence jouit du beau parce qu'en lui elle se retrouve et se reconnaît, et prend contact avec sa propre lumière. Cela est si vrai que ceux‑là ‑ tel un François d'Assise ‑ perçoivent et savourent davantage la beauté des choses, qui savent qu'elles sortent d'une intelligence, et qui les rapportent à leur auteur.
Sans doute toute beauté sensible suppose une certaine délectation de l'oeil lui‑même ou de l'oreille ou de l'imagination ; mais il n'y a beauté que si l'intelligence jouit aussi de quelque manière. Une belle couleur « rince l'oeil » comme un parfum puissant dilate la narine ; mais de ces deux « formes » ou qualités la couleur seule est dite belle, parce qu'étant reçue, au contraire du parfum, dans un sens capable de connaissance désintéressée, elle peut être, même par son éclat purement sensible, un objet de joie pour l'intelligence. Au reste, plus l'homme élève sa culture, plus se spiritualise l'éclat de la forme qui le ravit.
Il importe toutefois de remarquer que dans le beau que nous avons appelé connaturel à l'homme, et qui est propre à l'art humain, cet éclat de la forme, si purement intelligible, qu'il puisse être en lui‑même, est saisi dans le sensible et par le sensible, et non pas séparément de lui. L'intuition du beau artistique se tient ainsi à l'extrême opposé de l'abstraction du vrai scientifique. Car c'est par l'appréhension même du sens que la lumière de l'être vient ici pénétrer l'intelligence.
L'intelligence alors, détournée de tout effort d'abstraction, jouit sans travail et sans discours. Elle est dispensée de son labeur ordinaire, elle n'a pas à dégager un intelligible de la matière où il est enfoui, pour en parcourir pas à pas les divers attributs ; comme le cerf à la source d'eau vive, elle n'a rien à faire qu'à boire, elle boit la clarté de l'être. Fixée dans l'intuition du sens, elle est irradiée par une lumière intelligible qui lui est donnée d'un coup, dans le sensible même où elle resplendit, et qu'elle ne saisit pas sub ratione veri mais plutôt sub ratione delectabilis, par l'heureuse mise en acte qu'elle lui procure et par la joie qui s'ensuit dans l'appétit, qui s'élance comme à son objet propre à tout bien de l’âme. Après coup seulement elle analysera plus ou moins bien les causes de cette joie par la réflexion.
Ainsi, quoique le beau tienne au vrai métaphysique en ce sens que tout resplendissement d'intelligibilité dans les choses suppose quelque conformité à l'Intelligence cause des choses, néanmoins le beau n'est pas une espèce de vrai, mais une espèce de bien ; la perception du beau a rapport à la connaissance, mais pour s'y ajouter, « comme à la jeunesse s'ajoute sa fleur » ; elle est moins une espèce de connaissance qu ' une espèce de délectation.
Le beau est essentiellement délectable. C'est pourquoi, de par sa nature même et en tant que beau, il meut le désir et produit l’amour, tandis que le vrai comme tel ne fait qu'illuminer. « Omnibus igitur est pulchrum et bonum desiderabile et amabile et diligibile. » C'est pour sa beauté que la Sagesse est aimée. Et c'est pour elle‑même que toute beauté est d'abord aimée, même si ensuite la chair trop faible est prise au piège. L'amour à son tour produit l'extase, c'est‑à-dire qu'il met hors de soi celui qui aime ; « ec‑stase » dont l'âme éprouve une forme diminuée quand elle est saisie par la beauté de l'oeuvre d'art, et la plénitude quand elle est bue, comme la rosée, par la, beauté de Dieu.
Et de Dieu même, selon Denys l'Aréopagite , il faut oser dire qu'il souffre en quelque façon extase d'amour, à cause de l'abondance de sa bonté qui lui fait répandre en toutes choses une participation de sa splendeur. Mais son amour à lui cause la beauté de ce qu'il aime, tandis que notre amour à nous est causé par la beauté de ce que nous aimons.[/align]
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wanderer
- Pater civitatis

- Messages : 730
- Inscription : ven. 03 sept. 2004, 16:49
- Localisation : Haute-Savoie
Cher abbé,
les propos de Charles peuvent sembler durs, mais je reconnais que les votres sont à ce point stupéfiants dans la bouche d'un prêtre. Même moi qui ne suis que catéchumène, je lis certains propos qui me font mal au coeur.
J'espère que vous n'êtes pas blessé, mais reconnaissez que dans ce que l'on vous objecte, tout n'est pas faux. J'espère que vous en conviendrez.
Dieu vous garde.
Wanderer
les propos de Charles peuvent sembler durs, mais je reconnais que les votres sont à ce point stupéfiants dans la bouche d'un prêtre. Même moi qui ne suis que catéchumène, je lis certains propos qui me font mal au coeur.
J'espère que vous n'êtes pas blessé, mais reconnaissez que dans ce que l'on vous objecte, tout n'est pas faux. J'espère que vous en conviendrez.
Dieu vous garde.
Wanderer
à Charles
Cher Charles, même si vous argumentez bien, même si l'on vous rejoint sur pas mal de points, il serait bon qu'en matière artistique vous soyez un peu moins dogmatique. Ou plutôt : s'il s'agit de commenter des oeuvres d'art, parlons d'art et non de doctrine.
Il se trouve que vous avez fait une remarque intéressante (sur laquelle on peut beaucoup causer d'ailleurs), c'est en critiquant les artistes qui mettent leur attention sur l'effet de matière. Je ne vous rejoins pas totalement dans ce genre de critique, mais enfin c'est plutôt de cela qu'il faudrait parler...
Vous avez un tempérament bien "paulinien" en général (votre esprit s'échauffe à la vue des temples païens, disons), ce qui donne beaucoup de vie aux discussions... Mais pourquoi, quand on parle d'art, se sent-on toujours obligé de s'étriper et de démolir les autres, d'imposer des visions à sens unique ? Il y a des domaines de l'esprit où des vérités différentes, voire contradictoires, sont tout aussi vraies les unes que les autres.
Bien à vous
Il se trouve que vous avez fait une remarque intéressante (sur laquelle on peut beaucoup causer d'ailleurs), c'est en critiquant les artistes qui mettent leur attention sur l'effet de matière. Je ne vous rejoins pas totalement dans ce genre de critique, mais enfin c'est plutôt de cela qu'il faudrait parler...
Vous avez un tempérament bien "paulinien" en général (votre esprit s'échauffe à la vue des temples païens, disons), ce qui donne beaucoup de vie aux discussions... Mais pourquoi, quand on parle d'art, se sent-on toujours obligé de s'étriper et de démolir les autres, d'imposer des visions à sens unique ? Il y a des domaines de l'esprit où des vérités différentes, voire contradictoires, sont tout aussi vraies les unes que les autres.
Bien à vous
Voici ce qu'est l'art
Bonjour Charles,
Christian
Absolument. La profonde satisfaction que l’art nous apporte est cette intégration de notre raison et de nos émotions. La philo et la science s’adressent à la raison (même si jamais entièrement), les romans de gare et le football télévisuel titillent nos émotions. Mais l’art nous rend entiers. L’art nous réconcilie pleinement avec nous-mêmes. C’est sa fonction depuis qu’il y a des hommes. C’est pourquoi le tachisme, qui n’est qu’excitation visuelle, et l’art conceptuel si bien nommé nous laisseront toujours sur notre faim"If you want to express conceptual ideas, write a book, don't paint."
Christian
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