J'ai entendu un prêtre dire un jour que le monde n'en était encore qu'à l'enfance, et je suis assez d'accord avec cette idée. Le monde n'a pas encore mûri. Comment donc la fin des temps arriverait-elle maintenant ?
Ah, bah, la mortalité infantile, ça existe.
(ceci étant, vous remarquerez que les "inquiétudes" de notre temps sont, justement, des "inquiétudes" sans dieu. Et, soit égocentrées, soit lointaines (je veux dire : on fait mine de s'angoisser du sort de peuplades inconnues à l'autre bout de la terre, mais on se fout complètement de considérer son voisin comme un frère... donc, paradoxalement, ces "inquiétudes" servent une pensée générale individualiste qui, justement, consiste à se sentir "en sécurité" loin de dieu :
"les méchantes grandes puissances, les méchants lobbys industriels polluent la planète et on va tous mourir" : finalement, le mal est toujours le fait d'autres, puissants, lointains, quasi abstraits... donc cela consiste bien à se considérer soi-même comme à l'abri du mal, vaincu physiquement par le réchauffement climatique mais moralement à l'abri de toute faute personnelle, donc déjà sauvé par nos propres moyens, naturellement...)
ceci étant, bon, en vrai, je trouve de même l'idée de "monde encore dans l'enfance" séduisante... mais justement du fait que nous ne savons ni le jour ni l'heure, rien ne nous permet de trancher à ce sujet, cela reste de la pure spéculation. Donc, en fait, un peu vain.
Et puis qu'est-ce qu'on se fiche de savoir si c'est la fin ou non, et à quel moment elle arrive ? Qu'est-ce que ça change ?
Rappelons nous la réponse de St Louis Marie Grignon de Monfort : alors que les jeunes gens sont en train de jouer au ballon-prisonnier, ils se lancent à jouer à "si là, maintenant, c'était la fin du monde, dans une heure ; vous feriez quoi ?" - qui de s'imaginer se lancer dans des exercices spirituels, qui de prier, qui de se confesser...
St Louis-Marie, donc, répond : "moi ? je continuerai à jouer au ballon-prisonnier".
