En effet, ce n'est pas très original comme analyse. On peut analyser beaucoup d'aspects de la vie humaine comme liturgiques. Il suffit d'y retrouver les formes du rassemblement, du rite, de la célébration, du sacrifice et de la communion.
... Sans doute parce que ce sont des réalités humaines essentielles.
Matthieu Grimpret : toujours plus loin dans le vide
Re: Matthieu Grimpret : toujours plus loin dans le vide
Avé Charles
Je viens de lire l'article et, contrairement à toi, je n'y trouve rien à redire - même s'il est vrai, comme l'a écrit Thomas, qu'on y trouve rien de spécialement original.
Autant ton analyse du heavy metal est captivante, autant je te trouve inutilement sévère vis-à-vis de l'article de Matthieu Grimpret. Si j'ai bien lu, sa thèse est la suivante : les baby-boomers sont nés dans un monde sans histoire et avec de moins en moins de métaphysique, donc ils s'emm...daient. Ayant cette impression de vide, ils ont cherché à le combler avec des "liturgies", ou du moins des démarches, des gestes, des cérémonies pleines de sens, à partir d'un pot pourri de tout ce qu'ils pouvaient trouver (le bouddhisme, les drogues, le sitar, Huxley, Hesse, etc.). L'auteur conclut en remarquant la vanité et l'échec de ces tentatives ; il parle de "pseudo-liturgie". Tu seras d'accord avec lui, non ?
Peut-être y a-t-il erreur de sa part sur la notion de liturgie, je n'en sais rien (confond-il liturgie et rituel ?). Mais :
1° certaines expériences des soixante-huitards correspondent à une vision un peu naïve, un peu gnan-gnan, de l'indifférenciation (se fondre dans la drogue, entrer tous en transe au son de Ravi Shankar, être tous pareils au milieu des chèvres, élever les enfants comme des adultes, tous se mélanger au sein d'une partie fine, etc.). Elles tendraient donc à corroborer tes analyses ; elles seraient juste plus soft que le heavy metal...
On peut synthétiser ces besoins de religions et de rituels par un petit rappel de l'auteur pour qui tu me connais avoir une tendresse particulière, Houellebecq (Les Particules élémentaires, pp. 107-108 de l'édition J'ai lu ; qu'on me coupe si je ne respecte pas les droits d'auteur) :
"Lieu privilégié de liberté sexuelle et d'expression du désir, le Lieu du Changement [il s'agit d'une sorte de camp de vacances hippie] devait naturellement, plus que tout autre, devenir un lieu de dépression et d'amertume. Adieu les membres humains s'entrelaçant dans la clairière, sous la pleine lune ! Adieu les célébrations quasi dionysiaques des corps recouverts d'huile, sous le soleil de midi ! Ainsi radotaient les quadragénaires, observant leurs b... flapies et leurs bourrelets adipeux.
"C'est en 1987 que les premiers ateliers d'inspiration semi-religieuse firent leur apparition au Lieu. Naturellement, le christianisme restait exclu ; mais une mystique suffisamment floue pouvait... s'harmoniser avec le culte du corps qu'ils continuaient contre toute raison à prôner. Les ateliers de massage sensitif ou de libération de l'orgone, bien entendu, persistèrent ; mais on eut le spectacle d'un intérêt de plus en plus vif pour l'astrologie, le tarot égyptien, la méditation sur les chakras, les énergies subtiles... Le chamanisme sibérien fit une entrée remarquée en 1991, où le séjour initiatique prolongé dans une sweat lodge alimentée par les braises sacrées eut pour résultat la mort d'un des participants par arrêt cardiaque." etc., etc.
Voici les commencements de preuve que tu demandes. Grimpret ne les a pas fournies, me semble-t-il, tellement ces preuves étaient évidentes. Le roman en question, à côté de ses intrigues principales, évoque en passant le cas du fils de l'un des fondateurs des mouvements hippies : lassé des plaisirs collectifs du mouvement, il se lance dans des choses de plus en plus violentes, découvre - justement - le heavy metal, et se lance dans la production de snuff movies. En lisant ton post, on retombe sur ses pattes !
2° Tu girardises toute forme de rituel. Un rituel, c'est juste des gestes, que l'on fait de manière à créer un moment particulier dans le temps, un lieu particulier dans l'espace. Le gâteau d'anniversaire est un rituel par excellence. La cérémonie des anciens combattants autour du monument aux morts, suivie d'un vin d'honneur resserrant la fraternité des membres, est un rituel (et je pense, le plus proche, de nos jours, des sacrifices antiques).
Peut-être y a-t-il une dimension sacrificielle dans ces rituels (autour de celui dont on fête l'anniversaire ; autour des morts pour la patrie) ; mais elle est tellement diluée, tellement inconsciente, que c'est presque à se demander si elle existe. Si les participants ne savent pas qu'il y a une dimension sacrificielle dans ce qu'ils font, s'ils n'y pensent même pas, y en a-t-il une ? Je me pose la question.
Bref, à supposer qu'il n'y ait qu'une et une seule explication du rituel ou de la liturgie, il reste de très nombreuses façons de l'interpréter, et rien ne dit qu'une seule d'entre elles soit valable. Ce n'est pas parce qu'on trouve une façon de voir qui ne soit pas exactement la tienne, qu'il faut à tout prix la "fumer", comme on dit dans les cités. Garde-toi donc, par pitié, d'en profiter pour conspuer si vite Matthieu Grimpret, que je connais pour avoir étudié avec lui ; s'il n'a pas toujours raison, il dit souvent des choses intéressantes. Le livre qu'il a dirigé sur Mai 68 a l'air pas mal du tout (la présence de Chantal Delsol parmi les participants ne me disant que du bien !).
A bientôt
MB
Je viens de lire l'article et, contrairement à toi, je n'y trouve rien à redire - même s'il est vrai, comme l'a écrit Thomas, qu'on y trouve rien de spécialement original.
Autant ton analyse du heavy metal est captivante, autant je te trouve inutilement sévère vis-à-vis de l'article de Matthieu Grimpret. Si j'ai bien lu, sa thèse est la suivante : les baby-boomers sont nés dans un monde sans histoire et avec de moins en moins de métaphysique, donc ils s'emm...daient. Ayant cette impression de vide, ils ont cherché à le combler avec des "liturgies", ou du moins des démarches, des gestes, des cérémonies pleines de sens, à partir d'un pot pourri de tout ce qu'ils pouvaient trouver (le bouddhisme, les drogues, le sitar, Huxley, Hesse, etc.). L'auteur conclut en remarquant la vanité et l'échec de ces tentatives ; il parle de "pseudo-liturgie". Tu seras d'accord avec lui, non ?
Peut-être y a-t-il erreur de sa part sur la notion de liturgie, je n'en sais rien (confond-il liturgie et rituel ?). Mais :
1° certaines expériences des soixante-huitards correspondent à une vision un peu naïve, un peu gnan-gnan, de l'indifférenciation (se fondre dans la drogue, entrer tous en transe au son de Ravi Shankar, être tous pareils au milieu des chèvres, élever les enfants comme des adultes, tous se mélanger au sein d'une partie fine, etc.). Elles tendraient donc à corroborer tes analyses ; elles seraient juste plus soft que le heavy metal...
On peut synthétiser ces besoins de religions et de rituels par un petit rappel de l'auteur pour qui tu me connais avoir une tendresse particulière, Houellebecq (Les Particules élémentaires, pp. 107-108 de l'édition J'ai lu ; qu'on me coupe si je ne respecte pas les droits d'auteur) :
"Lieu privilégié de liberté sexuelle et d'expression du désir, le Lieu du Changement [il s'agit d'une sorte de camp de vacances hippie] devait naturellement, plus que tout autre, devenir un lieu de dépression et d'amertume. Adieu les membres humains s'entrelaçant dans la clairière, sous la pleine lune ! Adieu les célébrations quasi dionysiaques des corps recouverts d'huile, sous le soleil de midi ! Ainsi radotaient les quadragénaires, observant leurs b... flapies et leurs bourrelets adipeux.
"C'est en 1987 que les premiers ateliers d'inspiration semi-religieuse firent leur apparition au Lieu. Naturellement, le christianisme restait exclu ; mais une mystique suffisamment floue pouvait... s'harmoniser avec le culte du corps qu'ils continuaient contre toute raison à prôner. Les ateliers de massage sensitif ou de libération de l'orgone, bien entendu, persistèrent ; mais on eut le spectacle d'un intérêt de plus en plus vif pour l'astrologie, le tarot égyptien, la méditation sur les chakras, les énergies subtiles... Le chamanisme sibérien fit une entrée remarquée en 1991, où le séjour initiatique prolongé dans une sweat lodge alimentée par les braises sacrées eut pour résultat la mort d'un des participants par arrêt cardiaque." etc., etc.
Voici les commencements de preuve que tu demandes. Grimpret ne les a pas fournies, me semble-t-il, tellement ces preuves étaient évidentes. Le roman en question, à côté de ses intrigues principales, évoque en passant le cas du fils de l'un des fondateurs des mouvements hippies : lassé des plaisirs collectifs du mouvement, il se lance dans des choses de plus en plus violentes, découvre - justement - le heavy metal, et se lance dans la production de snuff movies. En lisant ton post, on retombe sur ses pattes !
2° Tu girardises toute forme de rituel. Un rituel, c'est juste des gestes, que l'on fait de manière à créer un moment particulier dans le temps, un lieu particulier dans l'espace. Le gâteau d'anniversaire est un rituel par excellence. La cérémonie des anciens combattants autour du monument aux morts, suivie d'un vin d'honneur resserrant la fraternité des membres, est un rituel (et je pense, le plus proche, de nos jours, des sacrifices antiques).
Peut-être y a-t-il une dimension sacrificielle dans ces rituels (autour de celui dont on fête l'anniversaire ; autour des morts pour la patrie) ; mais elle est tellement diluée, tellement inconsciente, que c'est presque à se demander si elle existe. Si les participants ne savent pas qu'il y a une dimension sacrificielle dans ce qu'ils font, s'ils n'y pensent même pas, y en a-t-il une ? Je me pose la question.
Bref, à supposer qu'il n'y ait qu'une et une seule explication du rituel ou de la liturgie, il reste de très nombreuses façons de l'interpréter, et rien ne dit qu'une seule d'entre elles soit valable. Ce n'est pas parce qu'on trouve une façon de voir qui ne soit pas exactement la tienne, qu'il faut à tout prix la "fumer", comme on dit dans les cités. Garde-toi donc, par pitié, d'en profiter pour conspuer si vite Matthieu Grimpret, que je connais pour avoir étudié avec lui ; s'il n'a pas toujours raison, il dit souvent des choses intéressantes. Le livre qu'il a dirigé sur Mai 68 a l'air pas mal du tout (la présence de Chantal Delsol parmi les participants ne me disant que du bien !).
A bientôt
MB
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