Colas a écrit : ↑Hier, 22:52
Voilà, me semble-t-il, une application judicieuse du principe de dépendance sémantique contextuelle.
Bien fraternellement,
Colas.
Cher Colas,
Je voudrais ajouter un point personnel, pour expliquer pourquoi je suis particulièrement attentif à ce type de précision exégétique. Pendant plusieurs années, j’ai été convaincu que la seule traduction réellement fidèle de la Bible était celle des Témoins de Jéhovah, et j’ai traversé cette période avec beaucoup de zèle. Avec le temps, j’ai appris à prendre du recul et à mesurer la complexité des textes et des débats car j’ai beaucoup souffert de mon excommunication.
Aujourd’hui, j’attache beaucoup de valeur à la prudence de l’Église face à des questions aussi mystérieuses que celle-ci. Même si, au fond de moi, j’espère sincèrement que personne ne sera perdu, je crois aussi que la certitude ne nous appartient pas et que nous devons éviter de présenter comme évident ce qui demeure discuté.
Merci donc pour votre précision et pour la référence à David Bentley Hart.
Il me semble toutefois que cela confirme surtout un déplacement du débat, plutôt qu’une réponse à l’objection initiale.
Je ne conteste pas que Hart propose une traduction interprétative de aionios comme « relatif à cet âge » dans une large partie du Nouveau Testament, ni qu’il adopte parfois « éternel » lorsqu’il s’agit de Dieu par extension théologique. Cela relève clairement d’un choix de traduction et d’une réflexion théologique cohérente dans son système.
Mais cela ne répond toujours pas au point précis que je soulevais concernant Matthieu 25,46.
La question n’est pas de savoir quelles traductions alternatives existent, ni comment un traducteur moderne choisit de rendre aionios, mais de savoir s’il existe une règle linguistique du grec qui imposerait, dans ce verset précis, deux sens différents pour le même adjectif (kolasin aionion / zoèn aionion).
Or, ni Hart, ni les traductions que vous avez citées, ni les arguments étymologiques précédents ne formulent une telle règle grammaticale ou syntaxique.
Ils proposent des options de traduction ou des interprétations cohérentes dans un cadre théologique donné, mais cela reste distinct d’une démonstration linguistique contraignante.
Sur le plan strictement textuel, Matthieu 25,46 présente une structure parallèle avec le même adjectif appliqué à deux termes opposés.
Dans ce type de construction, l’hypothèse la plus directe reste celle d’un sens constant, sauf justification linguistique explicite du contraire.
C’est précisément cette justification que je n’ai pas encore vue formulée sous forme de règle grammaticale ou lexicale reconnue.
Bien fraternellement.
Et merci pour votre infinie patience à mon égard
