La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Colas
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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patatedouce a écrit : jeu. 18 juin 2026, 16:47 Je trouve que votre position n'a pas de sens.

Vous pensez qu'on est dans une pièce de théâtre où Dieu tire les ficelles pour s'amuser ? mais si c'est le cas alors ce n'est pas Dieu mais une personne de bas étage, et donc par définition ce n'est pas Dieu ?
Cher ami,

Dans une optique réformée, je vous l'accorde, l'homme est semblable à un pantin entre les mains d'un marionnettiste. Mais cette vision du monde, ne vous déplaise, est précisément celle que promeut l'Écriture. Sondez plutôt ces paroles de Jérémie : "je le sais, ô Éternel ! La voie de l'homme ne dépend pas de lui ; il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas" (Jérémie 10:23). Songez aussi à ce proverbe de Salomon : "le cœur de l'homme médite sa voie, mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas" (Proverbes 16:9).  Et encore: "le cœur du roi est un courant d'eau dans la main de l'Eternel ; Il l'incline partout où il veut" (Proverbes 21:1). À certains égards, je vous le concède volontiers, l'homme est donc semblable à un automate. Cependant, à la différence des robots sans âme, la créature humaine ressent de l'amour, de la joie, de la miséricorde ; elle est transportée par l'espérance et la foi ; elle manifeste de la bonté et de la tendresse ; elle se pose des questions métaphysiques, s'interroge sur le sens de la vie et sur l'au-delà ; elle éprouve du bonheur et du chagrin ; et, plus important que tout, elle fait preuve d'un altruisme profond et désintéressé. Les pantins, quant à eux, ne ressentent rien ; ils ne sont animés par aucune émotion ; ils ne pensent pas, ne raisonnent pas, n'aiment pas ; en fait, ils ne vivent même pas. L'homme est donc une créature merveilleuse, qui n'a nullement besoin du libre-arbitre pour vivre et aimer. David, en son temps, s'exclamait déjà : "je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et mon âme le reconnaît bien" (Psaume 139:14). 
En fait, si l'homme jouissait d'un libre-arbitre, il ne serait pas vraiment libre. Fort heureusement, Dieu s'est bien gardé d'accorder à sa créature semblable licence. Les enfants du diable, esclaves du péchés, sont "libres à l'égard de la justice" (Romains 6:20) ; les hommes convertis, "étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu" (Romains 6:22), sont quant à eux entièrement libres à l'égard du vice. La liberté véritable, aussi paradoxal que cela puisse paraître, repose donc sur une forme d'asservissement. C'est parce qu'ils sont asservis à la justice que les enfants de Dieu sont vraiment libres à l'égard du péché. Si la menace de retomber dans leurs travers passés planait sur eux en permanence, ils ne seraient pas libres mais ravagés par l'inquiétude.

Bien à vous,
Colas.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Gaudens »

Bonjour Colas,
Je pense que l'origine de votre position provient de votre ancrage dans la théologie calviniste de la prédestination.Vous vous réclamez en effet vous même , à la base, du protestantisme réformé(bien que je doute que beaucoup de protestants réformés classiques d'aujourd'hui - je ne parle pas des Evangéliques- se soucient beaucoup de la prédestination...).
En effet, s'il n'y a que la prédestination comme moteur du devenir éternel des êtres humains, on n'a plus le choix qu'entre une version sombre -celle de Calvin mais aussi des jansénistes dont on trouve encore la trace ici ou là, y compris sur ce forum - pour qui la grande majorité des hommes est ou sera damnée et votre perspective universaliste. Si l'on admet, si modeste soit-elle, la part du libre arbitre, on ne peut exclure la damnation de certains. Comme beaucoup ici , je souhaite ardemment que l'Enfer soit peu peuplé mais la vie de certains êtres nous fait fortement douter - et à la limite, pas même réellement espérer, en leur salut éternel. Hitler ou Staline en Paradis, vraiment ?

Nous ne pouvons ici que souhaiter que vous rejetiez cette croyance en la prédestination absolue et exclusive et que vous rejoigniez l'espérance de la foi catholique et orthodoxe en la matière.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Bonsoir Gaudens,

Comme vous l’avez fort justement souligné, mon ancrage dans la théologie réformée sert de cadre à mes convictions universalistes. J’adhère en effet pleinement aux cinq points du calvinisme, à ceci près qu’à la doctrine de l’expiation limitée, je préfère celle de l’expiation délimitée selon laquelle chaque homme sera sauvé en temps et en heure et suivant son rang par le sang et la croix ; car tous les hommes ne sont pas élus, c’est-à-dire appelés à travailler dans la vigne de Dieu dès la première heure ; mais tous recevront le même salaire au bout du chemin, y compris les appelés de la dernière heure. Mieux, ceux qui auront été appelés à travailler dans le vignoble divin à la onzième heure seront payés avant les élus, de sorte que les derniers seront les premiers et les premiers les derniers. C’est du moins en ce sens que j’interprète la parabole des ouvriers de la onzième heure dans l’Évangile.
Ainsi, ma croyance en une prédestination absolue me donne un cadre rationnel au sein duquel la doctrine de l’apocatastase s’inscrit à merveille. Cependant, mon universalisme ne procède pas de cette croyance, car j’étais déjà convaincu de l’universalité du salut bien avant d’épouser la foi réformée. Il fut en effet une époque où, quoique protestant, je souscrivais à l’existence du libre-arbitre ; et cela ne m’empêchais pas d’être absolument persuadé que tous les hommes seraient sauvés en définitive ; mais il est vrai que ma conversion au protestantisme réformé a considérablement renforcé mes convictions universalistes.
En somme, il n’existe que trois courants de pensée :
- Les calvinistes (et les jansénistes) pensent que Dieu peut sauver tous les hommes, mais qu’il ne le veut pas ;
- Les catholiques, les orthodoxes et les protestants arminiens pensent que Dieu veut sauver tous les hommes, mais qu’il ne le peut pas ;
- Les universalistes pensent que non seulement Dieu veut sauver tous les hommes, mais aussi qu’il le peut. Par conséquent, il le fera selon qu’il est écrit : « tout ce que l'Eternel veut, il le fait, dans les cieux et sur la terre, dans les mers et dans tous les abîmes » (Psaume 135:6).

Bien à vous,
Colas.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par ThéophileduSegala »

Cher Colas,

Ce qui est amusant, c’est que j’ai suivi un chemin presque opposé au vôtre.

Pendant longtemps, je ne me suis guère interrogé sur le libre arbitre. J’aimais beaucoup les sciences et, un soir, une idée m’a frappé : nous vivons dans un univers où chaque cause semble produire son effet. J’en suis alors venu à penser que la liberté n’existait pas réellement.

J’ai approfondi la question et découvert que ce débat occupait les philosophes depuis des siècles. Mais pour moi, à cette époque, l’affaire était entendue : le libre arbitre n’existait pas. J’en discutais volontiers avec quiconque acceptait d’entrer dans le débat.

Puis j’ai été touché par la grâce.

Je parle de cet amour inexplicable qui surgit sans prévenir, liquéfie le cœur et fait tomber les résistances les plus enracinées.

En avançant dans la foi catholique, j’ai commencé à découvrir quelque chose que je n’avais jamais réellement perçu auparavant : j’avais le choix.

Au début de mon cheminement, la souffrance et la colère me conduisaient souvent vers le péché. Pourtant, c’est précisément dans ces moments-là que la grâce se manifestait avec le plus de force. Comme si Dieu me disait avec une infinie douceur :

« Tu peux te détourner de moi ; je ne cesserai pas de t’aimer. Mais si tu demeures auprès de moi, je te donnerai plus que tout ce que tu peux imaginer. »

Et peu à peu, cette grâce m’a guéri.

Aujourd’hui, je ne suis plus habité par la même souffrance ni par la même colère. J’ai encore mes fragilités et mes moments de faiblesse, mais lorsque ceux-ci surviennent, la grâce semble surabonder davantage encore.

Alors un choix se présente toujours à moi.

Je peux demeurer auprès de Dieu, traverser le désert avec lui et lui faire confiance. Ou bien je peux tomber. Et lorsque je tombe, je découvre que sa miséricorde est encore là pour me relever et me consoler.

Parfois, cela prend du temps, notamment lorsque les scrupules s’installent. Mais la grâce finit toujours par rouvrir un chemin.

J’ai souvent l’impression d’être placé devant deux fruits : l’un est immédiatement séduisant mais finit par rendre malade ; l’autre demande davantage de patience et d’abandon, mais lorsqu’on le choisit, il ne laisse au fond du cœur que ces deux mots :

« Abba, Père. »

C’est pourquoi j’ai du mal à penser la relation entre Dieu et l’homme sans une véritable liberté. La grâce ne m’a jamais contraint ; elle m’a attiré. Elle n’a jamais violé ma volonté ; elle l’a peu à peu transformée.

Quant au salut final de tous, je l’espère de tout mon cœur. J’espère que l’amour de Dieu est si grand qu’il finira par toucher chaque créature. Mais je préfère parler ici d’espérance plutôt que de certitude.

J’aime croire qu’à la fin, Dieu sera véritablement tout en tous, selon la parole de saint Paul. Comment cela s’accomplira exactement, je l’ignore. Mais je sais que la grâce qui a transformé mon propre cœur est bien plus puissante que tout ce que j’aurais pu imaginer auparavant.

Bien cordialement,
Théophile
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Bonjour Colas,
Merci pour votre réponse.
Dans votre essai de description des attitudes divines selon les trois positions en la matière,la seconde est discutable. Ce n'est pas parce que Dieu ne pourrait pas sauver tout le monde que catholiques et orthodoxes se refusent à affirmer que l'Enfer serait vide.S'Il est Tout-Puissant comme vous et nous le croyons , cela n'aurait logiquement aucun sens.On pourrait dire qu'Il ne le veut pas en raison de la limite qu'il a consentie et qui tient au libre arbitre de l'homme.
Par ailleurs, vous n'avez pas entièrement répondu:croyez-vous vraiment que des Hitler,Staline et autres Gengis Khan ou Tamerlan puissent être sauvés (des exemples parmi d'autres) ?
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Colas a écrit : dim. 21 juin 2026, 11:33
Dans une optique réformée, je vous l'accorde, l'homme est semblable à un pantin entre les mains d'un marionnettiste. Mais cette vision du monde, ne vous déplaise, est précisément celle que promeut l'Écriture. Sondez plutôt ces paroles de Jérémie : "je le sais, ô Éternel ! La voie de l'homme ne dépend pas de lui ; il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas" (Jérémie 10:23). Songez aussi à ce proverbe de Salomon : "le cœur de l'homme médite sa voie, mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas" (Proverbes 16:9).  Et encore: "le cœur du roi est un courant d'eau dans la main de l'Eternel ; Il l'incline partout où il veut" (Proverbes 21:1).
Pour jérémie, il me semble que les versets signifient que personne n’est plus puissant que Dieu. La traduction officielle catholique (AELF) est : « 23 Seigneur, je le sais : l’homme n’est pas maître de son chemin ; à celui qui marche il n’est pas donné d’assurer son pas. ». Ce verset peut être compris justement que l’homme injuste n’est pas assuré d’aller au paradis !
Sur les proverbes, on ne peut pas détacher leur interprétation de leur objectif. Leur objectif est contenu en introduction au chapitre 1, il est d’enseigner (« 02 Veux-tu connaître la sagesse et l’instruction, avoir l’intelligence des propos intelligents, »). Vous comprenez les proverbes comme des assertions et non des enseignements. « Songez aussi à ce proverbe de Salomon : "le cœur de l'homme médite sa voie, mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas" (Proverbes 16:9). Et encore : "le cœur du roi est un courant d'eau dans la main de l'Eternel ; Il l'incline partout où il veut" (Proverbes 21:1). ». La Salomon ne donne pas des vérités mais des conseils ? La vocation même de ce livre est « d’éduquer » la liberté.

Vous ne répondez absolument pas à toutes mes questions, ce qui est dommage.

Je vais ajouter de nouveaux arguments :

1) On entend souvent l'affirmation philosophique selon laquelle « si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». Mais avec votre thèse d'un salut final universel et garanti d'avance, n’en revient-on pas exactement à la même situation ? Si la fin est validée sur des rails pour tout le monde — quoi que l'on ait fait —, alors le sérieux de nos actes ici-bas s'effondre. Le salut obligatoire ne revient-il pas à décréter que tout est permis ?

2) Votre position tombe sous le coup de la célèbre proposition de Gottfried Wilhelm Leibniz : l'idée que nous vivrions dans le « meilleur des mondes possibles ». Dans ce système, chaque mal se retrouve justifié par un bien futur, même hypothétique. Dès lors, une question se pose : le mal est-il nécessaire au bien ? La réponse est non, et vous le dites vous-même en définissant le mal comme une simple absence de bien. Mais alors, si le mal n'est pas nécessaire, pourquoi est-il permis — voire orchestré — par Dieu dans un monde où l'homme n'est qu'un pantin ? Pour ma part, je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse : pour moi c'est une impasse logique.

3) Vous utilisez les sources scripturaires de manière très partielle : vous coupez un mot par-ci, vous isolez un verset de son contexte par-là pour les faire plier à votre doctrine. Pourtant, comment lisez-vous l'épisode des trois tentations du Christ au désert (Matthieu 4) ? Là, Dieu met littéralement l’homme en face de ses responsabilités.
D'autant plus que Dieu s'est fait homme donc en luttant contre le diable il luttait avec son libre arbitre d'homme. Le diable tente le Christ qui aurait pu cédé à la tentation ?

Je pense sincèrement qu’il serait intéressant que vous répondiez aux questions que je vous posais initialement :

- À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?

- À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?

- Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Colas »

Gaudens a écrit : lun. 22 juin 2026, 11:48 Bonjour Colas,
Merci pour votre réponse.
Dans votre essai de description des attitudes divines selon les trois positions en la matière,la seconde est discutable. Ce n'est pas parce que Dieu ne pourrait pas sauver tout le monde que catholiques et orthodoxes se refusent à affirmer que l'Enfer serait vide.S'Il est Tout-Puissant comme vous et nous le croyons , cela n'aurait logiquement aucun sens.On pourrait dire qu'Il ne le veut pas en raison de la limite qu'il a consentie et qui tient au libre arbitre de l'homme.
Par ailleurs, vous n'avez pas entièrement répondu:croyez-vous vraiment que des Hitler,Staline et autres Gengis Khan ou Tamerlan puissent être sauvés (des exemples parmi d'autres) ?
Cher Gaudens,

Selon votre raisonnement, Jéhovah ne souhaite sauver les hommes qu'à la condition que ceux-ci se repentent et se convertissent. L'amour que vous imputez à Dieu est donc, me semble-t-il, conditionnel. Or dans une perspective réformée et universaliste, Dieu aime tous les hommes inconditionnellement. Dans l'optique protestante, la repentance et la foi ne sont en effet pas des conditions prérequises qui seraient nécessaires pour le salut. Car le Seigneur ne sauve pas des justes, mais des injustes ; il arrache en effet des pécheurs à leurs vice en leur donnant gratuitement la repentance et la foi (lesquels ne sont que les moyens de la rédemption). Et ceci selon qu'il est écrit: "à celui qui ne fait point d'œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice" (Romains 4:5). Et encore : "c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu" (Éphésiens 2:8).

Par ailleurs, je suis persuadé que Staline et Hitler iront au paradis en temps utile. Cependant, ils n'y mettront pas les pieds avant que leur cœur de pierre n'ait été changé en cœur de chair. Car il est nécessaire que leur être de péché ait été entièrement consumé par le feu afin qu'ils puissent naître à nouveau et entrer régénerés dans la Jérusalem céleste. Alors ces tyrans recevront un nom nouveau ; alors leurs victimes apprendront ce que l'expression "pardon inconditionnel" signifie.
Staline et Hitler ont-ils été trop loin dans le mal pour que cela advienne ? Ce n'est pas ce que dit Saint Paul. Car l'apôtre déclare : "là où le péché a abondé, la grâce a surabondé" (Romains 5:20). Et Jésus ajoute : "ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs" (Marc 2:17).

Bien à vous,
Colas.
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Message non lu par Colas »

ThéophileduSegala a écrit : lun. 22 juin 2026, 1:58 Cher Colas,

Ce qui est amusant, c’est que j’ai suivi un chemin presque opposé au vôtre.

Pendant longtemps, je ne me suis guère interrogé sur le libre arbitre. J’aimais beaucoup les sciences et, un soir, une idée m’a frappé : nous vivons dans un univers où chaque cause semble produire son effet. J’en suis alors venu à penser que la liberté n’existait pas réellement.

J’ai approfondi la question et découvert que ce débat occupait les philosophes depuis des siècles. Mais pour moi, à cette époque, l’affaire était entendue : le libre arbitre n’existait pas. J’en discutais volontiers avec quiconque acceptait d’entrer dans le débat.

Puis j’ai été touché par la grâce.

Je parle de cet amour inexplicable qui surgit sans prévenir, liquéfie le cœur et fait tomber les résistances les plus enracinées.
Cher Théophile,

Merci d'avoir partagé votre cheminement spirituel en des termes si éloquents. Votre expérience, comme je l'ai déjà mentionné, porte le sceau de l'authenticité. Elle témoigne de la foi vivante qui vous anime et fait vibrer chaque fibre de votre être. Cependant, aussi respectable et véritable que soit votre expérience, je me garderai bien d'en tirer des conclusions doctrinales. Je constate d'ailleurs que vous n'en faites rien, ce qui est tout à votre honneur. En ce qui me concerne, j'ai aussi été envahi par une effusion de grâce après avoir abandonné la doctrine du libre-arbitre pour adopter celle du serf-arbitre (selon l'expression de Martin Luther). Le sentiment qui s'est alors emparé de moi (et ne m'a pas lâché depuis) est si beau et si lumineux que les mots me manquent pour le qualifier. Est-ce à dire que le serf-arbitre est une vérité doctrinale absolue ? Je le crois fermement, mais mon expérience ne le prouve en rien car elle relève de l'impression subjective. Après tout, des milliers de catholiques, d'orthodoxes et de protestants font tous les jours ce genre de rencontre personnelle avec le Christ. S'il fallait en tirer des conclusions doctrinales, le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme seraient des religions également vraies, ce qui bien évidemment est impossible. À moins bien entendu d'être relativiste, mais cela n'est pas mon cas. Quoi qu'il en soit, le fait que l'abandon d'une vue prédéterministe au profit d'une vue libertarienne vous ait propulsé en avant sur le chemin spirituel démontre, s'il en était encore besoin, que les voies du Seigneur sont impénétrables.

Bien à vous,
Colas.
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Colas a écrit : lun. 22 juin 2026, 16:05 démontre, s'il en était encore besoin, que les voies du Seigneur sont impénétrables.

Bien à vous,
Colas.
Cher Colas,

Merci pour votre réponse.

Je crois que nous nous rejoignons au moins sur un point essentiel : la bonté et la miséricorde de Dieu dépassent infiniment ce que nous pouvons en comprendre.

Nos conclusions théologiques demeurent différentes sur certains sujets, mais cet échange m’aura permis de mieux comprendre votre cheminement et les raisons profondes de vos convictions.

Pour ma part, je demeure dans cette confiance que le Seigneur est à la fois infiniment juste et infiniment miséricordieux, et que ses voies dépassent souvent nos raisonnements.

Merci encore pour la courtoisie et la qualité de nos échanges. Ils ont été pour moi enrichissants et stimulants.

Bien fraternellement,
Théophile
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Gaudens »

Re bonjour Colas,
J'ai l'impression que vous sur-sollicitez les citations bibliques (ne serait-ce pas un défaut protestant récurrent ?):
Saint Paul. Car l'apôtre déclare : "là où le péché a abondé, la grâce a surabondé" (Romains 5:20). Et Jésus ajoute : "ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs" (Marc 2:17).
Le fait que la grâce surabonde signifie-t-il qu'elle peut effacer même les fautes les plus monstrueuses, sans repentance de leurs auteurs? Rien ne le dit. De même, l'être humain étant pécheur, il a toujours besoin du médecin divin, c'est notre cas à tous mais en quoi cela règlerait le sort des pécheurs les plus monstrueux(que je ne prétends pas régler moi même, que cela soit clair ...)?

Enfin je suis étonné par votre emploi du nom de Jéhovah pour parler de Celui que Jésus nous a permis d'appeler Père: cette mauvaise transcription datant du XIV è siècle pour reproduire le son du tétragramme divin, n'a aucun sens biblique:les Juifs pré-(et post) chrétiens se gardaient bien de s'y hasarder et disaient Adonai, comme ensuite Kyrios et Dominus , ce que fait l'Eglse.
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Message non lu par Colas »

ThéophileduSegala a écrit : lun. 22 juin 2026, 16:21
Colas a écrit : lun. 22 juin 2026, 16:05 démontre, s'il en était encore besoin, que les voies du Seigneur sont impénétrables.

Bien à vous,
Colas.
Cher Colas,

Merci pour votre réponse.

Je crois que nous nous rejoignons au moins sur un point essentiel : la bonté et la miséricorde de Dieu dépassent infiniment ce que nous pouvons en comprendre.

Nos conclusions théologiques demeurent différentes sur certains sujets, mais cet échange m’aura permis de mieux comprendre votre cheminement et les raisons profondes de vos convictions.

Pour ma part, je demeure dans cette confiance que le Seigneur est à la fois infiniment juste et infiniment miséricordieux, et que ses voies dépassent souvent nos raisonnements.

Merci encore pour la courtoisie et la qualité de nos échanges. Ils ont été pour moi enrichissants et stimulants.

Bien fraternellement,
Théophile
Cher Théophile,

Permettez-moi de vous remercier également. J'ai beaucoup apprécié la finesse et la pertinence de vos réflexions. Vous ne vous contentez pas de naviguer sur la surface des choses mais cherchez à en sonder les profondeurs. Vos commentaires ont éclairé mon sentier d'un jour nouveau. Je vous souhaite de continuer à porter les beaux fruits de la foi et de la charité.

Bien fraternellement,
Colas.
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Gaudens a écrit : lun. 22 juin 2026, 17:07
Enfin je suis étonné par votre emploi du nom de Jéhovah pour parler de Celui que Jésus nous a permis d'appeler Père: cette mauvaise transcription datant du XIV è siècle pour reproduire le son du tétragramme divin, n'a aucun sens biblique:les Juifs pré-(et post) chrétiens se gardaient bien de s'y hasarder et disaient Adonai, comme ensuite Kyrios et Dominus , ce que fait l'Eglse.
Cher Gaudens,

En ce qui concerne le tétragramme, la majorité des érudits partagent votre analyse. Il n'empêche : le nom de Jéhovah n'en demeure pas moins une translittération parfaitement acceptable en langue française. S'il nous fallait renoncer à cette vocalisation parce qu'elle ne correspond pas à celle que les juifs emploient (exception faite des juifs karaïtes), il nous faudrait aussi renoncer à appeler Ésaïe, Josué, Jérémie ou même Jésus de la façon dont nous le faisons. Par ailleurs, une minorité d'érudits continuent de penser que Jéhovah est la vocalisation correcte du tétragramme. Et un certain nombre d'arguments, dans lesquels je ne souhaite pas rentrer, vont en effet dans ce sens.

Bien à vous,
Colas.
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patatedouce a écrit : lun. 22 juin 2026, 11:49
Je pense sincèrement qu’il serait intéressant que vous répondiez aux questions que je vous posais initialement :

- À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?

- À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?

- Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?
Cher ami,

Je vais répondre à vos questions. Mais avant cela, vous vous interrogez sur la place du mal dans la théologie réformée. En ce qui me concerne, je suis convaincu que le mal est nécessaire au bien. En effet, il est rigoureusement impossible d'aimer le bien sans haïr le mal de tout son cœur. C'est pourquoi, si l'homme n'avait pas goûté à l'erreur dans ce qu'elle a de plus vile et de plus sordide, il eût été bien en peine de la rejeter. Le but de la loi mosaïque, aussi déroutant que cela puisse paraître, fut ainsi de faire fructifier le mal afin que le péché pût être anéanti par le bien. Cela, ce n'est pas moi qui le dit, mais Saint Paul. Jugez vous-même : "la loi est intervenue pour que l'offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé" (Romains 5:20). Et encore : "Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous" (Romains 11:32).

Les vérités de l'Écriture sont ainsi comme des étoiles au firmament ; leur éclat est magnifié par l'obscurité de la nuit et éclipsé par la clarté du jour. La lumière de la vérité est donc pareille à un opalescent diamant qu'un écrin sombre met en valeur ; elle resplendit d'autant mieux qu'elle est cernée par les ténèbres.

Le récit biblique, à bien y réfléchir, est semblable à un conte féerique comme celui de Blanche Neige ou de Cendrillon. Au début, tout va bien ; au milieu, tout va mal ; à la fin, tout va encore mieux qu'au début. Il en va ainsi de l'histoire de la création, de la chute et de l'apocatastase. Au début, dans le jardin d'Éden, tout va bien ; au milieu, entre la chute et la restauration, tout va mal ; à la fin, dans la Jérusalem céleste, tout va encore mieux qu'au début. Si l'on ôtait les méchants de récits comme Blanche Neige ou Cendrillon (la reine maléfique et la marâtre cruelle), ces contes en perdraient toute leur saveur et leur piment. Le mal est ainsi nécessaire au bien. D'où ces paroles de Jésus : "il est nécessaire qu'il arrive des scandales" (Matthieu 18:7). Les méchants sont indispensables à la trame de toute bonne intrigue. Voilà pourquoi "l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre" (Romains 9:17). La chose peut paraître troublante, je le concède volontiers. Il n'empêche : "l'Éternel a tout fait pour un but, même le méchant pour le jour du malheur" (Proverbes 16:4).

Par ailleurs, vous mentionnez Leibniz selon lequel nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, chaque mal étant justifié par un bien futur plus grand. Eh bien, sachez que cette thèse remarquable est aussi celle de Saint Paul. L'apôtre déclare ainsi : "toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein" (Romains 8:28). Par "toutes choses", il faut bien évidemment entendre le mal comme le bien. Les calvinistes et les jansénistes s'imaginent que le mal ne contribue qu'au bien des seuls élus. Mais ce n'est pas ce que dit le texte biblique ; car si tous les hommes ne sont pas élus (c'est-à-dire appelés dès la première heure), tous seront en revanche appelés selon son dessein (y compris à la onzième heure) et aimeront Dieu en temps utile.
Si nous pouvions voir le monde avec les yeux de Dieu, nous le verrions tel qu'il est : absolument parfait, non pas en dépit de ses défauts, mais en raison même de ses défauts.

La théologie de la prédestination absolue porte cinq fruits majeurs :
  • Elle élimine radicalement la colère. Lorsque l'on comprend que celui qui nous fait du mal n'a pas la liberté d'agir autrement, on le pardonne entièrement.
  • Elle élimine radicalement l'orgueil. Lorsque l'on comprend que l'on est pas responsable de ses bonnes œuvres, on n'a plus aucune base pour s'enorgueillir. Comme le dit l'Écriture : "qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu ?" (1 Corinthiens 4:7). Si l'homme coopérait à la grâce prévenante comme me le disent souvent mes amis catholiques, il aurait une raison de se glorifier.
  • Elle détruit foncièrement la culpabilité, car l'homme n'est pas responsable du mal qu'il fait. Or la culpabilité s'oppose à la vraie repentance, celle qui reconnaît le péché pour ce qu'il est (un mal odieux dans lequel il ne faut pas s'engager, et non le fruit d'un acte libre). En éradiquant notre culpabilité, Dieu nous pardonne nos offenses "comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés" (Matthieu 6:12).
  • Elle anéantit l'idolâtrie portée aux saints. Car les saints ne font rien d'autre que ce que Dieu a préordonné depuis la fondation du monde. Quand bien même ils le voudraient, ils n'auraient pas la latitude d'agir autrement.
  • Elle supprime l'inquiétude. À quoi bon s'inquiéter du futur? Si la chose est écrite, elle se déroulera. Si elle n'est pas écrite, elle n'adviendra pas. Comme l'a dit Jésus : "qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?" (Matthieu 6:27). Nul ne peut en effet par ses pensées ou ses actions "rendre blanc ou noir un seul cheveu" (Matthieu 5:36).
À présent, permettez-moi de répondre à vos questions en toute simplicité.
À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?
Mais à nous délivrer du malin, bien entendu ! Jésus est la véritable lumière qui en venant dans le monde éclaire tout homme. La lumière du Christ illumine les ténèbres, que celles-ci le veuillent ou non. Elle se passe donc fort bien de notre consentement et n'a besoin d'aucun libre-arbitre pour opérer. De cette lumière, Jean dit : "à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu" (Jean 1:12-13). Ainsi donc, le salut "ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde" (Romains 9:16).
Avant que le Saint-Esprit n'instille la foi en l'homme, celui-ci est mort dans ses péchés et ses transgressions. Or un mort ne peut rien faire de bon, et certainement pas naître à nouveau. Seul l'Esprit, qui comme le vent souffle où bon lui semble, est en mesure de le ressusciter. Et lorsque cela survient, le mort en question ne saurait ni s'opposer ni consentir à sa nouvelle naissance. De plus, comme la vie qui lui est donnée est éternelle, il ne saurait mourir à nouveau après avoir été régénéré. Voilà, c'est aussi simple que cela. Dieu nous a "prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté" (Éphésiens 1:5). Notre rédemption ne dépend pas de nous, elle n'a strictement rien à voir avec nos états d'âme.
À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?
Eh bien, la théologie nous aide à approfondir notre relation avec Dieu et avec nos frères, afin que nous abondions toujours plus en charité.
Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?
Calvin faisait cette distinction entre les choix liés au salut (illusoires) et les choix ordinaires (bien réels). En ce qui me concerne, je ne la fais pas. Selon ma perspective, l'homme est certes libre de faire ce qu'il veut, mais il n'a pas la liberté de vouloir ce qu'il veut, qu'il s'agisse de concevoir des aspirations spirituelles ou des désirs parfaitement anecdotiques, comme celui qui nous pousse à ajouter une cuillère de sucre dans notre tasse de thé.

Bien à vous,
Colas.
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Didyme
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Didyme »

Un des points principaux qui me semble poser problème ici est la question du libre-arbitre.


D'un côté, il y a une conception du libre-arbitre un peu trop absolue, qui en fait une fin en soi (l'idée que Dieu nous en a fait don afin que l'on puisse choisir le bien ou le mal, choisir d'aimer ou de refuser Dieu, que l'on puisse s'auto-déterminer, devenir qui l'on choisit d'être, etc.) et qui à vrai dire me semble correspondre davantage à une conception athée. En effet, selon une base de lecture athée et matérialiste l'homme est sa propre cause et sa propre fin, il est son propre Dieu et maître, libre de devenir qui il veut, le bien et le mal sont des notions relatives.
Et cette conception du libre-arbitre me semble tout à fait légitime, correcte et logique selon une base de lecture athée. Mais... selon une base de lecture athée...
Or, on en est couramment arrivé en milieu chrétien à voir la liberté selon une base de lecture athée !?
Ça me semble problématique mais en même temps très significatif, très parlant quant à l'évolution de nos sociétés.

Le libre-arbitre ne peut être une fin en soi.
Déjà, parce que nous ne sommes ni notre propre cause ni notre propre fin.
Et il suffit simplement de lire les Écritures.
Dieu nous a-t-il fait don du libre-arbitre pour qu'on ait la possibilité de le refuser, de pécher, de choisir le mal :?:
À la lecture des Écritures on peut voir au contraire à quel point Dieu ne fait que condamner, blâmer celui qui péche, celui qui se détourne de Lui. Cela reflète tout sauf cette conception du libre-arbitre qu'il devrait alors au contraire encourager ou tout du moins respecter. Mais ce n'est visiblement pas le cas.
Conception du libre-arbitre qui fait d'ailleurs du péché un bien puisque fruit de l'exercice d'une liberté supposée substantiellement bonne...
Libre-arbitre qui tend à se confondre avec la liberté alors que le libre-arbitre est surtout l'expression de notre manque de liberté, d'unité personnelle car l'expression de nos divisions, de nos conflits intérieurs. Divisés car non unifié en nous-même, non uni à notre fondement, à notre vie-même qui est Dieu.

Le libre-arbitre est le reflet de notre condition. Cette propension à pouvoir faire un choix et son contraire témoigne que nous sommes divisés en nous-même, le péché habite en nous, nous sommes aveugles, esclaves, etc.
L'esprit combat la chair.
L'esprit, l'homme intérieur, notre volonté supérieure, soumise à la loi de Dieu car elle est la vie en nous qui a la loi de Dieu gravée en son cœur (qui correspond simplement à la loi de l'amour, de la vie) qui nous est donnée par Dieu. Et la chair, notre volonté animale, soumise à la loi du péché car elle est cette part non (encore) unie à Dieu et qui correspond à la finitude du créé, à ce "par nous-même". Or, par nous-même nous ne sommes rien, un néant et que pourrait donc produire du "rien" par lui-même si ce n'est du péché ?
L'homme est donc tiraillé entre la chair et l'esprit, entre sa part de vie par Dieu et sa part de néant par lui-même. Il est nécessaire qu'il puisse s'unir à la vie, à Dieu. Et l'union passe inévitablement par un "oui". Mais par un "oui" du créé, et donc un "oui" que Dieu laisse la créature faire seule, qui doit venir de la créature.
Mais ce "oui" divin, absolue car sans mélange, sans réserve, sans manquement ne peut être fait par lui-même par ce qui est manquant. D'où la chute et l'incarnation afin que le divin fasse don de ce "oui" parfait au créé mais pas depuis sa divinité, comme de "l'extérieur" mais en devenant homme, créé, faisant ainsi dire "oui" au créé de l'intérieur, depuis le créé.
Et ainsi que le créé puisse être uni au divin, puisse être divinisé par la résurrection.
Et c'est certainement en cela que l'homme n'est pas une marionnette, sans quoi Dieu lui aurait imposé son "oui" de l'extérieur, se serait "contenté" de son seul "oui" divin. Mais non, l'homme doit faire son propre "oui". "Oui" qui est désormais rendu possible par l'incarnation.

L'état initial du créé est en devenir, il est encore manquant, limité, corruptible, dans l'enfantement, en chemin vers sa fin, son accomplissement, son unité, sa liberté et qui ne peut être autrement avant son "oui". "Oui" comme démarche personnelle validant son accomplissement, son unification mais qu'on ne peut faire seul, par nous-même, que Dieu doit guider/attirer, permettre par son incarnation et sa solidarité.
Dieu a dit "oui" en nous créant et nous devons à notre tour dire notre "oui" pour finaliser notre création, pour consommer notre union à Dieu et à nous-même et entrer ainsi dans l'incorruptibilité, dans la vie éternelle qui ne nécessite plus de changement. "Tout est accompli".


Donc, je pense que nous avons bien un libre-arbitre mais qui n'est pas du tout une fin en soi comme trop souvent perçu, mais qui est plutôt inhérents à notre condition de créature, divisée, qui se cherche.
Et qui est voué à disparaître une fois uni à Dieu, unifié et donc une fois libre. Nous ne sommes pas vraiment libres si nous sommes confronté à des contraires, si nous sommes soumis à des choix.
Uni à Dieu, cela devient notre nature de faire la volonté divine. Non pas ma volonté mais celle du Père. Plus exactement ma volonté vivante et véritable en Dieu et non pas ma volonté propre, séparée, individuelle, par moi-même. Car sans Dieu, je retombe dans mon néant, dans ma perte et donc dans le péché. Le fantasme d'un libre-arbitre idéalisé qui nous pose en principe, en seul maître a quelque chose d'une résonnance du péché originel.
J'ai dans l'idée que la lutte du Christ dans le jardin de gethsémani face à la volonté du Père "Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi!" est en raison de sa part humaine, créée, qu'il soumet par le "Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux."



On me rétorquera "pourquoi Dieu nous a-t-il fait don du libre-arbitre alors ?"
Il ne nous a pas fait don d'un libre-arbitre de ce genre. Ce dont il nous a fait don c'est d'être des êtres personnels et par conséquent d'avoir un vouloir et un agir.
Et ce vouloir et cet agir ne nécessitent pas une opposition, un "ne pas vouloir" pour être, ils peuvent être essentiellement positifs. Ils peuvent être une infinité de nouveaux vouloir.
Penser que Dieu nous a fait don d'un libre-arbitre consistant à pouvoir choisir de pécher, de le refuser revient à accorder une valeur au mal, à lier le péché à la liberté et à rendre sa possibilité nécessaire. Mais alors pourquoi le combattre, pourquoi le vaincre ?
Ou encore on lie la possibilité de refuser à l'amour. Mais alors il devrait demeurer éternellement la possibilité de refuser Dieu sans quoi on tomberait dans un simulacre d'amour !? Et la résurrection et l'incorruptibilité deviennent une entrave à l'amour !? Il faudrait donc demeurer éternellement corruptible.
L'amour ne nécessite pas le mal, pas même en sa possibilité pour être amour. L'amour est la seule réalité.
Dieu a-t-il besoin que l'on puisse le refuser pour authentifier notre amour ? Ou même, Dieu a-t-il simplement besoin de notre "oui" ?
Je ne pense pas qu'il y ait un besoin en Dieu qui fasse de cette possibilité de refuser une nécessité à l'amour. La possibilité de refuser, et donc de pécher n'est par conséquent pas nécessaire à l'amour.
Je pense qu'il y a plutôt une dimension éros de l'amour en Dieu (aspect qui est d'ailleurs l'objet de réflexions actuelles) qui fait que bien qu'il n'en ait pas besoin, il désire notre "oui" personnel. Pas un besoin mais un désir.
C'est probablement la raison qui explique pourquoi il a permis la chute. Certainement aurait-il pu anticiper la chute et s'incarner avant qu'elle n'advienne pour permettre le "oui" parfait de la créature.
Mais j'ai dans l'idée qu'il y a un désir d'un "oui" éprouvé, qui perce à travers les épreuves, dont on sonde les profondeurs.
Il n'y a pas qu'un "oui", il y a toutes sortes de "oui" propre à chacun et aux dimensions personnelles.


L'union à Dieu passe par un "oui", par ce mouvement de volonté, de l'être. Mais comme la volonté ouvrant les yeux, accédant à la vérité, "Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira". Ce "oui" comme la rencontre avec Dieu, et par Dieu avec soi-même.



Tout ça pour dire que je ne pense pas que le libre-arbitre puisse être utilisé (comme il l'est systématiquement) pour faire fonctionner et justifier l'idée de massa damnata. Mais je ne pense pas pour autant que cela implique une négation de la liberté et de penser que nous sommes des marionnettes (telles que dépourvues de volonté, propre aux êtres personnels).

Mais certainement mon exposé n'est-il pas non plus exempt de lacunes.
L'autre est un semblable.
Ritadu13
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Ritadu13 »

Bonjour Colas,

J'ai lu une partie du débat avec intérêt mais je n'ai pas assez de connaissances théologiques et en histoire chrétienne pour vraiment tout comprendre. Je comprends seulement que comme beaucoup de chrétiens, y compris catholiques, j'ai du mal à concilier l'idée d'un Dieu d'amour à la miséricorde infinie avec celle de la damnation éternelle. Mais sans aller chercher des références très pointues de la Bible ou des Pères de l'Eglise, Jésus lui même parlé de l'enfer dans les Evangiles :
"Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges" (Mt 25, 41).
Je saisis bien que le feu est une image et que l'enfer n'est pas littéralement un brasier brûlant, mais Jésus parle bien d'une punition éternelle. Si Jésus mentionne l'existence de l'enfer, il ne ment pas car il ne peut pas mentir et donc se renier lui-même.

J'aimerais croire que l'enfer est vide... Mais il me paraît en revanche difficile d'affirmer que l'enfer n'existe pas ?

Pardonnez-moi si je suis complètement à côté de la plaque, je suis jeune et peu cultivée, j'apprends lentement et beaucoup de choses me dépassent...
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