Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
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Xavi
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Re: Comment considérer la Génèse ?

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Vous donnez vous-même la réponse : à moins que…

Où est la limite du pouvoir de 'homme en communion avec Dieu ? Si tu dis à cette montagne...

Trebla écrit :
TREBLA a écrit : mer. 19 avr. 2017, 1:06Si « tout ce qu'il avait fait » avait été soumis « aux éléments climatiques et catastrophes naturelles classique tels que : tremblements de terre ,éruptions volcaniques ,raz de marée ect... », Dieu n'aurait pas pu dire que « cela était très bon ».
En effet, mais, en réalité, tout a été soumis à l’homme et c’était très bon. Ce n’est qu’à cause de la rupture du péché, et non à cause de Dieu, que tout ce qu’Il a fait se retrouve depuis lors « soumis aux éléments climatiques et catastrophes naturelles ».
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Re: Comment considérer la Génèse ?

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Si l'on part du principe que l'Eden se trouvait sur la terre ,cette même terre est soumise aux éléments climatiques et catastrophes naturelles,depuis son existence!
Alors , il faudrait admettre qu'Adam créée à l'image de Dieu , avant le péché originel ,pouvait les contrôler !
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Xavi
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Re: Comment considérer la Génèse ?

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Merci à chacun pour ces contributions qui s’accumulent rapidement ce qui rend difficile d’y répondre pour chaque détail.

A Trebla, je ne peux que répéter qu’il continue à freiner un dialogue sérieux en évitant d’examiner les messages qui le contredisent tout en accusant d’un manque de base biblique et même de mensonge ! J’invite Trebla à ne pas dépasser les limites de la correction.

Comme l’écrit Voyageur « Vous devriez peut-être faire plus d'efforts pour comprendre la pensée de l'autre au lieu de constamment chercher à convaincre. C'est généralement ce qui est entendu par "dialogue constructif" ».

Pour la nourriture des animaux, il est utile de rappeler que la parole de Dieu est donnée après que l’homme ait été institué maître de la création. Il me semble qu’il n’y a pas de difficulté à considérer que beaucoup d’animaux (comme la plupart des humains le sont aujourd’hui sans faute) sont par nature carnivores.

Rien ne permet d’affirmer que la parole de Dieu sur la nourriture par les plantes soit un absolu qui s’appliquait nécessairement avant la création de l’homme et non un projet confié à l’homme.

Merci à Pierre Carhaix d’amener la bonne question fondamentale à ce point de la réflexion : « Alors pourquoi faire une nouvelle terre, si celle-ci est parfaite ? Pourquoi un paradis ? A quoi ressemble t il ? »

Il me semble que Dieu a créé une création « bonne » mais non une création « achevée, parfaite ». Dans ce cas, nous ne serions que des robots incapables d’y apporter l’œuvre de notre liberté. Non, la création a été confiée à des hommes libres avec pour premier commandement « Soyez féconds » (ce qu ne vise pas que la reproduction biologique) mais, à cause du péché, la terre reste aujourd’hui dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore.

La nouvelle terre promise n’est pas en contradiction avec la mission initiale confiée à l’humanité, mais il nous est difficile d’imaginer davantage ce que la création aurait pu devenir sans le péché autant que ce qu’elle deviendra par le salut du Christ.

Ce qui est sûr c’est l’harmonie parfaite entre le paradis de Dieu et la nouvelle terre qu’il nous promet. Cette harmonie entre le spirituel et le terrestre qui existait dans le jardin d’Eden.
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Re: Comment considérer la Génèse ?

Message non lu par Voyageur »

Bonjour Xavi,
Xavi a écrit : jeu. 20 avr. 2017, 13:11Merci à Pierre Carhaix d’amener la bonne question fondamentale à ce point de la réflexion : « Alors pourquoi faire une nouvelle terre, si celle-ci est parfaite ? Pourquoi un paradis ? A quoi ressemble t il ? »

Il me semble que Dieu a créé une création « bonne » mais non une création « achevée, parfaite ». Dans ce cas, nous ne serions que des robots incapables d’y apporter l’œuvre de notre liberté. Non, la création a été confiée à des hommes libres avec pour premier commandement « Soyez féconds » (ce qu ne vise pas que la reproduction biologique) mais, à cause du péché, la terre reste aujourd’hui dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore.

La nouvelle terre promise n’est pas en contradiction avec la mission initiale confiée à l’humanité, mais il nous est difficile d’imaginer davantage ce que la création aurait pu devenir sans le péché autant que ce qu’elle deviendra par le salut du Christ.

Ce qui est sûr c’est l’harmonie parfaite entre le paradis de Dieu et la nouvelle terre qu’il nous promet. Cette harmonie entre le spirituel et le terrestre qui existait dans le jardin d’Eden.
Merci pour cette belle réflexion. Vous avez entièrement raison de dire que la création n'est pas achevée et qu'il revient aux Hommes de l'accompagner vers sa destinée.
Tu m'as montré les chemins de la vie,
Tu me rempliras de joie par ta présence.
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Re: Comment considérer la Génèse ?

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Trinité a écrit : mer. 19 avr. 2017, 14:54 Si l'on part du principe que l'Eden se trouvait sur la terre ,cette même terre est soumise aux éléments climatiques et catastrophes naturelles,depuis son existence!
Alors , il faudrait admettre qu'Adam créée à l'image de Dieu , avant le péché originel ,pouvait les contrôler !
Bonsoir Xavi,

Je reviens sur cette question de l'époque, à laquelle semble t'il vous n'ayez pas répondu. :)
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Re: Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

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Cher Trinité,

La réponse me semble donnée par le Christ lui-même : si vous aviez la foi comme un grain de sénevé...

Rien dans ce monde créé n'était impossible pour Adam et Ève en communion avec Dieu.


NB : L’ensemble de mes réflexions concernant l’historicité d’Adam et Ève et du livre de la Genèse a été développé dans une synthèse réactualisée ce 24 mai 2023, sous le titre « Un jardin dans l’Eden », disponible en pdf dans la section Théologie de ce forum sous l’intitulé « Évolution, création, incarnation : un livre à télécharger » :
https://www.cite-catholique.org/viewtop ... 92&t=20369
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Re: Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

Message non lu par Trinité »

Xavi a écrit : ven. 07 janv. 2022, 22:10 Cher Trinité,

La réponse me semble donnée par le Christ lui-même : si vous aviez la foi comme un grain de sénevé...

Rien dans ce monde créé n'était impossible pour Adam et Ève en communion avec Dieu.


En effet!

Merci cher Xavi.
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Re: Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

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Bonjour David,

DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Bonjour à tous, je voudrais vous partager une réflexion.

C'est que je suis lent à comprendre, mais je pense que je viens de cliquer pourquoi il faut avoir la plus grande confiance en la Miséricorde Divine. Non pas pour se complaire dans le péché en se disant que Dieu pardonne, mais comprendre que si dieu pardonne, c'est pour renouveler en nous sa grâce, mais sa grâce est aussi miséricorde et le but de la miséricorde de Dieu est de nous faire marcher selon sa Justice.
C’est exact.


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Malheureusement, toute ma parenté au complet et je ne sais plus combien de mes amis croient que la miséricorde de Dieu se résume au pardon de tout et pensent ainsi qu'ils ont plein droit au bonheur sur terre sans s'inquiéter...
Leur désillusion sera terrible, semblable à celle des vierges folles…


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Autre chose que je trouve difficile à comprendre, par contre, c'est pourquoi est-il possible que l'homme puisse trouver une tranquillité intérieure dans le confort et l'accomplissement personnel et qu'ainsi il puisse avoir l'illusion tellement puissante d'être fait pour vivre dans ce monde qu'il en vient à oublier complètement celui qui vient?
Parce que sous couvert d’honorer la Miséricorde de Dieu, ils méprisent Dieu en méprisant la Justice de Dieu.


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Pourquoi après nous avoir placé dans une création si attachante, doit-on nous en méfier comme d'une fosse au lion, de peur de nous y perdre? Nature déchue ou nature inachevée en attente de déification? La foi serait-il ce qui permet de dépasser cet état?
Les deux. La grâce n’est pas seulement un accident gratuitement et surnaturellement infus dans une nature déjà constituée selon ses éléments spécifiques. Elle était encore une partie intégrante quoique non-spécifique de la nature intègre (nature supralapsaire). La perte de la grâce fut donc une déchéance. Parce que la grâce ne relève pas des parties spécifiques de la nature humaine, sa perte ne rendit pas sous-humaine ou infra-humaine la nature déchue (nature infralapsaire). Mais parce qu’elle était une partie intégrante de la nature intègre, sa parte fut constitutive d’une abyssale déchéance, nous rendant « enfants de colère par nature » (Eph. II, 3). C’est par la grâce sanctifiante que la rénovation de la nature déchue s’opère.


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Je ne cesse de lire ce passage de cette conversation de Notre Seigneur avec Marcel Van :
[+] Texte masqué
"Petit frère, ne sais-tu pas que je connais l'extrême faiblesse de l'homme ? Même si les hommes m'offensent délibérément et aussi gravement que tu puisses le supposer, leur péché n'est rien en comparaison d'une ombre de mon amour…
L'amour est infini et infini, dis-le bien aux hommes ; oui, infini et infini.
Ayez confiance en moi, et jamais, éternellement jamais, vous ne serez séparés de moi. Même le démon doit désespérer d'une âme en qui se trouve encore le mot « confiance ».

… Plus tard au ciel, on sera certainement bien surpris de voir au rang des saints et des saintes un grand nombre d'âmes que l'on croyait damnées…
L'amour aime infiniment, il est infiniment juste. Il suffit d'un simple regard de confiance jeté sur moi pour arracher les âmes pécheresses des griffes du démon. Même si une âme se trouvait déjà à la porte de l'enfer, attendant de pousser son dernier soupir pour y tomber ; si dans ce dernier soupir il y avait un tout petit peu de confiance en mon amour infini, cela serait encore suffisant pour que mon amour attire cette âme dans les bras de la Trinité ; c'est pourquoi je dis qu'il peut être très facile pour les hommes de monter au ciel, tandis qu'il peut leur être très difficile, et même infiniment difficile, de tomber en enfer. Car jamais l'amour ne peut souffrir qu'une âme se perde si facilement."
Mais je regarde autour de moi et je me demande, qui donc arrive à cette confiance en Notre Seigneur? J'angoisse tellement de ma situation et de celle des miens. j'ai recommencé à faire de l'insomnie, je ne suis plus capable que d'une chose, gémir après le nom de Jésus. Comment un tel frère peut-il ne pas réagir devant tant d'âme qui courent à leur ruine éternelle? Je suis horrifié, vraiment. Jésus est notre frère... Dieu est notre Père. Qui imaginent un Père et un Frère laisser se perdre dans une liberté mal éclairée autant d'âme... Je ne comprends pas...
La grâce nous est toujours offerte ici-bas, à charge pour nous d’y coopérer. Dieu nous tend la main pour nous sortir du bourbier de nos œuvres pécheresses, à charge pour nous d’accepter la main qu’il nous tend. La grâce est première, la libre coopération de la créature à la grâce est seconde.

Nos actes théologaux de foi, d’espérance et d’amour, posés sous l’influence d’une grâce que nous ne rejetons pas, sont notre manière d’accepter la main que Dieu nous tend. La grâce nous incite à de tels actes, mais nous devons coopérer à la grâce en acceptant d’exercer ces actes.

viewtopic.php?f=92&t=47196


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12J'essaies de me souvenir de Thérèse de Lisieux qui disait que si elle avait commis tous les crimes possibles elle garderait toujours la même confiance, car elle saurait que cette multitudes d'offenses n'est qu'une goutte d'eau dans un brasier ardent.
C’est exact. Elle espérait de Dieu qu’il Lui donne d’aimer Dieu. Et l’ayant fermement espéré de Dieu, elle reçu de L’aimer.

viewtopic.php?f=92&t=47196

Et L’aimant vraiment, nous nous détournons du péché, par amour de Lui. Elle réalisait ainsi ce que dit la parole : « Qui aime Dieu accomplit ses commandements ». Elle agissait conformément à la Loi, refusant de pêcher, parce qu’elle aimait le Dieu qu’elle espérait, raison pourquoi, coopérant fidèlement à la grâce lui donnant d’agir selon la Loi divine, elle agissait sans tomber dans les transgressions. À l’amour du péché et d’elle-même, elle préférait aimer Dieu. Comme l’explique saint Augustin, deux amours font deux cités. L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fait la cité des hommes, mais l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fait la Cité de Dieu.


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Les âmes se sentent bien dans le confort de ce monde... Pourquoi serait-ce péché? Un père qui prépare un lit douillet pour son enfant et qui voit son enfant préférer sa doudou à son bras chaleureux se sent-il offensé ou s'en trouve-t-il attendri? Pourquoi Dieu ne serait-il pas satisfait que les âmes soient satisfaites d'une création si attachante, puisque tout dans cette création témoigne de l'Amour de Dieu pour que la chair ne manque de rien, elle non plus?

Que je ne comprends pas la situation du monde... Que je ne la comprends vraiment pas. Ça m'est un abîme insondable...
Ne vous y trompez pas, l’Esprit Saint n’habite pas dans une âme tributaire du péché (Sg I, 4). Ou ignorez-vous que l’amour de la chair est inimitié contre Dieu (Rm VIII, 7) ?

De saint Grégoire le grand, Moralia, 1 c. 25, nn. 34-35 (leçons 4 et 5) :

« Il y a chez quelques-uns de la négligence à réformer leur vie. Tout à la passion des biens passagers, ignorant les bien éternels, ou, s’ils les connaissent, les dédaignant, ils sont insensibles à leur état et incapables d’un bon dessein. Sans regret des biens d’en haut qu’ils ont perdus, ils se félicitent, les malheureux! de posséder ceux d’ici-bas. Formés pour la lumière de la vérité, ils n’y élèvent jamais les yeux de l’âme; jamais un désir, un élan vers la contemplation de l’éternelle patrie. S’abandonnant aux jouissances où ils se sont jetés, ils affectionnent comme étant leur patrie un triste lieu d’exil; et au sein des ténèbres qui les empêchent de voir, ils sont tout joyeux, comme si une brillante lumière les éclairait. »

« Les élus, au contraire, aux yeux de qui les biens passagers n’ont aucune valeur, recherchent ceux pour lesquels leurs âmes ont été créées. Et comme, hors de Dieu, rien n’a pu les satisfaire, leur pensée, que le travail de cette poursuite a fatiguée, se repose dans l’espérance et la contemplation de leur Créateur; et le désir d’être réunis aux citoyens du ciel les enflamme. Retenu encore dans ce monde par les liens de la chair, chacun d’eux cependant se transporte en esprit au-delà de ce monde, déplore les misères de son exil, et ne cesse de tendre vers sa sublime patrie, s’excitant lui-même par les aiguillons de l’amour. A l’amère pensée que ce qu’il a perdu est éternel, il prend la résolution salutaire de mépriser ce qui passe avec le temps. Et plus s’affermit son dessein de rompre avec les choses qui périssent, plus s’augmente en lui la tristesse de ne pas jouir encore des choses qui demeurent. »
Dieu n’a créé le monde que pour l’ordonner à Lui comme à sa fin dernière surnaturelle et absolue. La finalité de la création c’est son union surnaturelle à Dieu, qui suppose que les créatures rationnelles soient en état de grâce pour être surnaturellement adoptées par le Dieu Père. Le péché y fait obstacle, et ceux qui s’y adonnent ne sont pas des enfants de Dieu.

Par son péché l’homme se préfère à Dieu, subvertit l’ordre du monde, se détourne de sa fin dernière surnaturelle. À mourir dans cet état, il subira le châtiment de sa désobéissance. Parce que nous sommes libres, nous sommes responsables de nos libres-choix, responsables du mésusage de notre liberté devant Dieu notre Juge. Nous sommes libres d’accepter ou de refuser Dieu. Nous avons jusqu’à notre dernier souffle (les ouvriers de la dernière heure) pour nous tourner vers Dieu dans la foi et l’espérance, afin de l’aimer en recevant de l’aimer. Si nous préférons les Ténèbres à la Lumière, nous hériterons des Ténèbres, en châtiment infligé par Dieu aux fils de la perdition (Eph II, 2).


DavidB a écrit : mer. 20 juil. 2011, 21:12 Ce peut-il que notre nature soit davantage inachevée que déchue? Que les commandements et la Loi de Dieu soient des avertissement de ce qui nous retient dans cet inachèvement, nous rendant incapables de Dieu, et que les sacrements soient là pour récupérer et sauver ce qui des actes de survie nécessaire comme la reproduction (mariage), naissance (baptême) pour que les pulsions de vie en nous soient récupérées et assumées par Dieu comme acte nécessaire à l'humanité, les laissant donc être sans préjudices pour l'âme en la renvoyant à son animalité, que le péché soit l'obstruction de l'action de l'Esprit Saint qui désire déifier l'humain, que la grâce soit l'habitation par Dieu de tous les éléments de notre humanité pour en déifier l'animalité?
Les commandements de Dieu s’imposent à nous. Ils sont plus que des avertissements. Ils sont notre règle de vie. Et c’est en aimant Dieu (en quoi consiste la charité) que nous recevons de Dieu d’agir en Christ en pleine fidélité à la Loi de Dieu.

Dieu soit béni.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: L’homme préhistorique a-t-il existé ?

Message non lu par Olivier JC »

Gaudens a écrit : sam. 06 sept. 2025, 11:16Une autre question sans réponse(plus générale et un peu étrangère à la question de ce fil):comment la faute de nos premiers parents aurait-elle pu avoir des conséquences cosmiques si l'on considère que les "douleurs de l'enfantement" de ce cosmos( en expansion) seraient en lien avec la faute ? Si on considère l'immensité de l'univers, cela semble un peu disproportionné...
C'est qu'il y a quelque erreur, je pense, à imputer au péché de nos premiers parents l'état présent de la Création. La Sainte Ecriture nous enseigne au demeurant que c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde, et il me semble pertinent de voir dans ce terme mort ce que la physique appelle le principe d'entropie.

C'est par les causes secondes que sont les créatures spirituelles, i.e. les anges, que Dieu créé le monde matériel. Ils sont en quelque sorte les 'ouvriers' de Dieu. Or, imaginez un chantier d'ampleur sur lequel vous auriez deux tiers des ouvriers qui veulent un résultat le plus parfait possible, et un tiers des ouvriers qui veut détruire le travail des autres. Vous avez le monde dans lequel nous vivons.

La Création est défigurée par le péché, certes, mais au premier chef le péché des anges. Celui de nos premiers parents [suivi de tous les péchés actuels postérieurs], n'a fait qu'aggraver les choses, mais n'en est pas à l'origine.

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Re: L’homme préhistorique a-t-il existé ?

Message non lu par Trinité »

Olivier JC a écrit : lun. 08 sept. 2025, 9:08
La Création est défigurée par le péché, certes, mais au premier chef le péché des anges. Celui de nos premiers parents [suivi de tous les péchés actuels postérieurs], n'a fait qu'aggraver les choses, mais n'en est pas à l'origine.

+
Je m'étais toujours posé cette question également...
Merci Olivier , je n'avais jamais pensé à cette hypothèse...
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Re: L’homme préhistorique a-t-il existé ?

Message non lu par Gaudens »

En effet, moi non plus. Il me semblait que l'univers avait été créé par la Parole de Dieu, le Verbe soit la deuxième personne de la Sainte Trinité et je me demande ce qui permet d'attribuer une causalité de ce type aux(bons) Anges.Quant à l'intervention du Malin dans le monde (indéniable, hélas) elle appelle à se demander ce que l'Ecriture entend par "monde":la Terre ou l'univers entier (le cosmos)?
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Re: L’homme préhistorique a-t-il existé ?

Message non lu par Olivier JC »

Gaudens a écrit : lun. 08 sept. 2025, 19:22Il me semblait que l'univers avait été créé par la Parole de Dieu, le Verbe soit la deuxième personne de la Sainte Trinité et je me demande ce qui permet d'attribuer une causalité de ce type aux(bons) Anges.
Ce qui peut être considéré comme acquis, c'est que "les anges ne peuvent créer aucune substance" (S. Augustin, De Gen. ad Litt., IX, 26). Ils n'ont pas de pouvoir créateur, seul Dieu est Créateur. Les Pères, notamment, ont longuement insisté sur ce point contre les gnostiques qui estimaient indigne de Dieu de se 'compromettre' avec la matière.

La substance, c'est-à-dire la matière et la forme. Pour filer la métaphore du chantier, Dieu seul fournit les matériaux et le plan de construction.

Pour autant, les anges ne sont pas des spectateurs. Comme le dit S. Thomas, "les choses cherchent naturellement à ressembler à Dieu en tant qu’il est cause", et ce parce que Dieu leur donne d'être cause. Le parallèle, certes imparfait, peut être fait avec la conception d'un enfant, pour laquelle les parents sont bien causes secondes d'une nouvelle création, sans cependant fournir ni la matière, ni la forme.

Ainsi, J. Maritain peut écrire que "le gouvernement divin se sert du ministère des esprits purs pour diriger l’univers matériel vers ses fins, et cela non pas exceptionnellement, mais en règle générale, selon le cours normal de la nature".

Cette approche peut d'ailleurs se déceler dans le 'fonctionnement' même de la nature, où toute chose procède d'une genèse et n'apparaît pas subitement comme un 'produit fini'. Le parallèle avec la conception d'un nouvel être vivant est là encore pertinent, et plus encore quant on analyse précisément les différentes étapes du développement de l'embryon. Ou encore la naissance des étoiles et de leurs systèmes planétaires. Ou encore la genèse des diamants, du pétrole, etc.

Cela revient en effet à 'gouverner' la matière pour que chaque être parvienne à sa fin, i.e. à la conformité avec le plan divin.
Gaudens a écrit : lun. 08 sept. 2025, 19:22Quant à l'intervention du Malin dans le monde (indéniable, hélas) elle appelle à se demander ce que l'Ecriture entend par "monde":la Terre ou l'univers entier (le cosmos)?.
La seule différence entre un ange et un démon est que ce dernier rejette les desseins divins et s'oppose à eux. Mais le démon reste une créature spirituelle que Dieu n'a pas renvoyé au néant. Ce que tel ange peut faire, tel démon qui était de la même hiérarchie peut le faire également. Les anges peuvent interagir avec la matière, les données bibliques à ce sujet sont légion. Les démons le peuvent donc également.

La Création telle qu'elle se présente à nous, marquée par la mort, la violence et la destruction, ne peut être le seul résultat du péché originel, pour une simple question d'antériorité (sauf à adopter les vues de Mgr Léonard sur le sujet, celle d'un 'reboot' de la Création, qui me semble un peu tiré par les cheveux). Il me semble également difficile de soutenir que cela ressort de la volonté parfaite de Dieu. L'explication la plus 'logique' est que cela ne relève que de sa volonté permissive. Ainsi, on peut dire qu'il en va de même du péché des anges et du péché originel, à savoir que Dieu n'a pas été pris au dépourvu mais qu'il l'a 'intégré' dès le départ dans Son plan, en ce sens qu'ayant prévu le péché des anges, il en a inclut les conséquences (leur acharnement à vouloir réduire à néant un projet qui les abhorre) dans Son projet (puisque la seule autre option théorique, outre une Création ne laissant aucune place au libre-arbitre des anges, aurait été de renvoyer au néant les démons, ce qui serait parfaitement contradictoire puisque de l'Être ne peut surgir le non-Être).

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Re: Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

Message non lu par Xavi »

Bonjour à chacun,

Olivier JC a écrit : lun. 08 sept. 2025, 9:08 c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde, et il me semble pertinent de voir dans ce terme mort ce que la physique appelle le principe d'entropie.
Ce principe d’entropie qui définit la précarité de toute créature terrestre qui, toujours, va de sa survenance vers sa propre dissolution, est tout à fait essentiel à notre monde présent tel que la science peut le décrire approximativement depuis le Big Bang.

Imaginer que toute la création sous nos yeux ne serait ainsi qu’un produit dégradé par le diable et que Dieu nous aurait créés dans ce monde dégradé par le diable me semble profondément contraire à la foi.

Il peut certes être tentant de penser que le mal physique que nous observons dans ce monde est le produit du Diable.

Mais, il me semble que la foi nous invite plutôt à regarder que nous ne souffrons de ce mal que parce que l’humain, à cause d’un choix originel, ne gouverne pas ce monde en communion avec son Créateur. Tous les miracles du Christ nous montrent comment l’humain aurait pu dominer toutes choses et toutes souffrances.

Notre monde n’est pas un monde totalement déchu, mais un monde inachevé et dégradé par le péché des humains.

Le message d’Olivier JC de 2008, replacé en tête de ce fil, exposait bien ce caractère inachevé.

Olivier JC a écrit : lun. 08 sept. 2025, 9:08 C'est qu'il y a quelque erreur, je pense, à imputer au péché de nos premiers parents l'état présent de la Création…

C'est par les causes secondes que sont les créatures spirituelles, i.e. les anges, que Dieu créé le monde matériel. Ils sont en quelque sorte les 'ouvriers' de Dieu. Or, imaginez un chantier d'ampleur sur lequel vous auriez deux tiers des ouvriers qui veulent un résultat le plus parfait possible, et un tiers des ouvriers qui veut détruire le travail des autres. Vous avez le monde dans lequel nous vivons.

La Création est défigurée par le péché, certes, mais au premier chef le péché des anges. Celui de nos premiers parents [suivi de tous les péchés actuels postérieurs], n'a fait qu'aggraver les choses, mais n'en est pas à l'origine.
Penser le péché des anges, et en particulier du plus intelligent d’entre eux, de manière chronologique dans un temps « avant » le péché originel, me semble situer la création et la vie spirituelle des anges dans une perspective humaine du temps qui me paraît inappropriée pour la création spirituelle des anges.

Je pense plutôt à l’hypothèse que, dans l’accompagnement de toute la création par les anges, la faute de la plus intelligente des créatures s’est commise « en même temps » ou à l’occasion de celle de l’humanité. Il me semble difficile de considérer que Dieu aurait fait entrer le mal dans le jardin d’Eden. Les anges y étaient pour Le servir, y compris le plus intelligent d’entre eux. Celui-ci a perçu toute l’ampleur spirituelle du choix nouveau inouï auquel Ève était confronté entre une connaissance partagée dans l’amour avec Dieu et une prise de possession de la connaissance en elle-même. Dans ce choix spirituel, cet ange a hélas choisi d’incarner spirituellement l’alternative libre qui existait pour Ève et l’a accompagnée et s’est associé à elle dans son choix fatal, se transformant en prince des démons au sommet de la création.

Ils me semblent être ensemble à l’origine de la blessure faite à la Création, de manière non séparable dans une perspective chronologique humaine. Chaque ange est créé avec une vocation qui peut faire de lui l’esprit d’une orientation dans un choix à faire et il fait ce choix instantanément au moment où il y est confronté.

Ce n’est, bien sûr, qu’une hypothèse à méditer et ouverte à la critique, car le sujet est particulièrement difficile et incertain.

Gaudens a écrit : sam. 06 sept. 2025, 11:16 comment la faute de nos premiers parents aurait-elle pu avoir des conséquences cosmiques si l'on considère que les "douleurs de l'enfantement" de ce cosmos (en expansion) seraient en lien avec la faute ? Si on considère l'immensité de l'univers, cela semble un peu disproportionné...
En effet !

Quelle disproportion incompréhensible pour nous qui sommes, physiquement, moins qu’une minuscule poussière dans l’univers !

La question nous renvoie à une vocation humaine qui nous semble inimaginable. Comment un simple humain pourrait-il influer sur l’univers entier ?

Si nous voulons méditer l’effet cosmique du péché originel, cela ne peut être que vertigineux.

Mais, même si nous ne pouvons nous exprimer qu’avec toutes les réserves et à titre d’hypothèse d’explication, nous ne sommes pas sans repères.

C’est vertigineux, parce que même l’univers en expansion depuis plus de quatorze milliards d’années se trouve ainsi confronté au péché originel de nos premiers parents.

Et pourtant, tout est soumis à l’homme créé.

Il me semble que c’est d’abord et principalement parce que Dieu lui-même s’est fait homme en Jésus de Nazareth, l’homme parfait dont le début de l’Évangile de Saint Jean nous dit qu’il est le Logos, la lumière du premier jour, et qu’avant même de se faire créature en Jésus de Nazareth, il s’est déjà fait la première de toute créature dès le premier jour de la création des cieux et de la terre.

Le principe d’entropie comme toutes les autres lois fondamentales de l’univers ont été induites par le Christ qui s’est Lui-même incarné en homme.

Le récit de la Genèse nous en dit davantage lorsqu’il nous enseigne d’abord que le monde physique (la terre) a émergé des eaux sur lesquelles l’Esprit planait au commencement.

À cet égard, nous pouvons relire notre vocation telle que le Créateur nous la révèle dans sa première parole adressée à l’humanité : « Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » » (Gn 1, 28).

Que signifie « remplissez la terre et soumettez-là » ?

Après l’injonction d’être féconds et de se multiplier, nous pensons spontanément à une dispersion de l’humanité sur toute la planète, même si le mot « remplir » paraît un peu étrange dans cette perspective.

En fait, le sens du mot hébreu « maw-lay », traduit par « remplissez » est certes utilisé dans le livre de la Genèse dans le sens de « remplir » comme, par exemple, dans ces textes où « elle aperçut un puits. Elle alla remplir l’outre » (Gn 21, 19) et lorsque « Joseph ordonna de remplir de froment leurs bagages » (Gn 42, 25).

Mais, ce même verbe hébreu « maw-lay » a aussi le sens de mener à la plénitude, d’achever, d’accomplir comme dans ces autres textes de la Genèse où il est utilisé pour relater que « Quand s’accomplirent les jours où elle devait enfanter » (Gn 25, 24), ou lorsque Jacob dit à Laban « Donne-moi ma femme car les jours que je te devais sont accomplis » (Gn 29, 21) et que Jacob lui répondit « Achève la semaine de noces de celle-ci » (Gn 29, 26) et que « la semaine achevée, Laban lui donna sa fille Rachel » (Gn 29, 28).

C’est encore le même verbe « maw-lay » qui est utilisé pour dire que « Quarante jours s’écoulèrent » (Gn 50, 3) ou que « Sept jours s’écoulèrent après que le Seigneur eut frappé le Nil. » (Ex 7, 25) ou encore pour la purification dans le Lévitique où il est écrit que « pendant trente-trois jours encore, elle restera à purifier son sang… jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification…Quand sera achevée la période de sa purification, que ce soit pour un garçon ou pour une fille, elle amènera au prêtre » (Lév 12, 4-6).

Ainsi, dans la vocation fondamentale donnée à l’humain par Dieu au début de la Genèse, le mot hébreu « maw-lay » donnait à l’humain une vocation bien plus vaste que celle d’occuper toute la planète comme on remplit une jarre. Il lui confiait surtout la vocation d’achever la création de la terre. Et le commandement fondamental peut être compris comme : « achevez la terre et soumettez-là ».

Et, à cet égard, dans le premier chapitre de la Genèse, le mot « eretz » traduit par « terre » vise bien davantage que notre planète.

C’est tout l’univers physique qui semble visé dans le premier verset lorsqu’il est écrit que « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre [eretz] » (Gn 1, 1) et il nous est précisé, bien avant la création de la planète terre, lors de la séparation des « eaux » sur lesquelles planait l’Esprit de Dieu, que c’est tout le sec qui fut nommé « eretz » (terre), ce qui semble viser tout le physique.

« Soumettez » la terre, cela semble certes difficile à comprendre. Comment être le maître des montagnes et de tous les phénomènes terrestres ?

Pour comprendre l’effet cosmique du péché originel, nous pouvons nous rappeler ici que tout a été créé par le Christ, le Logos, la Lumière du premier jour de la création.

Son incarnation dans l’humanité créée montre que, dès les origines, l’humanité a été créée pour coopérer à toute la création et en achever l’œuvre en communion avec son Créateur.

C’est tout le cosmos qui a été confié à l’humain invité à coopérer à un achèvement encore à réaliser.

Certes, dès l’origine, par son incarnation future dans l’humanité, l’accomplissement de toutes choses par l’humanité du Christ était garantie, mais Dieu a voulu faire des humains ses coopérateurs pour qu’ils y réalisent une œuvre en communion avec Lui.
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Re: Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

Message non lu par Olivier JC »

Xavi a écrit : mar. 09 sept. 2025, 11:58Notre monde n’est pas un monde totalement déchu, mais un monde inachevé et dégradé par le péché des humains.

Le message d’Olivier JC de 2008, replacé en tête de ce fil, exposait bien ce caractère inachevé.
Je connais naturellement cette hypothèse pour avoir été séduit par elle un temps. Pour autant, elle ne me semble pas complète en ce sens qu'elle considère l'inachèvement comme quelque chose de positif.

Or, S. Paul écrit dans la lettre aux Romains que "la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore".

Il n'apparaît pas que la Création eut été différente quant à ses lois avant l'apparition de l'être humain et la commission du péché originel. Bien au contraire, tout indique que les lois gouvernant la Création lui sont intrinsèques. Intrinsèquement, la Création repose sur le pouvoir du néant, ce qu'est en dernière analyse le principe d'entropie : la Création tend 'naturellement' vers le désordre et la mort. C'est donc ab initio que la Création fut ainsi "soumise au pouvoir du néant".

Il est manifeste que S. Paul ne regarde pas cette soumission au pouvoir du néant comme une bonne chose, puisque la Création lui a été "livrée" et qu'il s'agit d'un "esclavage". L'Apôtre n'emploierait pas un tel vocabulaire s'il ne s'agissait que d'un inachèvement n'ayant pu être porté à son achèvement par suite du péché originel.

Ainsi, la notion d'inachèvement de la Création, qui ne peut au demeurant s'autoriser d'aucun enracinement biblique, ne me paraît pas adéquate. Il me semble plus juste de parler d'une Création soumise ab initio au pouvoir du néant comme conséquence du péché des anges, le ministère de l'homme n'étant pas de porter à l'achèvement cette Création mais de la ramener à Dieu. Mutatis mutandis, on pourrait dire que le rôle de l'homme vis-à-vis de la Création est similaire à celui de la volonté par rapport à la chair.
Xavi a écrit : mar. 09 sept. 2025, 11:58Penser le péché des anges, et en particulier du plus intelligent d’entre eux, de manière chronologique dans un temps « avant » le péché originel, me semble situer la création et la vie spirituelle des anges dans une perspective humaine du temps qui me paraît inappropriée pour la création spirituelle des anges.

Je pense plutôt à l’hypothèse que, dans l’accompagnement de toute la création par les anges, la faute de la plus intelligente des créatures s’est commise « en même temps » ou à l’occasion de celle de l’humanité. Il me semble difficile de considérer que Dieu aurait fait entrer le mal dans le jardin d’Eden. Les anges y étaient pour Le servir, y compris le plus intelligent d’entre eux. Celui-ci a perçu toute l’ampleur spirituelle du choix nouveau inouï auquel Ève était confronté entre une connaissance partagée dans l’amour avec Dieu et une prise de possession de la connaissance en elle-même. Dans ce choix spirituel, cet ange a hélas choisi d’incarner spirituellement l’alternative libre qui existait pour Ève et l’a accompagnée et s’est associé à elle dans son choix fatal, se transformant en prince des démons au sommet de la création.

Ils me semblent être ensemble à l’origine de la blessure faite à la Création, de manière non séparable dans une perspective chronologique humaine. Chaque ange est créé avec une vocation qui peut faire de lui l’esprit d’une orientation dans un choix à faire et il fait ce choix instantanément au moment où il y est confronté.
Il y a quelques difficultés dans votre hypothèse, la première étant qu'il est de foi que la chute de nos premiers parents trouve son origine dans la voix séductrice de Satan : "C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde" (Sg 2, 24). Cela implique donc nécessairement que la chute angélique précède la chute humaine. Voici ce qu'on peut lire chez le prophète Jérémie : "Depuis longtemps tu as brisé le joug, tu as rompu tes liens et tu as dit : je ne servirai pas" (2, 20).

Il y a en outre une contradiction, c'est qu'un ange ne peut choisir "d'incarner spirituellement l'alternative libre" dès lors que ce n'est pas une alternative libre. C'est une désobéissance. Vous pouvez tourner le texte dans tous les sens, il demeure que Dieu donne un ordre et qu'Il est désobéi. Un ange ne peut, sans s'être déjà lui-même détourné de Dieu, inviter l'homme à désobéir à Dieu.
Xavi a écrit : mar. 09 sept. 2025, 11:58C’est encore le même verbe « maw-lay » qui est utilisé pour dire que « Quarante jours s’écoulèrent » (Gn 50, 3) ou que « Sept jours s’écoulèrent après que le Seigneur eut frappé le Nil. » (Ex 7, 25) ou encore pour la purification dans le Lévitique où il est écrit que « pendant trente-trois jours encore, elle restera à purifier son sang… jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification…Quand sera achevée la période de sa purification, que ce soit pour un garçon ou pour une fille, elle amènera au prêtre » (Lév 12, 4-6).

Ainsi, dans la vocation fondamentale donnée à l’humain par Dieu au début de la Genèse, le mot hébreu « maw-lay » donnait à l’humain une vocation bien plus vaste que celle d’occuper toute la planète comme on remplit une jarre. Il lui confiait surtout la vocation d’achever la création de la terre. Et le commandement fondamental peut être compris comme : « achevez la terre et soumettez-là ».
Ce n'est pas incompatible avec l'hypothèse dans laquelle le rôle de l'être humain vis-à-vis de la Création s'inscrit dans une lutte contre le pouvoir du néant auquel elle a été soumise par suite du péché des anges. L'emploi du terme "soumission" irait d'ailleurs dans ce sens. La seule question est de savoir si la Création est inachevée ou défigurée, seule la seconde option m'apparaissant avoir un fondement biblique.

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Re: Effet du péché originel : nature inachevée ou déchue ?

Message non lu par Xavi »

Un grand merci, cher Olivier JC, pour vos très attentives réflexions.

Vous insistez sur une antériorité de la faute de Satan qui aurait existé avant celle d’Ève.

C’est tout de même délicat de reprocher à Ève d’avoir été abusée par la plus intelligente des créatures que Dieu Lui-même aurait mise sur sa route alors qu’Ève n’aurait pu s’en défendre qu’avec une intelligence moindre.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Je connais naturellement cette hypothèse pour avoir été séduit par elle un temps. Pour autant, elle ne me semble pas complète en ce sens qu'elle considère l'inachèvement comme quelque chose de positif.
Oui, en effet.

La coopération de l’humain à l’achèvement de toute la Création est, en effet, une vocation positive.

Pourquoi voulez-vous penser le contraire ?

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Or, S. Paul écrit dans la lettre aux Romains que "la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore".

Il n'apparaît pas que la Création eut été différente quant à ses lois avant l'apparition de l'être humain et la commission du péché originel. Bien au contraire, tout indique que les lois gouvernant la Création lui sont intrinsèques. Intrinsèquement, la Création repose sur le pouvoir du néant, ce qu'est en dernière analyse le principe d'entropie : la Création tend 'naturellement' vers le désordre et la mort. C'est donc ab initio que la Création fut ainsi "soumise au pouvoir du néant".
Oui. C’est une importante constatation.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Il est manifeste que S. Paul ne regarde pas cette soumission au pouvoir du néant comme une bonne chose, puisque la Création lui a été "livrée" et qu'il s'agit d'un "esclavage". L'Apôtre n'emploierait pas un tel vocabulaire s'il ne s'agissait que d'un inachèvement n'ayant pu être porté à son achèvement par suite du péché originel.
Le raisonnement ne me semble pas correct.

Bien sûr que la soumission au néant n’est pas une bonne chose, mais c’est sa persistance dans cette soumission qui est négative.

Vous avez observé vous-même que les règles, et notamment l’entropie qui anéantit toutes choses, sont posées dès l’origine et c’est par Dieu Lui-même, par le Logos du premier jour.

Était-ce négatif ? Bien sûr que non !

C’est simplement une réalité inhérente à la création par Dieu qui est le Bien parfait de sorte que toute créature ne peut se réaliser pleinement dans le Bien que conformément à cette perfection et donc en communion avec Lui.

Tout ce qui est en dehors de Lui est vide et voué au néant.

Le cœur de la Création c’était de permettre à l’humain créé à l’image de Dieu de coopérer à l’oeuvre de la Création par un choix libre de vivre en communion d’amour avec son Créateur, de faire passer la Création de la soumission au néant de tout créature séparée de Dieu à la communion avec Dieu.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Il me semble plus juste de parler d'une Création soumise ab initio au pouvoir du néant comme conséquence du péché des anges
Il faut certes constater un maintien persistant dans cette soumission par l’effet du péché, mais c'est le péché de certains anges autant que celui de nos premiers parents.

Cependant, la soumission au pouvoir du néant n’est pas en soi une conséquence du péché, mais correspond seulement au fait que tout ce qui ne vit pas en communion avec Dieu est voué au néant et que l’humain avait, et a toujours, un vrai choix essentiel devant lui à cet égard.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 le ministère de l'homme n'étant pas de porter à l'achèvement cette Création mais de la ramener à Dieu. Mutatis mutandis, on pourrait dire que le rôle de l'homme vis-à-vis de la Création est similaire à celui de la volonté par rapport à la chair.
Pourquoi opposer ce qui s’harmonise ? Le ministère de l’humain à l’origine est « en même temps » « de porter à l'achèvement cette Création » et « de la ramener à Dieu ».

Il n’y a ici aucune opposition entre la volonté et la chair.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Il y a quelques difficultés dans votre hypothèse, la première étant qu'il est de foi que la chute de nos premiers parents trouve son origine dans la voix séductrice de Satan : "C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde" (Sg 2, 24). Cela implique donc nécessairement que la chute angélique précède la chute humaine.
Je ne comprends pas le raisonnement car s’il est en effet de foi que « la chute de nos premiers parents trouve son origine dans la voix séductrice de Satan », nous savons que cette chute est précédée, dans le récit biblique de la Genèse, par un dialogue avec l’intelligence d’Ève qui raisonne et, à cet égard, rien ne permet d’exclure l’hypothèse d’une simultanéité qui ne contredit pas l’action de Satan à l’origine.

Au contraire, rien ne me semble permettre de prétendre que cette action séductrice écarterait un comportement fautif simultané d’Ève.

Il me semble clair que, dans l’enseignement, la faute d’Ève est réelle et que le péché originel résulte conjointement d’Ève et du Séducteur.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Voici ce qu'on peut lire chez le prophète Jérémie : "Depuis longtemps tu as brisé le joug, tu as rompu tes liens et tu as dit : je ne servirai pas" (2, 20).
L’expression « depuis longtemps » est sans précision et il me semble que cela peut tout autant signifier depuis le commencement de l’histoire de l’humanité

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Il y a en outre une contradiction, c'est qu'un ange ne peut choisir "d'incarner spirituellement l'alternative libre" dès lors que ce n'est pas une alternative libre. C'est une désobéissance.
Certes, mais, pour pouvoir être une désobéissance, il faut d’abord, au préalable, qu’un choix libre et éclairé ait existé entre la volonté de Dieu et son refus.

Avant la désobéissance, il y a donc toujours une alternative et un choix. C’est le choix que l’ange le plus intelligent a pu faire en présence d’Ève et du choix qu’elle avait elle-même à faire.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 Vous pouvez tourner le texte dans tous les sens, il demeure que Dieu donne un ordre et qu'Il est désobéi. Un ange ne peut, sans s'être déjà lui-même détourné de Dieu, inviter l'homme à désobéir à Dieu.
À ce stade, le choix est fait, mais il faut noter qu’au début du dialogue de la créature angélique la plus intelligente et d’Ève, il n’y a d’abord qu’une commune interrogation sur ce que signifiait réellement la Parole de Dieu.

L’invitation à désobéir n’est venue qu’après le dialogue du Séducteur, l’Ange le plus intelligent, avec Ève.

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00
Xavi a écrit : mar. 09 sept. 2025, 11:58C’est encore le même verbe « maw-lay » qui est
le commandement fondamental peut être compris comme : « achevez la terre et soumettez-là ».
Ce n'est pas incompatible avec l'hypothèse dans laquelle le rôle de l'être humain vis-à-vis de la Création s'inscrit dans une lutte contre le pouvoir du néant auquel elle a été soumise
Oui, en effet !

Olivier JC a écrit : mar. 09 sept. 2025, 14:00 La seule question est de savoir si la Création est inachevée ou défigurée, seule la seconde option m'apparaissant avoir un fondement biblique.
Le fondement biblique vient d’être évoqué.

En outre, vous avez rappelé vous-mêmes les douleurs de l’enfantement citées par St Paul qui indiquent bien bibliquement que la Création est non seulement défigurée mais aussi inachevée.
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