Bonjour à chacun,
Olivier JC a écrit : ↑lun. 08 sept. 2025, 9:08
c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde, et il me semble pertinent de voir dans ce terme
mort ce que la physique appelle le principe d'entropie.
Ce principe d’entropie qui définit la précarité de toute créature terrestre qui, toujours, va de sa survenance vers sa propre dissolution, est tout à fait essentiel à notre monde présent tel que la science peut le décrire approximativement depuis le Big Bang.
Imaginer que toute la création sous nos yeux ne serait ainsi qu’un produit dégradé par le diable et que Dieu nous aurait créés dans ce monde dégradé par le diable me semble profondément contraire à la foi.
Il peut certes être tentant de penser que le mal physique que nous observons dans ce monde est le produit du Diable.
Mais, il me semble que la foi nous invite plutôt à regarder que nous ne souffrons de ce mal que parce que l’humain, à cause d’un choix originel, ne gouverne pas ce monde en communion avec son Créateur. Tous les miracles du Christ nous montrent comment l’humain aurait pu dominer toutes choses et toutes souffrances.
Notre monde n’est pas un monde totalement déchu, mais un monde inachevé et dégradé par le péché des humains.
Le message d’Olivier JC de 2008, replacé en tête de ce fil, exposait bien ce caractère inachevé.
Olivier JC a écrit : ↑lun. 08 sept. 2025, 9:08
C'est qu'il y a quelque erreur, je pense, à imputer au péché de nos premiers parents l'état présent de la Création…
C'est par les causes secondes que sont les créatures spirituelles,
i.e. les anges, que Dieu créé le monde matériel. Ils sont en quelque sorte les 'ouvriers' de Dieu. Or, imaginez un chantier d'ampleur sur lequel vous auriez deux tiers des ouvriers qui veulent un résultat le plus parfait possible, et un tiers des ouvriers qui veut détruire le travail des autres. Vous avez le monde dans lequel nous vivons.
La Création est défigurée par le péché, certes, mais au premier chef le péché des anges. Celui de nos premiers parents [suivi de tous les péchés actuels postérieurs], n'a fait qu'aggraver les choses, mais n'en est pas à l'origine.
Penser le péché des anges, et en particulier du plus intelligent d’entre eux, de manière chronologique dans un temps «
avant » le péché originel, me semble situer la création et la vie spirituelle des anges dans une perspective humaine du temps qui me paraît inappropriée pour la création spirituelle des anges.
Je pense plutôt à l’hypothèse que, dans l’accompagnement de toute la création par les anges, la faute de la plus intelligente des créatures s’est commise «
en même temps » ou à l’occasion de celle de l’humanité. Il me semble difficile de considérer que Dieu aurait fait entrer le mal dans le jardin d’Eden. Les anges y étaient pour Le servir, y compris le plus intelligent d’entre eux. Celui-ci a perçu toute l’ampleur spirituelle du choix nouveau inouï auquel Ève était confronté entre une connaissance partagée dans l’amour avec Dieu et une prise de possession de la connaissance en elle-même. Dans ce choix spirituel, cet ange a hélas choisi d’incarner spirituellement l’alternative libre qui existait pour Ève et l’a accompagnée et s’est associé à elle dans son choix fatal, se transformant en prince des démons au sommet de la création.
Ils me semblent être ensemble à l’origine de la blessure faite à la Création, de manière non séparable dans une perspective chronologique humaine. Chaque ange est créé avec une vocation qui peut faire de lui l’esprit d’une orientation dans un choix à faire et il fait ce choix instantanément au moment où il y est confronté.
Ce n’est, bien sûr, qu’une hypothèse à méditer et ouverte à la critique, car le sujet est particulièrement difficile et incertain.
Gaudens a écrit : ↑sam. 06 sept. 2025, 11:16
comment la faute de nos premiers parents aurait-elle pu avoir des conséquences cosmiques si l'on considère que les "douleurs de l'enfantement" de ce cosmos (en expansion) seraient en lien avec la faute ? Si on considère l'immensité de l'univers, cela semble un peu disproportionné...
En effet !
Quelle disproportion incompréhensible pour nous qui sommes, physiquement, moins qu’une minuscule poussière dans l’univers !
La question nous renvoie à une vocation humaine qui nous semble inimaginable. Comment un simple humain pourrait-il influer sur l’univers entier ?
Si nous voulons méditer l’effet cosmique du péché originel, cela ne peut être que vertigineux.
Mais, même si nous ne pouvons nous exprimer qu’avec toutes les réserves et à titre d’hypothèse d’explication, nous ne sommes pas sans repères.
C’est vertigineux, parce que même l’univers en expansion depuis plus de quatorze milliards d’années se trouve ainsi confronté au péché originel de nos premiers parents.
Et pourtant, tout est soumis à l’homme créé.
Il me semble que c’est d’abord et principalement parce que Dieu lui-même s’est fait homme en Jésus de Nazareth, l’homme parfait dont le début de l’Évangile de Saint Jean nous dit qu’il est le Logos, la lumière du premier jour, et qu’avant même de se faire créature en Jésus de Nazareth, il s’est déjà fait la première de toute créature dès le premier jour de la création des cieux et de la terre.
Le principe d’entropie comme toutes les autres lois fondamentales de l’univers ont été induites par le Christ qui s’est Lui-même incarné en homme.
Le récit de la Genèse nous en dit davantage lorsqu’il nous enseigne d’abord que le monde physique (la terre) a émergé des eaux sur lesquelles l’Esprit planait au commencement.
À cet égard, nous pouvons relire notre vocation telle que le Créateur nous la révèle dans sa première parole adressée à l’humanité : « Dieu les bénit et leur dit : «
Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » » (Gn 1, 28).
Que signifie «
remplissez la terre et soumettez-là » ?
Après l’injonction d’être féconds et de se multiplier, nous pensons spontanément à une dispersion de l’humanité sur toute la planète, même si le mot «
remplir » paraît un peu étrange dans cette perspective.
En fait, le sens du mot hébreu «
maw-lay », traduit par «
remplissez » est certes utilisé dans le livre de la Genèse dans le sens de «
remplir » comme, par exemple, dans ces textes où «
elle aperçut un puits. Elle alla remplir l’outre » (Gn 21, 19) et lorsque «
Joseph ordonna de remplir de froment leurs bagages » (Gn 42, 25).
Mais, ce même verbe hébreu «
maw-lay » a aussi le sens de mener à la plénitude, d’achever, d’accomplir comme dans ces autres textes de la Genèse où il est utilisé pour relater que «
Quand s’accomplirent les jours où elle devait enfanter » (Gn 25, 24), ou lorsque Jacob dit à Laban «
Donne-moi ma femme car les jours que je te devais sont accomplis » (Gn 29, 21) et que Jacob lui répondit «
Achève la semaine de noces de celle-ci » (Gn 29, 26) et que «
la semaine achevée, Laban lui donna sa fille Rachel » (Gn 29, 28).
C’est encore le même verbe «
maw-lay » qui est utilisé pour dire que «
Quarante jours s’écoulèrent » (Gn 50, 3) ou que «
Sept jours s’écoulèrent après que le Seigneur eut frappé le Nil. » (Ex 7, 25) ou encore pour la purification dans le Lévitique où il est écrit que «
pendant trente-trois jours encore, elle restera à purifier son sang… jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification…Quand sera achevée la période de sa purification, que ce soit pour un garçon ou pour une fille, elle amènera au prêtre » (Lév 12, 4-6).
Ainsi, dans la vocation fondamentale donnée à l’humain par Dieu au début de la Genèse, le mot hébreu «
maw-lay » donnait à l’humain une vocation bien plus vaste que celle d’occuper toute la planète comme on remplit une jarre. Il lui confiait surtout la vocation d’achever la création de la terre. Et le commandement fondamental peut être compris comme : «
achevez la terre et soumettez-là ».
Et, à cet égard, dans le premier chapitre de la Genèse, le mot «
eretz » traduit par «
terre » vise bien davantage que notre planète.
C’est tout l’univers physique qui semble visé dans le premier verset lorsqu’il est écrit que «
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre [eretz] » (Gn 1, 1) et il nous est précisé, bien avant la création de la planète terre, lors de la séparation des «
eaux » sur lesquelles planait l’Esprit de Dieu, que c’est tout le sec qui fut nommé «
eretz » (terre), ce qui semble viser tout le physique.
«
Soumettez » la terre, cela semble certes difficile à comprendre. Comment être le maître des montagnes et de tous les phénomènes terrestres ?
Pour comprendre l’effet cosmique du péché originel, nous pouvons nous rappeler ici que tout a été créé par le Christ, le Logos, la Lumière du premier jour de la création.
Son incarnation dans l’humanité créée montre que, dès les origines, l’humanité a été créée pour coopérer à toute la création et en achever l’œuvre en communion avec son Créateur.
C’est tout le cosmos qui a été confié à l’humain invité à coopérer à un achèvement encore à réaliser.
Certes, dès l’origine, par son incarnation future dans l’humanité, l’accomplissement de toutes choses par l’humanité du Christ était garantie, mais Dieu a voulu faire des humains ses coopérateurs pour qu’ils y réalisent une œuvre en communion avec Lui.