Le péché mortel
Nous avons vu que, pour les partisans de l'hypothèse de l'option finale, une dernière possibilité de conversion doit être donnée au pécheur pour qu'il puisse équitablement être passible d'une peine éternelle. En d'autres termes, ce qu'on désigne habituellement par le nom de péché mortel ne peut pas conduire en enfer s'il n'y a pas, en plus, un rejet définitif de Dieu, en toute lucidité, au moment de la mort. Il semble que cette façon de voir conduise logiquement à redéfinir purement et simplement le péché mortel : le seul péché vraiment mortel serait celui qui est commis dans ou après la mort, lorsque l'âme se trouve "face à face" avec Dieu. Nous avions vu également que certains auteurs modernes rejettent le fait que des actes temporels puissent engager pour toujours. Or, une telle doctrine semble être en désaccord avec l'enseignement autorisé du Catéchisme :
Le péché mortel est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l'amour lui-même. Il entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c'est à dire de l'état de grâce. S'il n'est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l'exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l'enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour toujours, sans retour. (Catéchisme de l'Église, 1861)
Commettre un péché mortel, c'est par définition perdre la grâce divine, l'amitié de Dieu, à cause du choix désordonné d'un bien crée. Un tel choix, s'il n'est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, conduit à la damnation éternelle. Voilà pourquoi des générations de catholiques ont cru que, pour être sauvé, il faut mourir en "état de grâce", après avoir reçu le pardon de Dieu dans le sacrement de pénitence. Voilà aussi pourquoi des générations de prêtres se sont sacrifiés pour que leurs ouailles puissent recevoir, avant de mourir, ce pardon à travers le sacrement de pénitence en même temps que l'onction des malades [...] Que signifie tout cela dans l'hypothèse de l'option finale ? On peut se demander ce qui peut bien motiver les ministres de l'Église à sacrifier leur temps et leur repos (en pleine nuit, par exemple) si, de toute façon, il est donné à toutes les âmes de choisir Dieu dans la mort et ainsi de se réconcilier avec lui.
[...]
Le pape Jean-Paul II cite à cet effet : "Lorsqu'une âme est déréglée par le péché jusqu'à être détournée de sa fin ultime, c'est à dire de Dieu, à qui nous sommes unis par la charité, alors la faute est mortelle [...]" ( Saint Thomas, Ia-IIa, q, 72 dans Jean-Paul II, Reconciliato et poenitentia (2 décembre 1984, 17)
Source : Dom Pius Mary Noonan, id,, p. 464
Contre l'option finale dans la mort
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Cinci
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Re: Contre l'option finale dans la mort
Juste pour illustrer ... pour aider tout le monde à voir ...
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Re: Contre l'option finale dans la mort
Il me semble, révérence gardée pour l'auteur de ces lignes, que la difficulté réside dans une correcte articulation du péché mortel et du blasphème contre l'Esprit Saint, qui n'est "remis ni en ce monde ni dans l'autre". S. Jean-Paul II, dans Dominum et vivificantem, enseigne que ce blasphème "consiste à refuser de recevoir le salut que Dieu offre à l'homme par l'Esprit Saint".Cinci a écrit : ↑mer. 26 juin 2019, 16:39Nous avons vu que, pour les partisans de l'hypothèse de l'option finale, une dernière possibilité de conversion doit être donnée au pécheur pour qu'il puisse équitablement être passible d'une peine éternelle. En d'autres termes, ce qu'on désigne habituellement par le nom de péché mortel ne peut pas conduire en enfer s'il n'y a pas, en plus, un rejet définitif de Dieu, en toute lucidité, au moment de la mort. Il semble que cette façon de voir conduise logiquement à redéfinir purement et simplement le péché mortel : le seul péché vraiment mortel serait celui qui est commis dans ou après la mort, lorsque l'âme se trouve "face à face" avec Dieu.
Source : Dom Pius Mary Noonan, id,, p. 464
Selon l'enseignement de S. Thomas d'Aquin qui suit en cela Pierre Lombard, il y a six espèces de péché contre l'Esprit Saint : le désespoir, la présomption, l'impénitence, l'obstination, l'opposition à la vérité reconnue, l'envie des grâces accordées à nos frères. Il appert cependant qu'il n'y a pas de matière propre au péché contre l'Esprit Saint, et que celui-ci, en réalité, présuppose l'existence d'un péché qu'il vient en quelque sorte qualifier, lequel péché est nécessairement un péché mortel.
Le péché mortel est le péché intervenant dans une matière grave, commis en pleine connaissance de cause et volontairement, c'est-à-dire que pèche mortellement celui qui connaît que son acte est un péché intervenant dans une matière grave et qu'il y adhère néanmoins par choix personnel suffisamment lucide.
Tant que l'auteur de l'acte demeure dans les mêmes dispositions et ne présente aucun début de repentir, ce péché mortel constitue en même temps un blasphème contre l'Esprit Saint, ce qu'il ne cesse d'être que lorsque le pécheur se repent. S'il meurt sans s'être repenti, il ira en Enfer.
Mourir en état de péché mortel, c'est équivalemment mourir "en état" de péché contre l'Esprit Saint puisque c'est mourir en persistant dans le refus de recevoir le salut que Dieu offre à l'homme par l'Esprit Saint. Or, dans l'extrait précité, Dom Pius Mary Noonan semble effectuer une séparation nette entre ces deux notions, ce qui me semble problématique.
Il y a un autre aspect qu'il me semble important de garder à l'esprit, c'est que cette recherche théologique ne vise pas à rassurer les catholiques pour leur permettre de pécher à loisir (qui seraient au contraire bien inspirés d'être encore plus inquiets de leur salut), mais à s'interroger sur le sort d'Abeytu, ressortissante d'une tribu Sioux aux alentours du VIIIème siècle, morte sans avoir pu connaître Notre Seigneur faute de prédicateur.
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Gaudens
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Re: Contre l'option finale dans la mort
Je ne souhaite pas me prononcer dans ce débat (je suppose quand même que cette sioux du VIIIè siècle est inventée, comme un cas d'école théorique...) mais il me semble que la référence systématique et exclusive à Saint Thomas d'Aquin , si fréquente dans les forums catholiques ,est excessive.Certes le Docteur Angélique est une somptueuse référence et un bel appui à une réflexion théologique mais enfin il n'est pas" la Loi et les Prophètes". Il faudrait à chaque question théologique se posant à nous aujourd'hui ou demain rechercher également ce qu'en disent tel ou tel Père de l'Eglise (ou Docteur autre que Saint Thomas). Peut-être y-a-t-il d'ailleurs un fil à ce sujet, je n'ai pas cherché.
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Re: Contre l'option finale dans la mort
La Sioux est effectivement théorique... S. Thomas est une référence essentielle et son travail repose beaucoup sur les Pères de l'Eglise.Gaudens a écrit : ↑ven. 20 déc. 2024, 20:05Je ne souhaite pas me prononcer dans ce débat (je suppose quand même que cette sioux du VIIIè siècle est inventée, comme un cas d'école théorique...) mais il me semble que la référence systématique et exclusive à Saint Thomas d'Aquin , si fréquente dans les forums catholiques ,est excessive.Certes le Docteur Angélique est une somptueuse référence et un bel appui à une réflexion théologique mais enfin il n'est pas" la Loi et les Prophètes". Il faudrait à chaque question théologique se posant à nous aujourd'hui ou demain rechercher également ce qu'en disent tel ou tel Père de l'Eglise (ou Docteur autre que Saint Thomas). Peut-être y-a-t-il d'ailleurs un fil à ce sujet, je n'ai pas cherché.
Cela étant, sans remonter jusqu'à la Loi et aux Prophètes, les évangiles suffisent à fournir une réponse, notamment celui de Jean (3, 17-21) :
C'est ainsi que la condamnation résulte du fait de ne pas croire au nom du Fils unique de Dieu, c'est-à-dire au fait de refuser le salut puisqu'il est écrit en Ac 4, 12 qu'il n'y a "aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. En d'autres termes, le blasphème contre l'Esprit Saint tel que S. Jean-Paul II en parle dans son encyclique Dominum et vivificantem.Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.
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